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réalité maçonnique

  • Le secret maçonnique et le huis clos

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    Dans La nouvelle réalité maçonnique, Jean Verdun écrit :

    Cessons donc (...) de parler de secret. Nos temples seraient-ils truffés de micros, cela ne changerait rien à rien. Ce n'est pas le huis clos proprement dit qui compte, mais l'esprit du huis clos pour que, quel que soit le sujet traité, l'esprit de l'initiation l'emporte (...) Que la loge s'ouvre ! Qu'elle invite qui peut l'enrichir d'une réflexion nouvelle ! (...) Qu'elle cesse de laisser croire à ses invités, qui ne croient d'ailleurs pas, qu'une réflexion fondamentale sur le sujet s'élabore à l'abri des murailles du secret (...) Le secret ne doit plus servir les falsificateurs, mais le huis clos doit demeurer, ne serait-ce que pour marquer le caractère exceptionnel des tenues blanches pendant lesquelles une loge ou une obédience peut se confronter avec le dehors (...) L'importance n'est pas le sujet, mais la façon dont on l'aborde, et le huis clos permet de s'y prendre à l'inverse des méthodes médiatiques. Par conséquent, le huis clos, trois fois oui, mais le secret, basta ! (1)

    Faut-il évacuer le secret pour ne garder que le huis clos ou plutôt "l'esprit du huis clos" comme le suggère Jean Verdun ? Non bien sûr. Ça me parait d'ailleurs quelque peu artificiel. Et je vais vous le démontrer.

    Plaçons-nous au niveau du huis clos évoqué par Verdun. Cette expression vient de "huis" signifiant "porte" en ancien français, celle qui sépare l'intimité du foyer de l'extérieur (2), d'où le vocable "huisserie" pour désigner les entourages des portes. Elle est utilisée en droit pénal pour signifier que le public est exclu de la salle d'audience où se déroulent les débats. Dans cette perspective, effectivement, la franc-maçonnerie fonctionne entièrement sur le principe du huis clos.

    Par conséquent si on retranche le secret du huis clos, il n'y a plus aucune raison de maintenir le huis clos puisque le premier motive le second. Quand un président de Tribunal prononce le huis clos, ce n'est pas simplement pour la forme. C'est parce qu'il sait que l’objet des débats exige le secret afin de le réserver aux seules parties en présence et pour interdire toute publicité extérieure.

    Si l’on évacue la notion de secret, le huis clos n'a donc plus de raison d’être : le secret devient alors un simulacre. Le huis clos est donc une césure par rapport au monde extérieur le temps de l’échange. Le secret garantit la liberté dans l’échange. Echanger en présence de tiers au groupe d’individus choisi n’a pas du tout la même valeur : on se trouve très rapidement dans une position où l’on veut séduire, où l’on veut convaincre, quand on ne choisit pas, tout simplement d’observer, un silence prudent de peur de révéler une part de sa vérité qui n’a pas à être connue.

    Le huis clos, corollaire du secret, c’est ce qui nous empêche – pour combien de temps encore ? – de sombrer dans le messianisme qui, depuis toujours, a guidé et animé les religions ou les partis politiques. Le quidam peut entrer librement dans les lieux de culte et participer aux cérémonies religieuses ou aux réunions politiques parce qu’on lui annonce la vérité extérieure à lui-même.

    En FM, c’est l’inverse : on n’entre pas en L comme on veut. On travaille à couvert, à l'abri des turpitudes du monde profane et en laissant à la porte ses métaux, c'est-à-dire ses préjugés, ses défauts, etc. La vérité n'est pas extérieure à soi. Mais en soi. Et nul n’a droit qu'à la vérité qu'il a su découvrir par son travail, soutenu en cela par les FF∴ de son atelier.

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    (1) Jean Verdun, La nouvelle réalité maçonnique, Albin Michel, Paris, 2001, pp. 55 et 56.

    (2) Huis vient du latin ostium. On retrouve la même étymologie en allemand (haus), néerlandais (huis) ou en anglais (house) pour désigner la maison.