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  • Les REHFRAM 2016

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    Les vingt-quatrièmes rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (REHFRAM) viennent de s'achever à Douala (Cameroun). Elles furent un succès comme on peut le lire ailleurs sur d'autres blogs.

    Comme de coutume, les travaux se sont achevés par un appel, c'est-à-dire par un ensemble de recommandations ou de vœux généraux formulés par les délégations des obédiences africaines et malgaches.

    Cette année, l'appel a pour objet la lutte contre le terrorisme. Sujet d'une actualité ô combien brûlante. Le continent africain est en effet durement touché par la montée du fanatisme religieux. La liste des pays concernés par le terrorisme est impressionnante. Citons sans être évidemment exhaustif : le Cameroun, le Nigéria, le Niger, le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, la Centrafrique, l'Algérie, la Tunisie, la Libye, le Tchad, la Somalie, etc.

    Je n'ai pas l'intention de commenter ici les mesures préconisées par les REHFRAM mais plutôt de m'attarder sur la dernière phrase de cette appel qui, à mon sens, résume tout le paradoxe de cette maçonnerie africaine et malgache :

    « Ils [les Francs-Maçons et Franc-Maçonnes d’Afrique et de Madagascar ] remercient les Autorités camerounaises, avec à leur tête son Excellence le Président Paul BIYA, pour les mesures prises afin d’assurer la sécurité de leurs travaux. »

    Je suis convaincu que le travail effectué dans le cadre des REHFRAM est de grande qualité et mériterait d'être mieux connu en Europe. Mais comment ne pas éprouver en même temps un malaise en constatant les remerciements appuyés des organisateurs à Paul Biya ? N'aurait-il pas été suffisant et, disons-le, plus judicieux de les cantonner aux seules autorités camerounaises ? Je présume que c'est de la realpolitik. Difficile, en effet, de faire l'économie de révérences au chef de l'Etat. Car Paul Biya, jeune homme de 83 ans, est le président du Cameroun depuis maintenant trois décennies ! Et l'homme est régulièrement cité parmi les autocrates de la planète. 

    Amnesty International note pour l'année 2015 :

    « Au Cameroun, la liberté d’association et de réunion reste soumise à des restrictions. Les défenseurs des droits humains font souvent l'objet de manœuvres d'intimidation et de harcèlement de la part d'agents des forces de sécurité gouvernementales. Les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles, transgenres ou intersexuées (LGBTI) sont toujours en butte à la discrimination, à des manœuvres d'intimidation, au harcèlement et à d'autres formes d'agression. Paul Biya est incapable de préserver la sécurité des Camerounais. Le groupe armé islamiste nigérian Boko Haram a intensifié ses attaques dans le nord-est du Cameroun ; il a notamment commis des homicides, incendié des villages et réalisé des prises d'otages. Des personnes soupçonnées d'appartenir à Boko Haram auraient été arrêtées arbitrairement, placées en détention ou exécutées de manière extrajudiciaire par des membres des forces de sécurité. Des centaines de milliers de réfugiés venus du Nigeria et de la République centrafricaine vivaient dans des camps surpeuplés, où les conditions étaient très difficiles. »

    Je ne sais pas si Paul Biya est franc-maçon. Je sais en revanche que l'appartenance à la franc-maçonnerie fait souvent partie du cursus honorum du politicien africain et que certains chefs d'Etat ne font nullement mystère de leur qualité maçonnique. C'est le cas de Denis Sassou-Nguesso au Congo Brazza et d'Ali Bongo au Gabon pour citer les cas les plus emblématiques. Deux « grands démocrates ». C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la franc-maçonnerie est généralement mal vue sur le continent africain. Les gens la rendent responsables de leurs malheurs comme s'il s'agissait d'une organisation maléfique. Ce qui est évidemment injuste car des opposants politiques peuvent aussi fréquenter les loges, là bas ou en exil, aux côtés de modestes anonymes sans aucun engagement public. Mais la misère en Afrique est immense. Comment expliquer aux gens qui souffrent au quotidien que les dictateurs sont responsables de leurs actes quelle que soit la religion ou la philosophie dont ils se réclament ? Il me semble donc utile de poster à nouveau cette vidéo qui rappelle qu'on ne peut pas être franc-maçon et dictateur.

    4140393277.jpgComme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, j'ai assisté une seule fois aux REFHRAM. C'était en février 2009 à Casablanca (Maroc). Plus exactement, j'étais allé au Maroc essentiellement pour rendre visite à une L∴ de la G∴L∴M∴. Il se fait que les REHFRAM avaient lieu au même moment. J'avais été fraternellement invité par les organisateurs au dîner de clôture dans une salle gigantesque comme jamais je n'en avais vu de ma vie. Je m'étais retrouvé attablé avec des FF∴ africains que je ne connaissais pas. Sur la table, des mets raffinés et succulents. Le must de cuisine marocaine : pastillas, couscous, tajines, etc., finement préparés. Les convives n'étaient pas causants. Peut-être parce que j'étais le seul européen de cette table ? Soudain, en milieu de soirée, un attroupement eut lieu à l'entrée de la grande salle. Les convives se pressaient et jouaient des coudes. Les flashes des appareils photos et des téléphones portables crépitaient. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Un F∴ me dit de venir. Comme j'étais V∴M∴ de mon atelier, il souhaitait me présenter à l'homme vers qui tous les regards se tournaient. Le F∴ chuchota à l'oreille de l'homme. Le visage de ce dernier s'illumina. Il me fit signe de m'approcher. Il me demanda ce que je pensais du Maroc et si mon séjour était agréable. Je répondis affirmativement car c'était effectivement le cas. Je n'avais aucune raison de lui mentir. C'était la première fois que je mettais les pieds en Afrique. J'étais heureux de cette expérience. C'est alors qu'il me prit dans ses bras pour me faire une accolade qui me parut durer des heures. Il me serra très fort contre lui comme s'il me faisait un massage thoracique. Puis, en me désignant du doigt, il dit à voix haute pour que la grappe de gens autour de nous puisse clairement entendre : « Désormais ce qu'on fera à toi, c'est à moi qu'on le fera ». Puis il me laissa et continua son chemin. Je regagnai ma table et le banquet s'acheva pour moi dans une toute autre ambiance. Les convives, soudain, se mirent à me parler comme à un vieil ami. Certaines femmes me firent de jolis sourires. Quelque chose s'était produit qui me donna le sentiment d'avoir franchi un cap. Le banquet s'acheva enfin par une soirée dansante. Le Grand Maître du G∴O∴D∴F∴ d'alors se déhanchait de bon coeur sur la piste de danse avec d'autres convives. J'en avais assez vu. Saturé, je décidai de rentrer à mon hôtel. L'air de la nuit était doux. Les rues de Casablanca étaient animées comme en plein jour. Le contraste entre l'opulence de la réception et le dénuement de certains passants me sauta alors au visage. Dans le petit taxi rouge qui m'amenait à l'hôtel Excelsior, le conducteur d'un âge indéterminé écoutait, la clope au bec, un morceau des Chemical Brothers. 

    Une fois arrivé dans ma chambre, je me suis endormi comme une masse jusqu'au matin. Ce n'est que le lendemain que j'appris du Frère qui m'avait accompagné, l'identité de mon mystérieux interlocuteur. Le plus drôle est que je ne me souviens plus de son nom aujourd'hui. Il s'agissait en tout cas d'un homme qui avait, paraît-il, l'oreille du roi. J'appris alors que la franc-maçonnerie était considérée au Palais avec bienveillance. Son implantation était perçue, à tort ou à raison, comme un moyen d'ancrer le royaume dans le bloc occidental alors que les idées islamistes y progressaient à cause, notamment, des fortes inégalités sociales et d'une corruption généralisée. Mon acolyte comprit immédiatement que je n'avais pas bien vécu ce dîner de clôture. « C'est l'Afrique, me dit-il, c'est déroutant je sais. Tu n'en as pas l'habitude. Il faut s'y faire. De toute façon, nous ne pouvons rien changer à notre petit niveau. »