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migrants

  • La croisière maçonnique et philosophique

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    loveboat.jpgLa croisière maçonnique et philosophique. Je ne connaissais pas cette variante de la franc-maçonnerie de loisirs organisée par le Cercle Azuréa et Costa Croisières. Grâce à l'excellent blog Critica Masonica, cette lacune est désormais comblée.

    Je vous résume. Il s'agit d'une luxueuse sortie « maçonnique et philosophique » sur la Méditerranée à partir, grosso modo, de 500 € par personne. Mais ça peut monter beaucoup plus haut en fonction des prestations souhaitées. Pendant quelques jours, les participants alternent conférences sur la maçonnerie et escales au pas de course.

    Rien que pour 2016, deux croisières déjà organisées (avril et septembre). Pas mal, non ? Les mondanités de cette maçonnerie de loisirs semblent apparemment attirer les clients et laissent présager d'intéressantes perspectives pour ce qui s'apparente à un véritable business.

    Ordinairement, ce genre d'activités me laisse complètement indifférent. A chacun selon ses plaisirs après tout. Sauf qu'on peut tout de même regretter le contexte dans lequel ce genre de voyage est organisé.

    Depuis 2014, rappelons que le nombre de décès de migrants en mer Méditerranée a largement dépassé 10 000 selon l'ONU. C'est énorme et inédit.

    Je ne suis donc pas sûr que ce mélange de genres soit très adroit et que l'image de la franc-maçonnerie en sorte grandie.

  • La République et les Généraux

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    J'ai consacré plusieurs notes à l'affaire des fiches. J'ai montré quelles avaient été les motivations du ministère Combes, soucieux de s'assurer de la loyauté de l'armée à l'égard des institutions républicaines. L'armée, empêtrée dans l'affaire Dreyfus, donnait en effet des signes inquiétants. Les commissions de classement, aux mains des officiers cléricaux et monarchistes, avaient tendance à défavoriser l'avancement des officiers aux convictions républicaines trop prononcées. L'affaire des fiches, dérisoire à bien des égards, est donc née de la volonté des pouvoirs publics de défendre activement la République menacée par les nationalistes réactionnaires.

    Les pouvoirs publics ont également connu des inquiétudes similaires lors du putsch des généraux le 21 avril 1961 à Alger. Souvenez-vous. C'était le fameux quarteron de généraux en retraite fustigé par le général De Gaulle à la télévision. 

    En 2016, les papis étoilés font à nouveau parler d'eux (ou plutôt leurs fils spirituels) depuis que le général Christian Picquemal a participé à une manifestation interdite organisée à Calais par Pegida, un mouvement d'extrême droite raciste et xénophobe. Le vieux général de 75 ans a fait depuis amende honorable. Il a déclaré ne pas être solidaire de Pegida mais simplement inquiet du déferlement migratoire qui s'est abattu sur la France. Il est donc allé à Calais à l'insu de son plein gré. C'est vraiment trop bête. Si Picquemal était venu un autre jour il aurait pu se retrouver au milieu d'une manifestation de soutien aux migrants, lesquels - c'est évident - sont dans le Nord Pas-de-Calais uniquement pour le plaisir et la météo clémente et peut-être aussi parce qu'ils ont voulu toucher du doigt le bonheur simple et naïf filmé par Dany Boon dans "Bienvenue chez les Ch'tis", ce chef d'oeuvre impérissable du septième art hexagonal. Bref, j'ai la curieuse impression que l'ancien militaire prend les citoyens pour des cons.

    Depuis son hasardeuse escapade nordiste, le général Picquemal fait des émules. D'un seul côté de l'échiquier politique bien entendu. En effet, l'extrême droite s'en donne à coeur joie sur les réseaux sociaux. Du FN à Sa Béatitude Jean Solis. Tous y vont de leur couplet de soutien au brave général. On voit même d'autres militaires diffuser des communiqués consternants comme celui, par exemple, d'un ancien officier dont le patronyme fleure bon le terroir de chez nous : le général Antoine Martinez. Vous pourrez lire sa prose au bas de cette note. Il y a donc de quoi s'inquiéter devant ce déferlement d'inepties et de haine provenant d'anciens militaires se drapant volontiers dans une "certaine idée de la France" pour reprendre à nouveau une terminologie gaullienne qui ne veut rien dire.

    J'invite également le lecteur à lire ci-dessous la prise de position du général Jean-René Bachelet qui circule dans la communauté militaire et qui a été relayée par M. Jean-Dominique Merchet, blogueur à l'Opinion (organe de presse conservateur) et spécialiste bien connu des questions militaires. Le constat de Bachelet est sévère et piquant à l'encontre du général Picquemal. Bachelet craint que l'initiative de Picquemal, qu'il qualifie de stupide et de contre-productive, ne desserve l'armée et nourrisse la méfiance à son égard. Il a raison. Son constat, lucide et mesuré, ne peut qu'inquiéter et interroger tous les républicains attachés aux droits sacrés de la personne humaine, de nationalité française ou étrangère, et aux libertés publiques dans notre beau pays de France. Il est primordial que les institutions puissent avoir pleinement confiance en l'armée (uniquement professionnelle depuis vingt ans) et en l'éthique militaire de ses chefs. Ce qui est évidemment le cas (cf. les nombreuses opérations extérieures et l'appui logistique que l'armée française apporte aux ONG humanitaires dans le monde).

    Pourtant, quand on voit ce spectacle affligeant donné par d'anciens officiers de nos armées, on doit reconnaître que les pouvoirs publics de la troisième République étaient quand même d'une indécrottable lucidité. Ceux de la cinquième feraient donc mieux, à mon avis, d'ouvrir les yeux attentivement.

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    Communiqué Général Antoine Martinez 09.02.2016.pdf

    Position du général Jean-René Bachelet.pdf

  • Le drame des migrants

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    L'actualité tragique de ces derniers mois au sujet des migrants d'Afrique, du Proche Orient et d'Asie, me rappelle un souvenir de voyage. C'était en février 2009 à Ceuta (Sebta en arabe), petite enclave espagnole au Maroc. J'étais en compagnie de plusieurs FF. Nous nous rendions en voiture à Casablanca pour participer aux travaux d'un atelier la GL du Maroc.

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    La franc-maçonnerie marocaine organisait au même moment les dix-septièmes rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (REHFRAM). Voilà pour le contexte.

    Je me souviens que j'étais particulièrement heureux de ce séjour car c'était la première fois que je mettais les pieds en Afrique. Le choc fut cependant rude car je n'avais nullement anticipé le passage de la frontière. Je me rappelle en particulier de cette corniche surplombant une mer Méditerranée assez agitée et de ce virage qui annonçait le poste frontière, et du même coup l'entrée d'un gigantesque continent de 30 221 532 km².

    Quelle image et quelle sensation à la fois étrange et oppressante !

    Le poste frontière était devant nous avec de part et d'autre un gigantesque mur de fers barbelés derrière lequel des milliers et des milliers d'hommes faisaient les cent pas dans l'attente de l'instant propice pour le franchir. Tous ces gens venaient des profondeurs de l'Afrique. Ils avaient parcouru des milliers de kilomètres, dans des conditions souvent épouvantables, pour se retrouver là, derrière ces barbelés, la terre promise devant eux. Ils étaient là dans l'espoir de trouver, en Europe, une vie meilleure. Ils n'avaient pas quitté pas la terre de leurs ancêtres par caprice ou par simple désir de changer de lieu. Ils avaient quitté leur pays parce que la vie y était matériellement très difficile, voire impossible. Ils avaient quitté leur pays parce que les libertés fondamentales n'y étaient pas garanties. Ils avaient quitté leur pays parce qu'ils n'avaient tout simplement pas d'autres choix s'ils voulaient sauver leur peau. Croyez-moi, cela fait une drôle d'impression d'éprouver physiquement cette extraordinaire attente de milliers d'anonymes dont toutes les pensées semblaient converger vers un seul objectif : passer la frontière coûte que coûte.

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    L'Europe pouvait-elle détourner le regard de ce qui se passait ici, me demandais-je ? Nous étions en 2009 je le rappelle. Pourtant, je savais déjà confusément que cette situation, si surréaliste pour le privilégié que j'étais, ne pouvait que dégénérer rapidement tant que l'Europe ne jetterait pas les bases d'une politique de coopération ambitieuse avec l'Afrique, et plus largement encore, avec toutes les régions du monde qui connaissent actuellement la misère et la guerre.

    Notre intérêt économique et social est de ne pas laisser ces parties du monde livrées à elles-mêmes, saignées par les conflits et submergées trop souvent par les forces du fanatisme religieux. En les aidant à se développer, nous nous développerons aussi. Nous apprendrons de nouvelles formes d'échange et de coopération. Les gens n'auront pas le besoin de partir. Ils construiront l'avenir chez eux avec notre aide. Nous leur apporterons des choses. Ils nous en apporteront d'autres en retour. Pour le bien de l'humanité.

    Je suis convaincu que la France, notamment, a une carte à jouer, infiniment plus subtile et intelligente que la seule influence géostratégique, précisément en raison de son passé commun avec un grand nombre de pays d'Afrique. Nous en sommes loin, hélas, car notre égoïsme et nos petites préoccupations de pays développé, nous empêchent de voir au-delà de nos problèmes économiques et sociaux. Ces derniers sont certes importants à notre petite échelle, j'en conviens, mais ils demeurent malgré tout fondamentalement dérisoires comparés à la misère morale et matérielle qu'endurent les trois-quarts des gens qui vivent sur la planète.

    Je ne suis donc absolument pas surpris de ce qui se passe actuellement. Les phénomènes migratoires ne font que commencer car rien, aucune mer, aucun océan, aucune montagne, aucun désert, aucun mur, aucun fossé, ne peut arrêter un individu réduit à l'extrême nudité du besoin sauf la mort.

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    (Cette note est la 100ème depuis l'ouverture du blog)