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  • Impressions de Convent

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    Je reviens du 152ème Convent du Grand Orient de France (GODF) organisé à Marseille les 24, 25 et 26 août 6017. Je voudrais vous en livrer mes impressions. Je vais cependant volontairement passer sous silence les éléments financiers et les dépenses engagées. Certaines de ces dépenses sont justifiées, d'autres moins. Certaines sont parfaitement scandaleuses. De toute façon, il ne faut pas perdre de vue qu'un budget est non seulement un exercice comptable mais aussi un acte politique qui engage l'obédience pour l'avenir.

    Chaque délégué a donc pris ses responsabilités et voté en conscience pour ce qui lui semblait juste et conforme à l'intérêt du GODF. Il est toutefois dommage que les délégués aient voté de nouvelles dépenses et soutenu en particulier un projet immobilier dont les modalités restent hautement discutables. Ils auraient dû se rendre compte que ces décisions ne seraient pas sans conséquences notables sur le montant de la capitation.

    Personnellement, j'ai voté contre la plupart de ces dépenses nouvelles. Puis, prenant acte du vote majoritaire, je n'ai pas eu d'autres choix que de voter à regret le budget modifié afin d'éviter la paralysie de l'obédience et l'anéantissement complet des décisions,  certes démocratiquement prises, mais pas toujours de façon très éclairée.  

    Les dangers de la force centrifuge : Grand Orient de France ou Grand Orient du monde entier ?

    Il est permis de se poser la question eu égard au lobbyisme intense auquel se sont livrés de nombreux délégués de loges de la région monde afin que l'obédience engage encore et toujours des dépenses nouvelles diverses, notamment de traduction et de représentation. Je peux vous dire que les maigres interventions des délégués non francophones ont été loin de rentabiliser le coût de la traduction simultanée qui leur a été offerte par l'obédience en application d'un voeu voté à Reims. Force est de constater désormais que la langue de l'obédience n'est plus uniquement le français. Le GODF s'est engagé à mon avis dans une voie dangereuse car d'autres membres non francophones exigeront d'obtenir, à nos frais, des traductions dans leurs propres idiomes. En effet, pourquoi les quelques frères russes n'obtiendraient pas demain ce qui a été accordé aux loges espagnoles du GODF ?

    La situation actuelle me paraît donc de plus en plus ingérable. Elle flatte peut-être l'orgueil obédientiel en donnant au GODF un sentiment de puissance et d'influence mais elle lui posera aussi et à coup sûr de nombreux problèmes dans les années à venir. Il faut savoir que certaines de ses loges établies à l'étranger semblent être fortement engagées dans les débats publics ayant lieu sur les territoires où elles sont établies. Les gouvernements étrangers peuvent donc avoir, à tort ou à raison, le sentiment d'une ingérence française dans leurs affaires internes avec toutes les conséquences politiques que cela pourrait éventuellement entraîner.

    Il faut donc le dire au risque de déplaire : ces loges là- toutes respectables il va sans dire - ont vocation à former des obédiences nationales autonomes dès lors qu'elles sont au minimum trois dans un pays donné ou à s'agréger à des obédiences existantes si ces obédiences entretiennent des relations avec le GODF. 

    Les dangers de la force centripète : Grand Orient de France ou Grand Orient de Paris ?

    Si le GODF donne l'impression d'un certain éclatement vers l'extérieur, il reste paradoxalement centré sur Paris intra muros. Les régions Paris I, II, III et IV maîtrisent en effet parfaitement les lourds rouages du cadre obédientiel napoléonien hyper-centralisé dans lequel les frères du Grand Orient vivent depuis plus d'un siècle. Pourtant, elles n'ont aucun mérite particulier. Elles profitent tout simplement d'une part, de leur proximité géographique et d'autre part, de leur promiscuité avec les instances obédientielles. Les loges parisiennes ont donc tout le loisir de préparer les débats et les dossiers qu'elles souhaitent voir aboutir. Ce qui n'est pas le cas des autres régions éloignées les unes des autres. Les régions de province métropolitaine sont à cet égard totalement désavantagées. Le fossé se creuse d'autant plus que le Convent a privé les régions de la possibilité d'amplifier l'indispensable conférence des Congrès au nom de l'unité nationale et de l'indivisibilité de l'obédience.

    Les régions, qui constituent pourtant l'échelon administratif où les conseillers de l'ordre sont élus, sont perçues comme un danger au nom d'un maximalisme centralisateur. Ce discours centralisateur et napoléonien, à mille lieux de ce qu'il conviendrait de faire, est tenu par les quatre régions maçonniques de Paris.

    Bref, tous les frères savent parfaitement que le convent est devenu un mastodonte ingérable et extraordinairement coûteux (de l'ordre de 750 000 €) où rien de substantiel ne se dit, où tout et son contraire se votent et où l'on entend désespérément les mêmes bons clients débiter au lutrin les mêmes propos insipides en une minute chrono pendant que les délégués dorment les yeux ouverts, bavardent ou trépignent sur leurs chaises. Ce n'est pas un reproche car, sur ma colonne, je dors les yeux ouverts, bavarde et trépigne souvent.

    C'est bien pour cela que je préfère bloguer. D'abord parce que je sais ainsi que mon avis peut avoir plus d'écho que dans un micro. Ensuite parce que je ne suis pas contraint par la limite de temps. Enfin parce que j'ai le souci de ne pas engendrer de frais inutiles : chaque minute d'un Convent coûte en effet à l'Obédience 170 / 180 € environ... C'est cher pour dire quelques mots.

    Je fais partie de ceux qui pensent qu'il est anormal que la gestion administrative de l'obédience ne soit pas davantage décentralisée, c'est-à-dire effectuée au plus près des loges, donc au sein de régions plus vastes et moins nombreuses. C'est en réalité toute la représentativité des loges qu'il conviendrait de repenser dans un nouvel ensemble. Ça supposerait une réflexion en profondeur sur notre loi commune, à mille lieux des tripatouillages annuels et métastasiques qui la rendent aujourd'hui impermanente, incompréhensible et de plus en plus inadaptée à la réalité des loges, notamment des plus petites.

    Je ne dis évidemment pas cela par anti-parisianisme primaire mais parce que c'est hélas tout simplement la réalité. Le « Grand Orient de Paris » est une obédience dans l'obédience qui profite de l'hyper centralisation et des déséquilibres territoriaux.

    Un exemple de conjonction des forces centrifuges et centripètes : un conseiller de l'ordre supplémentaire... pour Paris !

    Voici une illustration de la conjonction de ces deux forces. Dans leur générosité naïve, les délégués au Convent ont décidé de porter le nombre de conseillers de l'ordre de 35 à 37 pour répondre aux besoins des loges de la région monde et des loges d'Europe centrale et orientale. Au lieu de se poser la question de savoir s'il n'aurait pas été plus pertinent de les trouver parmi les 35 conseillers déjà élus, le Convent a plutôt fait le choix de renforcer numériquement l'exécutif.

    La région de Paris IV, sur laquelle les loges des pays d'Europe de l'est sont administrativement souchées, vient donc de gagner un conseiller de l'ordre supplémentaire. En effet il est hautement probable que le nouveau conseiller de l'ordre sera issu de la Capitale et non de Belgrade, Sofia ou Moscou. Les quatre régions parisiennes ont donc renforcé leur main-mise sur l'appareil au nom de l'universalité de l'obédience. Paris est magique...

    La Capitale aura désormais 11 conseillers de l'ordre sur 37 membres. Soit quasiment 30% ou plus du quart du conseil de l'ordre ! Les autres régions maçonniques - la région monde exceptée - ont donc perdu sur toute la ligne. Mais qu'elles se rassurent ! Elles vont rayonner grâce à « Paris centre du monde ».

  • La rupture de 1862

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    valparaiso.jpg

    Le Grand Orient de France aime se répandre coutumièrement dans de soporifiques leçons sur la République, la démocratie et la laïcité comme s'il avait été de tout temps le gardien sourcilleux de ces concepts politiques. Il n'en est rien bien évidemment. L'attachement revendiqué de l'obédience à la République ne date que de la chute du second Empire. Avant cette date, le Grand Orient de France était impérial.

    Je vais consacrer cette note à un fait très peu connu des francs-maçons français : la rupture de 1862 qui a provoqué au Chili la naissance d'une franc-maçonnerie nationale. J'espère montrer humblement que la franc-maçonnerie française devrait se mêler de politique avec prudence et discernement. J'espère aussi montrer à mon obédience, et plus particulièrement à ceux qui parlent en son nom, que les postures actuelles ne doivent pas faire oublier le passé. Que si nous n'avons pas à rougir de notre histoire, il faut savoir aussi l'envisager dans sa globalité en tenant compte des épisodes les moins glorieux.

    Revenons à la rupture de 1862. Tout a commencé par la publication du décret impérial n°9862 du 11 janvier 1862 au Moniteur du 14 janvier 1862 (le journal Officiel de l'Empire)  :

    « Vu les art. 291 et 292 du Code pénal, la loi du 18 avril 1834 et le décret du 25 mars 1852 ; Considérant les vœux manifestés par l'ordre maçonnique de France de conserver une représentation centrale ;

    Sur la proposition de notre ministre de l'intérieur,

    Avons décrété et décrétons ce qui suit :

    Art. 1-. Le grand maître de l'ordre maçonnique de France, jusqu'ici élu pour trois ans et en vertu des statuts de l'ordre, est nommé directement par Nous pour cette même période.

    Art. 2-. Son Excellence le maréchal Magnan est nommé grand maître du Grand-Orient de France.

    Art. 3. Notre ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du-présent décret.

    Fait au palais des Tuileries, le 11 janvier 1862.

    Napoléon.»

    Napoléon III avait voulu mettre fin aux querelles intestines et imposer l'unité de la franc-maçonnerie française en nommant un profane à la tête du Grand Orient de France : le Maréchal Magnan, un de ses hommes de confiance. Celui avait reçu le 8 février 1862 les trois degrés symboliques et les trente hauts grades écossais par simple communication. Une mesure scandaleuse que les responsables de l'obédience et l'écrasante majorité des loges ont accepté sans broncher.

    Or, à 11500 km de la France, au Chili, cette décision a été douloureusement ressentie. Il faut savoir que le Grand Orient de France comptait dans ce pays quatre loges symboliques : L'Etoile du Pacifique, et Union fraternal,  toutes deux à l'orient de Valparaiso, Aurore du Chili à l'orient de Concepcion et enfin Orden y Libertad à l'orient de Copiapo. Bien que le Chili soit devenu indépendant en 1818, il n'existait pas d'obédience nationale. La franc-maçonnerie chilienne, qui s'est développée à partir de villes portuaires comme Valparaiso, a été renforcée par des immigrants, notamment venus de France.

    arlegui.jpgLa nomination du Maréchal Magnan a donné le signal du départ. Trois des loges du Grand Orient de France se réunirent en assemblée générale à Valparaiso le 29 avril 1862 pour donner naissance à la Grande Loge du Chili avec pour premier grand maître Juan de Dios Arlegui. Seule L'Etoile du Pacifique resta fidèle au Grand Orient de France (elle finira par le quitter en 1920). Pour la franc-maçonnerie chilienne le Grand Orient de France était devenu irrégulier en acceptant de se soumettre à une décision du pouvoir politique contraire à ses statuts.

    Pendant ce temps, en France, la querelle entre le Grand Orient et le Suprême Conseil de France battait son plein, y compris par voie de presse. Le maréchal Magnan, nommé Grand Maître de l'Ordre maçonnique de France, avait pris le décret suivant sous forme d'ultimatum :

    « Nous maréchal de France, grand-maître de l'Ordre maçonnique de France,

    Vu le décret de S. M. l'Empereur, en date du 11 janvier 1862, qui nous nomme grand-maître de l'Ordre maçonnique en France ;

    Attendu que, par ce décret, le gouvernement de l'Empereur ne reconnaît aucune autre puissance maçonnique que celle du Grand-Orient de France, et qu'il place sous notre direction les divers rites maçonniques répandus en France ;

    Attendu que, par notre avis en date du 1er février dernier, nous avons fait connaître aux chefs de des divers rites les décisions du gouvernement ;

    Attendu que, par notre circulaire en date du 30 avril dernier, nous avons porté de nouveau ces faits à la connaissance de tous les Maçons, de tous les ateliers, de tous les chefs des Obédiences dissidentes, et que nous les avons invités à se conformer à la loi en se rangeant sous la bannière du Grand-Orient de France ;

    Attendu que ces divers pouvoirs maçonniques n'étant ni nommés par le chef de l'Etat ni par les maçons de leur obédience, forment une autorité contraire à tous les principes fondamentaux de la franc-maçonnerie ;

    Attendu que, malgré nos appels fraternels et malgré le délai moral suffisant qui leur a été accordé, ces chefs des ordres dissidents, notamment ceux qui ont dirigé le Suprême Conseil, sont restés sourds à notre invitation ;

    Considérant que cette conduite est antimaçonnique et que les obligations de notre mandat nous imposent le devoir d'y mettre un terme ;

    Considérant qu'il importe au plus haut degré que la maçonnerie française soit le plus promptement possible organisée et centralisée selon les volontés du chef de l'Etat, l'unité seule pouvant permettre à l'Ordre la réalisation du ses grandes et sublimes aspirations ;

    Avons décrété et décrétons :

    Art. 1er. Les pouvoirs maçonniques connus sous les noms de Suprême Conseil, de Misraïm, et tous autres, sous quelque titre que ce soit, sont dissous.

    Art. 2. Seront et demeureront également dissous les ateliers de tous degrés qui relevaient de ces obédiences si, d'ici au 10 juin prochain, ils n'ont pas adhéré à notre circulaire du 30 avril et formellement déclaré ne reconnaître que le Grand-Orient de France comme seule et unique puissance maçonnique en France. 

     Art. 3. Tout atelier, toute réunion maçonnique  qui ne pourrait justifier de sa soumission, et par conséquent invoquer notre protection personnelle, sera passible des dispositions de la loi.

    Art. 4. Les loges du Suprême Conseil qui passeront sous notre obédience conserveront leur dogme, leur rite écossais, et seront traitées par nous avec la même bienveillance, la même fraternité que les loges du Grand-Orient qui travaillent au rite écossais: seulement elles seront sous un autre chef. 

    (...)

    Donné à l'Orient de Paris, le 22 mai 1862.

    Le maréchal de France, grand-maître de l'Ordre maçonnique »

    Ce qui avait provoqué la réponse cinglante de Jean Viennet, souverain grand commandeur du Suprême Conseil de France, trois jours plus tard, le 25 mai 1862 :

    « Monsieur le maréchal,

    Vous me sommez pour la troisième fois de reconnaître votre autorité maçonnique et cette dernière sommation est accompagnée d'un décret qui prétend dissoudre le Suprême Conseil du rite écossais ancien et accepté. Je vous déclare que je ne me rendrai pas à votre appel, et que je regarde votre arrêté comme non avenu.

    Le décret impérial qui vous a nommé grand-maître du Grand-Orient de France, c'est à-dire d'un rite maçonnique qui existe seulement depuis 1772, ne vous a point soumis l'ancienne maçonnerie, qui date de 1723. Vous n'êtes pas, en un mot, comme vous le prétendez, le grand-maître de l'Ordre maçonnique en France, et vous n'avez aucun pouvoir à exercer a l'égard du Suprême Conseil que j'ai l'honneur de présider ; l'indépendance des loges de mon obédience a été ouvertement tolérée, même depuis décret dont vous vous étayez sans en avoir le droit. L'Empereur seul a le pouvoir de disposer de nous et si Sa Majesté  croit devoir nous dissoudre, je ma soumettrai sans protestation mais, comme aucune loi ne nous oblige d'être Maçons malgré nous, je me permettrai de me soustraire, pour mon compte, à votre domination.

    Je n'en suis pas moins, de votre dignité, monsieur le maréchal, le très humble et très obéissant serviteur.

    Viennet. »

    Chili, France, Franc-Maçonnerie, GODF, GLC, Valparaiso, Paris, Santiago, Liberté, Egalité, Fraternité,Il est donc facile de comprendre le choix des loges chiliennes du Grand Orient de France. Comment auraient-elles pu se sentir concernées par les manoeuvres de Napoléon III et l'extraordinaire balourdise d'un grand maître qui ignorait tout de la franc-maçonnerie ? Ce merdier n'était pas le leur.

    En 1862, le Chili était une république parlementaire tandis que la France était une dictature. Le parti libéral (parti de gauche) avait pris le pouvoir et mis un terme à trente ans de gouvernement conservateur. La croissance économique était très forte, grâce notamment à l’exploitation par les Chiliens et les Britanniques du salpêtre dans la zone d’Antofagasta appartenant à la Bolivie. Les investisseurs étrangers étaient nombreux. Le pays attirait sans cesse de nouveaux immigrants. Ces immigrants ont participé au renforcement de la maçonnerie chilienne, laquelle a joué un rôle de plus en plus considérable, au fil des décennies, y compris sous les périodes de forte instabilité politique.

    Bref, les frères chiliens ont tout simplement appliqué à l'époque un vieux proverbe du pays qui dit:

    « Ne pèle pas le fruit s'il est pourri. »

  • Utopiales 2016 : vivre la République

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    utopiales2016.jpgGérard Soulier, Grand Officier du Grand Orient de France en charge des événements et colloques, a accepté de répondre à quelques questions sur les Utopiales maçonniques 2016 qui auront lieu les 9 et 10 avril au siège de l'obédience. Qu'il en soit remercié.

    Gérard, peux-tu présenter en quelques mots les Utopiales ? Quel est l'historique de cette manifestation ?

    Gérard Soulier - L’utopie a toujours été au cœur de la démarche maçonnique, telle que la conçoit le GODF , dans son souci d’améliorer à la fois l’homme et la société. C’est pour montrer au grand public cette dimension «  utopiste » de notre réflexion que cet événement a été créé. Les Utopiales maçonniques est un moment de débats et de réflexion prospective, en un temps où le monde est en profonde mutation. Cette manifestation organisée par le Grand Orient de France sur deux jours est unique. Avec les loges qui s’associent à ce projet et l’éclairage de « grands témoins », le GODF veut contribuer à faire vivre la République, fil rouge de cette troisième édition de la manifestation, en interrogeant sur des thèmes qui constituent les grands enjeux de notre devenir commun et ce, en s’appuyant sur nos principes maçonniques. Créée en 2014, cette troisième édition s’intitule « Vivre la République », un projet républicain qui associe et émancipe.

    Quel est le programme de cette année ?

    G.S. - Le programme de cette troisième édition s’articule autour du fil rouge « Vivre la République » et de neuf verbes qui sont autant de thèmes de réflexion. Organisé en tables rondes avec le rapport d’une ou deux Loges sur la question mise en débat, éclairé par l’intervention « d’un grand témoin », le débat s’ouvre avec les participants, le tout animé par un conseiller de l’Ordre de l’Obédience. Le programme se trouve ici http://www.godf.org/uploads/assets/file/Programme3p-Les-Utopiales-Maconniques-2016.pdf

    ob_47b0a9_5009198-7479581.jpgCette manifestation est-elle ouverte à tout le monde ?

    G.S. - Les Utopiales maçonniques sont, bien sûr, ouvertes à tous, profanes ou maçons de toutes les Obédiences. Elles doivent permettre de montrer à quoi et comment les francs-maçons réfléchissent au futur de notre société. Cette année, on pourra suivre en direct la manifestation en streaming sur Dailymotion (http://www.dailymotion.com/grandorientdefrance). Au delà des tables rondes, tous les représentants des différentes revues maçonniques seront présents, ainsi que la librairie DETRAD. Un bar-restaurant sera ouvert pendant les deux jours au septième étage de l’immeuble Cadet.

    Comment peut-on s'y inscrire ?

    G.S. - L’inscription, obligatoire, se fait sur une plate-forme internet à l’adresse : https://reservation.godf.org/index.php/inscription/evenement/Utopiales-Maconniques-2016-CP2

  • Donner du temps au temps

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    3696247722.jpgLe F∴ Charles Cousin, dont j'ai parlé dans ma note précédente, avait adressé, le 21 septembre 1885, une lettre à toutes les LL∴ du G∴O∴D∴F dans laquelle il annonçait sa démission de la présidence du Conseil de l'Ordre.

    Je ne résiste pas au plaisir de vous en reproduire la conclusion car elle contient une leçon que nous, francs-maçons, devrions tous méditer 130 ans plus tard :

    « Un dernier mot, mes amis, et j'ai fini. Certains candidats, - et je sais que des Maçons se sont laissé prendre à leurs promesses -, certains candidats vous demandent de les nommer pour faire décider et réaliser sans délai la séparation des Églises et de l'Etat : ces hommes qui prétendent refaire en vingt-quatre heures la vieille France, sans tenir compte des droits et des sentiments intimes de sa plus belle moitié, ces hommes se trompent, ou vous trompent. Pour accomplir, sans des déchirements dangereux pour la République, cette réforme indispensable et dont le principe est admis par tous les esprits vraiment libéraux, il faut encore quelques années de préparation et c'est précisément, mes Frères, à cette préparation que la Maçonnerie est en situation et a pour devoir de donner le concours le plus persévérant et le plus énergique.

    Avant tout, réformons et développons l'instruction et l'éducation des femmes, « tout le reste nous viendra par surcroît ».

    C'est le mot de la fin, mes Frères. Si cette homélie, la dernière de votre vieil ami, ne vous a pas trop ennuyés, et si vous l'avez lue jusqu'au bout, recevez ici l'accolade cordiale et fraternelle du Frère Charles Cousin ».

    Attention ! Une lecture trop rapide pourrait induire en erreur. Le F∴ Charles Cousin n’était pas défavorable à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il ne prétendait pas qu’elle était impossible à réaliser. Il pensait simplement que les esprits, en 1885, n'étaient pas encore mûrs. En effet, à cette époque, les lois constitutionnelles de la troisième République avaient à peine dix ans d’existence. Le nouveau régime parlementaire républicain était fragile. Les forces réactionnaires (l’église catholique romaine, les monarchistes et les bonapartistes) étaient puissantes et ne rêvaient que de revenir au pouvoir pour restaurer l’ordre ancien. Cousin redoutait donc qu’une mise en œuvre précipitée de la séparation de l’église et de l’Etat n’entraînât le désordre et la contestation de la jeune République. Pourtant, en écrivant cette lettre d’adieu, Charles Cousin savait pertinemment que le G∴O∴D∴F∴ était en pointe du combat laïque, notamment à l’école publique qui était devenue gratuite et obligatoire en 1881 grâce au F∴ Jules Ferry. Il pensait, comme beaucoup d'hommes de son siècle, que l'éducation des femmes permettait d'amoindrir l'emprise des curés sur les foyers. Il voulait donc simplement que l'on donne du temps au temps et que le travail maçonnique ne soit pas perturbé par les jeux politiques, certes essentiels mais souvent à courte vue. On ne refait pas la vieille France en vingt-quatre heures, écrivait-il. Cousin est décédé en 1894. Il n'a pas vu l'accomplissement de la séparation le 9 décembre 1905, mais il était convaincu qu'elle surviendrait inévitablement un jour car elle s'inscrivait dans un dynamisme historique. Il a donc fallu attendre vingt ans, c'est-à-dire finalement l'avènement d'une nouvelle génération, pour que la séparation devienne une réalité juridique. Le F∴ Cousin a ainsi rappelé, avec lucidité, les vertus de la patience, de la rigueur et de l'observation du corps social, loin des postures politiciennes. Le travail maçonnique s'effectue sur le long terme au sein des loges, pas sur le forum où les mandataires publics font surenchère de promesses. Fais ce que dois, advienne que pourra.