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vénérable

  • Une transition difficile (2)

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    inquiétude.jpgJ'avais déjà évoqué les difficultés auxquelles ma loge est confrontée. Ces difficultés semblent malheureusement s'amplifier. Depuis plusieurs mois, je reçois des appels téléphoniques ou des courriers électroniques plus ou moins alarmistes. Je ne discute pas les reproches formulés. Mon successeur, probablement animé du souci de bien faire, a effectivement pris le premier maillet avec l'ambition de tout changer de fond en comble. Il a peut-être eu aussi la maladresse de critiquer des augmentations de salaire ou en tout cas de donner l'impression qu'il les critiquait. S'il y a des incompréhensions, elles peuvent toujours être levées.

    Il serait toutefois injuste d'imputer l'entière responsabilité de la situation présente à l'action d'un seul homme. La loge doit aussi en prendre sa part car j'avais pris soin de l'informer longtemps à l'avance que je ne me représenterais pas. Des candidatures pressenties ne se sont pas concrétisées. Nos effectifs sont modestes et les possibilités restreintes. Bref, il y a eu tout un enchaînement de cause à effet qui explique la situation présente. C'est sans doute pour toutes ces raisons que je n'éprouve pas spécialement l'envie de jouer le médiateur. Pourquoi d'ailleurs ? Une loge doit être capable de résister à son vénérable si elle estime que son action est contestable ; elle doit être aussi capable de le supporter toute une année, c'est-à-dire le tolérer au sens étymologique du verbe si elle ne veut pas assumer les inconvénients d'une confrontation. Elle ne doit pas non plus perdre de vue que celui-ci donne gracieusement de son temps au service de tous.

    Ce que je veux dire, c'est que tous les ateliers connaissent à un moment donné des épisodes plus ou moins tourmentés. Certains  en ressortent plus forts. D'autres ne s'en relèvent pas. C'est donc aux frères qui les composent, d'en tirer le meilleur parti en ayant pour cela le sens de la mesure et du temps car en franc-maçonnerie, nul n'est indispensable. Les hommes passent. Des ouvriers quittent le chantier. D'autres reprennent les outils. Il y a des démissions. Il y a des initiations et des affiliations. Il y a des périodes fastes et des périodes creuses. Il y a des jours avec et des jours sans. C'est ainsi. Qu'il s'agisse donc de résister ou de supporter, le choix revient toujours à la loge souveraine et à elle seule.

    Un dernier mot. Certains de mes frères m'ont confié leur désarroi ou leur déception au point parfois de vouloir démissionner ou de changer de loge. Libre à eux d'agir comme ils le sentent. Il est naturel d'éprouver de la lassitude. Je voudrais en tout cas que ces frères déçus, impatients ou en colère, puissent se remémorer les raisons qui les ont incités à frapper à la porte du temple. C'est le plus important. Il faut toujours se souvenir de ses motivations de départ. J'aimerais qu'ils méditent aussi, du moins s'ils le veulent, ce petit poème de Djalâl-od-Dîn Rûmî (1207-1273) que je trouve très beau.

    « Ainsi l'être humain est une auberge.
    Chaque matin, un nouvel arrivant.
    Une joie, un découragement, une méchanceté,
    une conscience passagère se présente,
    comme un hôte qu'on n'attendait pas.

    Accueille-les tous de bon cœur !
    Même si c'est une foule de chagrins
    qui saccage tout dans ta maison,
    et la vide de ses meubles,
    traite chaque invité avec honneur.
    Il fait peut-être de la place en toi pour de nouveaux plaisirs.

    L'idée noire, la honte, la malice,
    accueille-les à ta porte avec le sourire
    et invite-les à entrer.

    Soit reconnaissant à tous ceux qui viennent
    car chacun est un guide
    qui t'est envoyé de l'au-delà. »

    L'au-delà n'est pas forcément celui auquel on pense. Il peut désigner aussi le merveilleux d'une rencontre inattendue ou tout simplement ce qui surgit au-delà de soi. La concorde grandit ce qui est petit. La discorde annihile ce qui est grand. Demain est un autre jour.  Allez hop ! Haut les coeurs !

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    Modifié et édulcoré le 27/10/2017 - 12h00

  • Une transition difficile

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    1261580478.jpgRetenu par un deuil familial, je n'ai pu présider la tenue au cours de laquelle la loge a dû élire son nouveau collège des officiers. Le premier surveillant ayant été également empêché pour d'autres raisons, le premier maillet a donc été assuré par le second surveillant conformément aux dispositions du règlement général. C'est d'ailleurs ce dernier qui a été élu à la charge de vénérable maître puisque je ne souhaitais pas effectuer une année supplémentaire à l'orient

    Depuis cette tenue, le téléphone a sonné. J'ai reçu des SMS et des mails inquiets. La tenue s'est semble-t-il mal passée. Le vénérable faisant fonction et nouvellement élu aurait fait preuve d'un excès d'autorité. Il aurait eu des propos excessifs, voire vexatoires, allant même jusqu'à discuter le sérieux et la légitimité d'augmentations de salaire accordées et concrétisées par les cérémonies d'usage. Un frère compagnon a été sommé de réciter l'article premier de la Constitution à la surprise générale.

    Un frère m'a écrit :

    « Nos travaux se sont donc déroulés sous la houlette de notre Frère *****, conformément à tes souhaits.
     
    L'absence d'autres Frères officiers ont rendu cette séance quelque peu chaotique, sans doute du fait d'une certaine impréparation, mais cela n'est pas très grave.
     
    Ce qui m'inquiète, et je ne suis pas le seul, c'est la manière dont ***** a mené nos travaux.
     
    D'une part, il s'est comporté de manière très autoritaire, employant des méthodes vexatoires et une agressivité qui me semblent assez déplacés et en tout cas bien loin de ce à quoi tu nous avais habitués.
     
    Mais surtout, il s'est comporté comme si tu avais disparu des écrans radars, faisant fi du fait que sauf erreur de ma part, tu reste le VM de la loge jusqu'à l'installation du nouveau. Il est allé notamment systématiquement à l'opposé de ce que tu nous avais indiqué comme étant tes préconisations en regard de nos tenues d'été.
     
    Nous sommes quelques uns à être repartis avec un goût amer et un sentiment très désagréable, tu en as peut-être eu l'écho.
     
    Je fais partie de ceux qui prennent le parti de laisser toutes leurs chances aux nouveaux venus dans quelque fonction que ce soit, il faut bien avouer que ce premier galop d'essai n'avait rien de rassurant. »

    Un autre frère a ainsi résumé les choses dans un SMS envoyé dès la fin de la tenue :

    « Salut à toi VM. Tu as fait au moins un heureux à ces élections. TB »

    Il ne faut pas minimiser ces inquiétudes mais il ne faut pas non plus réagir de façon excessive. Cette situation me rappelle le Principe de PeterLaurence Peter et Raymond Hull ont proposé dans les années soixante-dix une loi empirique fondée sur les deux principes de base suivants :

    Une personne compétente est promue à un niveau hiérarchique supérieur.

    Une personne incompétente donnée n’est pas promue à un niveau supérieur, ni rétrogradé à son ancien poste.

    Ils en déduisent :

    Dans une hiérarchie, toute personne a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence.

    Avec le temps, tout poste sera occupé par une personne incapable d’en assumer la responsabilité. 

    Le niveau d'incompétence aurait-il été déjà atteint ? Il évidemment beaucoup trop tôt pour le dire. Je suis conscient qu'une loge peut mourir pour moins que ça. Je ne ferai donc contrepoids que si les circonstances l'exigent. Il est toutefois certain que je ne pourrai rien faire seul. Il n'est pas question non plus de lutter contre le courant dominant si ce courant se satisfait d'une telle situation 

    Chacun a droit à l'erreur. Je veux donc croire que ce triste galop d'essai ne connaîtra pas de répliques bien que ma nature profonde m'incite à penser que le pire est toujours devant soi.

    L'essentiel est ailleurs. 

    La beauté initiatique se situe bien au-delà des contingences organisationnelles. Il est donc important que les frères les plus jeunes ne soient pas perturbés par des comportements regrettables. Quoi qu'il en soit, si jamais les mois à venir devaient occulter la faible lumière qui nous éclaire, qu'ils sachent que des solutions pourront être trouvées collectivement ou individuellement.

  • La Loge vue de l'Orient

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    3006625972.jpgLes FF∴ de ma R∴L∴ m'ont à nouveau confié le premier maillet pour une année. La fonction de V∴M∴ est exigeante. Il m'appartient de convoquer la loge, d'ouvrir, de diriger et de fermer les travaux en la forme accoutumée, de procéder aux initiations, de conférer les grades et, plus généralement, d'assurer le bon fonctionnement de l'atelier.

    Je dois également diriger l'administration de la L∴ et à ce titre contrôler le travail des autres officiers. Il me faut signer les procès-verbaux des tenues, ouvrir et régler la correspondance ordinaire et officielle, ordonnancer les dépenses autorisées par la L∴ et faire le lien entre l'obédience et la L∴. Je dois aussi représenter la L∴ à l'extérieur. Lors de ma première année de vénéralat, je l'ai fait de temps en temps avec grand plaisir. Sans doute pas assez mais il faut dire que la localisation géographique particulière de ma L∴ m'empêche de voyager aussi souvent que je le voudrais (la L∴ la plus proche est en effet à une heure de route).

    Bref, tout ça, c'est du travail. Mais j'ai de la chance car je peux m'appuyer sur un collège des officiers où chacun sait ce qu'il a à faire. Il faut dire que j'avais prévenu les membres de mon atelier. Pour moi, le V∴M∴ n'est qu'un chef d'orchestre. Il doit donc jouer de l'orchestre. Il n'a pas vocation à être le soliste dans chaque famille d'instruments. En clair, les membres de ma L∴ savent que je suis rarement le dernier à fermer la porte et à éteindre la lumière en partant. Je délègue donc volontiers et cela marche plutôt bien. Je sais que d'autres Vénérables ont des façons de fonctionner différentes de la mienne.

    equerre_maconnique_bois.jpgMon programme, bien sûr, est de ne pas en avoir. Je ne suis pas un élu profane. Je préside une structure initiatique, ésotérique et traditionnelle. Ce n'est pas la même chose. Je dois simplement demeurer le catalyseur des forces vives de ma R∴L∴. Et c'est déjà beaucoup car je dois non seulement forger de nouveaux maillons mais aussi veiller à la formation des apprentis, des compagnons et même des maîtres. Pour cela, je peux compter sur les surveillants et le grand expert. A eux le soin d'organiser, de temps en temps, des réunions d'instruction. Je dois enfin susciter des réflexions, donner l'envie aux FF∴ de plancher, de s'impliquer dans la vie obédientielle (au niveau régional et national), encourager les initiatives d'où qu'elles viennent.

    Je ne dois laisser personne sur le bord du chemin. Cet aspect du travail de V∴M∴ est essentiel. Je dois être en mesure de percevoir le découragement, la tristesse et les problèmes qui peuvent accabler l'un ou l'autre afin que nul n'abandonne le chantier. A ce titre, il me faut ouvrir l'oeil et le bon mais sans être intrusif. Je dois aussi prévenir les conflits ou les risques de conflit qui peuvent survenir entre les membres de la LL∴. Et puis enfin, je ne dois surtout jamais oublier que je suis de passage. Il me faudra nécessairement passer le témoin au successeur que la L∴ choisira librement le moment venu. Aller de la lumière à l'ombre avec, je l'espère, le sentiment du devoir accompli. Tout simplement.