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mal du siècle

  • Réunir ce qui est épars

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    mal du siècle, franc-maçonnerie, réunir, Grande Bretagne, FranceSans trahir de secret (de polichinelle), l’un des objectifs de la maîtrise est de réunir ce qui est épars alors qu’au grade d’apprenti on insiste plutôt sur le caractère introspectif de la démarche maçonnique et qu’au grade de compagnon l’extériorité de la démarche est davantage mise en avant, notamment au travers du voyage. Certes, il faut se garder de toute tentation simplificatrice. Cependant, pour moi, la maîtrise est la prise en considération de l’aspect intérieur et extérieur de la quête « initiatique ». Enfin, c’est ainsi que je vois les choses étant entendu que les rites se sont structurés progressivement et que la maçonnerie a beaucoup évolué, sinon dans son esprit, du moins dans ses formes. Réunir ce qui est épars, dans l’absolu, voilà bien l’une des missions du franc-maçon quel que soit son grade, quel que soit son rite. 

    Réunir ce qui est épars… Curieuse et titanesque démarche en effet qui a germé dans la tête de ces érudits britanniques après une période durant laquelle écossais protestants, irlandais catholiques (papistes) et anglais catholiques (anglicans) se sont étripés au nom de la politique et de la religion. Chacun y est allé de ses interprétations des écritures, de ses dogmes, de ses certitudes. En politique, la période Cromwell a laissé de douloureux souvenirs et la monarchie, bien que restaurée, a senti qu’il était temps de faire amende honorable et de respecter les droits du parlement. La Grande Bretagne n’offrait pas encore tout à fait l’image de cette monarchie constitutionnelle apaisée qui a tant fasciné Charles de Montesquieu et qui lui inspira, en large partie, De l’esprit des Lois.

    Il n’est pas banal de constater que des hommes, non loin de la cathédrale Saint-Paul de Londres, ont décidé un jour, le 21 juin 1717 pour être exact, de fédérer en Grande Loge des groupes constitués pour la plupart dans des tavernes sur base de la tradition de la franc-maçonnerie de métier. Et il est encore plus surprenant de retrouver, parmi ces premiers maçons spéculatifs, des individus de condition modeste à l’exception de quelques uns. Si l’histoire a retenu des noms comme Wharton, Montagu, Anderson, Désaguliers, etc., les archives, quant à elles, mentionnent aussi l’identité de quidams dont on ne sait rien ou pratiquement rien parce qu’ils n’avaient pas de titres nobiliaires ou universitaires ou de lignages particuliers. Ils étaient pourtant là.

    Il y a dans cette coexistence d'hommes différents quelque chose qui semble éclairer la doctrine de la jeune maçonnerie spéculative : la volonté d’affranchir l’homme de ses références sociales, politiques et religieuses pour, d’une part, le considérer dans la simplicité de son humanité et, d’autre part, pouvoir le percevoir en frère. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y a un désir de considérer l’homme en tant que pure abstraction, comme ce sera le cas plus tard dans les grandes déclarations révolutionnaires aux Etats-Unis ou en France. Mais il y a un peu de ça malgré tout.

    D’une certaine façon, les hommes qui imaginèrent la maçonnerie spéculative furent des traumatisés de la période d’instabilité politique que la Grande Bretagne a connue une bonne partie du XVIIème siècle comme le furent, plus tard, ces enfants terribles - héritiers malgré eux de la tourmente révolutionnaire et de l’épopée napoléonienne - que Musset décrit admirablement au premier chapitre des Confessions d’un enfant du siècle. C'est comme si le Mal du Siècle avait eu 100 ans d’avance en Grande Bretagne et avait donné naissance à une institution curieuse parallèle au monde profane.

    Qu'en est-il aujourd’hui ? Si le monde a considérablement évolué sur bien des plans, peut-on dire que l’injonction « réunir ce qui est épars » a conservé cette spécificité que j’ai brièvement tentée de décrire plus haut ? Bien que la période actuelle soit agitée (terrorisme, montée du fondamentalisme religieux, de l'extrême droite, etc.), il ne faut quand même pas oublier que nous avons la chance de vivre dans des sociétés démocratiques où le tissus associatif est important et où les occasions de rassembler ce qui est épars sont nombreuses. La maçonnerie, après avoir participé à l’émergence d’une vie politique et associative autonome, a été repoussée de ce fait en amont, dans un espace irréel, amoindrie par les épreuves. C'est peut-être pour cette raison que certains maçons, parfois, la perçoivent comme une institution inutile, complexée, dépassée, voire menacée. Et pourtant, elle est là et elle demeure bel et bien vivante. C'est donc bien qu'elle a des spécificités que d'autres associations n'ont pas. Tâchons de les (re)découvrir en toute humilité.