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todd e. creason

  • De l'instruction maçonnique

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    L9t6KE3YjFbEj3riQVlfDyBA4os.jpgUn surveillant de ma loge m'a récemment confié qu'il avait des difficultés à organiser des temps d'instruction maçonnique et à préparer les frères dont il a charge à recevoir leur augmentation de salaire. Il est vrai que la situation singulière de mon atelier et l'éloignement géographique de ses membres ne facilitent pas toujours cette instruction en dehors des tenues solennelles d'obligation. C'est ainsi. Il faut faire avec. Cependant, l'éloignement géographique n'explique pas tout. Je sais en effet que d'autres loges sont confrontées au même problème alors que leurs membres les plus éloignés résident dans un périmètre de 20 à 30 km maximum.

    C'est également le cas, semble-t-il, aux Etats-Unis d'Amérique ainsi que l'indique le frère Todd E. Creason sur le blog The Midnight Freemasons. Celui-ci a écrit le passage suivant :

    « (...) Cependant, il ne sert à rien de se plaindre à ce sujet et essayer de pousser votre loge à faire de l'instruction maçonnique (...). Alors, je vous encourage à faire la même chose que moi. Instruisez-vous vous-mêmes ! Les moyens ne manquent pas. Il existe des bibliothèques dans de nombreuses loges - malheureusement , beaucoup sont inutilisées, mais le côté positif est qu'elles n'attendent que vous.  Beaucoup de livres fantastiques sur la franc-maçonnerie sont disponibles à Barnes & Noble ou peuvent être commandés sur Amazon. Il y a de vastes ressources disponibles auprès des organismes de recherche maçonniques. Voyez s'il existe dans votre Etat une loge recherche.  Plus vous explorerez des sujets maçonniques, plus vous élargirez votre réseau et plus vous rencontrerez de frères qui seront dans le même état d'esprit de recherche que vous et qui contribueront à parfaire votre instruction en retour. Prenez la responsabilité personnelle de votre instruction et commencez l'apprentissage et la recherche. Et puis partagez ce que vous avez appris. Soyez le changement ! Visitez d'autres loges. Parlez. Écrivez. Restez en contact avec les frères qui partagent vos centres d'intérêt. »

    Ce point de vue m'a d'abord surpris. Puis, réflexion faite, j'y souscris entièrement. Les frères, y compris les plus jeunes, sont responsables de leur instruction maçonnique. La loge offre certes le cadre de travail mais on ne saurait non plus tout en attendre. Souvent j'ai remarqué que ceux qui se plaignent du manque d'instruction maçonnique, trouvent en réalité dans cette plainte une justification commode à leur paresse. Ils imputent aux surveillants la responsabilité du travail qu'ils pourraient faire mais ne font pas. Pourtant personne ne leur interdit de se documenter, de poser des questions, de se réunir et de travailler ensemble ou séparément sur des sujets relatifs à leurs grades ou à la tradition maçonnique. On ne vient pas en loge pour y recevoir des consignes. Il faut aussi un peu de curiosité. Un peu d'élan.

    Todd E. Creason prend l'exemple des bibliothèques maçonniques. Ma loge possède justement une bibliothèque qu'elle s'est constituée grâce surtout à l'implication d'un de ses membres. Eh bien voyez-vous, je ne suis pas sûr que cette bibliothèque serve en réalité à grand monde sauf, peut-être, au bibliothécaire de la loge qui a le plaisir de l'étoffer progressivement selon ses goûts. Je ne sens en effet ni de curiosité particulière chez les frères ni de désir d'emprunter les ouvrages qu'elle contient. J'ai même tendance à penser cyniquement que cette situation est paradoxalement une chance pour cette petite bibliothèque qui préserve ainsi son intégrité. Je sais d'expérience que les livres prêtés ne sont pas toujours rendus. Je me souviens également avoir fait don à mon ancienne loge d'une vingtaine d'ouvrages maçonniques. Quand je m'y rendais parfois en visite, j'étais chaque fois étonné de constater que les rayons n'évoluaient guère. J'avais l'impression que ces livres ne servaient à rien. Ils décoraient la salle humide. Il m'arrive, parfois, de regretter ce don.

    2715604317.jpgTodd a fait également référence aux loges de recherches. Cet exemple me parle car j'en ai fréquenté une du temps où je résidais à Bruxelles. Cela remonte à près de vingt ans. Cette loge de recherches, qui travaille sous les auspices de la Grande Loge de Belgique, existe toujours si je ne m'abuse. Elle a probablement beaucoup évolué depuis. Mais combien étions-nous à l'époque ? Sept ? Dix peut-être ? Guère plus. Il y avait quelques érudits. Un curieux de passage (jamais le même). Un professeur des universités. Mais il s'agissait fondamentalement d'une bande de copains qui avait un intérêt commun pour la tradition maçonnique. Qu'ai je vraiment retenu de ce temps passé sur les colonnes de cette loge ? Je vais être honnête : rien de bien transcendant si ce n'est le sentiment, au fond, que le travail véritable s'effectue souvent seul.

    Aujourd'hui, les moyens de parfaire son instruction maçonnique ne manquent pas. On peut y ajouter les blogs et les sites maçonniques. Certes, la qualité varie mais tous ces espaces virtuels abordent quantité de sujets que les loges n'ont pas forcément le temps de traiter. J'ai la faiblesse de croire que ce petit blog contribue, à sa manière et avec ses imperfections, à l'instruction maçonnique du plus grand nombre. Mais si je le rapporte à l'utilité de mes frères de loge je dois reconnaître, sans être désobligeant vis-à-vis d'eux, qu'il les laisse dans l'indifférence la plus complète à l'exception, peut-être, d'un ou deux.

    Je crois donc que l'on se fabrique sa propre instruction maçonnique au fil du temps ainsi que le suggère le frère Creason, c'est-à-dire de lecture en lecture, de visite en visite, de rencontre en rencontre. Sans plan ni objectif précis mais avec la volonté de comprendre ce que l'on fait en franc-maçonnerie et d'inscrire sa démarche philosophique dans une histoire.

  • L'absentéisme en loge

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    2715604317.jpgVoici une nouvelle réflexion du F∴ Todd E. Creason que je voudrais vous faire partager. Elle illustre le désarroi d'une maçonnerie américaine qui a bien du mal à comprendre l'érosion continue de ses effectifs. Creason écrit :

    « Donc disons que je possède une entreprise qui vend des fournitures de bureau, et je commence à perdre des clients. Je vois tout de suite qu'il y a un problème. Quelque chose a changé et j'ai besoin de comprendre ce qui se passe. Si je suis un entrepreneur intelligent, je ne vais pas dépenser beaucoup d'argent en publicité pour tenter d'attirer de nouveaux clients tant que je n'ai pas compris pourquoi je ne peux pas garder mes anciens clients. Donc soit ce que je fais est mal, soit quelqu'un d'autre est en train de faire mieux que moi. Pourquoi les loges maçonniques ont tant de mal à comprendre cela ? »

    Pour Todd, le problème est évident. Ce sont les LL∴ qui se remettent insuffisamment en question. Elles mettent trop d'énergie à recruter sans s'interroger sur les moyens de garder les FF∴ sur les colonnes. C'est comme si elles s'épuisaient à remplir un seau percé.

    Il constate que les organismes annexes (le rite écossais, les chevaliers templiers principalement) pillent les effectifs des LL∴ et parviennent à davantage impliquer leurs membres. Il en déduit que c'est parce que ces FF∴ obtiennent quelque chose qu'ils ne reçoivent pas en L∴ bleue. Et de préconiser l'identification des problèmes potentiels :

    « Si vous voulez que votre loge prospère, il n'y a aucune raison d'ajouter un seul nouveau membre tant que vous ne comprenez pas pourquoi vous ne pouvez pas garder ceux que vous avez. Il faut faire une pause. Parler de ça. Parlez-en avec ceux qui ne viennent plus. Regardez vos réunions - sont-elles ennuyeuses ? Vos membres actifs les attendent-ils avec impatience  ou non ? Faites-vous suffisamment d'instruction maçonnique lors de vos réunions ou invitez-vous des conférenciers à venir parler ? Avez-vous des activités caritatives dans votre Loge ? »

    L'analyse de Todd est pleine de bon sens, même si elle a un côté marketing prononcé. En tout cas, elle pourrait très bien s'appliquer à toute L∴ française confrontée à un fort absentéisme (il y en a beaucoup ou en tout cas bien plus que ce qu'on croit). Pourtant, je ne la partage pas entièrement car si la remise en cause est toujours un exercice salutaire, il ne faut pas non plus tomber dans la culpabilité à outrance.

    Je ne parlerai pas ici du contexte américain proprement dit. Ma connaissance de la maçonnerie d'outre-Atlantique n'est que livresque. Il y manque les fruits d'une expérience vécue. C'est la raison pour laquelle je me permets de renvoyer le lecteur à l'analyse de l'ancien G∴M∴ de la G∴L∴ du Kansas. Je vais donc me borner à la maçonnerie française que je fréquente depuis deux décennies maintenant (je pense donc avoir un recul suffisant).

    En fait, je crois d'abord que l'absentéisme ne date pas d'aujourd'hui. Ce n'est pas un phénomène nouveau. Il a toujours existé. Ensuite, je crois que l'absentéisme n'a rien à voir avec les orientations d'une loge (symbolisme, sujets de société, etc.), du moins si les parrainages sont effectués à bon escient (les erreurs de casting existent !). Une L∴ doit toujours composer avec un seuil incompressible d'absents. 

    En réalité, l'absentéisme est multifactoriel. Il y a autant de raisons que de FF∴ absents et bien fin est celui qui pourra en dresser une typologie complète (mésentente, déception, ennui, manque de motivation, problèmes personnels, santé défaillante, etc.).

    Il y a néanmoins quelque chose que j'ai remarquée chez tous les FF∴ qui ne fréquentent plus ou alors rarement. C'est qu'ils ont généralement tous une bonne raison. Foireuse ou pas, c'est un autre problème. Ce qui compte, c'est qu'elle soit forcément bonne pour eux. Autrement dit, qui veut rester chez lui trouvera toujours le prétexte adéquat pour rester chez lui. C'est aussi simple que ça. Et on pourra dépenser toute l'énergie du monde à vouloir les stimuler que ça n'y changera rien.

    Une loge maçonnique, comme d'ailleurs n'importe quelle autre association humaine, repose donc en large partie sur le dynamisme des plus motivés, sur ceux qui s'impliquent et sur ceux qui sont suffisamment passionnés pour ne pas se complaire dans les moments inévitables de lassitude et de découragement. Il faut aussi, bien sûr, que ces éléments les plus dynamiques - lesquels forment souvent les « vieilles gardes » dans les ateliers - aient l'intelligence et l'ouverture d'esprit nécessaires pour que la loge puisse se renouveler tranquillement de l'intérieur, en accueillant de nouvelles propositions, en se montrant attentif à l'évolution des plus jeunes, en suscitant des projets.

    C'est un équilibre bien compliqué à trouver en vérité. Il faut faire face aux difficultés avec calme. Et quand on est à court de réponses vives et d’explications intelligentes, il faut avoir la sérénité d’accepter toutes les choses qu'on ne peut changer, le courage de changer les choses qui peuvent l'être et la sagesse d’en connaître la différence.

  • Des deux côtés de l'Atlantique

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    2715604317.jpgLe F∴ Todd E. Creason, dont j'avais déjà parlé, est revenu sur la baisse des effectifs de la F∴M∴ américaine.

    Beaucoup de profanes se font initier, souvent parce qu'ils ont été approchés par des parents, des amis, des collègues. Au départ, les jeunes maçons sont plein de bonne volonté. Ils passent leurs trois grades symboliques sans problème (généralement c'est l'affaire de quelques mois à peine car les loges de rite d'York travaillent essentiellement au grade de maître). Puis, un beau jour ils finissent par disparaître dans l'indifférence générale. Ils démissionnent ou, le plus souvent, ils demeurent absents des travaux.

    Le F∴ Creason propose trois pistes à explorer pour aider les FF∴ à ne pas se décourager et à améliorer leur démarche maçonnique.

    Il faut inviter les FF∴ à s'exprimer. Selon Creason, il faut d'ailleurs commencer dès les enquêtes afin de mieux cerner les motivations et les attentes des candidats. Par la discussion, on peut ainsi répondre éventuellement aux désirs des uns et des autres, prévoir des activités et des actions particulières, et créer une saine émulation qui fidélise les membres.

    Il faut impliquer les FF∴ dans la vie des loges. Et notamment à davantage les associer à l'exécution du rituel et à la vie administrative de l'obédience. On ne vit pas la maçonnerie de la même façon quand on est acteur dans son atelier ou dans son obédience et qu'on ne reste pas assis sur sa colonne en attendant que la tenue se passe.

    Il faut enfin instruire les FF∴ et les éclairer sur le sens de ce qui est dit et fait en loge. Donner du sens à ce que l'on fait participe aussi à la solidité et à la pérennité du groupe. L'instruction maçonnique est essentielle.

    Ce que Creason dit, semble tomber sous le sens. Et pourtant, dans quelle mesure les pistes qu'il évoque, ne sont-elles pas aussi à suivre chez nous de l'autre côté de Atlantique ?

  • Etre un bon maçon est la seule récompense

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    creason.jpgVoici un joli petit témoignage du F∴ Todd E. Creason, 33ème, de l'Illinois (Etats-Unis) que je voudrais vous faire partager.

    "Il y a quelques années, j'avais aidé la fille d'un frère passé à l'orient éternel à faire du rangement. Elle avait gardé une malle remplie d'affaires maçonniques et savait pas quoi en faire. Alors je suis allé vérifier. Et je dois reconnaître que je fus surpris de ce que j'y trouvai. Elle était effectivement remplie de choses relatives à la franc-maçonnerie, mais il y avait aussi un nombre considérable de prix maçonniques, de plaques, de certificats, de rubans, de médailles, etc., y compris un couvre-chef de 33ème degré et un certificat d'admission encore roulé dans son tube en carton d'origine. Ce n'était en fin de compte que des trucs moisis dans une vieille malle. Il s'agissait pourtant de distinctions que nombre de FF∴ auraient affiché fièrement. J'ai alors demandé à la fille du défunt pourquoi toutes ces affaires avaient été mises dans cette malle. La fille me répondit que c'était l'endroit où son père mettait apparemment tout ce qu'il avait reçu en franc-maçonnerie. Il n'a jamais rien affiché ostentatoirement. Il n'a jamais fait étalage de son chapeau de 33ème, de ses médailles et cordons maçonniques.

    Je fis remarquer à la fille que le parcours maçonnique de son père avait été remarquable et qu'il était étonnant qu'il l'ait caché dans cette vieille malle. Elle m'avait répondu ceci : "Je me souviens de certaines distinctions reçues par papa. Je sais qu'il était toujours reconnaissant et surpris chaque fois qu'il en recevait mais il m'a toujours dit que ce n'était pas la raison pour laquelle il était devenu franc-maçon. Il disait qu'être un bon maçon a toujours été sa seule récompense. Il n'a jamais eu besoin d'autre chose."

    Pour le F∴ Creason, cette histoire montre que si on fait quelque chose dans l'espoir d'être récompensé, alors on agit pour une mauvaise raison. On ne vient pas en franc-maçonnerie pour collectionner des dignités, des médailles et des tabliers, mais pour travailler humblement sur soi-même avec ses FF∴ dans l'intimité de la L∴. C'est ce que le F∴ Mark Twain, le célèbre auteur des Aventures de Tom Sawyer, formulait ainsi : "Il est mieux de mériter des honneurs que l'on a pas obtenus que de les obtenir sans les avoir mérités."

    decors.jpgLes décors, les rubans, les titres et les grades ne sont que des fictions symboliques qui témoignent d'une ancienneté et d'une progression au sein de la hiérarchie initiatique. En réalité, ces fictions symboliques impliquent plus de devoirs que de droits. Généralement, les vaniteux obnubilés par les apparences, ne savent pas à quoi elles les engagent.

    Ressembler à un franc-maçon parce qu'on porte un tablier ou qu'on est membre d'une L∴, est une chose. Mais être franc-maçon et se comporter comme tel, à chaque minute de son existence, en est une autre. C'est même toute la difficulté de l'initiation que le rite français résume en deux phrases lourdes de sens : "A toute heure, rappelons la grandeur des devoirs que nous nous sommes imposés. A toute heure, soyons prêts à les remplir."