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propagande

  • L'antimaçonnisme aux Etats-Unis au 19e siècle

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    mahabone.jpgLa franc-maçonnerie dans les pays anglo-saxons, notamment aux Etats-Unis d'Amérique, a pignon sur rue. Cette situation ne doit pas faire oublier qu'elle a bien failli disparaître outre-Atlantique au dix-neuvième siècle des suites de l'affaire Morgan. En 1826, la disparition de William Morgan, un anti-maçon actif, dans des circonstances non élucidées, a suscité une violente campagne d'opposition à la franc-maçonnerie pendant une vingtaine d'années. De nombreuses loges se sont mises en sommeil. Les effectifs se sont effondrés tout au long de cette période. Il y a même eu un parti antimaçonnique qui a présenté plusieurs candidats à la présidence des Etats-Unis.

    L'image ci-contre s'inscrit dans le prolongement de cette période de grand antimaçonnisme. Je pense qu'il s'agit d'une image de propagande qui doit dater environ des années 1850. On y voit un homme avec des décors de vénérable. Il prend la pose. A ses pieds, trois candélabres. Il y a une petite table où sont posés des objets qu'on ne distingue pas très bien (des outils ?). Derrière l'homme, une affiche qui commence avec le mot substitué. Elle annonce de terribles révélations sur la franc-maçonnerie et en dénonce les serments illégaux, immoraux et despotiques. On peut y lire que les sociétés secrètes sont une émanation de l'Antéchrist. Il est probable que cette image soit aussi une sorte de publicité pour une exposition antimaçonnique itinérante organisée par un mouvement chrétien fondamentaliste.

  • Antimaçonnisme : hélas oui. C'est sérieux !

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    Jean-Dominique Reffait, qui se présente comme membre du GODF, a publié sur le site Boulevard Voltaire un article intitulé : "Anti-maçonnisme : est-ce bien sérieux ?"

    Je vous invite à le lire. 

    J'avoue pour ma part que ce court article, très bien rédigé par ailleurs, m'a laissé sur ma faim. En effet, l'auteur semble réduire l'antimaçonnisme au "domaine du fantasme, de l’exécration irrationnelle, de l’ignorance crasse soutenue par des témoignages aussi évasifs". Il parait minorer la dangerosité de l'antimaçonnisme principalement à cause de son côté guignolesque et de son incapacité à poser de vrais débats au sujet de la franc-maçonnerie. L'antimaçonnisme, un gag ? Vraiment ?

    Cette analyse est un peu courte pour au moins trois raisons.

    1°) Reffait se trompe d'angle de vue. Il prend le sien, ce qui l'amène à aborder le sujet avec un peu trop de condescendance. C'est une très grave erreur d'analyse, me semble-t-il. Reffait oublie simplement que la propagande antimaçonnique ne s'adresse ni aux francs-maçons ni à leurs adversaires, mais à tous ceux qui n'ont pas d'idées préconçues sur le sujet ou bien alors à ceux qui, déjà, ont un a priori négatif qu'il s'agit de conforter et de renforcer. Et là, peu importe le côté guignolesque de l'antimaçonnisme. Peu importe l'exécration irrationnelle, l'ignorance crasse soutenue par des témoignages évasifs. Plus le mensonge est gros, mieux il passe. Plus la caricature est grotesque, mieux elle s'imprime dans les esprits.

    2°) Reffait évacue complètement le contexte politique, social et économique. Cela dit, ce n'était pas l'objet de son propos et je suis conscient qu'il est difficile de tout traiter en quelques paragraphes. L'antimaçonnisme, qui est une des multiples résurgences du complotisme, prospère toujours dans un contexte de crise. Dans un monde de plus en plus complexe, où l'interdépendance économique est de plus en plus importante, les gens peinent à identifier un centre décisionnel. Ils cherchent des responsables à la situation présente. Ils cherchent des boucs émissaires qui permettent de tout simplifier. Les francs-maçons font partie de ces boucs-émissaires au même titre que les juifs, les roms, les noirs, les arabes, les musulmans (qu'on réduit souvent aux arabes), les homosexuels etc. 

    3°) Reffait ne dit pas un mot sur les réseaux sociaux et l'internet. Il ne s'agit pas de taper sur ces nouvelles technologies bien sûr, mais de constater qu'elles facilitent considérablement la diffusion de l'antimaçonnisme. Il suffit de le vérifier en tapant "franc-maçonnerie" sur Youtube. La grande majorité des vidéos mise à la disposition des internautes est souvent du pur délire. Les quelques vidéos sérieuses sur le sujet sont noyées dans la masse. Le ratio est vite fait. Sur vingt vidéos par page, vous en avez au moins les trois quarts qui sont un ramassis de conneries paranoïaques. Il faut donc se mettre en lieu et place des internautes confrontés à ces vidéos. Un grand nombre saura sans doute faire la part des choses. Mais combien d'entre eux prendront pour argent comptant cette propagande antimaçonnique ? Combien d'entre eux ont la capacité de prendre du recul, de mettre en perspective, de percevoir la manipulation ? Il faut se poser la question et ce d'autant plus que l'actualité récente a, hélas, démontré la formidable crédulité des gens, notamment la fragilité des plus jeunes (cf. les ravages de la propagande islamiste qui, elle aussi, s'adonne volontiers à l'antimaçonnisme parce qu'elle voit dans la franc-maçonnerie une succursale du judaïsme et du sionisme).

    Alors oui, pour ces trois raisons au moins, l'antimaçonnisme est à prendre au sérieux même si Jean-Dominique Reffait a amplement raison d'en montrer le côté désopilant. Cependant il ne faut jamais sous-estimer ses adversaires, surtout lorsqu'ils manipulent parfaitement les médias alternatifs (on sait que de plus en plus de gens ne s'informent aujourd'hui que par le biais de l'ordinateur).

    Et surtout, il ne faut pas se laisser berner par le côté apparemment anodin et inoffensif de la propagande antimaçonnique. Reprenons par exemple à nouveau la vidéo des Brigandes et évacuons justement l'image, la mise en scène grotesque, les têtes de cochon, les Marie-Chantal en tablier de soubrette. Fermons simplement les yeux et écoutons la chanson. On se rendra compte à quel point les paroles sont extraordinairement violentes et que le sourire des jolies Coco Girls est justement là pour détourner l'attention en faisant croire qu'il s'agit d'une blague de potaches. Ce genre de sourire, je m'en méfie. Les nazis, eux aussi, savaient sourire. Ça ne les empêchait nullement de tuer dans la minute d'après. Et puis, comme l'a écrit Emil Cioran dans La Tentation d'exister :

    "Pour savoir si quelqu'un est guetté ou non par la folie, vous n’avez qu’à observer son sourire. En retirez-vous une impression voisine du malaise ? Sans crainte alors, improvisez-vous psychiatre. Est suspect le sourire qui n’adhère pas à un être et qui paraît venir d’ailleurs, d’un autre ; il vient en effet d’un autre, du dément qui attend, se prépare et s’organise avant de se déclarer."