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philippe foussier

  • Philippe Foussier et le combat laïque

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    Laïcité, Philippe Foussier, Jean-Louis Bianco, Observatoire de la laïcité, france, franc-maçonnerie, GODFLors d'une conférence de presse, le frère Philippe Foussier a adopté une rhétorique guerrière pour le moins incongrue. Le Grand Maître du Grand Orient de France, a ainsi déclaré qu'il y avait « nécessité d'un réarmement républicain » et « nécessité de repartir à l'offensive » (sic) dans le domaine de la laïcité. Bigre ! Rien que ça. Et de préciser que « si, depuis l’instauration de la République et les grandes conquêtes laïques, démocratiques et sociales qui lui sont dues (sic), la franc-maçonnerie a pu donner le sentiment d’un relatif assoupissement, alors, l’heure a sonné de son réveil et le temps est venu de la reprise de ses combats» (sic).

    Passons sur la récupération lourdingue de la laïcité par le Grand Maître du Grand Orient. L'oeuvre laïque a en effet fédéré depuis toujours des républicains de diverses sensibilités. Tous ne furent pas francs-maçons loin s'en faut. Méfions-nous également des va-t-en guerre et de ceux qui usent et abusent de la rhétorique militaire en croyant asseoir leurs propos et leur donner ainsi plus de force. C'est souvent un signe de faiblesse et d'un manque de sang-froid car la défense de la laïcité exige au contraire de la tranquillité d'esprit, de la mesure et du pragmatisme.

    Il faut donc bien mesurer le sens des propos du Grand Maître. Philippe Foussier défend et promeut une approche essentiellement offensive de la laïcité comme si d'un côté, la société française, livrée aux fanatiques, était devenue un immense champ de ruines, et de l'autre, les pouvoirs publics avaient fui leurs responsabilités. La réalité est évidemment bien plus complexe. Il ne s'agit évidemment pas de nier les problèmes lorsqu'ils se posent :  pressions religieuses diverses, port de signes religieux ostentatoires par des agents du service public, radicalisation de certains individus, terrorisme, etc.  Il s'agit de tordre le cou à cette idée saugrenue selon laquelle la laïcité serait en quelque sorte une notion monolithique à imposer au corps social par la contrainte, sans nuances, sans possibilité de régimes dérogatoires .En effet, la laïcité a toujours été le résultat d'un compromis permanent entre, d'une part, les exigences de la vie sociale, qui impliquent le respect effectif de l'intérêt général et l'absence d'inféodation du pouvoir politique à un quelconque ordre religieux, et d'autre part, le libre épanouissement des individus, qui implique le droit de chacun à pouvoir mener son existence selon ses goûts et sa philosophie sans crainte d'être inquiété. La laïcité n'est pas et ne sera jamais l'uniformisation des consciences dans une sorte métaphysique républicaine.

    Il faut savoir que le Comité Laïcité République, dont Philippe Foussier est l'un des dirigeants, a systématiquement dénigré et caricaturé le travail colossal effectué depuis quatre ans par l'Observatoire de la Laïcité présidé par Jean-Louis Bianco. Au début 2016, il y a même eu une tentative de déstabilisation de cet organisme.  Il ne faut surtout pas y déceler la manifestation d'un lobbying maçonnique car de très nombreux francs-maçons soutiennent l'orientation générale de l'Observatoire de la Laïcité y compris au Grand Orient de France. Je rappelle toutefois que ce débat violent et âpre au sein même du mouvement laïque a amené les trois plus anciennes associations laïques du pays - la ligue de l'enseignement (1866), la fédération nationale de la libre pensée (1890) et la ligue des droits de l'homme (1898). - à soutenir publiquement l'Observatoire de la Laïcité en janvier 2016. 

    Je vois donc pour ma part dans les propos offensifs de Philippe Foussier une volonté de relancer la polémique de 2016 dans l'espoir de remporter la bataille conceptuelle de la laïcité pour en imposer une approche idéologique face à une approche juridique pratique et souple dont les lois et la jurisprudence témoignent d'ailleurs dans de nombreux domaines (éducation, vie publique, vie professionnelle, etc.). Au sein du Grand Orient de France, il n'y a jamais eu de consensus sur une définition figée de la laïcité. La notion est même en débat permanent. Chaque année en effet, la laïcité fait l'objet d'une question spécifique à l'étude des loges. Ce qui permet aux différentes sensibilités de s'exprimer. Philippe Foussier peut donc penser ce qu'il veut. Ses propos n'engagent pas les loges du Grand Orient de France.

  • Humanisme n°314. Union européenne : la liberté d'en débattre

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    hum-314-couv-perspective.jpgLes lecteurs réguliers de ce blog savent que j'ai souvent critiqué la revue Humanisme et notamment sa ligne éditoriale. Une fois n'est pas coutume, je vais non seulement en dire du bien mais aussi vous conseiller la lecture du dernier numéro, le 314, dont le dossier central est intitulé : « Union européenne : la liberté d'en débattre ».

    En effet, je craignais y retrouver le pire auquel cette revue m'avait hélas habitué : le discours décliniste, la célébration obsessionnelle de la République et de la France de grand-papa, le laïcisme comme totem, la méfiance à l'égard de l'Union européenne perçue comme le fer de lance du cléricalisme catholique, bref tout le prêchi-prêcha ordinaire des réactionnaires de gauche qui, au sein du comité Valmy, avaient cru électoralement percer en soutenant Jean-Pierre Chevènement à l'élection présidentielle de 2002 avec le succès que l'on sait.

    Fort heureusement cette crainte ne s'est pas confirmée. Pour une fois, Humanisme est parvenu à réaliser un dossier relativement bien équilibré à égale distance de l'eurosepticisme ambiant et de l'europhilie béate. La revue a réussi à mettre en évidence toute la complexité du sujet en ouvrant ses pages à des auteurs de qualité qui, bien évidemment, ne partagent pas les mêmes opinions. J'ai ainsi particulièrement apprécié l'article stimulant de Philippe Gonnet qui énonce les enjeux géopolitiques colossaux auxquels la France et ses partenaires sont confrontés :

    « On peut en effet gloser indéfiniment sur l'inspiration mariale du drapeau européen ou sur tout autre aspect insupportable - et ils existent ! -  du fonctionnement actuel de l'Union (...) Mais ces défauts expliquent-ils le discours de Donald Trump ou les scores effrayants de l'UDC - le mal nommé Union démocratique du Centre - en Suisse ? (...) 

    Que pouvons-nous faire, fussions-nous toujours les géniaux créateurs des Lumières universelles, à 65 millions de Français face à :

    -un milliard deux ou trois cents millions de Chinois,

    -presque autant d'Indiens,

    -une Afrique qui aspire à la dignité,

    -une Russie à retrouver l'empire perdu,

    -et des Amériques à une place que ne leur a jamais accordée les Etats-Unis d'Amérique ? »

    J'ai aimé cet article parce qu'il souligne le double discours des Etats membres : quand ça marche, c'est grâce à eux ; quand ça ne marche pas, c'est la faute à l'Europe des technocrates de Bruxelles. Ce double discours cultive volontiers la nostalgie d'une souveraineté soi-disant perdue. Il entretient en réalité l'égoïsme national au détriment de la solidarité européenne. On laisse ainsi les Polonais ou les Espagnols se débrouiller seuls face à des gouvernements prêts à revenir sur le droit à l'avortement alors qu'on célèbre en France les acquis de la loi Veil. On fait de même avec les Grecs et les Italiens en leur donnant des leçons de rigueur budgétaire tout en leur demandant de gérer l'afflux de migrants venus du fin fond de l'Afrique, du Moyen Orient et de l'Asie. On donne des leçons à son voisin, on fait des chèques mais on ne veut surtout pas voir les problèmes en face.

    Le seule critique que je formulerai concerne le nombre de contributions écrites par le même auteur. Ainsi la loge Ad Europam en totalise trois à elle seule. C'est beaucoup même si je présume qu'il y a plusieurs auteurs derrière. De même, je constate que Philippe Foussier, premier grand maître adjoint, totalise à lui seul pas moins de quatre articles pour ce seul numéro : une contribution dans la rubrique laïcité ; un article dans le dossier central consacré à l'Europe ; une autre dans la rubrique réflexions et enfin une note de lecture. C'est très inquiétant surtout quand on songe que Philippe Foussier est pressenti pour succéder à Christophe Habbas à la grande maîtrise dans six mois.

    A noter également le très beau travail de Guillaume Fauvel (loge Gaïa à l'orient de Rennes) sur l'espoir.