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  • A moi les enfants de la veuve !

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    Pour illustrer l'influence de la Franc-Maçonnerie sous la IIIe République, on cite souvent l'exemple d'Henri Brisson qui aurait fait le signe maçonnique de détresse à la tribune de l'Assemblée Nationale. C'est par cette ruse que le gouvernement Waldeck-Rousseau aurait obtenu la confiance de la chambre des députés le 26 juin 1899 à une courte majorité. Sauf qu'il s'agit d'une légende.

  • Albert Le Nordez et la fin du Concordat

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    Monseigneur Albert Le Nordez, évêque de la bonne ville de Dijon, est passé en son temps pour le plus franc-maçon des cléricaux ou bien pour le plus clérical des francs-maçons. En effet, l'extrême droite, toujours prête à voir des complots partout, l'accusa d'être un membre du Grand Orient de France à cause de ses opinions républicaines et parce qu'il menait son diocèse à la baguette. Cette affaire, née d'une rumeur, provoqua la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican en 1904 et à la fin du concordat de 1801.

  • Le « manifeste contre le nouvel antisémitisme », une logique dévastatrice

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    asko.jpgSi vous avez un bon quart d'heure devant vous, je vous suggère la lecture d'un article de Claude Askolovicth intitulé Le «manifeste contre le nouvel antisémitisme», une logique dévastatrice. Comme l'indique le journaliste :

    « Ce texte est glaçant pour la vérité dont il émane comme pour les mensonges qu’il induit. Il est terrifiant pour ce qu’il rappelle de la vie et de la mort de juifs, ici, depuis le début du siècle; et horrible pour ce qu’il nourrit : une mise en accusation des musulmans de ce pays, réputés étrangers à une véritable identité française, sauf à renoncer à leur dignité. Je ne conteste pas la bonne volonté des signataires. Je voudrais, humblement, qu’ils mesurent leur risque et leurs mots. »

    Claude Askolovitch montre que ce manifeste, certainement animé des meilleures intentions, soutient l'idée que la lutte pour les juifs est au fond une composante du combat identitaire français et que ce combat, pour être victorieux, doit exclure « la part musulmane de la France » perçue comme exogène et inassimilable.

    Je voudrais citer ici les dernières lignes du texte stimulant de Claude Askolovitch :

    « La passion nationale pour la laïcité de combat n’est qu’un refus de notre part musulmane. L’idée d’une France devenant un pays « aussi musulman », par certains de ses enfants, est une souffrance indépassable. On reproche d’abord aux musulmans d’être, ici, d’ici. L’antisémitisme est un autre élément à charge de preuve : une bonne raison, progressiste, de détester celles et ceux, voilées, barbus, dont on ne veut pas.

    Deux choses peuvent être vraies ensemble. L’islamo-gauchisme existe mais aussi bien que l’islamophobie. L’antisémitisme existe, et l’antisémitisme musulman, mais l’islamophobie prospère aussi bien chez les tremblants de la laïcité. En même temps. Chacun alors choisit son camp. La grande bourgeoisie défend les juifs. Le gauchisme en tient pour les Arabes, et assimilés. Des camps politiques se structurent en choisissant sa victime de coeur. On tourne le dos aux souffrances de l’ennemi. Pour dénoncer l’antisémitisme, adoptez l’islamophobie ! Pour combattre l’islamophobie, niez l’antisémitisme quand il vient des cités ! Pourtant, tout ne s’échange pas. Je prétends – combien sommes-nous ? – qu’il faut récuser chaque enfermement ; je prétends aussi – est-ce évident ? – qu'on ne fait pas avancer une cause juste avec d’autres haines et quelques mensonges pernicieux. »

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    Pour vous faire une opinion : 

  • Albert Lucien Quet, le fidèle

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    albertlcuien.jpgJe voudrais évoquer ici le souvenir d'un frère que j'ai eu la chance de côtoyer plusieurs années au cours de ma vie maçonnique : Albert Lucien Quet (1919-2014). Albert Lucien, né Albert Almir Victorin, était le doyen des frères de la loge La Bienfaisance à l'orient de Nîmes (GODF). Il avait plus de cinquante ans de vie maçonnique lorsqu'il est passé à l'orient éternel. Même dans ses dernières années, lorsqu'il était en résidence à la maison de retraite de Vialas, petit village lozérien au coeur des Cévennes (Albert Lucien était né au Pont de Montvert),  il ne manquait jamais de s'acquitter de sa capitation. Il avait en effet systématiquement décliné la proposition des vénérables de la loge, dont la mienne, à solliciter l'honorariat.

    Pour Albert Lucien, la qualité maçonnique était indissociable de son statut de membre actif de l'atelier. Il voulait être « à égalité » avec ses frères, unis par les valeurs de l'Ordre maçonnique et respectueux des mêmes devoirs. En d'autres termes, il voulait rester fidèle à son engagement et à son serment.

    Quand je pense à Albert Lucien, je pense souvent à deux autres frères dont j'ai déjà parlé sur ce blog : André Quet d'une part et Albert Balagué d'autre part. Albert Lucien et André Quet avaient non seulement en partage un patronyme mais aussi un même lieu de résidence. Tous deux habitaient au Grau du Roi sur les bords de la mer méditerranée. Quant à Albert Lucien et Albert Balagué, ils se ressemblaient dans la façon de se comporter en loge : c'était des taiseux. Albert Lucien et Albert avaient aussi connu, à des endroits différents, l'engagement actif au sein de la Résistance durant l'occupation nazie et le régime de Vichy. Albert Lucien avait été membre des maquis et des corps francs des forces françaises de l'intérieur. 

    Albert Lucien avait connu le feu. Dans le sud Lozère, sud Ardèche et haut Gard, zones géographiquement cloisonnées au relief tortueux, les engagements de la Résistance se sont surtout  traduits par un harcèlement constant des patrouilles allemandes (attaques de véhicules isolés, sabotage de voies de communication, etc.).  Contrairement à ce que laissent entendre certains historiens, je ne pense pas que le souvenir de la révolte des camisards et l’enracinement du protestantisme en Cévennes aient alimenté spécifiquement une attitude résistante par l’assimilation, consciente ou non, des termes « maquisards-camisards » (P. Cabanel, « Résistance civile, résistance armée. Étude d’un cas : les Cévennes », J.-M. Guillon, P. Laborie (sous la dir. de), Mémoire et histoire : la Résistance, Actes de colloque, Toulouse, Privat, 1995, p. 275 sq). Albert Lucien était certes protestant mais il était surtout laïque et républicain. Et puis, comme il me l'avait dit un jour, on trouvait de tout dans la Résistance. Il me semble - mais je peux me tromper - que son statut de combattant au sein des FFI, a par la suite ouvert à Albert Lucien les portes de l'armée régulière où il fit une carrière d'officier.

    J'ai appris d'Albert Lucien cette vérité : les hommes valent mieux qu'on ne le dit et mieux qu'on ne le croit à condition de faire l'effort de les rencontrer, de les écouter et de les estimer. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut fuir les oppositions lorsque les circonstances l'exigent et quoi qu'il puisse en coûter. Son apparente sévérité dissimulait une personnalité sensible et attachante.

    Je n'ai aucune intention hagiographique - j'espère qu'on l'aura compris - en consignant sur ce blog le souvenir de ces hommes que j'ai eu la chance de croiser en loge. J'entends simplement exprimer ici la reconnaissance que je dois à la franc-maçonnerie en général et au Grand Orient de France en particulier de m'avoir permis de rencontrer, en son sein, des personnes de qualité que rien ne révélait à l'attention du public et qui étaient aussi disponibles qu'on peut l'être pour faire part aux autres de ce qu'ils avaient de meilleur.

  • L’Église chez elle, et l’État chez lui

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    hugo1848.jpgLe 10 avril dernier, le Grand Orient de France - mon obédience - a publié un communiqué de presse intitulé « L'État chez lui, l'Église chez elle » en réaction au discours du Président de la République devant la conférence des évêques de France le 9 avril. Chacun, bien entendu, est libre de penser ce qu'il veut de ce communiqué rédigé au nom de l'obédience par on ne sait qui. Passons. Ce n'est pas l'objet de mon propos.

    Je voudrais revenir ici sur le titre de ce communiqué. Le frère Frédéric C., fidèle lecteur du blog, a attiré mon attention sur ses origines. Cette expression a été employée, pour la première fois, par Victor Hugo, à la tribune de l'assemblée nationale, lors de la séance du 15 janvier 1850. Le gouvernement de la seconde République, paradoxalement hostile à la République, voulait confier le monopole de l'instruction publique au clergé catholique sous couvert de la liberté de l'enseignement. Cette loi était présentée par M. de Falloux, ministre de l'instruction publique. Le rapport de force était à l'époque très nettement en sa faveur (sur 705 députés, 450 appartenaient au parti de l'ordre et 255 étaient républicains).

    C'était donc avec l'énergie du désespoir que le poète et écrivain Hugo l'avait combattue. Sauf que son propos ne cadre ni avec la conception de la laïcité que certains ultras défendent aujourd'hui ni avec la signification que le communiqué du Grand Orient de France lui prête.

    « Je veux donc sincèrement, je dis plus, je veux ardemment l’enseignement religieux. Mais je veux l’enseignement religieux de l’Église, et non l’enseignement religieux d’un parti. Je le veux sincère et non hypocrite. Je le veux ayant le ciel pour but et non la terre.

    Je ne veux pas qu’une chaire envahisse l’autre ; je ne veux pas mêler le prêtre au professeur, ou si je tolère ce mélange, si j’y consens, moi législateur, je le surveille.

    J’ouvre sur les séminaires, sur les congrégations enseignantes l’oeil de l’État, et de l’État laïque, j’y insiste, de l’État laïque, jaloux uniquement de sa grandeur et de son unité. Jusqu’au jour, jour que j’appelle de tous mes voeux, où la liberté de l’enseignement, la liberté complète et entière pourra être proclamée... Et tenez, je m’interromps. Il y a lieu de placer ici une observation importante qui complète l’exposition de mes idées. Si j’obtenais, si j’obtenais du progrès naturel, du progrès du temps, des esprits, si j’obtenais ce que je vous disais dans mes premières paroles, l’instruction gratuite à tous les degrés, obligatoire au premier degré, je mettrais à côté de ce grand enseignement donné par l’État, de cette magnifique instruction gratuite, dont je vous ai fait le tableau, normale, française, chrétienne, libérale, offrant à tous pour rien les meilleurs maîtres et les meilleures méthodes, sollicitant les esprits de tout ordre, qui serait un modèle en science et de discipline, et qui élèverait, sans nul doute, le génie national à sa plus haute somme d’intensité, je mettrais à côté de ce magnifique enseignement la liberté de l’enseignement complète, entière, absolue, liberté pour les établissements privés, liberté pour les établissements religieux, soumise seulement aux lois générales, aux lois générales qui gouvernent toutes les libertés ; et je n’aurais pas le souci, et je n’aurais pas le besoin de donner à cette liberté le pouvoir inquiet de l’État pour surveillant, parce que je lui donnerais l’enseignement gratuit de l’État pour contrepoids.

    Eh bien, jusqu’au jour où cette liberté complète de l’enseignement pourra être établie à côté de l’enseignement gratuit de l’État, jusqu’à ce jour-là, je veux l’enseignement de l’Église, mais je veux l’enseignement de l’Église au dedans de l’Église et non au dehors.
    Surtout je considère comme une dérision de faire surveiller, au nom de l’Etat, par le clergé, l’enseignement du clergé. Je veux, je le répète et je le résume en un mot, ce que voulaient nos pères : l’Eglise chez elle, et l’État chez lui. »

    On voit que Victor Hugo, ardent laïque, mais aussi philosophiquement déiste, promouvait une laïcité fondée sur le respect mutuel, l'écoute, le dialogue et le compromis républicain. Ce projet de coexistence apaisée des enseignements, qu'il appelait de ses voeux devant une majorité parlementaire hostile, a pu aboutir en 1959, soit 109 ans plus tard.

    Je voudrais encore citer ce passage de son intervention qui ferait tousser beaucoup de frères de mon entourage s'il était prononcé aujourd'hui :

    « Vous parlez de l’enseignement religieux ? L’enseignement religieux véritable, l’enseignement religieux suprême, celui devant lequel il faut se prosterner, celui qu’il ne faut pas troubler, le voici...
    C’est la soeur de charité au chevet du mourant ; c’est le frère de laMerci rachetant l’esclave ; c’est Vincent de Paul ramassant l’enfant trouvé ; c’est l’évêque de Marseille au milieu des pestiférés ; c’est l’archevêque de Paris affrontant avec un sourire sublime le faubourg Saint-Antoine révolté, levant son crucifix au-dessus de la guerre civile et s’inquiétant peu de recevoir la mort, pourvu qu’il apporte la paix. Voilà le véritable enseignement religieux.
    Voilà l’enseignement religieux réel, profond, efficace, universel, populaire, celui qui, heureusement pour l’humanité et pour la religion, fait encore plus de chrétiens que vous n’en défaites. »

    Hugo souhaitait que l'Église se recentre sur les valeurs évangéliques qu'il considérait aux antipodes des projets politiques réactionnaires du parti catholique. Il considérait que l'Église était porteuse de valeurs utiles pour le lien social. Victor Hugo ne faisait pas de l'histoire cléricale. Il défendait, avec beaucoup d'avance sur la société elle-même, la liberté absolue de conscience sur laquelle la laïcité française contemporaine est fondée.

    Je ne suis absolument pas un « macronolâtre » mais je reconnais tout de même une certaine filiation intellectuelle entre les propos du laïque Victor Hugo à la chambre des députés et les propos du Président de la République laïque devant la conférence des évêques de France. 

    Le pays n'a pas besoin d'une religion de parti et encore moins d'une religion d'État mais il a besoin que la religion - quelle qu'elle soit - puisse librement exprimer ses plus hautes valeurs morales et sociales. Ce qui signifie aussi que le pays a évidemment besoin des libres penseurs, des agnostiques,  des athées, des maçons (croyants ou pas) et plus généralement de toutes les aspirations spirituelles les plus généreuses, les plus sincères et les plus désintéressées. L'État républicain, soucieux de son unité et de sa grandeur, doit leur garantir un égal respect au nom de l'intérêt général et sans qu'il y ait de prééminence de l'un d'entre eux. 

    Pour conclure, quand j'entends ou vois des frères (ou des soeurs) faire preuve d'intolérance au nom de la tolérance, se complaire imprudemment dans des procès d'intention ou s'exciter, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, à propos de la loi du 9 décembre 1905, que beaucoup d'ailleurs n'ont pas lue, je voudrais simplement leur rappeler cet extrait de la cérémonie d'initiation au rite français pratiquée au Grand Orient de France :

    « Le Grand Orient de France n'admet aucune limite à la liberté d'esprit, à la liberté de conscience. Précisons que chacun de nous a le droit de croire à une intelligence qui régit le monde, ou de n'y pas croire ; que chacun de nous peut croire à un dieu créateur (que certains francs-maçons appellent Grand Architecte de l'Univers), ou de n'y pas croire ; que chacun peut pratiquer une religion, ou n'en pratiquer aucune. Toutes les idées philosophiques, politiques, sociales ou autres sont égales à nos yeux tant que, bien sûr, la dignité de l'Homme y est respectée. Si des exclusives existent, elles ne viennent pas de nous mais du monde profane. »

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    Intervention du député Victor Hugo le 15 janvier 1850.pdf

  • Macron et la laïcité

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    J'ai lu le discours du Président de la République devant les Évêques de France le 9 avril dernier et je ne comprends pas les réprobations qu'il semble susciter chez certains acteurs associatifs du mouvement laïque et chez certains francs-maçons. Malheureusement l'immédiateté des réactions des uns et des autres, notamment sur les réseaux sociaux, a tôt fait de réduire l'allocution du chef de l'Etat à son propos liminaire. L'attention s'est ainsi focalisée sur la volonté présidentielle de réparer le « lien abîmé » entre l'Eglise et l'Etat. Certains critiques ont vu dans les propos de M. Macron des relents de sacristie et une remise en cause des institutions laïques de la République. Comme nous progresserions collectivement si nous étions capables de ne pas circonscrire l’information à des tweets (en particulier ceux relayant partiellement le discours du Président de la République) ou à des commentaires sur Facebook.

    Le Président de la République s'est donc adressé aux responsables des diocèses de l'Église de France comme il lui est arrivé de s'exprimer devant les représentants des autres confessions religieuses de notre pays. Ses prédécesseurs ont agi de même. M. Macron l'a d'ailleurs fait en des termes qu'il aurait fort bien pu employer devant des représentants d'associations laïques, de libre pensée ou d'obédiences maçonniques.

    J'ai ainsi apprécié ce passage relatif au colonel Arnaud Beltrame :

    « Beaucoup, lors de la journée tragique du 23 mars, ont cherché à nommer les ressorts secrets de son geste héroïque : les uns y ont vu l’acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire ; les autres y ont vu la manifestation d’une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique ; d’autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort.

    Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu’il est impossible de les démêler, et c’est même inutile, car cette conduite héroïque c’est la vérité d’un homme dans toute sa complexité qui s’est livrée. »

    beltrame.jpgC'est cette complexité qui a fait l'unité et la singularité profondes de cet homme courageux et exemplaire. D'aucuns la jugeront peut-être paradoxale, voire contradictoire, mais il n'en demeure pas moins qu'elle a contribué à forger la personnalité d'Arnaud Beltrame. Cette complexité témoigne de la liberté de conscience garantie par les lois de la République.

    En d'autres termes, si Arnaud Beltrame a pu être ce qu'il a été, au quotidien, tant dans sa vie privée que professionnelle, c'est probablement parce qu'il a eu la chance de vivre et de grandir dans une société où l'on peut librement s'épanouir selon ses goûts et sa philosophie.

    Comment un franc-maçon, même le plus engagé politiquement ou le plus détaché de toute préoccupation spirituelle ou symbolique, pourrait-il y être insensible ? 

    C'est la raison pour laquelle, il me paraît fondamental de mettre en exergue ce passage du discours du Président de la République qui rappelle, avec force et vigueur, ce qu'est la laïcité consacrée par les lois de la République depuis plus de cent ans :

    « Je ne demanderai à aucun de nos concitoyens de ne pas croire ou de croire modérément. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je souhaite que chacun de nos concitoyens puisse croire à une religion, une philosophie qui sera la sienne, une forme de transcendance ou pas, qu’il puisse le faire librement mais que chacune de ces religions, de ces philosophies puisse lui apporter ce besoin au plus profond de lui-même d’absolu.

    Mon rôle est de m'assurer qu'il ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. C'est cela la laïcité ni plus ni moins, une règle d’airain pour notre vie ensemble qui ne souffre aucun compromis, une liberté de conscience absolue et cette liberté spirituelle que je viens d'évoquer. »

    Le Président de la République est le garant de la liberté de conscience et non le promoteur d'une religion d'État. Il a donc invité les responsables de l'Eglise catholique romaine à s'inscrire résolument dans le cadre de la laïcité pour favoriser l'écoute et le dialogue mutuels, loin des postures et du commerce des certitudes, loin des attachements et des défiances fondées sur des raisons électoralistes

    Parce que la République garantit la liberté de conscience à tous, y compris aux catholiques, il appartient à l'Eglise d'investir le débat public sur les questions morales et éthiques et de s'appuyer sur ses membres qui s'engagent au quotidien au service des autres. Rien ne l'interdit. Plus largement, aucun texte de loi n'empêche les mouvements politiques, syndicaux, religieux, philosophiques de participer au débat public. La République reçoit donc avec gratitude tout don de sagesse, tout don d'engagement et tout don de liberté que l'Eglise est prête à lui offrir comme elle reçoit les dons de sagesse, d'engagement et de liberté de tout autre mouvement spirituel et de libre pensée.

    Autrement dit, la République a besoin d'interlocuteurs - et non de donneurs de leçons - pour justement permettre l'échange et le partage des expériences dans tous les domaines. L'Etat attend donc un haut niveau d'exigence de la part de ceux qui prétendent mener une profonde réflexion spirituelle sur le devenir de l'homme. Ce qui implique aussi de l'humilité dans le questionnement.

    Il n'y a que dans les dictatures où l'État se passe d'interlocuteurs pour imposer implacablement aux individus une seule et même conduite à tenir.

    Pour le reste, qu'attendait-on du Président de la République invité par la Conférence des Évêques de France ? Qu'il les traite avec mépris ou condescendance ?

    Je le dis donc à mes amis laïques et à mes frères francs-maçons : nous avons, nous aussi, et tous autant que nous sommes, à offrir ce don de sagesse, d'engagement et de liberté à la collectivité. Nous avons, nous aussi, à nourrir la réflexion éthique et sociale dans le respect de nos spécificités et de nos chemins spirituels. La laïcité est précisément le cadre indispensable qui permet aux opinions les plus diverses de s'exprimer en toute liberté.

    Que le besoin de polémiquer à longueur de tweets, de communiqués et de tribunes, ne nous le fasse pas oublier !

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    DISCOURS DU 9 AVRIL 2018.pdf

  • Voter c'est choisir

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    vote, démocratie, république, débat

    La Maçonne a réagi à une note que j’avais publiée sur le vote en franc-maçonnerie. Je vous invite à lire son article. J'ai pourtant le sentiment qu’elle et moi nous ne parlons pas de la même chose.

    Je m’explique.

    Les mots ont un sens. Voter, c’est choisir entre plusieurs alternatives. Choisir de ne pas choisir n’est pas voter mais s’abstenir.

    Par conséquent, l’idée qui consiste à voir dans le vote blanc l’expression d’une « abstention civique » (on ne choisit pas mais on se déplace quand même pour accomplir son devoir de citoyen) est en réalité un détournement du sens du vote. Bref, on complique ce qui est simple. Certains disent même que le vote blanc est à mi-chemin entre l'abstention et la participation électorale. Foutaise !

    En effet, rester chez soi ou aller dans un bureau de vote pour mettre un bulletin blanc, revient fondamentalement à la même chose. Dans les deux cas on n’exprime rien. On ne choisit pas. Ce qui permet aux commentateurs en tous genres de se perdre en conjectures sur le sens à donner à l'abstention.

    Prenons le cas du dernier scrutin où l’abstention a été très forte.

    Les adversaires de la nouvelle majorité présidentielle exploitent évidemment l’abstention pour discuter la légitimité de la nouvelle majorité à l’Assemblée Nationale. Ils voient dans l'abstention une marque de défiance.

    Les partisans de la nouvelle majorité estiment au contraire que l'abstention ne remet pas en cause la légitimité de la majorité nouvelle car les formations politiques opposées au président de la République ou méfiantes à son égard, ont connu un revers électoral majeur. Ils voient donc dans l'abstention une marque de confiance.

    Bref, on le voit, l'abstention peut donner lieu à des interprétations et à des extrapolations radicalement différentes. C’est pour cela qu'elle n’a aucune espèce de valeur d’un point de vue électoral.

    En outre, il est évident qu’on peut s’abstenir pour tout un ensemble de raisons qui n’ont rien à voir avec l’envie de faire passer un message politique (impossibilité matérielle, raisons de santé, manque d’envie, désintérêt total, etc.).

    Autrement dit, on peut faire dire à l’abstention – qui peut éventuellement s’exprimer par le vote blanc – ce que l’on veut et plus particulièrement ce qui arrange. Elle est donc sujette à toutes les manipulations. C’est tellement vrai qu’il existe même un « parti du vote blanc ».  

    Comptabiliser les votes blancs comme suffrages exprimés n’a donc aucun sens puisque ces votes n’expriment rien. Tout juste accepte-t-on aujourd'hui de les décompter séparément des votes nuls (bulletins sans enveloppe, non réglementaires, annotés ou déchirés) et de les annexer en tant que tels aux procès verbaux dressés par les responsables des bureaux de vote (loi du 21 février 2014). Mais cette mesure récente est parfaitement artificielle et inutile car la démocratie est fondée sur le choix des électeurs et non sur leur indécision. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les abstentionnistes ont toujours tort parce qu'ils se mettent volontairement ou involontairement en dehors du temps démocratique du vote. Y compris celles et ceux qui font l'effort d'aller voter mais pour mettre un bulletin blanc illusoire dans l'urne.

    Le citoyen n'est pas obligé d'avoir un avis sur tout bien sûr mais il est néanmoins censé s'informer. C'est exactement la même chose quand on dit : « Nul n'est censé ignorer la loi ». Ça ne signifie pas que tout le monde doit connaître la cinquantaine de codes en vigueur. Ça signifie que tout le monde doit avoir à l'esprit que la vie en société et la coexistence harmonieuse entre les individus impliquent le respect de la loi impersonnelle et générale.

    Les campagnes électorales, les réunions publiques, les débats médiatiques, les discussions entre amis, les professions de foi, les tracts, etc., sont là pour éclairer les choix du citoyen ou l'aider à les mûrir. Nous avons d'ailleurs la chance de vivre dans une démocratie pluraliste qui permet cette participation citoyenne. Si la démocratie repose sur la souveraineté du peuple, elle doit alors pouvoir attendre en retour du peuple souverain qu'il concoure à l'élaboration de nouvelles perspectives pour le pays.

    Et pour les loges, c'est un peu pareil. Le franc-maçon ne doit pas se contenter de poser son cul une à deux fois par mois sur les colonnes pour faire joli. Sa présence active est certes importante mais le minimum minimorum est qu'il sache aussi ce qu'il veut pour son atelier dans l'avenir.

  • La franc-maçonnerie face aux extrêmes

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    plantu.jpgSi je souscris bien évidemment et sans réserve à l'appel des obédiences maçonniques à faire barrage à l'extrême droite, je ne peux m'empêcher en même temps de déplorer leur silence concernant l'extrême gauche. Pourtant, le dessin de Plantu, ci-contre, résume parfaitement la proximité de ces deux courants politiques en apparence antagonistes. Les deux se rejoignent en effet dans cette incroyable prétention à parler « au nom du peuple » comme si l'un et l'autre avaient reçu de « la foule des anonymes », perçue comme un bloc monolithique, je ne sais quel magistère moral.

    Il est inutile, je crois, d'insister outre mesure sur l'extrême droite. On en connaît la très grande dangerosité et les obsessions. La pitoyable prestation télévisuelle de Mme Le Pen, le 3 mai dernier, en est une illustration. C'est la raison pour laquelle ses partisans sont d'ailleurs écartés des loges, du moins au Grand Orient de France et pour autant que la sagacité des frères n'ait pas été prise en défaut. J'aimerais une clarté comparable à l'égard de l'extrême gauche dont les pratiques, les affirmations expéditives et les simplifications m'apparaissent tout aussi dangereuses pour notre République démocratique, sociale et laïque que les slogans frontistes sur la mondialisation, l'Europe, la finance, les élites, etc.

    Pendant toute cette campagne présidentielle surmédiatisée, la démocratie a donné l'impression d'être prise en étau entre les extrêmes. Ces derniers ont en effet donné le tempo au débat public en excitant les peurs, en montant les Français les uns contre les autres, en faisant de la surenchère programmatique et en tirant habilement profit de la crise du leadership au sein des partis politiques républicains. 

    Si l'on se souvient des énormités de Marine Le Pen, que penser alors de celles de Jean-Luc Mélenchon usant et abusant d'un vocabulaire fleuri pour fustiger ses adversaires politiques en les traitant de « pourris », de « vendus » et de « gardes-chiourme » ? N'est-il pas consternant de voir cet homme s'enfermer dans le registre éculé du « tous pourris » ? N'est-il pas paradoxal de l'entendre prôner le « dégagisme », c'est-à-dire la purge de toute la classe politique française, alors qu'il en est un des représentants depuis plus de trente-cinq ans ? Il a d'ailleurs largement profité de toutes les investitures qui lui ont été données par le parti socialiste sur lequel il se plait à cracher depuis dix ans.

    Voir un tel comportement chez un homme public qui, de surcroît, n'a jamais fait mystère de son appartenance maçonnique, ne peut qu'interroger les francs-maçons et notamment ceux qui, au sein du Grand Orient de France, sont attachés à la qualité du débat public et au respect des institutions démocratiques. Et si ça ne les interroge pas, moi, en tout cas, ça m'interpelle car je me rends compte que si on enlève la rhétorique et quelques envolées lyriques pour y substituer le racisme et la xénophobie, Mélenchon se transforme en Le Pen. La frontière est en effet ténue. Et elle peut être d'autant plus vite franchie que Jean-Luc Mélenchon n'a pas donné de consignes claires pour le second tour de l'élection présidentielle. Résultat ? Nombre de ses électeurs semblent prêts à s'abstenir ou, pis encore, à se reporter sur la fille de Jean-Marie Le Pen le 7 mai prochain.

    Si nos loges doivent se montrer vigilantes à l'égard des « fachos de comptoir », elles doivent se montrer tout aussi prudentes à l'égard des « bolchos-mondains » qui, déjà, menacent, haïssent, annoncent un troisième tour social et spéculent à voix haute sur la colère et le ressentiment des gens alors que le successeur de M. François Hollande n'est pas encore élu et installé à l'Elysée. Je connais de ces frères qui portent le tablier tout en jouant aux « insoumis » devant leurs ordinateurs. Ils préconisent des révolutions qu'ils ne voudraient en réalité ni pour eux ni pour leurs enfants. Mais peu importe. Tout tient dans la posture. J'en connais beaucoup qui ne sont absolument pas regardants dès qu'il s'agit de dépenser l'argent public ou l'argent des autres. Ils sont en revanche beaucoup plus attentifs dès qu'il s'agit de trouver le placement le plus judicieux, la bonne formule pour payer moins d'impôts ou, plus généralement, ce qui leur permettra de satisfaire leurs seuls intérêts.