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société

  • Le « manifeste contre le nouvel antisémitisme », une logique dévastatrice

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    asko.jpgSi vous avez un bon quart d'heure devant vous, je vous suggère la lecture d'un article de Claude Askolovicth intitulé Le «manifeste contre le nouvel antisémitisme», une logique dévastatrice. Comme l'indique le journaliste :

    « Ce texte est glaçant pour la vérité dont il émane comme pour les mensonges qu’il induit. Il est terrifiant pour ce qu’il rappelle de la vie et de la mort de juifs, ici, depuis le début du siècle; et horrible pour ce qu’il nourrit : une mise en accusation des musulmans de ce pays, réputés étrangers à une véritable identité française, sauf à renoncer à leur dignité. Je ne conteste pas la bonne volonté des signataires. Je voudrais, humblement, qu’ils mesurent leur risque et leurs mots. »

    Claude Askolovitch montre que ce manifeste, certainement animé des meilleures intentions, soutient l'idée que la lutte pour les juifs est au fond une composante du combat identitaire français et que ce combat, pour être victorieux, doit exclure « la part musulmane de la France » perçue comme exogène et inassimilable.

    Je voudrais citer ici les dernières lignes du texte stimulant de Claude Askolovitch :

    « La passion nationale pour la laïcité de combat n’est qu’un refus de notre part musulmane. L’idée d’une France devenant un pays « aussi musulman », par certains de ses enfants, est une souffrance indépassable. On reproche d’abord aux musulmans d’être, ici, d’ici. L’antisémitisme est un autre élément à charge de preuve : une bonne raison, progressiste, de détester celles et ceux, voilées, barbus, dont on ne veut pas.

    Deux choses peuvent être vraies ensemble. L’islamo-gauchisme existe mais aussi bien que l’islamophobie. L’antisémitisme existe, et l’antisémitisme musulman, mais l’islamophobie prospère aussi bien chez les tremblants de la laïcité. En même temps. Chacun alors choisit son camp. La grande bourgeoisie défend les juifs. Le gauchisme en tient pour les Arabes, et assimilés. Des camps politiques se structurent en choisissant sa victime de coeur. On tourne le dos aux souffrances de l’ennemi. Pour dénoncer l’antisémitisme, adoptez l’islamophobie ! Pour combattre l’islamophobie, niez l’antisémitisme quand il vient des cités ! Pourtant, tout ne s’échange pas. Je prétends – combien sommes-nous ? – qu’il faut récuser chaque enfermement ; je prétends aussi – est-ce évident ? – qu'on ne fait pas avancer une cause juste avec d’autres haines et quelques mensonges pernicieux. »

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    Pour vous faire une opinion : 

  • Silence et travail maçonnique

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    churchill.jpg

    J'ai déjà brièvement abordé la question du silence en franc-maçonnerie sur ce blog. Je voudrais à nouveau y revenir pour regretter que le silence ne soit cantonné qu'au premier degré. Je suis pourtant certain que la franc-maçonnerie tirerait de grands avantages à prévoir de nouvelles périodes de silence imposé. Par silence, je n'entends pas l'absence de bruits ou de fracas. Je n'entends pas davantage l'absence de paroles car tout silence a vocation à être brisé. Je vise plutôt le silence de l'observateur qui devrait accompagner et favoriser la rencontre avec celui qui diffère de soi. Le silence est sensation, perception, échange. Univers intérieur et canal de communication. C'est le dialogue infraverbal de la loge au travail. Il lie chaque ouvrier du chantier. C'est non seulement celui de l'apprentissage mais aussi celui qui devrait rythmer le compagnonnage, la maîtrise, jusqu'aux multiples démarches susceptibles de les approfondir. Il faudrait ainsi pouvoir toujours garder présent à l'esprit ces propos de feu Daniel Beresniak (cf. Daniel Beresniak, Le silence, Detrad AVS, Paris, 2000) :

    « Dedans, c'est le chantier. Là on bâtit et on produit, on assemble, on ajuste. L'apprenti bâtisseur apprend à parler, c'est-à-dire à produire de la parole au lieu d'en reproduire. Il travaille sur lui-même et repère les idées reçues, comme il y est invité par le rappel fréquent des métaux à laisser à la porte du temple. Il vérifie et acquiert l'esprit de géométrie. Rappelons que la géométrie n'est pas seulement l'art du trait, mais surtout une modalité de savoir qui exclut le principe d'autorité : le statut de maître ne suffit pas pour qualifier le bien-fondé de son discours. Ce que dit le maître est à vérifier. »

    J'entends parfois des frères qui s'interrogent sur l'utilité de la franc-maçonnerie, qui la considèrent parfois comme une institution dépassée parce qu'elle ne répondrait plus à leurs attentes ou ne coïnciderait plus avec leurs obsessions (sociétales pour les uns, traditionnelles pour les autres). Ils seraient sans doute bien inspirés de prendre à nouveau la démarche initiatique au sérieux en observant à nouveau des temps de silence. Ces temps de silence les aideraient probablement à mesurer la distance qui les sépare encore de l'initié qu'ils aimeraient devenir un jour. Il y a tellement de choses à apprendre. Apprendre à faire silence pour mieux écouter ses interlocuteurs. Apprendre à faire confiance au rite en mettant d'abord un point d'honneur à le pratiquer sérieusement sans tomber non plus dans les fréquentes fautes de goût des pompes excessives (la valeur d'un rite ne dépend ni du nombre de bougies ni de la longueur des ouvertures, des fermetures et des différentes cérémonies). Le travail à accomplir est vaste. Aucun sujet ne peut être écarté a priori du travail de logeSi les francs-maçons entendent bien l'Art, ils pourront devenir des agents actifs et efficaces du lien social. Sans prosélytisme mais avec un optimisme raisonnable et raisonné. Sans céder non plus à la tentation du communiqué de presse creux auquel personne ou presque ne prête attention. Ils pourront oeuvrer dans la discrétion au rapprochement des individus qui, sans eux, resteraient à perpétuelle distance les uns des autres. Ce travail, complémentaire aux efforts nécessaires d'introspection, implique de la lucidité, donc en amont de l'observation et du silence. Observation et silence sont les deux ingrédients indispensables qui permettent d'aborder une situation nouvelle et de rassembler les différents éléments qui la composent. Ce travail implique de la solidarité, donc un peu de chaleur et de tolérance, c'est-à-dire de capacité à supporter celui dont on ne partage pas l'opinion.

    On peut trouver un exemple concret et saisissant de ce travail dans une intervention énergique du frère Winston Churchill devant la Chambre des Communes le 13 octobre 1943 (cf. HC Deb 13 octobre 1943 vol 392 cc920-1012). Le premier ministre britannique avait trouvé ce jour là les mots justes pour frapper les esprits et lutter contre la tentation de certains parlementaires de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections nouvelles dans un contexte particulièrement difficile. L'issue de la guerre demeurait encore largement incertaine malgré la défaite de l'armée allemande, en février 1943, à Stalingrad. Churchill n'imaginait pas d'alternative à la victoire. Il en était déjà au stade de l'édification de la société démocratique d'après guerre, celle qui surgirait à coup sûr des ruines des champs de bataille et qui rassemblerait demain les ennemis d'hier. Et Churchill de prévenir solennellement les représentants britanniques, notamment les plus défaitistes, qu'il ne servirait à rien d'exiger des autres des progrès significatifs s'ils n'étaient pas en mesure d'en fournir eux-mêmes. Churchill les avait mis face à leurs responsabilités et à leur devoir d'exemplarité. A eux de prouver leur capacité de travailler ensemble à l'apaisement de la société britannique. A eux de conserver un minimum de sang-froid en pleine tempête. A eux de ne pas profiter des désordres de la guerre pour adopter des mesures économiques et sociales injustes. A eux d'apprendre à se respecter et à se parler au sein des Communes. Tel était le préalable indispensable pour que la voix du Parlement déborde de son enceinte et porte auprès de la population.

  • Emmanuel Macron et l'esprit maçonnique

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    2415688542.jpgJ'ai lu avec grand intérêt la dernière chronique du frère Emerek le Fol sur le blog « Hiram.be ». Elle s'intitule « Emmanuel Macron, la franc-maçonnerie et la pensée ternaire ».

    Selon Emerek le Fol, l'élection de M. Emmanuel Macron à la présidence de la République témoigne de la victoire de la pensée ternaire sur la pensée binaire. La pensée ternaire est la volonté de concilier des oppositions dans l'objectif d'un dépassement. Elle postule que des courants de pensées différents peuvent travailler ensemble pour faire émerger d'autres possibles. La pensée binaire, elle, postule au contraire que seuls les rapports de force structurent le monde : deux camps s'affrontent et l'un doit nécessairement l'emporter sur l'autre.

    Bien entendu, il ne s'agit pas de prétendre que M. Emmanuel Macron est franc-maçon. Il ne s'agit pas non plus de procéder à je ne sais quelle récupération. Ce serait parfaitement ridicule. Cependant, comment ne pas déceler dans la philosophie de l'action politique exposée par le nouveau Président de la République un état d'esprit auquel tout franc-maçon ne peut être que spontanément sensible à la condition, bien sûr, de ne pas s'abandonner à des réflexes partisans ? Voici quelques exemples de cet état d'esprit que l'on transmet dans les loges (la liste est évidemment non exhaustive).

    • Des individus différents et n'ayant pas les mêmes convictions et les mêmes parcours sont faits pour se rencontrer, fraterniser et travailler ensemble (réunir ce qui est épars).
    • La société a non seulement besoin de valeurs mais aussi de symboles et de rites.
    • Seul on ne peut rien, ensemble on peut tout.
    • La tolérance et l'ouverture sur l'universel doivent l'emporter sur l'exclusion et le repli sur soi.
    • L'échange de qualité suppose l'écoute bienveillante et le respect de ses interlocuteurs.
    • Les sociétés et les cultures sont le résultat des apports les plus divers.
    • La laïcité n'est pas le laïcisme.
    • La conciliation de la pensée et de l'action s'inscrit nécessairement dans un temps long.
    • les individus ne se réduisent pas à des étiquettes ou à des postures.

    Je pourrais continuer longtemps. Mais attention aux incompréhensions que pourrait induire une lecture trop rapide ! Je ne dis pas que M. Macron a l'exclusivité de cet état d'esprit. Fort heureusement d'ailleurs sinon ce serait inquiétant ! En revanche, j'ai l'impression qu'il fut l'un des rares candidats, sinon le seul, au cours de cette campagne présidentielle, à l'exprimer fièrement. Et je suis persuadé que c'est précisément la raison pour laquelle il s'est distingué nettement des autres. 

     

  • GLDF : un souvenir de « La Belle Epoque »

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    3951201225.jpgLa caricature ci-contre représente deux francs-maçons en train d'effectuer l'attouchement de maître. Elle a été publiée en janvier 1901 dans la revue antimaçonnique A bas les Tyrans ! de Paul Copin-Albancelli et Louis Dasté. On y voit à droite Henri Brisson, à l'époque candidat à la présidence de la Chambre des députés. Henri Brisson n'est pas un inconnu pour les lecteurs réguliers de ce blog puisque j'en avais déjà parlé. Il était même au centre des préoccupations des antimaçons de l'époque qui étaient persuadés qu'il avait effectué le signe de détresse à la tribune de la Chambre pour sauver le gouvernement Waldeck Rousseau en 1899. A gauche, on y voit un homme de couleur noire caricaturé de façon raciste (style « Y a bon banania »). Il s'agit d'Hégésippe Jean Légitimus (1868-1944) député socialiste de la Guadeloupe. Il fut le premier noir à siéger dans une assemblée parlementaire française depuis Jean-Baptiste Belley (1747-1805). Et pour la petite histoire, il est l'arrière-grand-père de l'acteur Pascal Légitimus.

    Pour Louis Dasté, il s'agissait de jeter le ridicule sur la gestuelle maçonnique et le discrédit sur les deux députés. Le militant antimaçon s'y était employé en étalant son racisme et son antisémitisme obsessionnels (une prose que le mouvement Civitas ne désavouerait pas aujourd'hui).

    « Telle est la liturgie maçonnique pour le grade de maître. C'est en épelant des mots hébreux (...) et en se livrant à une gymnastique aussi parfaitement absurde que les cérémonies des sorciers nègres, que les soi-disant libres-penseurs des loges se préparent à gouverner la France (...). »

    Il m'a paru utile de diffuser cette caricature car Brisson et Légitimus appartenaient tous deux à la Grande Loge de France. C'était en effet un temps où cette obédience était fortement impliquée dans la réflexion sociale et n'hésitait pas à intervenir dans les débats profanes au risque de s'attirer les foudres des réactionnaires. Aujourd'hui, la Grande Loge de France fait mine de ne pas s'en souvenir et semble obnubilée à l'idée de reconstruire son histoire. Je connais des frères de la Grande Loge qui en sont très affectés. Ça ne signifie pas qu'ils veulent nécessairement une obédience engagée dans les débats politiques et sociaux comme à « La Belle Epoque », mais qu'ils en ont assez des prétentions de la Grande Loge à vouloir incarner une maçonnerie d'élite et régulière au sens anglo-saxon.

    Cette caricature vient donc en appui d'un texte très intéressant publié sur le blog de La Maçonne dont je vous recommande la lecture (même si, personnellement, j'ai quelques doutes sur l'influence qu'il prête au Suprême Conseil de France) :

    « (...) La GLDF pole essentiellement spiritualiste et humaniste encore une fable véhiculée par les dignitaires de l’obédience. De fait la GLDF des premières années fut considérée plus progressiste sur le plan des idées et des comportements sociétaux que le GODF. Il est donc faux de prétendre que la GLDF est le reflet d’une obédience uniquement spiritualiste (dont on se demande ce que cela veut dire sans autre précision), et humaniste ce qu’elle a toujours été, elle fut également dès son origine, et il n’y a pas si longtemps sociétale, ce que les nouveaux dignitaires semblent oublier tellement ils ont le souci de se démarquer du GODF (...) »