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loi travail

  • Le danger de la politisation du G∴O∴D∴F∴

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    Patrice Deriémont a livré ses réflexions relatives au projet de loi travail sur le blog de l’ami Géplu. L'intervenant a été présenté comme ancien Grand Maître adjoint du temps d'Alain Bauer (le médiatique criminologue que les journalistes invitent souvent dès qu'il s'agit de causer terrorisme à la télévision ou à la radio). J’espère qu’il n’y a aucun lien entre ce regain d’activité internautique et des ambitions contrariées. Sa réflexion en tout cas ne manque pas d'intérêt mais elle s'inscrit malgré tout dans un phénomène que je déplore depuis longtemps : la politisation excessive du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴). Dès l'instant où la gloire passée d'un intervenant est rappelée, c'est, j'imagine, pour mieux asseoir son propos.

    Je dois préciser ma pensée. Que faut-il entendre par « politisation excessive » ? Elle consiste :

    1°) à considérer que la Franc-Maçonnerie n’est véritablement utile que si elle s’implique dans le commentaire (et non dans l’analyse) de l’actualité immédiate ;

    2°) à réagir au coup par coup, à laisser la primauté aux émotions et à la versatilité des humeurs du moment sans recul et sans esprit de prospective ;

    3°) à circonscrire la liberté de conscience à des communiqués de presse, à des tribunes ineptes (comme par exemple la dernière de Daniel Keller publiée dans Médiapart) et, plus généralement, à des postures politico-médiatiques.

    Dans sa note, Patrice Deriémont est ainsi revenu sur le fameux article 6 du projet de loi. A l’heure où j’écris cette note, je ne vais pas faire semblant de vous faire croire que je suis parfaitement au courant du processus législatif en cours. Lors d’un congrès régional auquel j’ai participé, j’ai même entendu Daniel Keller affirmer que cet article avait été abandonné. J’ignore si c’est vraiment le cas. Tout ce que je peux dire cependant, c’est que l’article 6 originel n’instaurait rien de nouveau et – comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici – ne faisait que reprendre l’acquis jurisprudentiel en la matière. Il n’y avait évidemment aucune atteinte à la laïcité.

    Concernant l’article 2 et sur le prétendu inversement de la hiérarchie des normes, il faut quand même rappeler que cette disposition réaffirme le code du travail en tant que socle intangible dans des domaines fondamentaux comme la durée légale du temps de travail, le Smic, la santé et la sécurité. Il réaffirme le rôle de la branche sur la modulation, le temps partiel etc. Et puis cet article 2 donne de l'espace supplémentaire à la négociation dans l'entreprise sur l'organisation du travail (c'est ce qui semble déplaire). Et encore de façon très encadrée, c'est-à-dire sur la base d'un accord majoritaire négocié avec un représentant syndical ! J'y vois la pleine confirmation du principe de faveur dont les opposants au projet de loi craignent la remise en cause.

    L’idée est donc de permettre aux salariés et aux patrons d'adapter ensemble les relations de travail au sein des entreprises au plus près des réalités économiques auxquelles elles sont confrontées. L’idée est de faire en sorte que les relations de travail puissent s’harmoniser au plus près des réalités d'un secteur donné. L’idée est enfin de favoriser la négociation avec le concours des syndicats dont la présence sort renforcée. Sans remettre en cause le code du travail en tant que tel. Il ne s’agit pas, comme j’ai pu le lire dans un article d’Humanisme, de substituer entièrement et brutalement le contrat à la loi impersonnelle et générale ! De toute façon, le contrat n'est pas un gros mot. Le droit des obligations, actuellement en pleine réforme, est en effet un des piliers fondamentaux de notre droit positif depuis Napoléon. Il serait bon aussi de le rappeler. Y compris dans les colonnes de la revue Humanisme.

    Bref, ça fait quand même beaucoup de garde-fous dont on ne parle jamais dans les médias et qui devraient rassurer les plus inquiets. Et encore, je ne parle pas du compte personnel d'activités, de la sécurisation des parcours professionnels dans un contexte de chômage de masse (car aujourd'hui les carrières professionnelles sont hachées), etc. Les chantiers sont nombreux. Mais de toute façon, à quoi sert-il de le dire puisque personne ne s'écoute ?

    politique,république,franc-maçonnerie,godf,patrice deriémont,loi travail,démocratie,violence,daniel kellerDe façon plus générale, je ne comprends pas que certains francs-maçons, aux solides préjugés idéologiques, participent activement à cet obscurcissement des esprits en racontant parfois n’importe quoi alors même que le processus législatif n'est pas arrivé à son terme ! Il me semble que ces frères devraient au contraire prôner le dialogue et l’écoute. Oui, ce dialogue et cette écoute dont ils se prévalent en loge mais qu’ils ont un peu trop tendance à oublier quand ils cancanent dans le monde profane ou sur internet.

    Comment non plus ne pas être en colère quand je vois des frères, que j’estime par ailleurs, tellement travaillés par les rancoeurs politiciennes qu’ils en sont réduits à relayer sur les réseaux sociaux d’ignobles caricatures (par exemple Valls en uniforme de S.A. hitlérien) ou des articles de propagande provenant de blogs d’extrême gauche et, parfois hélas, d’extrême droite ? Comment peuvent-ils s’abandonner ainsi à la haine et à l'aveuglement partisan sans regarder à deux fois ce qu'ils diffusent ? Ont-ils oublié les exigences de l’initiation maçonnique ? Je n'ose le croire.

    politique,république,franc-maçonnerie,godf,patrice deriémont,loi travail,démocratie,violence,daniel kellerDans deux mois, les conseillers de l’Ordre du G∴O∴D∴F∴ vont être appelés à élire un nouveau Grand Maître. Je ne vais pas rappeler ce que j’ai écrit sur cette fonction qui n’existe pas dans le règlement général et qui n’a pas d’attribution précise (pour ceux que ça intéresse, c’est ici). J’espère simplement que les conseillers de l’Ordre privilégieront une personnalité réellement initiée sur tout politicien déguisé en maçon. Car il faut le dire : le G∴O∴ a besoin de maçons à sa tête et pas de directeurs de conscience ou de communicants à la petite semaine.

    J’espère aussi que le futur Grand Maître sera économe de ses paroles. Elles n’en auront que plus de valeur. J’espère enfin que le futur Grand Maître veillera à ce que l’obédience ne s’embourbe pas dans les ornières de la politique politicienne. Le G∴O∴D∴F∴ doit demeurer le centre de l’union. Il doit inscrire la réflexion de ses ateliers dans un temps long. Il doit se souvenir que les SS∴ et les FF∴ ont des sensibilités politiques, philosophiques et religieuses différentes. Quand je vois le climat actuel dans le monde profane, quand je songe aussi à l’échéance électorale de l’an prochain, je pense qu’il est absolument primordial que le G∴O∴ conserve sa sérénité et travaille, selon ses principes constitutionnels, dans la joie et la paix et dans le respect des convictions de chacun de ses membres.