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terrorisme

  • Hommage à la mémoire de M. Jacques Hamel

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    hamel.jpgMes pensées émues et fraternelles vont à M. Jacques Hamel, 86 ans, curé à Saint-Etienne-du-Rouvray, assassiné lâchement par un jeune islamiste de 19 ans alors qu'il disait tranquillement la messe.

    Elles s'adressent également à tous les habitants de cette commune durement éprouvée par cette terrible nouvelle.

    Il me paraît important de souligner que M. Hamel participait aussi à un comité interconfessionnel avec le comité régional du culte musulman.

    L'assassin voulait donc clairement s'en prendre à ce vieil homme dévoué et apprécié de tous, parce qu'il symbolisait la volonté de service et de dialogue oecuménique.

    Je voudrais aussi souligner la grande dignité avec laquelle les autorités catholiques ont réagi à cette affreuse nouvelle. Elle contraste avec la fébrilité de certains politiciens cyniques prompts à la polémique et désireux d'exploiter électoralement tous les drames qui frappent notre pays.

    La France ne sera forte que si elle demeure rassemblée dans le respect des valeurs de tolérance, de respect mutuel et de liberté de conscience.

    Il me vient à l'esprit cet extrait du poème de Kipling :

    Si tu peux conserver ton courage et ta tête
    Quand tous les autres les perdront,
    Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
    Seront à tout jamais tes esclaves soumis
    Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
    Tu seras un Homme, mon fils.

    Que nous restions lucides face à ceux qui prônent la haine et les surenchères simplistes de toutes sortes, c'est tout le mal que je nous souhaite !

  • Terreur dans l'Hexagone

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    kepel.jpgGilles Kepel, spécialiste bien connu de l’islam et du monde arabe contemporain, vient de signer avec Antoine Jardin, spécialiste de la sociologie des quartiers populaires, un livre absolument passionnant dont je recommande vivement la lecture à tous ceux qui veulent comprendre le terrible engrenage qui a conduit près d’un millier de jeunes Français à rejoindre le champ de bataille syro-irakien et, pour certains d’entre eux, à perpétrer des attentats sanglants sur le territoire national.

    Avec minutie et une connaissance particulièrement exhaustive du sujet, les auteurs analysent les évolutions du jihadisme contemporain, notamment depuis les dix années qui séparent les émeutes de l’automne 2005 des attentats de janvier et novembre derniers. Le jihadisme actuel est profondément influencé par l’Appel à la résistance islamique mondiale publié en janvier 2005 par le syro-espagnol Abu Musab al-Suri (cf. p.52).

    « (…) Suri substitue à l’organisation pyramidale d’al-Quaida, dénuée d’implantation sociale, un djihadisme de proximité, selon un système réticulaire pénétrant par la base, et non plus le sommet, les sociétés ennemies à abattre (…) Il prône à sa place une guerre civile en Europe, appuyée sur des éléments de la jeunesse musulmane immigrée mal intégrée et révoltée, une fois qu’ils auront été convenablement endoctrinés et formés militairement sur un champ de bataille à proximité. Ce jihadisme de rhizome, consistant à passer sous les radars de l’ennemi et à retourner contre lui ses propres enfants adoptifs ou naturels, est construit en opposition avec le modèle centraliste, presque léniniste, mis en œuvre par Ben Laden. Suri résume son programme d’une formule qui fera florès dans la jihadosphère : Nizam la tanzim (un système, non une organisation. »

    Kepel et Jardin montrent également à quel point l’univers carcéral a favorisé la radicalisation de certains jeunes délinquants (Khaled Khelkal, Mohammed Mehra, Omar Omsen, Mehdi Nemmouche, Amédy Coulibaly, Chérif Kouachi, etc.). Ils soulignent aussi le rôle subtil et déterminant de certains doctrinaires salafistes (Djamel Beghal, Farid Benyettou, Olivier Corel, Imad Djebali, etc.)

    C’est la raison pour laquelle les auteurs estiment que la place de l’islam dans notre société se pose avec acuité. Pour Kepel et Jardin, il est grand temps que cette question fasse enfin l’objet d’un débat public sérieux, loin de la manipulation politique ou de l’outrance médiatique. Cette question centrale de société s’impose désormais au cœur d’une réflexion existentielle sur le présent et le devenir de la nation. Il ne s’agit pas pour les auteurs d’essentialiser a priori l’islam ou un groupe social par ses mœurs ou sa façon de vivre, mais de faire tout simplement une place légitime à l’islam dans la République comme n’importe quelle autre religion. Ni plus ni moins.

    Kepel et de Jardin mettent en évidence le lien existant entre le repli religieux et la marginalisation sociale, économique et politique touchant une large part de la jeunesse française, issue aussi bien de l’immigration post-coloniale que de milieux de « Français de souche ». Les auteurs donnent de très nombreux exemples. Je pense notamment à ce parcours croisé saisissant de Mehdi Nemmouche et de Nicolas Bons alias Abu Abdel Rahman. Les auteurs écrivent (p. 175 et 176) :

    « Les profils de Mehdi Nemmouche et de Nicolas / Abu Abdel Rahman Bons illustrent le spectre social et ethnique des activistes que Daesh parvient à attirer dans ses filets. A l’un des extrêmes, le fils de harkis et ould alh’ram de Roubaix, fracassé par le destin dès sa venue au monde, délinquant multirécidiviste, réislamisé en prison puis formaté en Syrie pour mettre son « vice » au service du djihad avant d’être mis en examen pour avoir massacré des juifs à l’imitation de Mehra, se fait arrêter par les douanes marseillaises à cause de son amateurisme, à bord de « l’autocar du shit ». A l’autre, un jeune Français « de souche », élevé par une mère divorcée dans un cocon de petite classe moyenne provinciale, au sein d’un lotissement pavillonnaire où les opportunités d’enrichissement culturel et de socialisation ont été remplacés par la solitude des adolescents devant leurs écrans, tablettes et smartphones. »

    Je pense aussi à l’exemple paradigmatique de la ville de Lunel (Hérault) qui a connu une vingtaine de départs de jeunes pour la Syrie. Six d’entre eux ont d’ailleurs trouvé la mort loin de chez eux. Les auteurs analysent longuement le tissus urbain, social, économique et religieux de la petite cité héraultaise qui abrita longtemps une importante communauté juive (pour la petite histoire la loge locale du Grand Orient a pour titre distinctif « Etoile et Croissant », preuve du « métissage religieux » de cette petite cité bâtie sur les bords de l'imprévisible Vidourle). Kepel et Jardin soulignent que les intégristes ont su habilement s’installer dans cette ville durement frappée par la crise en profitant de la désespérance d’une jeunesse sans avenir. Ils montrent que la rhétorique islamiste est d’une redoutable efficacité, notamment lorsqu’elle instrumentalise le concept « d’islamophobie » (cf. p. 193).

    « En ce sens, l’usage politique de l’islamophobie par les islamistes fonctionne exactement à la manière de l’antisémitisme par les sionistes, tel du moins qu’il est dénoncé par ses détracteurs : il interdirait toute critique des juifs du fait de la Shoah et justifierait les bombardements de Gaza par l’armée de Benyamin Netanyahou durant l’été 2014 et le massacre des femmes et des enfants palestiniens. »

    Gilles Kepel, Antoine Jardin, Fanatisme, Islam, laïcité, République, Terrorisme, Lunel, La République doit donc aller au-delà des incantations laïques sur le citoyen abstrait pour regarder la réalité en face. Qu’on le veuille ou pas, ces extrémistes ne surgissent pas soudainement du néant. Ils ont des histoires, des parcours de vie, qu’il est absolument primordial d’analyser en profondeur sous peine de ne rien comprendre aux problèmes auxquels la France est confrontée. Pour ce faire, il ne faut pas du tout se laisser impressionner par ceux qui, en France, réfutent bruyamment toute volonté de compréhension comme s’il s’agissait d’excuser le terrorisme, les attentats, et de façon plus générale, l’obscurantisme religieux. Ces faux lucides sont de grands naïfs. Ils sont aussi dangereux politiquement que les intégristes car ils réduisent tout à l’émotionnel ou au pathos du moment, quand ce n’est pas aux discours va-t-en-guerre et xénophobes à courte vue. Kepel et Jardin soulignent à cet égard le rôle nocif des extrémistes de droite dont les succès électoraux, via le FN, contribuent à renforcer la polarisation de la société et à instiller, au cœur même de la population, le sentiment catastrophiste d’un déclin français et d’une invasion islamique.

    Il ne faut donc ni ethniciser ni sacraliser les problèmes. Il faut au contraire les politiser dans le bon sens du terme et les envisager aussi sous un angle social. La position de Kepel et de Jardin n’a fondamentalement rien d’extraordinaire car ce constat est aussi vieux que la République. Ça me fait en tout cas songer à cet avertissement de Jean Jaurès au lendemain des élections municipales de 1904 (cf. Jaurès, L’Humanité, 9 mai 1904) que les pourfendeurs de la soi-disant « culture de l’excuse » feraient mieux de méditer :

    « Qu’il [le gouvernement] ne faiblisse pas., qu’il comprenne tout le sens à la fois laïque et social du grand combat qui vient d’être livré et que, sans négliger l’achèvement nécessaire de l’œuvre de laïcité, il engage résolument la majorité républicaine dans la voie des réformes sociales. »

    La laïcité est donc indissociable de la justice sociale. Sans justice sociale, la laïcité s'expose inévitablement à des remises en cause. Il faut donc que notre pays sache regarder, lucidement et sans faiblesse, ce qui se passe en son sein. Kepel et Jardin notent (p. 316) :

    « Nous nous accorderons avec lui [Pierre Manent], par-delà la monstruosité des crimes commis contre la France par certains de ceux qui, en dépit qu’ils en aient, font partie de ses enfants, fussent-ils dévoyés, que la terreur dans l’Hexagone est aussi le symptôme d’un malaise dans notre civilisation »

    Mais, Gilles Kepel et Antoine Jardin refusent toute logique communautariste. Selon eux, l’Etat est et doit demeurer laïque. Les religions ne doivent pas être les relais primordiaux de l’action publique. Ce faisant, l’Etat doit reconnaître la place légitime des convictions religieuses ou philosophiques dans l’espace public. Les auteurs concluent :

    « Dans pareil contexte, l’église, la mosquée, la synagogue, le temple, protestant ou maçonnique, ces lieux de foi ou d’obédience dont la laïcité reconnait la place légitime au sein de la société des hommes, ne sauraient s’ériger en relais primordiaux d’intervention de l’Etat. Si une institution, au terme de ce ce cheminement, nous semble devoir être refondée et reconstruite pour traiter sur le long terme cet immense défi, c'est l'instruction publique, depuis la crèche jusqu'à l'université, tombée aujourd'hui dans l'indigence du fait d'une impéritie coupable de la classe politique tout entière. »

    Un livre à lire d’urgence.

    Gilles Kepel avec Antoine Jardin, Terreur dans l'Hexagone. Genèse du djihad français, Gallimard, Paris, décembre 2015. Prix public : 21 €.

  • Attentats de Paris : les mots sont importants

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    Attentats, Paris, Terrorisme, Jean-Paul Delevoye, 2015La France a beau être en plein deuil, le bavardage sur les terribles attentats de Paris est permanent. Ce bavardage frise souvent l'indécence avec, par exemple, ces questions cons de journalistes posées au quidam rencontré dans la rue. Que ressentez-vous ? Qu'auriez-vous envie de dire à ces terroristes ? Avez-vous peur ? Etc.

    Puis c'est la logorrhée médiatique des bons clients, des spécialistes de ceci ou de cela, des "terroristologues", des anciens généraux, des anciens des services secrets, des magistrats antiterroristes, des éditocrates sentencieux, des spécimens de la société civile (c'est-à-dire en réalité du Paris mondain), des intellectuels, des imams estampillés "vus à la TV" et des politiques bien entendu... 

    Ce bavardage tourne en boucle et sans répit. Les heures tournent. On se rend compte, au fond, qu'on n'apprend pas grand-chose ou en tout cas rien de nouveau par rapport à ce qui avait pu se dire durant les mois et les années précédentes.

    Le pathos ambiant semble tout anesthésier. Il va falloir pourtant vite se réveiller car on emploie de plus en plus un vocabulaire guerrier à courte de vue et essentiellement réactif en croyant répondre ainsi au désir de vengeance d'une population française qui impressionne, au contraire, par son calme, sa dignité et ses sentiments élevés de cohésion et de fraternité.

    Parmi toutes les interventions télévisuelles, j'en retiendrai cependant une qui m'a impressionné par sa clarté et sa sobriété. Elle émane de M. Jean-Paul Delevoye, ancien médiateur de la République et actuel président du Conseil économique, social et environnemental.

  • De "l'entrisme musulman" au G∴O∴D∴F∴

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    A moi les enfants de la V ! Des terroristes musulmans essaient d'infiltrer le G∴O∴D∴F∴ !

    Depuis plusieurs semaines, c'est l'effervescence dans la région lyonnaise et dans la vallée du Rhône car le G∴O∴D∴F∴ aurait reçu plusieurs candidatures suspectes.

    Vous voulez savoir à quoi ça ressemble une candidature suspecte ?

    (Cliquez sur l'image pour lire)

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    Bref, c'est aussi crédible qu'un mail envoyé par un inconnu qui vous dit qu'il est atteint du cancer en phase terminale et qu'il a décidé comme ça, un beau jour, de vous léguer - oui ! à vous qu'il n'a jamais rencontré - son immense fortune de plus d'un million de dollars.

    Bref, vous l'aurez compris, c'est de la prose d'analphabète et c'est bien le genre de message douteux qui aurait dû être jeté à la corbeille comme tous les autres spams quotidiens. Un non événement en somme.

    En effet, point n'est besoin d'être analyste à la DGSI ou à la DGSE pour flairer le plan foireux à des kilomètres.

    Bref, c'est de l'amateurisme crasseux ou un canular lourdingue.

    "Bijour missié. Ji voudré divinir frimaçon kar ji ti trouve tré genti ? Eské ti pi mi répond tré vit siouplé ?" Non mais franchement... vous n'avez pas envie de rire ?

    Et le drame, vous voulez que je vous dise ? C'est l'excitation avec laquelle ce genre de candidature comico-tragique est accueilli ! Jugez-plutôt ce courrier électronique qui m'a été transféré par un Fpeu regardant sur le secret de la correspondance (mais c'est habituel en maçonnerie... de nombreux FF ne savent pas se servir correctement des mails et constituent des listes qu'ils sont ensuite incapables de gérer... J'ai donc évidemment effacé les adresses).

    (Cliquez sur l'image pour lire)

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    Vous avez bien lu. Il s'agit d'une "candidature habituelle d'entrisme musulman" (sic). Il faut quand même écrire plus vite qu'on ne réfléchit pour proférer une bêtise pareille et, surtout, oublier qu'il y a en maçonnerie de nombreux FF et SS de confession ou de culture musulmane qui n'ont rien à voir, directement ou indirectement, actuellement ou potentiellement, avec des terroristes fanatiques.

    Je vais redevenir un peu plus sérieux maintenant.

    Loin de moi l'idée de réfuter a priori un possible entrisme d'éléments subversifs au sein de la FM en général et du G∴O∴D∴F∴ en particulier. C'est un risque comme un autre. Mais il ne faut pas l'exagérer non plus, surtout s'il se concrétise de façon aussi caricaturale et risible que le premier mail ci-dessus.

    Pour ma part, je trouve qu'il serait urgent et utile de s'interroger sur un autre type d'entrisme : l'entrisme des cons car des cons, il y en a beaucoup et de toutes sortes. Parfois, ils sont difficiles à repérer parce qu'ils forment des cellules dormantes. Mais le plus souvent, ils parlent bruyamment tout en s'agitant beaucoup. Et comme le disait le regretté Audiard, ils osent tout et c'est précisément à ça qu'on les reconnaît.

    Qui pourrait prétendre qu'on a endigué cette menace pour l'Obédience ? Hein ?