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sagesse

  • Zweig et le désir d'aurore

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    zweig.jpgLa Grande Bretagne a décidé de quitter l'Union européenne. Il est inutile, je pense, d'épiloguer maintenant sur les conséquences directes et indirectes du référendum.

    L'histoire est en train de se faire sous nos yeux selon des courants que l'on ne peut clairement identifier encore. Les Ecossais parlent à nouveau d'indépendance pour rester au sein de l'Union européenne.

    Les Irlandais veulent une réunification de leur île afin qu'elle demeure également dans l'Union européenne.

    Il semblerait que l'Espagne lorgne sur l'isthme de Gibraltar. Les bourses s'affolent. L'incrédulité domine.

    Bref, on voit à quel point l'Union européenne est fondamentale pour la stabilité du vieux continent.

    Il n'y a guère que les fascistes et Donald Trump aux Etats-Unis d'Amérique qui exultent. Or le fascisme newlook de 2016 n'a pourtant rien à envier à celui de 1940...

    En ce jour particulier, je pense à l'écrivain autrichien Stefan Zweig.

    En avril 1942, il se sentait plus que jamais déraciné et anéanti de voir la guerre embraser l'Europe et le monde. Il avait vu la déliquescence de l'Europe minée par les nationalismes, les rancoeurs politiques, le racisme, l'antisémitisme, le rejet de l'autre. Il avait été le témoin impuissant du triomphe de l'égoïsme sur la nécessaire solidarité entre les peuples.

    Avant de se suicider en compagnie de son épouse, fatigué, il a jeté ses dernières forces pour écrire cette poignante lettre d'adieu que nous devrions tous méditer aujourd'hui :

    « Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j'éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même.

    Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d'errance. Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde.

    Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux. »

    Pourvu que nous ne refassions pas les mêmes erreurs et pourvu que l'Europe conserve ce désir d'aurore pour que jamais la longue nuit ne revienne !