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rené guilly

  • De la naissance de la maçonnerie traditionnelle libre

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    2226946352.jpgSuite à ma note sur les Loges Nationales Françaises Unies, le blog Hiram a judicieusement demandé au frère Roger Dachez d'apporter  quelques précisions sur cette fusion d'obédiences.  Roger Dachez explique le sens de cette fusion et, bien entendu, relativise certains points de mon analyse qui, de toute évidence, ne résultent d'aucune expérience particulière ni au sein de la Loge Nationale Française ni au sein de la Loge Nationale Mixte Française. Il a donc eu tout à fait raison de relever le ton quelque peu ironique de ma note mais il n'y a heureusement décelé - ce qui est le cas - aucune malveillance, ayant parfaitement compris que mon intention n'était pas de dénigrer mais d'exprimer un point de vue extérieur et forcément subjectif. 

    Roger Dachez rappelle que la LNF n'avait originellement aucune ambition de devenir une obédience de plus dans le paysage maçonnique français mais plutôt de constituer un point de ralliement pour tous les francs-maçons désireux de mieux comprendre l'Ordre auquel ils appartenaient. Il indique que la LNF n'avait pas été pensée pour s'inscrire nécessairement dans la durée, c'est-à-dire avec des objectifs de recrutement et de développement. Je suis en revanche moins convaincu (mais c'est accessoire) par les explications données sur « le Grand Rang » et les autres dignités fussent-elles symboliques. Les cordons et sautoirs produisent souvent de regrettables effets. La structure produit toujours de la structure. 

    Roger Dachez mentionne un point qui me semble tout à fait capital. Il rappelle que les obédiences, dans les années soixante, étaient beaucoup plus cloisonnées qu'elles ne le sont aujourd'hui. En effet, il est difficile de comprendre la démarche de René Guilly et ses amis si on n'a pas à l'esprit le contexte maçonnique de l'époque. Il y avait effectivement en ce temps là un Grand Orient de France (20000 membres) très majoritaire et ouvertement politisé (cf. mes notes sur les destins malheureux d'Alexandre Chevalier, Marius Lepage ou Guy Mollet) et à côté de ce Grand Orient, une maçonnerie disons plus attachée aux formes et aux « usages traditionnels » au sein de laquelle les réguliers (c'est-à-dire les francs-maçons reconnus par la Grande Loge Unie d'Angleterre) formaient une famille aussi chétive que querelleuse. 

    2609330829.jpgIl faut se souvenir que la Grande Loge Nationale Française fondée en 1913 (1500 membres) a connu une scission en 1958 suite à la création de la Grande Loge Nationale Française Opéra (100/150 membres). Or la Grand Loge Nationale Française Opéra se considérait non comme le résultat d'une scission mais plutôt comme la continuation légitime de l'oeuvre des fondateurs de la GLNF (la présence de Pierre de Ribaucourt, le fils d'Edouard de Ribaucourt, en témoigne) autour du rite écossais rectifié et face aux pressions intrusives de la maçonnerie anglo-saxonne (un quart des effectifs de la GLNF était en effet constitué de britanniques et d'américains résidents en France !).

    On doit également se remémorer que la GLNF, en 1965, a pu compter sur le renfort inespéré de maçons de rite écossais ancien et accepté lorsque le sulfureux Charles Riandey, alors Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France, fit le choix, avec environ 400 frères, de quitter une Grande Loge de France (8000 membres) aux ambitions de reconnaissance internationale contrariées. Relatant l'ouvrage de Raoul L. Mattéi (cf. Mémoires d'un maçon franc, Dervy, Paris 2015) qui traite en partie de cette époque, le regretté Ludovic Marcos écrit (cf. De quoi la maçonnerie « régulière » est-elle le nom ?, La Chaîne d'Union, numéro 74, octobre 2015) :

    « Derrière la relation des événements, la galerie de portraits est saisissante et rien ni aucun qualificatif ne nous sont épargnés pour dépeindre les coups bas, les arrangements sordides, la noria des prétentieux, le poids des intérêts financiers jamais bien loin. Le moins que l'on puisse dire est que ces gens ne déchiraient pas « à la régulière » (...) En revanche, aucun doute, nous sommes bien dans la basse politique de l'époque : les aides financières nord-américaines pour acheter le 128 avenue de Villiers, le soutien contre vents et marées, face à l'évidence, des pires forfaitures, le choix d'hommes sûrs que l'on sent liés par d'autres réseaux, tous ces efforts pour supplanter la Maçonnerie « irrégulière » se comprennent mieux dans le contexte de la guerre froide. »

    C'est donc dans un contexte maçonnique pour le moins agité que la LNF a vu le jour en avril 1968. D'où les critiques, souvent acerbes, dont elle fit l'objet. Des critiques d'ailleurs assez semblables à celles qui accompagnèrent les premières années de la GLNF Opéra. On reprocha à la LNF d'entretenir  volontairement une confusion d'appellation avec la GLNF. On vit même derrière cette création l'oeuvre de la rue Cadet pour déstabiliser la franc-maçonnerie régulière. On peut comprendre que des dignitaires de la GLNF de longue date ou fraîchement ralliés (Ernest Van Heck, Jean Baylot, Alec Mellor, Charles Riandey, Paul Naudon, etc.) l'aient pensé à voix haute. Après tout René Guilly ne fut-il pas initié au Grand Orient en 1951 pour le quitter en 1964 et fonder la LNF en 1968 après un bref passage à la GLNF Opéra ?

    On peut dès lors aisément comprendre le désir des promoteurs de la Maçonnerie Traditionnelle Libre, réunis autour de Guilly, de se défaire des pesanteurs obédientielles (et Dieu sait qu'elles sont nombreuses !), pour trouver un cadre plus souple au travail maçonnique. La tranquillité bonhomme de la LNF et sa résistance aux affres du temps malgré sa confidentialité démontrent d'une certaine manière la cohérence de la démarche. Peut-être me suis-je montré trop présomptueux et imprudent en postulant l'échec du modèle ?

     3260507901.jpgPour conclure, je vois aussi dans l'oeuvre de René Guilly et de ses amis une volonté assumée de mettre la maçonnerie traditionnelle à l'abri des rivalités et de l'emprise des gardiens bavards de la régularité d'après guerre à propos desquels Ludovic Marcos faisait sévèrement remarquer toujours dans son compte rendu du livre de Raoul Mattéi :

    « On aura compris que, si cette prétendue régularité se pare des plumes d'un paon qui cherche encore à faire la roue en 2015, la vérité est celle d'un cynisme et d'une violence qui laissent pantois et fait de quelques dizaines de personnages, plus qu'une coterie, une jolie bande de coquins. »

  • Les Loges Nationales Françaises Unies

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    Microscopique changement mais changement tout de même. La Loge Nationale Française (LNF), constituée le 26 avril 1968 et la Loge Nationale Mixte Française (LNMF), créée le 14 mars 2015, ont décidé de fusionner en une seule et même obédience le 21 avril 2018. Cette obédience a pris le titre distinctif de Loges Nationales Françaises Unies (LNFU). Il s'agit donc d'une sorte de confédération ou de « holding » en mode loi 1901 puisque les loges masculines gardent leur rattachement historique à la LNF et les loges mixtes à la LNMF.

    Cette structure nouvelle se rattache à la Charte de la Maçonnerie Traditionnelle Libre (cf.infra). Elle se caractérise d'une part, par le respect des landmarks édictés par la Grande Loge Unie d'Angleterre hormis la clause de territorialité (une Grande Loge par Etat) et d'autre part, par le maintien des relations fraternelles avec les autres obédiences françaises, y compris avec celles qui ont une approche maçonnique totalement différente de la sienne.

    Les objectifs visées par cette nouvelle obédience sont au nombre de quatre (cf. site des LNFU) :

    1. Fortifier et consolider l’édifice de la LNF et de la LNMF – cette dernière dérivant directement de la première et ayant prouvé en trois ans sa vitalité, sa créativité et son excellence – tout en conservant rigoureusement les fondamentaux des 50 dernières années, en protégeant les spécificités des loges (masculines ou mixtes), mais aussi en renouvelant ce qui doit l’être ou faisant évoluer ce qui est imparfait, au vu de l’expérience ;
    2. Permettre une gestion globale plus simple, plus efficace en fusionnant les instances administratives, la représentation extérieure et la gestion financière, et garantir une plus grande stabilité des Offices nationaux ;
    3. Introduire à cette occasion, plus de rigueur dans l’administration générale de la Fédération, en précisant des procédures qui étaient floues, prévoyant des cas non envisagés par les statuts et le Règlement général actuels, et tenant compte, là encore, des expériences passées ;
    4. Donner à la Fédération davantage d’incarnation, d’identité visible au regard de l’extérieur, en introduisant des usages – pour l’essentiel d’inspiration britannique, donc éprouvés par le temps – que la LNMF a du reste mis en œuvre depuis sa fondation avec succès et à la satisfaction de ses membres : distinction des décors des Officiers nationaux, création du Grand Rang, mise en place d’une Loge des Grands Stewards et, pour enfin appeler les choses par leur nom, adoption de la dénomination de Grand Maître, plus compréhensible à l’extérieur.

    Je ne peux m'empêcher de voir dans l'énoncé de ces quatre objectifs la reconnaissance, à demi-mot, de l'échec du modèle de la Loge Nationale Française. En effet, cette fédération maçonnique n'est jamais parvenue à s'extirper, en cinquante ans d'existence, de sa marginalité groupusculaire, probablement à cause des modalités d'organisation voulues par les loges fondatrices. En effet, ces loges fondatrices optèrent pour une structure fédérative modeste basée sur des principes « traditionnels » de fonctionnement (cf. infra articles V, VI, VII et VIII de la Charte de la Maçonnerie Traditionnelle Libre). Elles ont donc volontairement réduit l'appareil administratif à sa plus simple expression. Comment dès lors envisager sereinement un développement si l'imprécision des statuts ne le permet pas ? On touche ici du doigt la limite d'une approche essentiellement intellectuelle de la franc-maçonnerie. Cette approche érudite a idéalisé beaucoup trop la maçonnerie d'avant 1717 et négligé les aspects administratifs pourtant indispensables. Or, qu'on le veuille ou pas, la pérennité d'une société initiatique dépend étroitement du cadre associatif. C'est d'ailleurs tout le sens de l'obédience et de l'acte fondateur de 1717 (actuellement au centre de disputes savantes) suivi de la promulgation des Constitutions d'Anderson en 1723.

    LNF, LNMF, LNFU, Maçonnerie Traditionnelle Libre, René GuillyAutre aveu implicite d'échec : la volonté de donner à la Maçonnerie Traditionnelle Libre davantage de visibilité au travers de dignitaires plus identifiables (officiers nationaux, désignation d'un Grand Maître, etc.). Il s'agit là clairement d'une rupture avec l'esprit des fondateurs de la LNF notamment avec l'article V de la charte de la Maçonnerie Traditionnelle Libre (cf. infra). En effet René Désaguliers (René Guilly), un des frères fondateurs emblématiques de la LNF et de la revue Renaissance Traditionnelle, a écrit dans le Dictionnaire Universel de la Franc-Maçonnerie (sous la direction de Daniel Ligou, PUF, cf. entrée France) :

    « La Loge Nationale Française, de plus, considère la charge de Grand Maître et la structure de Grande Loge comme des innovations apportées en 1717 et auxquelles il n'existe aucune obligation traditionnelle de se soumettre. Elle se réfère sur ce point aux règles de la Maçonnerie opérative et prône l'exemple comparable des compagnonnages français. Son fonctionnement est strictement fédéral et collégial. »

    On pourrait dire ironiquement que le risque majeur est de voir, à plus ou moins court terme, autant de grands officiers que de membres au sein de cette structure fusionnée qui doit regrouper aujourd'hui approximativement 350 membres actifs (pour faire large) répartis dans 23 loges symboliques, 7 loges de maîtres installés et, tenez-vous bien, 12 loges d'études et de recherches. A titre de comparaison, le GODF ne compte que 7 loges d'études et de recherches alors que ses effectifs sont environ cent cinquante fois plus importants que ceux des LNFU !

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    Il me semble que la grande gageure de cette structure nouvelle sera donc de pouvoir concilier l'esprit de recherches et d'études, qui constitue en quelque sorte la marque de fabrique de la Maçonnerie Traditionnelle Libre, avec les impératifs et les contraintes d'administration et de gestion indispensables à toute obédience qui se respecte. 

    Cultiver une approche intellectuelle et érudite de la franc-maçonnerie (ex : écrire et publier des livres, participer à de savants colloques) est une chose ; assurer le développement d'une structure tout en parvenant à maintenir une cohésion entre les individus qui la forment, en est une autre. Les risques de tiraillements et de conflits se trouvent toujours là où des dignités, des cordons et des sautoirs sont à prendre. Et ces risques sont d'autant plus accrus lorsque ceux qui se prévaudront demain d'un « pouvoir administratif » pourront en plus s'appuyer sur une conception rigoriste, pour ne pas dire étroite (car teintée d'anglomanie), de la tradition maçonnique et sur des pratiques scolaires (cf. la création d'une surprenante « Académie de la connaissance maçonnique »). 

    Il ne reste plus qu'à souhaiter aux LNFU d'éviter ces ornières et de prospérer sereinement.

    _________

    CHARTE DE LA MACONNERIE TRADITIONNELLE LIBRE

    Nous, Maçons Traditionnels Libres, déclarons nous soumettre aux règles, définitions et principes suivants et nous engager à les respecter en toutes circonstances.

    ARTICLE I

    La Franc-Maçonnerie est de nature spirituelle, religieuse et traditionnelle. Elle a pour but la transformation initiatique de ses membres par la méditation de la Loi d’Amour de l’Evangile de Saint Jean et la pratique rigoureuse des usages, des rites et des cérémonies maçonniques. Cette transformation doit, et ne saurait s’opérer effectivement que dans un climat de tolérance, de modestie, de modération, de discrétion, de loyauté absolue, de calme et de courtoisie.

    ARTICLE II

    C’est pourquoi la Franc-Maçonnerie doit bannir avec une extrême rigueur de ses Loges, sous peine de manquer à sa mission fondamentale tout ce qui est contraire à ces définitions. Elle doit notamment se refuser à toute activité dans le domaine confessionnel, politique, social, économique et financier, ce qui est une source abondante de mésentente et de conflits entre ses membres. Les Loges s’interdiront tout exposé et tout travail sur ces sujets et leurs membres s’abstiendront de toute conversation de ce genre lors des réunions maçonniques quelles qu’elles soient.
    Les Maçons se doivent également d’observer une grande décence dans leurs propos et de s’abstenir de tout excès susceptible de modifier et d’altérer leur comportement.

    ARTICLE III

    L’entraide a toujours été une des grandes règles de la Franc-Maçonnerie. Elle exige cependant d’être exercée avec beaucoup de discernement. Elle doit notamment se limiter aux services qui allègent les difficultés réelles que rencontrent les uns et les autres au cours de leur existence et ne jamais devenir une sorte d’association matérielle ou de complicité pour le profit.
    Ainsi, sous la réserve de la discrétion qui est une des grandes lois de la Franc-Maçonnerie, l’entraide qui intervient entre les Maçons peut à tout instant être connue de tous, en particulier des Officiers des Loges et des dirigeants fédéraux, sans que personne ait à en rougir ni à formuler de réserves. On s’abstiendra en outre de demander un service à un Maçon qui n’est pas vraiment en mesure de le rendre et l’on s’interdira de même de rendre un service s’il sort de sa compétence réelle ou s’il comporte, un risque, si faible soit-il, pour sa propre situation. On se souviendra toujours que l’exercice imprudent et erroné de l’entraide est une autre des grandes causes des conflits qui peuvent surgir dans les Loges et mettre en danger le travail initiatique qui doit seul s’y accomplir.

    ARTICLE IV

    La bienfaisance est aussi un des buts les plus anciens de la Franc-Maçonnerie. Elle se distingue de l’entraide en ne se limitant pas aux membres de l’Ordre. Elle est pratiquée soit par les Loges, soit individuellement par leurs membres.

    Cette bienfaisance s’exerce matériellement grâce aux fonds recueillis par le tronc qui circule pour cet objet dans les assemblées. Le don qui est fait dans cette circonstance est un acte essentiel qui doit être proportionné aux ressources de chacun. C’est pourquoi les membres des Loges se feront une règle d’adresser leur obole chaque fois que les circonstances les empêcheront d’assister aux assemblées. Ils n’omettront jamais non plus de déposer leur obole lorsqu’ils sont dans l’obligation de se retirer avant la clôture des travaux.

    Les maçons constatent qu'en l'état actuel des sociétés humaines, la détresse, la misère, la souffrance, les malheurs du monde, et l'inégalité en tous domaines ne cessent de s'aggraver alors que la vocation essentielle, primordiale et fondamentale de l'homme devait laisser espérer le contraire.
    Or l'authentique bienfaisance se révèle à nous dans la totalité de son ampleur. L'humain peut s'éveiller, s'accomplir et commencer de réaliser son destin en compensant et dépassant les aléas issus de la société, de la nature, de la culture et de l'égoïsme multiforme. La vérité de la bienfaisance est là : au secours de toutes les souffrances, au service de la dignité morale et matérielle des êtres en témoignant par la pensée, la parole et l'action d'un autre ordre humain spirituel dont l'amour de Dieu, de l'humanité et de la création est la priorité absolue, la valeur suprême.

    ARTICLE V

    Parmi les dangers qui menacent la vie initiatique des Loges, la recherche des honneurs et les rivalités qui en résultent doit certainement être considérée à l’égal des plus graves. La hiérarchie qui est une des structures naturelles de la Franc-Maçonnerie peut en effet tenter des Maçons plus soucieux d’apparence que de réalité, plus désireux d’exercer une autorité illusoire que d’assumer pleinement des charges et des responsabilités.

    Il faut reconnaître par ailleurs que la place importante que prennent nécessairement des Maçons compétents, actifs et dévoués est un autre péril, car ces derniers habituent les membres des Loges à la facilité et leur succession devient d’année en année plus difficile.

    C’est pourquoi les Maçons Traditionnels Libres estiment que le changement de Vénérable chaque année dans les Loges est une pratique à recommander vivement. Il est également souhaitable que le futur Vénérable ait occupé les différents postes des filières propres à chaque rite.

    Les aptitudes de tous peuvent ainsi apparaître clairement et les listes des Officiers à élire chaque année ne doivent être établies que dans le seul intérêt de la Loge et du rite, et jamais dans un esprit de complaisance ou de concession à une vanité trop humaine. Il n’y a d’ailleurs pas d’exemple qu’un Frère désireux de servir la Maçonnerie, ne puisse y parvenir pleinement dans la limite de ses capacités.

    ARTICLE VI

    Les Loges sont dirigées de façon collégiale par les Maîtres Maçons réunis en Conférence de Maîtres, limitée aux seuls membres actifs. La plus large unanimité est toujours recherchée. Les Apprentis et les Compagnons ne sont jamais associés ou mêlés aux décisions à prendre ni aux discussions qu’elles suscitent.

    ARTICLE VII

    Les initiations et les affiliations ne sont décidées qu’à l’unanimité, ce qui signifie que chaque membre d’une Loge dispose d’un droit d’opposition pour des motifs sérieux et légitimes. On ne doit pas permettre en effet qu’une Loge soit troublée par l’admission d’un nouveau membre contre le gré d’un membre plus ancien. Si la répétition ou le nombre de ces oppositions crée une crise au sein d’une Loge, une issue possible est la création d’une nouvelle Loge, ce que tous doivent faciliter dans un climat de conciliation.

    Ces initiations et ces affiliations devront être précédées de la plus large publicité maçonnique permise par les circonstances, ces actes importants devant être accomplis au su de tous en toute clarté et loyauté.

    D’une façon plus générale, on ne perdra pas de vue que l’association maçonnique étant fondée sur la libre cooptation et la coexistence paisible et harmonieuse, aucune règle supérieure à celles-ci ne saurait imposer à des membres, séparés momentanément ou durablement par des antipathies ou des incompatibilités, de continuer à se fréquenter dans la même Loge. Cette situation, profondément regrettable certes, mais qui se rencontre malheureusement parfois, compromet en effet tout travail initiatique et toute évolution heureuse des uns et des autres. On devra dans ce cas s’efforcer de parvenir d’un commun accord à des essaimages ou à des changements d’appartenance ce qui, en supprimant dans l’immédiat des causes de frictions, sera aussi un moyen sûr de rétablir dans l’avenir des relations plus normales et plus satisfaisantes.

    ARTICLE VIII

    Les augmentations de salaire sont de la même façon décidées à l’unanimité. Les candidats subissent un examen sérieux sur leur instruction maçonnique. Leur conduite doit être, à tous égards, irréprochable. Seule la Loge mère a qualité pour accorder ces augmentations de sa-laire, au besoin par délégation.

    ARTICLE IX

    Les Maçons Traditionnels Libres constatent que le pluralisme des rites est désormais une réalité maçonnique qui doit être admise. Ils affirment qu’à travers ce pluralisme des rites une recherche initiatique méthodique et prudente doit permettre de retrouver l’essence traditionnelle de la Maçonnerie. Les rites ne s’excluent pas, ils se complètent. Ils doivent cependant conserver tous leur plus grande pureté ainsi que leurs traditions et usages propres. Un Maçon peut pratiquer plusieurs rites mais il faut dans ce cas qu’il s’abstienne soigneusement de les mêler par ignorance ou par un désir irréfléchi de bien faire.

    Les Maçons Traditionnels Libres font choix à ce jour de trois rites :

    - Le Rite Français Traditionnel (Rite Moderne Français Rétabli, issu de la Grande Loge de 1717).

    - Le Rite Ecossais Rectifié (issu en 1778 et 1782 de la Stricte Observance).

    - Le Rite Anglais Style « Emulation » (issu en Angleterre de l’Union de 1813).

    Ils estiment que la réunion de ces trois systèmes, égaux en intérêt et en valeur initiatique, a de fortes chances de rassembler la quasi totalité de la tradition maçonnique et que tous les autres systèmes sont composés des mêmes éléments, parfois avec moins de cohérence.
    Chacun de ces trois rites comporte un ou plusieurs grades complémentaires qui sont conférés dans des organismes nettement distincts des Loges symboliques et de leur fédération.

    Chaque rite doit être pratiqué dans le respect absolu des textes et définitions fondamentaux à savoir :

    - Pour le Rite Français Traditionnel (Rite Moderne Français Rétabli), les schémas directeurs reconstitués selon les textes français des XVIIe et XIXe siècles et les vieux documents anglais et écossais sur les rituels et les instructions par de-mandes et réponses, dont le plus ancien actuellement connu remonte à 1696.

    - Pour le Régime (ou Rite) Ecossais Rectifié, les textes définitifs rédigés à Lyon de 1785 à 1787 sous la direction de Jean-Baptiste Willermoz et selon les schémas adoptés au Convent de Wilhelmsbad (1782).

    - Pour le Style « Emulation », les textes actuellement en usage dans la Loge de Perfectionnement Emulation.

    Enfin les Maçons Traditionnels Libres portent tout leur intérêt à la Maçonnerie opérative d’avant 1717 ainsi qu’aux systèmes opératifs qui auraient survécu jusqu’à nos jours et se réservent soit de les pratiquer soit d’y puiser les enseignements nécessaires à une meilleure compréhension de leurs rites.

    Ils adoptent les armes accordées en 1472 à la Compagnie des Maçons de Londres et sa plus ancienne devise : « God is our Guide », « Dieu est notre guide », qui doit s’entendre dans tous les sens mais aussi et surtout au sens opératif, en se souvenant que l’Eternel sur le Sinaï guida Moïse en lui donnant tous les plans du Tabernacle, qui devait lui-même être le modèle du Temple élevé à Jérusalem sous les ordres du Roi Salomon, avec l’aide du Roi Hiram de Tyr et le précieux concours d’Hiram Abif.

    Cette charte a été adoptée à l’unanimité en tenue de Loge Nationale le 26 Janvier 1969.

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    A consulter également :

    Site la Maçonnerie Traditionnelle Libre

    Site de la Loge Nationale Française

    Site de la Loge Nationale Mixte Française

    Site des Loges Nationales Françaises Unies