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suisse

  • Le projet "blochéro-papiste" du Grand Conseil valaisan (suite)

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    Dans ma note précédente, j'ai brièvement exposé le projet du Grand Conseil valaisan de contraindre les députés à déclarer leur appartenance à une loge maçonnique. J'ai indiqué que ce projet me paraissait aller à l'encontre de la jurisprudence de la Cour de Strasbourg.

    Le F Jean-Noël Cuenod, quant à lui, est revenu sur ce projet, qu'il qualifie de "blochéro-papiste", dans un billet au ton incisif dont je vous recommande la lecture. Il écrit :

    "Personnellement, je n’ai jamais tu mon adhésion à la Franc-Maçonnerie, tant en Suisse qu’en France. Mais une telle décision relève du libre-arbitre de chacun. Pour certains, la Franc-Maçonnerie fait tellement partie de leur sphère intime qu’ils n’entendent pas la transformer en sujet de conversation. Sont-ils indignes, pour autant, d’exercer un  mandat politique ?"

    Je ne saurais mieux dire.

    Ajout du 11 septembre 2015

    Le Grand Conseil Valaisan a finalement rejeté le projet de justesse ainsi que le relate le F Cuenod sur son blog. On ne peut que s'en féliciter.

  • Canton du Valais (Suisse) : l'appartenance maçonnique des élus en question

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    Le Grand Conseil du Canton du Valais (Suisse) a le projet d'obliger les élus valaisans à révéler leur appartenance aux organes de direction ou de surveillance de corporations, entreprises, établissements ou fondations de droit privé ou de droit public ainsi qu'aux clubs services ou loges maçonniques.

    Cette obligation de dévoilement (des élus, des magistrats, etc.) est une vieille lune qui repose, en réalité, sur les sentiments antimaçonniques les plus tenaces selon lesquels l'appartenance à une loge maçonnique est en soi un acte nocif susceptible de porter atteinte à l'ordre public.

    Dans sa grande sagesse, et parce que c'est aussi le droit, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) de Strasbourg a rappelé, dans un arrêt du 31 mai 2007, que cette obligation déclarative contrevenait directement aux articles 11 et 14 de la convention européenne des droits de l'homme (cf. l'arrêt Grande Oriente d'Italia di Palazzo Giustiniani c/ Italie, ci-dessous).

    Cette obligation déclarative est discriminatoire et n'est fondée sur aucune justification objective et raisonnable si ce n'est sur des fantasmes relatifs aux soi-disant pouvoirs occultes de la franc-maçonnerie.

    On peut se demander par exemple pourquoi les élus appartenant à des églises ou à d'autres associations sans but lucratif échapperaient à cette obligation déclarative souhaitée par le Grand Conseil valaisan.

    Enfin, cette obligation de dévoilement est une atteinte directe au respect de la vie privée et à la liberté d'association également protégés par la convention européenne des droits de l'homme.

    Le Canton du Valais, membre de la Confédération Helvétique, ne peut l'ignorer puisque la Suisse est membre du Conseil de l'Europe depuis 1963 et a ratifié la convention européenne des droits de l'homme en 1974.

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    A consulter :

    arrêt CEDH.pdf

  • Les jeunes sont des vieux comme les autres

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    J'ai été initié à l'âge de 19 ans. Je n'en tire, bien sûr, aucune gloire personnelle. Ça s'est fait ainsi. Et vingt-trois ans plus tard, j'éprouve toujours la même reconnaissance à l'égard de ces FF qui ont accepté de me faire franchir la porte basse même si les vicissitudes de la vie m'ont ensuite amené à prendre mes distances par rapport à eux pour des raisons qu'il n'y a pas lieu d'exposer ici. Il n'en demeure pas moins que ma L mère a toujours conservé une place bien spéciale dans mon coeur. C'est en son sein que j'ai effectué mes premiers pas dans l'Ordre. J'ai toujours été un maçon actif. Je n'ai jamais été "en sommeil". Et même s'il m'est arrivé de traverser des périodes de doute, j'ai toujours su que le chemin difficile que j'avais emprunté, était le bon.

    L'admission de jeunes en FM est un sujet récurrent. Souvent, il donne lieu à des débats oiseux (Comment attirer la jeunesse dans les loges ? Faut-il une capitation spécifique aux jeunes ?). Il m'est d'ailleurs arrivé de me prendre le bec à ce sujet plusieurs fois en Loge. J'ai toujours pensé que si « la vocation » était là, les années importaient peu. Il vaut mieux un jeune motivé qu'un vieux lassé de tout.

    Je connais toutes les objections que l'on peut formuler à ce propos. Elles sont dans l'ensemble respectables. Parmi ces objections, il y a le manque de stabilité financière et professionnelle. Beaucoup de FF pensent que l'on doit disposer financièrement de soi avant de postuler afin d'éviter de se mettre inutilement dans la gêne. D'après eux, un jeune maçon risque d'avoir du mal à faire face à ses obligations pécuniaires. J'ai même entendu parfois des FF s'inquiéter de l'inconstance ou de la versatilité de la jeunesse guidée par la vaine curiosité. Quid alors de l'obligation d'assiduité ?

    Je comprends toutes ces inquiétudes. Je me souviens d'ailleurs que mes enquêteurs ne s'étaient pas gênés pour me les signifier. Ils étaient sincèrement inquiets pour moi, craignant que ma volonté d'être reçu en loge soit une sorte de lubie passagère. Et en même temps, ils étaient heureux de voir un jeune homme s'intéresser à l'Ordre maçonnique au point de vouloir le rejoindre. Longtemps je fus considéré comme une sorte de "bête curieuse". Et puis, au fur et à mesure des années, j'ai fait ma place. J'ai vieilli, mes cheveux ont commencé légèrement à grisonner et, de ce fait, je me suis inexorablement fondu dans la masse.

    Avec l'expérience que j'ai accumulée, je sais aujourd'hui que toutes les inquiétudes que l'on peut formuler à l'égard de jeunes candidats à l'initiation maçonniques doivent être fortement relativisées. Il suffit de songer au nombre de FF plus âgés qui se trouvent, souvent dans l'indifférence générale, dans des situations difficiles pour diverses raisons : problèmes familiaux (un enfant malade, un deuil, un divorce) ; problèmes de boisson ; pertes d'emploi, etc. Leur reproche-t-on de manquer de stabilité financière et professionnelle ? Non bien sûr. Il ne viendrait à l'idée de personne de leur en faire grief.

    Le vie n'épargne personne. Que l'on soit jeune ou vieux, nul n'est à l'abri d'accidents de parcours. La roue peut tourner à n'importe quel moment et pour chacun d'entre nous. Il faut avoir la lucidité et la modestie de ne jamais l'oublier. Il est donc certain que les jeunes ont leur place en maçonnerie dès lors qu'ils le désirent vraiment et qu'ils ont la ferme volonté de travailler sur eux-mêmes. Après ? Advienne que pourra ! Toujours est-il que les jeunes sont des vieux comme les autres et qu'à ce titre, ils méritent le respect et la considération des plus anciens.

    Pour terminer, je voudrais citer l'extrait d'une lettre adressée à Jean de Vismes, pasteur originaire de Picardie, qui fut initié aux alentours de 1783-1784 à Lausanne où il avait suivi des cours à l'institut Antoine-Court. Il avait 23/24 ans. La lettre date de 1787 et a été écrite par un de ses anciens camarades d'études resté après lui à Lausanne. Il lui raconte la vie de la loge La Parfaite Amitié des Etrangers.

    "Le lundi 20 à 12h du soir.

    Monsieur et très cher frère en J.-C. et en Hiram, par trois fois trois.

    N'ayant pu continuer ma lettre lundi à cause du sommeil qui me prit, j'entreprends de l'achever aujourd'hui. Je commence par ce qui doit vous être cher. La loge continue à fleurir. Les ennemis ont fait tous leurs efforts pour la découvrir, mais leurs recherches ont été inutiles. Tous les frères s'observent et gardent le silence. A la dernière assemblée le Vénérable tira votre santé et je la réciproquai avec tous les honneurs accoutumées.

    Nous avons fait dans la dernière loge une réception d'apprenti. Le récipiendaire est un Français du Languedoc qui prend pension chez Mme Réal. Huit jours après son arrivée, je sus si bien le mener qu'il se fit recevoir. Ainsi vous êtes remplacé. La loge est composée maintenant du Vénérable Verdier, des deux surveillants Salvetat et Gavriac, des Frères Pradel, de Michel, de Cotigni, de Marichard, Aort et moi. Ils vous saluent tous par trois fois trois, en tirant un canon de poudre forte en votre faveur, en faisant bon feu et parfait feu pour un si digne frère (...)" (1)

    L'originalité de cette lettre n'est pas sa seule qualité. Elle montre, de façon assez émouvante, que les jeunes ont toujours été présents en loge même si évidemment l'espérance de vie était peu élevée à la fin du XVIIIe siècle (aux alentours de 35 ans). En tout cas, la petite loge lausannoise La Parfaite Amitié des Etrangers semblait regrouper essentiellement des jeunes gens originaires de France et pour la plupart étudiants. Ce témoignage permet de prendre conscience concrètement que la franc-maçonnerie a toujours été un mode original de sociabilité et un lieu de rencontre fraternelle et d'échange d'idées.

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    (1) Citée in Europe à l'époque des "lumières", Humanisme, centre de documentation du Grand Orient de France, n°79, mars-avril 1970, pp. 65 et 66.