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philippe michel

  • Schisme ou pas schisme ?

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    articles d'union.jpgJ'ai lu avec beaucoup d'intérêt une note de Philippe Michel dans laquelle celui-ci remet en cause la notion de schisme appliquée à la querelle des Anciens et des Modernes. Il la considère inappropriée, notamment pour les raisons suivantes :

    • les maçons fondateurs de la nouvelle GL des Anciens n'ont jamais appartenu à la GL d'Angleterre ;
    • les visites de loge étaient strictement encadrées et limitées aux seuls visiteurs connus.

    Pour le reste, Michel reformule ce que j'ai déjà eu l'occasion d'écrire ici même sur ce blog lorsque j'ai fait référence au travail de Richard Berman.

    Philippe Michel rappelle donc le sens du mot schisme. Un schisme désigne la division ou la scission dans un groupement, une école, un parti. Il n'y en a pas eu selon l'auteur.

    Je comprends parfaitement ce point de vue. Néanmoins je n'y adhère pas car l'essentiel est que cette querelle des Anciens et des Modernes ait été perçue et vécue par les contemporains comme une séparation au sein même de l'ordre maçonnique. J'ai du mal à croire que les deux obédiences aient été strictement hermétiques l'une par rapport à l'autre.

    De 1751 à 1754, la Grande Loge des Anciens est parvenue à fédérer une quarantaine d'ateliers en Angleterre. Il paraît difficilement concevable qu'il s'agisse uniquement de loges nouvelles composées de membres fraîchement initiés. Il y a bien dû y avoir, à un moment donné, des transferts d'effectif ou de loge dont les archives ne parlent pas. Un phénomène d'une telle ampleur semble donc bien accréditer la thèse d'une scission même à la marge. On ne fédère pas autant de loges en si peu de temps en comptant seulement sur ses propres forces.

    Il suffit de songer à l'histoire maçonnique française qui n'a jamais connu d'obédience créée ex nihilo avec un tel développement. Le Suprême Conseil a mis plus d'un siècle et demi à avoir une centaine d'ateliers sous sa juridiction. Des ateliers du GO sont passés au Suprême Conseil et réciproquement même si ces transferts ont été marginaux. De même, les francs-maçons de rite français et de rite écossais n'ont jamais vécu dans une ignorance mutuelle. Les livres d'architecture témoignent des visites effectuées. En d'autres termes, le Suprême Conseil et le Grand Orient de France ne se sont jamais ignorés malgré des relations en dents de scie tout au long du dix-neuvième siècle.

    Je ne vois donc pas pourquoi il en aurait été autrement en Angleterre. J'observe d'ailleurs que la séparation des Anciens et des Modernes a engendré des distinctions d'usage et de rituel, des polémiques, des divergences d'appréciation sur la nature et les objectifs du travail maçonnique et deux Grandes Loges qui ont coexisté outre-Manche pendant six décennies. Il faut enfin rappeler que fameuse querelle s'acheva en 1813 au terme d'une réconciliation formalisée par les Articles d'Union constitutifs de l'actuelle Grande Loge Unie d'Angleterre. Or qu'est-ce qu'une réconciliation sinon le point final d'une fâcherie ayant entraîné une rupture ?

    Cette réconciliation s'est fondée sur le refus de désigner des vainqueurs et des vaincus. En effet, les Articles  d'Union de 1813 ne reviennent absolument pas sur le passé. Ses rédacteurs ont fait l'économie de rédiger un long et soporifique préambule explicatif sur la querelle des Anciens et des Modernes afin, probablement, d'éviter de nouvelles polémiques. Les représentants des deux Grandes Loges se sont tout simplement entendus, de façon pragmatique, sur un certain nombre de points pour déterminer ensemble le plus petit dénominateur commun entre Anciens et Modernes.

    Les Articles d'Union expriment l'impérieuse nécessité pour les deux camps d'oeuvrer ensemble - à nouveau ou pas, peu importe - au sein d'un même ordre. Ce qui implique notamment une uniformisation des pratiques maçonniques et un cantonnement de la franc-maçonnerie spéculative aux trois degrés symboliques d'apprenti, de compagnon et de maître. Le style émulation, pratiqué dans les loges anglaises, est né de cet effort d'unité.

    L'article trois énonce fort bien l'objectif de réconciliation :

    « Il y aura l'unité la plus parfaite concernant l'obligation, la discipline, le travail des loges, l'initiation [au premier degré], la réception [au deuxième degré], l'élévation [au troisième degré], l'instruction et la tenue vestimentaire des frères si bien qu'un seul système pur et sans souillure, établi selon les bornes, lois et traditions authentiques du Métier, sera maintenu et pratiqué à travers le monde maçonnique, à partir de ce jour et de cette date dite d'Union jusqu'à la fin des temps. »

    Schisme, querelle, rupture, séparation, développement séparé, réconciliation, union, réunion, etc. Peu importe les mots choisis pour décrire cette période de l'histoire maçonnique anglaise. Ils sont tous valables à mon avis et on peut les utiliser sans risque de commettre des contresens historiques.

  • « Allo, c'est Maurice...»

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    maurice.jpg« Allo, c'est Maurice... » Je m'étais très vite habitué à sa voix de stentor, chaude et fraternelle. Il m'avait d'abord surpris par ses appels téléphoniques réguliers. C'est normal : je n'ai jamais aimé le téléphone. J'ai toujours préféré écrire. Lui au contraire semblait aimer cet instrument. Et il me le montrait avec une spontanéité désarmante. 

    Il était modérateur sur le forum Frédéric Desmons que j'avais fondé en 2002 et il prenait son rôle très au sérieux. Languedocien d'origine, je résidais en Belgique. Parisien d'origine (si je ne me trompe pas), Maurice vivait dans le nord. Nous avions donc très vite sympathisé. 

    Comment dire ? Maurice Bouchard était un homme absolument délicieux. Un franc-maçon au grand coeur, au regard malicieux et bienveillant. Le genre d'homme dont je suis fier d'avoir croisé le chemin. Un humaniste. Un érudit. Un travailleur. Un sanglier pour reprendre l'image du philosophe Michel Serres. En effet, quand Maurice avait un sujet en tête, il aimait, tel un sanglier, le creuser et l'épuiser. Il n'avait pas dix mille objectifs en tête. Il ne se dispersait pas. Quand il se concentrait sur une chose, il le faisait à fond. 

    Sa passion ? Le rite français, mais celui des origines aimait-il à rappeler. Je me souviens ainsi de ses analyses méticuleuses, de son souci du détail et du geste parfait.

    maurice bouchard,philippe michel,rite français,amitié,fidélité,souvenir,culture,dervy,franc-maçonnerieA l'époque, j'étais encore un peu jeune. Je n'étais pas suffisamment préparé pour saisir toutes les beautés que Maurice voulait me montrer. Je suis certainement passé à côté de plein de choses. Fort heureusement, Philippe a pu mettre en forme tout ce que Maurice a défriché pendant de longues années. 

    On a fini par se perdre de vue, emportés chacun par le tourbillon de nos existences.

    Le nez dans le guidon, je suis donc passé à côté de son départ vers l'orient éternel. J'ai mis du temps à réaliser qu'il avait rejoint les étoiles.

    Aujourd'hui, quand le téléphone me surprend, la nuit tombée, il m'arrive de penser à cette voix rauque que je n'entendrai plus. « Allo, c'est Maurice...»

    Maurice Bouchard et Philippe Michel, Le Rit Français d'origine 1785 dit Rit Primordial de France, édition Dervy, Paris, juin 2014 (26 € prix public). Pour commander l'ouvrage, cliquez sur le site de l'éditeur.