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symbolisme

  • Guénon le mystificateur

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    3725397149.jpgJe souhaiterais vous recommander la visite du site de Marc Labouret que j'ai découvert récemment et plus particulièrement la lecture de trois articles consacrés à René Guénon (cf. les liens en bas de la présente note).

    Dans l'article intitulé Guénon et la Franc-Maçonnerie, Marc Labouret écrit :

    « Fera-t-on le tri, dans les œuvres de Guénon relatives à la Franc-maçonnerie, entre les rares passages qui méritent peut-être le respect et le magma d’erreurs et de tromperies ? Il est plus expédient de négliger le tout. Son expérience réduite, sa documentation tronquée, le tissu d’erreurs qui constitue tout son discours sur la franc-maçonnerie, sur son histoire comme sur sa symbolique, le disqualifient complètement à ce sujet. »

    C'est vrai qu'un tel tri ne serait pas inutile. Des auteurs ont d'ailleurs commencé à le faire, comme Jean van Win par exemple, dont le livre, Contre Guénon, publié en 2010, est à avoir dans sa bibliothèque.

    Bref, Marc Labouret est parvenu à faire une petite synthèse élégante des incongruités du «guénonisme» qui exercent toujours un étrange magistère moral sur certains francs-maçons. Marc Labouret démonte les affirmations martelées obsessionnellement par le « pape de la tradition primordiale et de la transmission ininterrompue » en utilisant pour cela des comparaisons astucieuses et ironiques.

    « Guénon semble ignorer qu’un symbole prend sens parmi ceux qui l’entourent dans un même cadre cohérent. C’est aussi vrai des symboles maçonniques que des symboles hindous, musulmans ou jivaro. On peut trouver des parentés entre tout et n'importe quoi, c'est comme de dire qu'il y a chez les Beatles des notes qu'on a déjà entendues chez Bach. C'est à l'évidence une trace incontestable de la transmission initiatique. »

    Labouret souligne donc les connaissances approximatives de Guénon dans le domaine de la symbolique et de l'histoire. Il montre que le guénonisme, sous ses apparences inoffensives, est tout simplement une idéologie d'extrême droite, profondément réactionnaire et anti-moderne qui a su fédérer autour d'elle un noyau de dévots actifs.

    Je vous laisse découvrir ce site magnifiquement réalisé qui aborde évidemment plein d'autres sujets. Il est à mettre dans vos favoris.

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    Articles de Marc Labouret

    Avec ou sans Guénon (15 juillet 2017)

    Guénon et la Franc-Maçonnerie (31 juillet 2017)

    Guénon l'idéologue ou Philippulus le prophète (24 août 2017)

    Billets du blog 3,5,7 et plus

    René Guénon l'anti-moderne (19 octobre 2015)

    L'idéologie politique de René Guénon (21 octobre 2015)

    L'idéologie guénonienne appliquée à la franc-maçonnerie (1er décembre 2015)

    Critica Masonica. Extrême droite et ésotérisme (6 mars 2016)

  • Edmond About et l'esprit de 89

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    about.jpgEdmond About (1828-1885) est tombé dans oubli depuis longtemps.
    Au dix-neuvième siècle, il était pourtant une personnalité très connue du monde des lettres et des arts. Ecrivain brillant, journaliste, critique d'art reconnu, membre de l'Académie française, About faisait partie des intellectuels qui comptaient à l'époque et dont les opinions étaient écoutées. About était également franc-maçon. Ce lorrain d'origine avait été initié le 7 mars 1862 au sein de la loge Saint-Jean de Jérusalem à l'orient de Nancy. Le Dictionnaire Universel de la Franc-Maçonnerie (sous la direction de Daniel Ligou, PUF, 3ème édition, 1991), dit à son sujet :

    « En tant que journaliste, il soutint, dans les divers journaux auxquels il collaborait et notamment dans Le Siècle, les positions de la tendance « de gauche » de la Maçonnerie républicaine et notamment son hostilité aux « Hauts Grades » et à la Grande Maîtrise. »

    Ce que dit Le Dictionnaire Universel de la Franc-Maçonnerie est vrai, à ceci près toutefois qu'Edmond About avait une opinion suffisamment haute de lui-même pour représenter une tendance de la Maçonnerie à lui tout seul. En effet, About n'avait pas cinq ans de présence active en maçonnerie qu'il se permettait déjà de se moquer de la puérilité du rite ou encore de la vanité des hauts grades qu'il ne fréquentait pourtant pas. Il considérait que le symbolisme maçonnique avait fait son temps et que les loges devaient se consacrer à des discussions plus utiles. Edmond About était donc bien dans le ton de son époque. Dans les années 1860, la France étouffait sous le Second Empire. About voulait débarrasser la franc-maçonnerie des cordonniteux qui étaient aussi souvent les courtisans zélés d'un régime détesté.

    Si Edmond About était aussi critique à l'égard de la tradition maçonnique, c'est parce que cette dernière le dérangeait chaque fois qu'il critiquait l'antimaçonnisme virulent de l'Eglise Catholique romaine. En effet, comment pouvait-il s'en prendre à l'obscurantisme de l'Eglise, à ses pratiques surannées, alors qu'il appartenait lui-même à un ordre initiatique, comprenant ses propres rites, et qui faisait obligatoirement référence au Grand Architecte de l'Univers ? Comment pouvait-il se moquer des mitrés alors que la maçonnerie charriait elle aussi son clergé de hauts gradés, de cordonniteux, de grands élus de ceci et de chevaliers de cela ? Il y avait pour lui comme une sorte de contradiction qui le plaçait dans une situation inconfortable.

    Que peut-on en penser ?

    Je crois, pour ma part, qu'il est est vain de critiquer l'opinion d'About car elle porte tout simplement les marques de son temps. Elle est indissociable du contexte historique dans lequel elle prend place et l'on commettrait des contresens si on la jugeait avec notre regard d'homme du vingt et unième siècle. En revanche, il me paraît plus intéressant de montrer comment l'écrivain est parvenu à surmonter cette apparente contradiction. Voici ce qu'il écrit en 1866 alors que - je le rappelle - il n'a pas cinq ans de maçonnerie (Edmond About, Causeries, deuxième série, Hachette, Paris, 1866, p. 370) :

    « Qu'est-elle donc [la franc-maçonnerie] ? Une vaste association de bourgeois honnêtes, intelligents et tolérants, qui se rassemblent de temps à autre pour parler de ce qui les unit sans toucher à ce qui les divise. La loge maçonnique, très utile surtout dans les villes de province, est un petit conservatoire où quelques hommes d'opinions et de religions diverses, vont respirer en commun l'esprit de 89. On y perd beaucoup de temps, je l'avoue. Les vieux rites, parfaitement inutiles aujourd'hui, prennent une place qui pourrait être consacrée à des discussions utiles. Mais déduction faite des formes surannées et des symbolismes oiseux, il reste un fond sérieux et un enseignement sain. La seule agglomération de citoyens inégaux dans la société civile et qui deviennent égaux tout d'un coup ; le contact de ces juifs, de ces protestants et de ces catholiques qui s'appellent frères ; l'introduction d'un Russe ou d'un Anglais qui se sent et se dit notre concitoyen dès qu'il a franchi le seuil de la loge; la hauteur des discussions qui planent au-dessus de toute actualité religieuse ou politique, la modération qui s'impose d'elle-même à tous les orateurs, l'autorité quasi paternelle du président, la cordialité des rapports voilà ce qui rachète amplement les côtés enfantins du rite. »

    About entendait privilégier le fond sur la forme. Le fond, pour lui, c'était l'esprit de 1789 seul capable de rassembler une avant-garde d'hommes éclairés bien décidée à fraterniser au-delà des clivages politiques ou religieux. La forme, c'était le folklore du rite et du symbolisme. Dans ce passage, About faisait donc sienne la vision présentant la franc-maçonnerie comme étant à l'origine de la Révolution française. On sait que l'historiographie moderne a fait litière depuis longtemps de cette croyance popularisée au départ par les adversaires de la franc-maçonnerie, puis par les francs-maçons d'obédience républicaine. Pour l'écrivain, l'essence de la franc-maçonnerie se trouvait sous les formes encombrantes des cérémonies. Il s'agissait de la retrouver  (cf. Causeries, op.cit., p. 373) :

    « Cette réforme faite, il restera la loge, l'humble atelier maçonnique où les plus honnêtes gens de la ville iront fraterniser ensemble, échanger amicalement leurs idées et s'instruire les uns les autres. Voilà le fond de la maçonnerie, ce qu'il faut respecter, honorer et étendre, s'il est possible, sur toute la surface du monde (...) Les hommes les plus éclairés de chaque ville se rassemblent à jour fixe, et chacun d'eux, écartant les préoccupations de la théologie et de la politique, cherche à fonder solidement la morale sociale, étudie les meilleurs moyens de rendre l'homme meilleur et plus heureux. Chacun apporte sa théorie; on s'éclaire réciproquement, on discute à l'amiable, un auditoire attentif et bienveillant profite des leçons, soumet ses doutes, provoque les explications et fixe laborieusement ses idées sur le bien et sur le mal. La franc-maçonnerie ainsi comprise n'est pas une institution de luxe, croyez-moi, et sa tâche n'est pas une sinécure. Songez donc il s'agit de fonder une morale qui s'impose avec l'autorité la plus incontestable au genre humain tout entier. Etant donnés un protestant comme Lincoln, un israélite comme M. de Rothschild, un musulman comme Abd-el-Kader, un catholique comme vous et un athée comme Proudhon, rédiger une loi qui satisfasse tout le monde et ne blesse ni les opinions, ni la foi, ni les intérêts de personne c'est l'harmonie universelle à fonder ni plus ni moins. Voilà le but de la maçonnerie, et quoiqu'il soit placé un peu haut, un peu loin, il est assez digne d'ambition pour que les plus honnêtes gens chaussent leurs bottes et se mettent en route. Mais plus la route est longue et le but élevé, plus il importe de secouer tout bagage inutile. Or, j'ai indiqué discrètement tout le fatras qui surcharge la maçonnerie actuelle. »

    About exaltait en définitive l'esprit associatif dans lequel il percevait le noyau dur de l'esprit maçonnique. Pour About, l'originalité profonde de la maçonnerie spéculative résidait dans l'idée simple que les hommes sont faits pour se rencontrer et fraterniser. Ce qui n'était pas mal vu dans la mesure où cette approche rejoignait celle du pasteur Anderson et des pères fondateurs de la franc-maçonnerie.

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    Un souvenir à propos d'Edmond About. Celui d'une négociation difficile que Charles Cousin avait entreprise pour le compte de Maria Deraismes. Le 18 décembre 1876, la journaliste féministe, profane à l'époque, avait sollicité Charles Cousin pour qu'il l'aide à convaincre Edmond About de faire une conférence publique à Pontoise. 

    « Cher Monsieur,

    Je viens vous prier de me prêter votre appui pour pénétrer auprès de M. Ed. About, afin de lui arracher, je crois que ce sera dur, la promesse de faire une conférence à Pontoise. J'espère en votre haute influence. Vous, vous arriverez en ami largement autorisé ; moi, je m'avancerai timidement en suppliant — ictiz — un rameau à la main, comptant sur votre éloquence ; et il nous faudra tous deux enlever la place (...) »

    Cousin accepta d'intercéder auprès d'About. Il reçut de ce dernier la réponse suivante :

    « Mon cher ami, 

    Quand vous voudrez me présenter à Mademoiselle Maria Deraismes, vous me ferez grand honneur et grand plaisir. Je connais depuis longtemps cette noble fille de France ; tous ses amis, sans vous compter, sont les miens. Mais, au nom du ciel, jurez-moi qu'il ne sera pas question de conférence ! Je me suis déjà engagé, fort imprudemment, à pérorer le mois prochain dans je ne sais quel théâtre de la place du Châtelet, au bénéfice d'une école laïque, et je m'effraie à la seule idée de prendre deux ou trois jours de préparation indispensable sur les nécessités toujours pressantes de mon journal (...) »

    Maria Deraismes espérait donc arracher une conférence publique d'Edmond About dont ce dernier ne voulait pas. On ignore si la pétroleuse parvint à ses fins aux termes de cette rencontre tant désirée.

     

  • 2015 année de l'écossisme

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    chaineunionjanv2016.jpgJe viens de parcourir le numéro 75 de la Chaîne d'Union, la revue d'études maçonniques, philosophiques et symboliques du G∴O∴D∴F∴, dont le dossier central est intitulé « 2015 année de l’écossisme ». Il eût été cependant plus judicieux d'écrire : « 2015 année de l'écossisme selon les obédiences libérales »

    En effet, le F∴ René Le Moal indique dans son éditorial :

    « 2015 fut l'année de l'Ecossisme. La décision en fut prise à Istanbul en 2011, lors d'une réunion des Souverains Grands Commandeurs du REAA libéraux. Deux cents ans auparavant, le Grand Orient de France, depuis longtemps partisan d'une centralisation des rites, avait pu définitivement rattacher à lui le Rite Ecossais Ancien et Accepté dans des conditions mouvementée. »

    Il y a une forte probabilité que les autres Suprêmes Conseils (souchés sur la G∴L∴D∴F∴, la G∴L∴N∴F∴ ou la G∴L∴A∴M∴F∴) n'aient la même lecture historique que tous les auteurs ayant participé à ce dossier de la Chaîne d'Union.

    Ce numéro 75 défend donc, il faut le souligner, une vision « pro G∴O∴ » de l'histoire institutionnelle du R∴E∴A∴A∴. Ce qui ne signifie pas pour autant que cette approche soit fausse, loin de là ! Mais disons que les maçons sont habitués aux querelles de boutique et que certains d'entre eux y prennent même un malin plaisir.

    Ceci étant dit, j'ai trouvé ce dossier passionnant, notamment l'article très didactique de Dominique Jardin et Fabrice Maurice sur la formation du R∴E∴A∴A∴. Les auteurs ont reproduit un schéma très utile qui permet au lecteur de se retrouver dans le dédale des Suprêmes Conseils actuellement en activités.

    J'ai bien apprécié également la contribution de François Cavaignac intitulée « le R∴E∴A∴A∴ ou l'intérêt du dualisme en philosophie ». L'auteur donne un aperçu global de ce rite maçonnique. A titre personnel, le maçon de rite français que je suis, ne s'est pas senti dépaysé. Les ordres de sagesse du R∴F∴ offrent en effet un parcours relativement similaire au R∴E∴A∴A∴ mais en plus condensé. Il y a évidemment de nombreuses nuances qui permettent de les distinguer (je pense par exemple à la façon dont la vengeance d'Hiram est conçue dans les deux systèmes et à la place qui lui est dévolue).

    Les interviews des FF∴ Jean-Paul Cordier et Hüseyn Özgen sont également très instructives. Mais c'est ce que j'ai finalement le moins apprécié. On entre dans la cuisine des juridictions. Forcément, chaque T∴P∴S∴G∴C∴ affirme que son Suprême Conseil est dans une forme resplendissante, que tout va bien, que tout est formidable au pays des écossais heureux. J'ai notamment halluciné lorsque le F∴ Özgen a signalé qu'une S∴ turque, très malade, avait reçu le 33ème trois semaines avant sa mort. Ça m'a rappelé les propos d'un F∴ de ma L∴ mère qui, au cours d'une conversation, m'avait révélé un fait similaire du coté de Nîmes il y a plusieurs dizaines d'années. Il m'avait dit qu'un F∴ agonisant avait été élevé au 33ème sur son lit de mort... Il faut croire que certains apportent le 33ème comme des curés donnent l'extrême onction... Je suppose bien sûr que c'est fait en toute fraternité pour honorer la personne. Mais tout ça est bien religieux et dérisoire tout de même, n'est-ce pas ?

    Le F∴ Alain de Keghel quant à lui insiste sur la plasticité du rite écossais dont il souligne la capacité d'adaptation à tous les climats. Il a sans doute raison. Il est un fait que le R∴E∴A∴A∴ est probablement le rite le plus pratiqué dans le monde pour des raisons historiques. Mais je n'ai pas compris en quoi cette plasticité était une singularité de ce rite. De manière générale, il me semble que tous les rites maçonniques sont pratiqués avec des intensités variables et des versions parfois sensiblement différentes selon les pays (Mexique, Belgique, Etats-Unis, France, etc.). Je crois pour ma part que le succès du R∴E∴A∴A∴ s'explique par des raisons beaucoup plus triviales que sa plasticité. C'est qu'il comporte 30 hauts grades (ou grades post-magistraux pour reprendre la terminologie quelque peu précieuse et alambiquée du F∴ Yves-Hivert Messeca). Et forcément 30 hauts grades, ça compte... Cela a toujours attiré les maçons sensibles aux cordons multicolores et aux dignités ronflantes. Comment le R∴F∴, le R∴E∴R∴, le rite d'York et le rite émulation auraient-ils pu résister face à une superstructure en 33 degrés (3 degrés symboliques plus 30 hauts grades) ? Je devine l'objection : Memphis-Misraïm culmine bien à des sommets vertigineux tout en n'étant jamais parvenu à s'imposer... Oui mais ce rite confidentiel (sauf en Amérique du sud) a toujours subi la gourouisation prononcée de ses grands hiérophantes, des personnages souvent marginaux et illuminés, finalement plus attirés par l'occultisme, la magie, que par une démarche maçonnique rationnelle... On ne peut donc pas comparer.

    Le F∴ Yves Hivert-Messeca, lui, étudie l'implantation du R∴E∴A∴A∴ dans le monde. Il dresse une carte de cette implantation qui permet au lecteur de mieux visualiser la prédominance du rite sur la plupart des continents. Il établit une typologie des différentes conceptions écossaises : idéal-type chrétien, idéal-type charlestonien, idéal-type traditionnel, idéal-type libéral, etc. Il montre que les Suprêmes Conseils anglo-saxons, juridiquement distincts des GG∴LL∴, ne s'alignent pas forcément sur les relations internationales de ces dernières. Bref, il y a tellement de façons de pratiquer le R∴E∴A∴A∴ qu'on peut se demander, au final, quel est le plus petit dénominateur commun entre toutes ces interprétations. 

    Un thème a été oublié à mon avis. Le R∴E∴A∴A∴ face au réveil des autres rites au sein du G∴O∴D∴F∴. C'est dommage que cet aspect - polémique certes - n'ait pas été abordé dans la revue. En effet, pendant 140 ans environ, la collégialité des rites, pourtant institutionnellement affichée, a été purement et simplement niée par un R∴E∴A∴A∴ dominateur et sûr de son importance alors qu'il a toujours été pourtant minoritaire au niveau des LL∴ symboliques. Pendant 140 ans, au G∴O∴D∴F∴, les FF∴ de R∴F∴ ont été contraints de passer au R∴E∴A∴A∴ pour poursuivre leur cheminement maçonnique. On appréciera la logique... Mais c'est sans doute un des effets de la plasticité de ce rite évoquée plus haut... A moins que cette plasticité ne soit en fait qu'une des manifestations de la cordonnite. En réalité, les autres rites ont été réveillés (je pense plus particulièrement au R∴F∴) parce que de nombreux FF∴ ont vu les portes des LL∴ de perfection se fermer devant eux. De nombreux FF∴ ont été également freinés dans leur cheminement pour des raisons qui n'étaient pas toujours philosophiques. Le réveil des autres rites en tous leurs degrés a donc permis de rééquilibrer les choses et de ramener le R∴E∴A∴A∴ à de plus justes proportions.

    Pour le reste, le numéro 75 contient d'autres articles, d'autres matières débat, que je vous laisse le soin de découvrir.

    La Chaîne d'Union, n°75, janvier 2016, à commander en ligne sur le site de Conform édition.

  • Sur quoi doit-on travailler en loge ?

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    logazde.jpgJe me souviens d'une tenue dans une loge du Grand Orient de France, il y a quelques années, dont l'ordre du jour était consacré à l'examen d'une question conventuelle sur un sujet d'intérêt général. Après les traditionnels et soporifiques « la question est mal posée » qui ne font avancer en rien les débats, une série de frères avait pris la parole pour affirmer péremptoirement : « Nous ne sommes pas venus en maçonnerie pour ça et puis nous sommes totalement incompétents pour en débattre. » Bref, à les entendre, l'assistance était priée d'en rester là. Les grincheux étaient parvenus à imposer leur incompétence à l’atelier, à l'ériger même en norme du travail maçonnique, au point de vider le débat de toute sa substance et de démotiver ceux qui étaient désireux d’apporter leur petite pierre à la construction de l’édifice.

    Certes, nous ne sommes pas tous spécialistes des questions posées, des sujets abordés en loge sous forme de morceaux d'architecture. C’est entendu. Mais cela signifie-t-il que nous sommes incapables de jeter un regard maçonnique sur ces sujets et d’y apporter nos points de vue, fussent-ils imparfaits et maladroits ? Non, nous en sommes capables. Pensez-vous qu'un franc-maçon de la fin de l'année 1915 était en mesure de saisir la complexité de son époque alors qu'elle constitue aujourd'hui quelques chapitres de manuels d'histoire ? Il n'était guère mieux loti que nous, même si nous avons tendance aujourd'hui à exagérer le caractère prospectif et avant-gardiste de la franc-maçonnerie sous la Troisième République. En réalité, le monde est toujours complexe pour celui qui vit et ne bénéficie pas du recul de l'Histoire. Ou alors, pour faire bonne mesure, il faut admettre la réciproque. Si des frères, dans les loges, affirment péremptoirement que la maçonnerie n’est pas faite pour traiter des sujets profanes ou qu’ils ne sont pas venus en maçonnerie pour ça (ce qui est parfaitement leur droit dès l’instant où il n’en font pas la norme du travail maçonnique), alors je pense qu’il est légitime d’affirmer, tout aussi catégoriquement, que nous sommes totalement et radicalement incompétents pour parler de symbolisme en général et de symbolisme maçonnique en particulier. En effet, nous ne sommes pas tous philosophes, anthropologues, historiens, linguistes, sémiologues, spécialistes des mythes, des symboles, de l’exégèse biblique ou de la littérature chrétienne des origines pour ne s’en tenir qu’à cette liste non exhaustive.

    Par conséquent, pourquoi les jugements que l’on entend à propos des sujets profanes ne seraient-ils pas d’application pour les sujets maçonniques ? J’ai ma réponse et me permets de vous la livrer brute de décoffrage. Si les sujets maçonniques ont souvent le vent en poupe au détriment des sujets profanes, c’est parce qu’ils n’engagent non seulement à rien mais aussi parce qu’ils permettent à notre propre subjectivité de s'exprimer sans trop de risques. Dans un sujet symbolique, on peut dire absolument tout et son contraire. Dans un sujet symbolique, il est même possible de dire n’importe quoi doctement. Les paresseux, voire les manipulateurs, les phraseurs ou les poseurs peuvent y trouver leur compte sans crainte d’avoir une surchauffe de neurones (car la compilation ou la paraphrase, ça existe y compris pour ce type de sujet). Ils apparaîtront même comme des érudits, voire comme des sages (ce qu’ils ne sont pas) auprès des plus impressionnables et des plus crédules.

    En d’autres termes, on se sent légitime dans un registre que l’on croit bien maîtriser tout simplement parce qu’on connaît certains symboles, qu'on pratique certains rites et que l’on appartient à une société initiatique, ésotérique et traditionnelle. Mais si on voulait atteindre une certaine objectivité, je dirais même une certaine dose de sérieux, alors on ne manquerait pas d’obstacles aussi périlleux à franchir que ceux que l’on invoque ordinairement pour les sujets profanes. Faites l’expérience suivante. La prochaine fois que vous préparerez un sujet symbolique pour votre loge, pensez que vous le ferez sous le regard critique et incisif d’un spécialiste qui ne manquera pas de démonter pierre par pierre ce que vous êtes en train de travailler et de rédiger à l’intention de votre loge. Vous verrez alors que les choses prendront un tour sensiblement différent et qu’à force d’avoir cette pensée, vous vous sentirez beaucoup moins libres et beaucoup moins à l’aise.

    Mais qu’on me comprenne bien : il ne s’agit pas, pour moi, de plaider pour que tous les sujets soient abordés en professionnels ou en spécialistes. Certes non ! C’est précisément le contraire ! Ce que je souhaite, c’est que nous n'ayons pas peur de laisser libre cours à notre subjectivité pour tous les sujets dits « profanes ». La réflexion maçonnique doit rester libre ! J’en ai marre, en effet, de ces discours culpabilisateurs qui établissent les frontières de la réflexion maçonnique en fonction du domaine traité et/ou de la compétence des intervenants. Si l’on doit se farcir des conneries à propos de sujets maçonniques, je suis alors demandeur d’une égalité de traitement en faveur des sujets de société. Et sous le terme de « conneries », il ne faut pas y déceler un jugement négatif. Au contraire, c’est pour moi quelque chose d’éminemment positif : ça signifie que pour tous les sujets traités, le franc-maçon a le droit inaliénable d’en disposer librement au point même d’en faire un tissus de conneries ou de lieux communs (les seules victimes étant celles qui doivent les endurer plus ou moins sagement sur les colonnes). Le rituel, comme le tablier et les gants, nous protègent contre tout débordement et toute polémique stérile.

    Une anecdote pour terminer mon propos.

    Il m’est arrivé de rencontrer au cours de mon cheminement un « symbolâtre » comme la maçonnerie sait parfois en produire. Bref, le genre de frangin à s’enivrer tellement de symboles, de rites, de cordons, de hochets et de manuels de maçonnerie que l'on pouvait facilement l’imaginer, chez lui, en train de dormir à l’ordre. Il aimait faire le paon quand il y avait des réunions ou des dîners en présence de profanes. En loge, il s'était institué arbitre des élégances en distribuant les bons points à ceux qui partageaient son avis, les mauvais à ceux qui avaient décidé de penser librement par eux-mêmes. Il poussait le comble de la suffisance intellectuelle en croyant qu'il pouvait apprendre quelque chose de ses longs monologues en atelier. En franc-maçonnerie, disait-il, il n’est pas question de parler de questions de société. Et puis d’ailleurs, ajoutait-il, le monde est tellement complexe que nous n’avons pas les compétences requises pour en discuter. Mais, sans doute pour magnifier cette mystérieuse association, dont il aimait se réclamer entre un cocktail et un petit four, il prenait quand même soin préciser que la maçonnerie avait été à l’origine de nombreuses lois sociales, du droit à l’avortement, du planning familial, etc. Et l’homme de révéler ainsi toute la duplicité de son discours : d’un côté, il affirmait que la franc-maçonnerie n’avait pas à investir le champ de la réflexion sociale et, d’un autre, il lui attribuait volontiers la paternité de nombreuses conquêtes sociales pour s'en prévaloir.

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    Pour un point de vue différent : Sur quoi doit-on travailler en loge ?