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rite écossais ancien et accepté

  • Franc-Maçonnerie, soumission et liberté

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    qui frappe.jpgLa note que j'ai consacrée à mon parcours chaotique dans les ordres de sagesse du rite français a suscité quelques réactions chez les abonnés de mon infolettre. Le frère M.N., trente-deuxième du rite écossais ancien et accepté, m'a ainsi écrit un sympathique courrier électronique dans lequel il m'a fait part de sa démission, en décembre dernier, du Suprême Conseil souché sur le Grand Orient de France. Il m'a autorisé à publier sa lettre de démission. Je l'en remercie bien fraternellement car il doit être difficile de mettre un terme à un parcours de près de vingt-six ans dans les hauts grades écossais.

    Je ne me prononcerai pas sur les divergences dont ce frère fait état dans sa lettre. Je n'ai pas les moyens d'en juger. C'est son histoire. C'est son ressenti. Je retiens ici simplement l'analyse qu'il fait d'un système qu'il qualifie de tyrannique parce que fondé sur la soumission volontaire. Ce frère donne incontestablement matière à penser sur les rapports complexes que nous pouvons avoir avec la hiérarchie maçonnique, notamment quand elle nous confronte à des propos ou à des comportements que nous réprouvons dans notre for intérieur ou lorsqu'elle nous fait croiser le chemin de cons flamboyants et enrubannésCe que ce frère décrit peut en réalité s'appliquer à toute hiérarchie humaine car la franc-maçonnerie, quel que soit le rite concerné, n'a évidemment pas l'apanage de ces dysfonctionnements. Ça ne l'exonère pas pour autant de toute responsabilité. N'ambitionne-t-elle pas en effet d'être le centre de l'union ? N'offre-t-elle pas un cadre et des outils pour s'améliorer soi-même ? Il est toujours douloureux de découvrir que les actes, parfois, ne coïncident pas avec les hautes pensées.
     
    Dans les ordres de sagesse du rite français, je dois cependant dire que je n'ai jamais ressenti de pressions hiérarchiques particulières, peut-être parce que je n'ai jamais été dans une disposition d'esprit qui consistait à conserver un silence prudent dans l'espoir d'obtenir une augmentation de salaire ou une responsabilité particulière. Peut-être aussi parce que le Grand Chapitre Général est structurellement moins pyramidal et plus bordélique dans son organisation que le Suprême Conseil et que bon an, mal an, chaque frère a vocation à obtenir le quatrième ordre s'il est un minimum assidu et constant. Car il faut bien des quatrièmes ordres pour que les chapitres fonctionnent et se pérennisent.
     
    En revanche, je me suis heurté frontalement, comme ce frère, à l'imbécillité sûre d'elle-même, celle qui consiste à ériger la médiocrité en norme du travail maçonnique, celle qui interdit toute remise en cause, toute discussion qui n'aurait pas fait l'objet d'un contrôle préalable ; celle qui, par exemple, a conduit un ancien Très Sage à m'asséner brutalement des leçons de fraternité et de liberté de conscience alors qu'il a été probablement le pire président d'atelier que j'ai croisé de ma vie maçonnique, incapable d'ouvrir et de fermer correctement les travaux, donnant chaque fois l'impression de découvrir le rituel, élevant le je m'en foutisme à des sommets vertigineux ; un frère qui, en matière de liberté de conscience, était sans doute bien mieux placé que moi puisqu'il avait fréquenté, paraît-il, l'ordre intérieur du très chrétien régime écossais rectifié... J'ai appris par la suite qu'il fallait avoir été Très Sage pour espérer obtenir un jour le cinquième ordre... Tout finit par s'expliquer quand on vous donne la première lettre et que vous êtes en mesure de dire la seconde...
     
    Bref, je ne peux m'empêcher de songer à ce propos de feu Jean Mourgues, ancien Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites, que j'ai déjà eu l'occasion de citer sur ce blog :
     
    « Les grades maçonniques ne sont que des fictions dont les plus vaniteux ne savent à quoi elles les engagent. »
     
    255114976.jpgCe que disait Mourgues était vrai mais insuffisant toutefois car le problème est que les plus vaniteux sont souvent les plus bruyants et les plus entreprenants. Comme les cons de Michel Audiard, ils osent tout et c'est à cela qu'on les reconnaît. Ils pourrissent le système de l'intérieur parce qu'ils savent exploiter habilement la lâcheté de ceux qui sont à la franc-maçonnerie ce que les fidèles sont à l'Église, notamment quand ces derniers, au moment de s'apprêter à recevoir l'eucharistie, pratiquent le rite de la paix annoncé ainsi par le curé (je souligne) :
     
    « Seigneur Jésus Christ, tu as dit à tes Apôtres : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » ; ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église ; pour que ta volonté s'accomplisse, donne-lui toujours cette paix, et conduis-la vers l'unité parfaite, toi qui règnes pour les siècles des siècles. »
     
    Les fidèles se donnent ensuite la paix. Ils peuvent alors communier le coeur léger et l'esprit tranquille puisque seule la foi de l'assemblée compte. Eh bien on est dans le même registre quand certains frères disent en croyant bien faire : « Tu seras peut-être déçu par les francs-maçons mais jamais par la franc-maçonnerie. » Ils pensent préserver la paix de l'institution et exalter la foi maçonnique de cette façon sans voir le travail de sape des vaniteux, des pleurnicheurs et des emmerdeurs. Ainsi lorsque j'ai confié à un des membres de mon chapitre ma décision d'en démissionner, celui-ci m'a juste conseillé de me raviser et de jouer plutôt la stratégie du pourrissement et d'une paix hypocrite, considérant que les choses allaient finir par s'arranger tôt ou tard... Quand on dit ça, c'est qu'il est temps de partir.
     
    Je n'ai absolument pas d'amertume contrairement à ce que l'on pourrait croire. Je peux donc rassurer ceux qui se sont inquiétés de mon moral. Je vais très bien. Je continue simplement mon bonhomme de chemin au sein de la franc-maçonnerie symbolique où tout se joue et où l'essentiel se transmet. Je n'ai pas senti non plus la moindre acrimonie dans la lettre du frère M.N. Lui aussi a fait le choix de se cantonner désormais à la loge bleue. Je crois que nous nous rejoignons, lui et moi, dans l'idée que la franc-maçonnerie n'est belle que si on la considère avec sérieux, humour et gentillesse. Ces trois qualités là sont indispensables car elles ennoblissent les coeurs et rendent les hommes libres.
     
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