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observatoire de la laïcité

  • Echange épistolaire entre Jean-Louis Bianco et Philippe Foussier

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    bianco et foussier.jpg

    Le 20 décembre dernier, M. Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la Laïcité, a adressé une lettre au frère Philippe Foussier, Grand Maître du Grand Orient de France. Ce courrier semble avoir suscité un certain émoi au Grand Orient pour des raisons qu'il convient d'analyser. 

    M. Bianco débute sa lettre ainsi :

    « J'ai pris connaissance d'un projet (en ligne sur votre site internet) de Charles Arambourou, conseiller de l'ordre du Grand Orient de France (GODF) et responsable de la commission laïcité de l'association « UFAL » , au titre de votre commission nationale permanente de la laïcité (CNPL) établissant  « 25 propositions du Grand Orient de France » en matière de laïcité. »

    Le président de l'Observatoire de la laïcité attribue clairement la paternité des 25 propositions dites du GODF à Charles Arambourou. Il n'en fallait pas davantage pour que l'on réduise le courrier de M. Bianco à cette seule phrase. C'est dommage parce que cette correspondance rappelle que certaines de ces 25 propositions, diffusées sur le site officiel du GODF, ont été soutenues par l'Observatoire de la laïcité. D'autres ne le seront probablement jamais car non conformes au principe de laïcité et à la Constitution.

    Personne en revanche ne semble s'interroger sur ce qui a pu amener M. Bianco à attribuer la paternité de ces 25 propositions à Charles Arambourou. En effet M. Bianco a probablement moins d'intérêt à postuler cette paternité que le frère Arambourou à éventuellement s'en prévaloir. Mais au fond on s'en fout car, finalement, le courrier de M. Bianco a la grande vertu de poser les conditions d'élaboration de ces propositions. Je me suis également interrogé sur ce blog en me montrant toutefois bien plus sévère dans mes appréciations que ne l'a été le président de l'Observatoire de la laïcité.

    Bref, le problème est moins de savoir si les 25 propositions ont été synthétisées par Arambourou, la CNPL ou par d'autres que de constater qu'elles ont été publiquement présentées comme émanant du GODF sans que les loges aient eu leur mot à dire.  Les instances du GODF, voire les commissions nationales permanentes, terrains de jeu favori de la maçonnerie parisienne, semblent écraser en effet les ateliers de leur poids de plus en plus important. Il peut alors être tentant pour certains membres de ces instances ou commissions obédientielles, de profiter de ce positionnement au sein de l'appareil du Grand Orient pour porter aussi d'autres engagements associatifs, certes respectables, mais qui ne concernent pas directement la franc-maçonnerie.

    Je n'affirme pas cela gratuitement. Lorsque j'étais vénérable, de 2008 à 2010, je me souviens ainsi avoir reçu, comme tous mes pairs, un courrier de feu Marc Blondel, président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée, m'invitant à m'abonner au magazine La Raison et me demandant d'en parler aux frères de ma loge. Ce courrier avait été donc envoyé à plus d'un millier d'exemplaires et probablement pas aux frais de la Libre Pensée (l'envoi provenait en effet du bureau de poste de la rue Bleue à Paris, à quelques mètres de la rue Cadet). Je n'ai jamais su ni cherché à savoir le fin mot de cette histoire, peut-être parce que j'avais intériorisé, moi aussi, ce genre de pratique et que j'avais préféré mettre ce courrier tout simplement à la poubelle plutôt que d'en faire l'article.

    On peut également s'interroger sur le fait de savoir comment le GODF est devenu un membre moteur du Collectif laïque. Ce groupement d'associations défend et promeut une approche de la laïcité qui ne va guère dans le sens du droit positif, de la jurisprudence et de la préservation d'un espace public ouvert à tous les courants de pensée. Comment se fait-il que le GODF signe systématiquement tous les communiqués de presse de ce collectif alors qu'il prône pourtant la liberté absolue de conscience de ses membres ? Comment se fait-il que le GODF est impliqué dans une guéguerre permanente contre l'Observatoire de la laïcité ?

    Ce n'est donc pas tant la première phrase de la lettre de M. Bianco qui est importante, que celle-ci qui en annonce la conclusion :

    « Ainsi, vous constaterez aisément que la plupart des propositions préconisées par Charles Arambourou ne sont plus d’actualité. L’Observatoire de la laïcité se réjouit de constater que la « commission nationale permanente de la laïcité » du Grand Orient de France soutient dès lors les actions entreprises en ce sens par notre institution, à l’inverse de ce qui semble être avancé dans le rapport 2017 du « collectif laïque » dont semble pourtant être signataire le GODF. »

    Philippe Foussier a répondu à Jean-Louis Bianco le 3 janvier. Sa lettre, courtoise sur la forme, esquive cependant le fond du message du président de l'Observatoire de la laïcité. En effet, le Grand Maître n'a nullement commenté l'analyse détaillée des mesures mises en oeuvre par l'Observatoire de la laïcité, préférant peut-être la prudence à un débat juridique et politique avec l'ancien secrétaire général de l'Elysée.

    Le Grand Maître Foussier n'a pas non plus répondu au président Bianco quand celui-ci a reproché au Grand Orient, en termes choisis, son incapacité non seulement à reconnaître l'important travail mené par l'Observatoire de la laïcité mais aussi à admettre l'existence de nombreuses convergences de vue. 

    Le Grand Maître ne s'est pas davantage étendu sur les raisons qui ont amené le GODF à systématiquement s'aligner sur les critiques acerbes et sans nuances du Collectif laïque. Il a préféré concentrer son propos sur les confusions anecdotiques du président de l'Observatoire de la laïcité. Il en a également profité pour logiquement afficher son soutien à Charles Arambourou. Le Grand Maître s'est enfin contenté de préciser que l'appartenance du GODF au Collectif laïque ne le dispensait pas de formuler ses propres propositions ou préconisations de façon individuelle.

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    Courrier de Jean-Louis Bianco

    Courrier de Philippe Foussier

    Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2018.

    Joie, santé et prospérité dans vos foyers.

  • Philippe Foussier et le combat laïque

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    Laïcité, Philippe Foussier, Jean-Louis Bianco, Observatoire de la laïcité, france, franc-maçonnerie, GODFLors d'une conférence de presse, le frère Philippe Foussier a adopté une rhétorique guerrière pour le moins incongrue. Le Grand Maître du Grand Orient de France, a ainsi déclaré qu'il y avait « nécessité d'un réarmement républicain » et « nécessité de repartir à l'offensive » (sic) dans le domaine de la laïcité. Bigre ! Rien que ça. Et de préciser que « si, depuis l’instauration de la République et les grandes conquêtes laïques, démocratiques et sociales qui lui sont dues (sic), la franc-maçonnerie a pu donner le sentiment d’un relatif assoupissement, alors, l’heure a sonné de son réveil et le temps est venu de la reprise de ses combats» (sic).

    Passons sur la récupération lourdingue de la laïcité par le Grand Maître du Grand Orient. L'oeuvre laïque a en effet fédéré depuis toujours des républicains de diverses sensibilités. Tous ne furent pas francs-maçons loin s'en faut. Méfions-nous également des va-t-en guerre et de ceux qui usent et abusent de la rhétorique militaire en croyant asseoir leurs propos et leur donner ainsi plus de force. C'est souvent un signe de faiblesse et d'un manque de sang-froid car la défense de la laïcité exige au contraire de la tranquillité d'esprit, de la mesure et du pragmatisme.

    Il faut donc bien mesurer le sens des propos du Grand Maître. Philippe Foussier défend et promeut une approche essentiellement offensive de la laïcité comme si d'un côté, la société française, livrée aux fanatiques, était devenue un immense champ de ruines, et de l'autre, les pouvoirs publics avaient fui leurs responsabilités. La réalité est évidemment bien plus complexe. Il ne s'agit évidemment pas de nier les problèmes lorsqu'ils se posent :  pressions religieuses diverses, port de signes religieux ostentatoires par des agents du service public, radicalisation de certains individus, terrorisme, etc.  Il s'agit de tordre le cou à cette idée saugrenue selon laquelle la laïcité serait en quelque sorte une notion monolithique à imposer au corps social par la contrainte, sans nuances, sans possibilité de régimes dérogatoires .En effet, la laïcité a toujours été le résultat d'un compromis permanent entre, d'une part, les exigences de la vie sociale, qui impliquent le respect effectif de l'intérêt général et l'absence d'inféodation du pouvoir politique à un quelconque ordre religieux, et d'autre part, le libre épanouissement des individus, qui implique le droit de chacun à pouvoir mener son existence selon ses goûts et sa philosophie sans crainte d'être inquiété. La laïcité n'est pas et ne sera jamais l'uniformisation des consciences dans une sorte métaphysique républicaine.

    Il faut savoir que le Comité Laïcité République, dont Philippe Foussier est l'un des dirigeants, a systématiquement dénigré et caricaturé le travail colossal effectué depuis quatre ans par l'Observatoire de la Laïcité présidé par Jean-Louis Bianco. Au début 2016, il y a même eu une tentative de déstabilisation de cet organisme.  Il ne faut surtout pas y déceler la manifestation d'un lobbying maçonnique car de très nombreux francs-maçons soutiennent l'orientation générale de l'Observatoire de la Laïcité y compris au Grand Orient de France. Je rappelle toutefois que ce débat violent et âpre au sein même du mouvement laïque a amené les trois plus anciennes associations laïques du pays - la ligue de l'enseignement (1866), la fédération nationale de la libre pensée (1890) et la ligue des droits de l'homme (1898). - à soutenir publiquement l'Observatoire de la Laïcité en janvier 2016. 

    Je vois donc pour ma part dans les propos offensifs de Philippe Foussier une volonté de relancer la polémique de 2016 dans l'espoir de remporter la bataille conceptuelle de la laïcité pour en imposer une approche idéologique face à une approche juridique pratique et souple dont les lois et la jurisprudence témoignent d'ailleurs dans de nombreux domaines (éducation, vie publique, vie professionnelle, etc.). Au sein du Grand Orient de France, il n'y a jamais eu de consensus sur une définition figée de la laïcité. La notion est même en débat permanent. Chaque année en effet, la laïcité fait l'objet d'une question spécifique à l'étude des loges. Ce qui permet aux différentes sensibilités de s'exprimer. Philippe Foussier peut donc penser ce qu'il veut. Ses propos n'engagent pas les loges du Grand Orient de France.

  • L'observatoire de la laïcité

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    2716407929.jpgIl a été institué auprès du Premier ministre un observatoire de la laïcité en vertu d'un décret en date du 25 mars 2007. La mission de l'observatoire de la laïcité est d'assister le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité dans les services publics.

    La mission de l'observatoire de la laïcité prend quatre formes principales :

    1. Il réunit les données, produit et fait produire les analyses, études et recherches permettant d'éclairer les pouvoirs publics sur la laïcité.
    2. Il peut saisir le Premier ministre de toute demande tendant à la réalisation d'études ou de recherches dans le domaine de la laïcité.
    3. Il peut proposer au Premier ministre toute mesure qui lui paraît permettre une meilleure mise en oeuvre de ce principe, notamment pour assurer l'information des agents publics et des usagers des services publics.
    4. Il peut être consulté par le Premier ministre ou les ministres sur des projets de textes législatifs ou réglementaires.

    Outre son président, nommé par décret pour une durée de quatre ans, l'observatoire est composé:

    a) Du secrétaire général du ministère de l'intérieur :
    - du secrétaire général du ministère de la justice ;
    - du directeur général de l'administration et de la fonction publique ;
    - du directeur de l'hospitalisation et de l'organisation des soins ;
    - du directeur des affaires juridiques au ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche ;
    - du directeur des affaires politiques, administratives et financières du ministère de l'outre-mer ;
    - du conseiller pour les affaires religieuses au ministère des affaires étrangères ;

    b) De deux députés et de deux sénateurs désignés respectivement par le président de l'Assemblée nationale et le président du Sénat ;

    c) Et de dix personnalités désignées en raison de leur compétence et de leur expérience.

    En outre, il est important de souligner que l'observatoire de la laïcité n'est pas une autorité administrative indépendante. Il ne dispose donc pas de pouvoirs réglementaires et coercitifs propres lui permettant d'agir en toute indépendance au nom de l'Etat dans le domaine de la laïcité. Sa mission, qui s'exerce collégialement, est essentiellement de documenter, de conseiller et d'assister le gouvernement sur toutes les questions relatives à la laïcité.

    Ce rappel de la nature juridique de l'observatoire de la laïcité est important car il permet de relativiser grandement les reproches qui lui sont régulièrement adressés par une minorité d'ultras laïques toujours prompts à caricaturer son action. En effet, si l'observatoire de la laïcité est régulièrement consulté par le gouvernement, il faut insister sur le fait que ce dernier demeure parfaitement libre de ne pas se ranger à ses avis. L'observatoire réfléchit et conseille. Il n'impose jamais.

    C'est la raison pour laquelle il convient aussi de relativiser les divergences qui se sont exprimées en son sein. Sur l'ensemble de ces membres, seuls trois ont exprimé leur défiance à l'égard du travail de l'observatoire. Il s'agit des députés Françoise Laborde (PRG) et Jean Glavany (PS) et de Patrick Kessel issu de la société civile (et accessoirement ancien Grand Maître du Grand Orient). Je ne conteste pas à ce triumvirat le droit de défendre une position très minoritaire. En revanche, je m'interroge sur ce comportement qui consiste à vouloir arracher par la polémique publique et les prises de position catastrophistes, ce qui n'a pas été obtenu aux termes d'une discussion collégiale au sein de l'observatoire. 

    Cette attitude très franco-française est inquiétante. On la retrouve d'ailleurs dans le domaine politique, syndical et associatif. Les lieux de discussion, d'échange et de délibération sont de moins en moins respectés par celles et ceux qui n'y obtiennent pas satisfaction. Les désaccords sont alors étalés en place publique et livrés au jugement du tribunal de l'opinion publique. Cette façon expéditive de procéder affaiblit automatiquement les lieux de discussion, d'échange et de délibération et donc, plus généralement, le fonctionnement démocratique dans notre pays.

    La force de la caricature est telle aujourd'hui, qu'elle finit toujours par modeler la perception que l'on a des choses. L'observatoire de la laïcité est hélas victime aujourd'hui de la caricature. Il fait l'objet de critiques injustes alors que son travail, pourtant accessible en ligne, est d'une très grande qualité. De très nombreuses associations l'ont d'ailleurs salué parmi lesquelles la ligue de l'enseignement, la libre pensée et la ligue des droits de l'homme

  • Collectif laïque et G∴O∴D∴F∴ : mise au point

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    jean-louis bianco,observatoire de la laïcité,collectif laïqueJ’ai pris connaissance du dernier communiqué du Collectif Laïque. Le Collectif ne s'en prend pas frontalement à Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène. Il préfère exprimer hypocritement des regrets sur de prétendues "violentes attaques injustifiées dans les médias et sur les réseaux sociaux" contre Elisabeth Badinter commises notamment par le rapporteur général de l'observatoire de la laïcité.

    Le soutien appuyé à Elisabeth Badinter est donc une manière de critiquer implicitement Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène. Pourtant, ce même Collectif laïque affirme ne vouloir entrer dans aucune polémique ! Désopilant... En rhétorique, on appelle cela "manier la litote". On déguise sa pensée de façon à la faire deviner dans toute sa force.

    Je ne reviendrai pas sur le fond de l’affaire et la façon particulière dont ce Collectif arrange la réalité pour la présenter à son avantage. Après tout, chacun est libre de penser ce qu’il veut, sur la laïcité comme sur d’autres sujets.

    Le problème n’est pas là. Le problème est que le G∴O∴D∴F∴ est signataire de ce communiqué. Sa signature donne donc l'impression qu’il y a, au sein même de l’obédience, un consensus sur les critiques adressées depuis plusieurs jours à l'observatoire de la laïcité et plus particulièrement à messieurs Bianco et Cadène. Ce qui, bien évidemment, est faux.

    En effet, tous les membres du G∴O∴D∴F∴ ne sont pas hostiles au président et au rapporteur général de l’observatoire de la laïcité, lesquels mènent depuis trois ans un travail d’information objectif sur la laïcité salué tant par la Ligue de l’enseignement, la Fédération Nationale de la Libre Pensée et la Ligue des droits de l'homme, que par plus d’une centaine d’universitaires et de chercheurs de premier plan parmi lesquels on trouve notamment Jean Baubérot, Pierre Rosanvallon, Benjamin Stora, Raphaël Liogier, Jacqueline Lalouette ou encore Pascal Boniface.

    Par conséquent, le communiqué du Collectif laïque n'engage absolument pas les LL∴ du G∴O∴D∴F∴ qui demeurent libres de leurs opinions.

    Ça va de soi, mais ça va encore mieux en le disant.