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loge d'études et de recherche

  • Les loges d'études et de recherche

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    Le blog Hiram a annoncé la création d'une nouvelle L à Reims dont le titre distinctif sera "Humanisme et Perspectives".

    Il s'agit d'une L d'études et de recherche. Le règlement général du GODF définit ce type d'atelier de la façon suivante

    "La Loge d'Etudes et de Recherche a pour vocation de réunir des Frères membres de l'Obédience autour d'un sujet intéressant la Maçonnerie en général et / ou l'Ordre en particulier."

    En clair, une L d'études et de recherche n'initie pas. Elle a pour objet l'étude d'un sujet en particulier. Elle agrège des FF désireux de travailler sur le sujet qui a motivé sa création. 

    Bon, ce que je vais dire n'engage que moi et risque de ne pas faire plaisir aux promoteurs du projet, mais je considère que les LL d'études et de recherche sont des aberrations maçonniques.

    En effet, une L normalement constituée réfléchit sur tous les sujets. Rien ne lui interdit non plus d'approfondir un sujet pendant plusieurs années. Mais elle a également pour devoir d'initier des profanes et d'en faire de bons maçons. Le travail maçonnique, c'est celui que l'on fait sur soi-même. Ce n'est pas l'acquisition d'un savoir cumulatif. Du temps où je m'occupais de l'instruction des jeunes maçons dans ma L, j'aimais leur dire ceci pour les bouger, surtout lorsqu'ils commençaient à préparer leurs premiers exposés (leurs "planches" comme on dit en maçonnerie) :

    "Parler de tolérance, de justice et de fraternité à la manière des professeurs de philosophie, ce n'est pas ce qu'on vous demande ; ce qu'on vous demande, c'est d'être tolérant, juste et fraternel le plus possible et c'est de puiser dans le travail de la L, dans les échanges avec les FF∴, dans leurs expériences, des éléments qui participeront à votre propre édification morale et intellectuelle. L'Art royal, c'est quelque chose d'artisanal. Ce n'est pas de la sophistique pour des esprits mondains et superficiels. C'est un art tout d'exécution. Difficile. Parce qu'il vous oblige à concilier la pensée et l'action. A agir en homme de pensée et à penser en homme d'action."

    Cantonner un atelier à la seule production intellectuelle, c'est donc oublier le sens même de la démarche maçonnique, et ce d'autant plus qu'on ne peut pas dire que les LL d'études et de recherche françaises se distinguent généralement par leurs travaux. Bref, on dit souvent (et à juste raison d'ailleurs) aux AA et aux CC que les LL ne sont pas des écoles, des universités ou des cours du soir et on se rend compte finalement que les Obédiences favorisent la création de pseudo-loges qui se prennent pour des centres de recherche.

    Je me souviens qu'il existait au GODF une L de ce genre à Paris dont le nom était Léonard de Vinci. Lors de sa création, au milieu des années 90, celle-ci avait l'ambition de devenir une L∴ d'études et de recherche sauf que, si je ne m'abuse, le règlement général de l'époque ne reconnaissait pas encore ce type d'atelier. Le GODF∴ compte aujourd'hui 7 LL d'études et de recherche pour un effectif total avoisinant une centaine de FF.

    Très bien. Mais pour quels résultats ?

    Il n'y a pas que le GODF dans cette situation. Je pense aussi à la GLDF qui avait créé dans les années 90 sa propre L d'études et de recherche - Jean Scot Erigène n°1000 - dont, personnellement, je n'ai pas lu le moindre travail (la GLDF abrite depuis d'autres LL de recherche) même si je sais que cet atelier a édité plusieurs numéros d'une revue.

    C'est déjà plus concret.

    Mais bon, de vous à moi, quel en est fondamentalement l'intérêt et, surtout, quelle est la part du travail effectué réellement par les FF∴ de ces LL ? Sont-ils sagement assis ? Ou bien leurs prises de parole participent-elles vraiment du travail d'étude et de la recherche ? En quoi le cadre d'une L∴ au travail apporte-t-il quelque chose de différent par rapport à ce que font ordinairement tous les ateliers de France et de Navarre ?

    Bref, je n'ai jamais vraiment compris à quoi servait ce genre de loge. Si vous invitez des spécialistes de tel ou tel domaine à parler en loge et que vous vous engagez à publier leurs communications quelques temps après, vous ne faites rien d'autre qu'un travail éditorial que les universitaires et autres organisateurs de colloques connaissent bien. Qu'y a-t-il de spécifiquement maçonnique ?

    Lorsque je résidais en Belgique, j'avais également fréquenté les travaux d'une L de recherche bruxelloise - L'Ane d'Or n°63 de la Grande Loge de Belgique - qui, à l'époque, ne produisait rien de particulier mais réunissait pourtant des frères qui avaient l'ambition de réfléchir sur la maçonnerie. Nous n'étions pas beaucoup sur les colonnes. Une petite dizaine et encore je suis généreux. Je ne sais pas non plus ce que cette L, au demeurant très sympathique, est devenue aujourd'hui. Je suppose qu'elle existe toujours. A-t-elle produit quelque chose de remarquable ?

    La palme des LL d'études et de recherche revient incontestablement à la microscopique Loge Nationale Française (LNF) qui ne compte pas moins dix loges d'études et de recherche alors qu'elle revendique à peine trois cents membres ! Je pense que nombre d'entre elles sont en réalité des coquilles vides.

    Il faut donc en revenir aux sources et se poser la question : "qu'est-ce qu'une L d'études et de recherche ?" Il s'agit d'une forme spécifique de loge qui est apparue au XIXe siècle en Grande Bretagne dans un but précis :

    • soit pour codifier un rite et fortifier ainsi l'unité de la maçonnerie britannique après des décennies de schisme entre les anciens et les modernes (ce que fit la L Emulation of Improvement en créant le style émulation)
    • soit pour pallier l'absence de travaux autres que rituéliques (c'est ce que fait la L Quatuor Coronati de Londres ; elle réfléchit et publie depuis 1886 sur l'histoire et symbolisme maçonniques).

    Pour le dire autrement, une L d'études et de recherche se comprend tout à fait dans les Obédiences dites "régulières" où l'essentiel du travail des LL se borne à faire vivre les rites et les tradition. Dans les LL prétendument "régulières", on fait donc principalement de la cérémonie, à la différence des LL dites "irrégulières" où les conférences et les échanges sont nombreux et variés.

    Dans un tel contexte, on peut comprendre que certains maçons réguliers aient pu éprouver le désir de faire autre chose et d'adapter le cadre maçonnique à la production intellectuelle. La L Quatuor Coronati est connue pour l'excellence de ses travaux et bénéficie d'un réseau étendu de membres correspondants. En France, la L parisienne Villard de Honnecourt, de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), poursuit un but identique et se distingue par la publication d'une revue de maçonnologie de très bonne qualité.

    Conclusion. Les LL d'études et de recherche en France ne marchent pas de façon générale, non parce que les maçons français ont une inaptitude à la recherche, mais tout simplement parce que l'écrasante majorité des ateliers de notre pays permet déjà aux FF et aux SS d'échanger sur tous les sujets sans qu'il y ait besoin de structures particulières.

    Alors comment expliquer leur développement depuis une vingtaine d'années ? C'est très simple. Les LL∴ d'études et de recherche participent aux stratégies d'image des Obédiences (c'est flagrant en ce qui concerne la petite LNF). Une L d'études et de recherche, ça donne une image intellectuelle. Pour le dire autrement, une L d'études et de recherche, ça fait bien dans le décor même si celle-ci n'étudie et ne recherche pas grand-chose.

    De toute façon, qui ira le vérifier ?