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  • Le Grau du Roi rend hommage à la mémoire d'André Quet

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    quet1.jpgLe samedi 10 décembre, au Grau du Roi (Gard), petite ville de pêcheurs et station balnéaire sur les bords de la Méditerranée, l'école élémentaire du Repausset est devenue l'école élémentaire André Quet. Je ne vais pas revenir sur la vie et les engagements d'André Quet (1922-2014) qui sont très bien résumés sur le site internet de la commune du Grau du Roi.

    Je voudrais plutôt évoquer ici très brièvement le franc-maçon du Grand Orient de France. Je n'ai aucune légitimité particulière pour le faire. Je n'étais pas de ses intimes mais je l'ai toutefois côtoyé plusieurs années sur les colonnes des loges nîmoises L'Echo du Grand Orient, où il fut initié dans les années soixante et dont il fut le vénérable, et La Bienfaisance qu'il rejoignit plus tard.

    Je conserve, pour ma part, le souvenir d'un homme à l'esprit vif, brillant et clair comme son écriture. Je me rappelle qu'il était très attaché à la réflexion sociale en loge qui était à ses yeux une des spécificités du Grand Orient dont il fut, d'ailleurs, l'un des conseillers de l'Ordre. Je garde le souvenir d'un homme tolérant, engagé au service des autres, d'un républicain et d'un laïque convaincu. 

    André respectait la tradition et le rite maçonniques mais il les considérait comme des moyens, des outils, des objets de réflexion. Quand des frères prenaient la parole en loge pour exalter le symbolisme ou exposer un point de vue qu'il estimait un peu trop ésotérique à son goût, André, en bon rationaliste, intervenait systématiquement pour les ramener sur le plancher des vaches et rappeler la nécessité d'une franc-maçonnerie engagée au coeur de la Cité. André Quet aimait le débat. Il avait une excellente capacité de synthèse qui lui permettait de résumer en quelques phrases tout ce qui s'était dit sur les colonnes.

    Ancien instituteur et directeur d'école, André Quet avait aussi un sens pédagogique développé. C'était certainement la raison pour laquelle il appréciait le contact avec les apprentis et les compagnons. Il était d'ailleurs souvent chargé de dispenser l'instruction maçonnique en salle humide pendant que la loge procédait aux augmentations de salaire. Il aimait aussi participer activement aux commissions chargées de traiter les questions annuelles posées par le Convent.

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    Je suis heureux que la commune du Grau du Roi ait rendu un si bel hommage à la mémoire de cet homme apprécié de tous.

  • L'écrit, support de la mémoire

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    les_objets_indispensables_a_ne_surtout_pas_oublier-230x230.jpgLe meilleur support de la mémoire est indiscutablement l’écrit. C’est en tous les cas lui seul qui, en tant que traces des choses, nous donne quelque assurance de ne pas oublier complètement les marques du passé et des personnes. On sait malheureusement ce qu’il est advenu des peuples qui ne connaissaient que la tradition orale. Confrontés à certaines épreuves, ils ont disparu et c’est souvent grâce à l’opiniâtreté d’érudits que le souvenir, imprécis et incomplet, de certains d’entre eux a pu parvenir jusqu’à nous.

    Ce faisant, si l’écriture est garante de la mémoire des hommes, encore faut-il qu'elle soit compréhensible. Depuis Grottenfeld, les écritures cunéiformes sont déchiffrables et ont ouvert aux chercheurs le monde fascinant de la Mésopotamie antique et 3000 ans d’histoire avant JC. Champollion, quant à lui, a percé le mystère des hiéroglyphes et jeté les bases de l’égyptologie. Que se serait-il passé si ces deux écritures étaient restées hermétiques ? Exactement ce qui s’est produit pour les Etrusques. Des monuments, des traces archéologiques, des interprétations délirantes, mais rien qui puisse nous faire pénétrer l’intimité de ces peuples.

    Les systèmes d’écriture, des plus simples aux plus élaborés, nous renseignent sur la manière dont les peuples appréhendent le monde. Et plus ces systèmes perdurent dans le temps (sur un bon millier d’années) pour un peuple donné, plus on est en mesure de percevoir comment le passage d’une pensée prélogique et mythologique à une pensée logique et scientifique s’est effectué. L’écriture est le support qui a permis cette évolution majeure. Par exemple, les peuples de Mésopotamie avaient une écriture qui collait au plus prêt au réel. Une écriture existentielle en quelque sorte qui répugnait à l’abstraction.

    20131030-MDS-atelier%20cun%C3%A9iforme2_524be06c642b6.jpgLes systèmes d’écriture des Mésopotamiens étaient organiquement attachés aux choses qu’ils désignaient (un peu à l’image des idéogrammes chinois). Ils ne leur permettaient pas l’abstraction. Les Listes et les Tensons gravées sur des tablettes venaient en quelque sorte à leur secours. Par le classement des choses (Listes), par leur comparaison en des tournois stylistiques (Tensons), les Mésopotamiens arrivaient à se détacher de la chose pour exprimer l’idée de la chose, c’est-à-dire le concept et, au-delà du concept, à élaborer des associations, des corrélations et des correspondances. L’oiseau de la Liste ou de la Tenson, c’est l’idée de l’oiseau ou, pour le dire autrement, c’est tout ce que les oiseaux ont en commun et qui les rend différents des autres espèces. Et lorsque le concept est forgé, on peut passer à l’étape suivante qui autorise les mythes, les légendes et les cosmogonies élaborées. Et de toutes ces abstractions, les premiers savoirs ont pu éclore dans toute leur splendeur. De même, en répertoriant les planètes (Listes), en les comparant (Tensons), les Mésopotamiens ont jeté les bases de l’astrologie (savoir) sur base de mythes et de cosmogonies (fondés sur des concepts). Et l’astrologie a engendré l’astronomie et a permis la mesure du temps (calendrier lunaire) et à l’homme de s’inscrire et de se penser dans l’histoire. En répertoriant les parties du corps (Listes), en les comparant (Tensons), les Mésopotamiens ont jeté les bases de la physiognomonie (savoir) sur base de mythes et de cosmogonies (fondés sur des concepts). Et la physiognomonie a engendré très progressivement à son tour la médecine. Les Grecs, eux aussi, ont compris – beaucoup plus tardivement – la puissance du verbe, du Logos, de la dialectique, de la démonstration, du raisonnement dont l’écriture est un adjuvant. Quand les civilisations mésopotamiennes étaient à leur apogée, les Grecs n’étaient encore que des tribus.

    L’oralité est le royaume de la subjectivité et de la transformation interprétative pour la bonne et simple raison qu’elle ne peut fixer les choses et qu’elle ne porte aucune trace d’un processus d’évolution. Elle est tributaire de celui qui parle, qui détient son savoir d’un autre conteur, qui lui-même le tient d’un autre et ainsi de suite. L’auditeur n’a aucune trace écrite qui lui permettrait d’avoir des points de repères. Attention, je ne dis pas que l’oralité est dépourvue de valeur. Je dis qu’elle est faible et qu’elle meurt aux premiers coups du sort s’il ne se trouve personne pour fixer le discours sur un support. Ce discours peut être connu immédiatement mais il peut trouver des lecteurs des siècles plus tard.