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loge

  • Itinérance

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    souvenir,itinérance,franc-maçonnerie,logeIl paraît que le président de la République s'est beaucoup démené et qu'il va prendre quelques jours de repos. Grand bien lui fasse. Un communiqué de l'Elysée indique qu'il va ensuite entreprendre une itinérance dans plusieurs départements dans le cadre des commémorations du centenaire de la première guerre mondiale.

    Itinérance ?

    Le mot est lâché. Les médias ironisent. Pour ma part je ne connaissais pas ce terme qu'il ne faut pas confondre avec itinéraire. La distinction est subtile. L'itinérance désigne le déplacement de l'itinérant sur l'itinéraire tandis que l'itinéraire est le chemin suivi par l'itinérant.

    J'en déduis que nous, francs-maçons, sommes donc aussi en itinérance. Je vous propose donc ci-dessous des souvenirs de mon itinérance.

    Le premier concerne un souvenir d'une loge de la Grande Loge de France.

    Le second concerne la problématique de la jeunesse en franc-maçonnerie qui m'a suivi pendant des années.

  • Voyage en franc-maçonnerie #2

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    Voici le deuxième épisode de « Voyage en franc-maçonnerie », petite web série tout à fait artisanale que j'ai le plaisir de vous proposer et que je continuerai à enrichir au gré des mes humeurs et de mes envies. N'hésitez pas en parler autour de vous et à la diffuser sur les réseaux sociaux si vous le souhaitez et si vous estimez qu'elle en vaut la peine. Evidemment, soyez indulgents car je n'ai ni les compétences d'un réalisateur ou d'un graphiste professionnel. Et encore moins celle d'un narrateur de documentaire.

  • Silence et travail maçonnique

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    J'ai déjà brièvement abordé la question du silence en franc-maçonnerie sur ce blog. Je voudrais à nouveau y revenir pour regretter que le silence ne soit cantonné qu'au premier degré. Je suis pourtant certain que la franc-maçonnerie tirerait de grands avantages à prévoir de nouvelles périodes de silence imposé. Par silence, je n'entends pas l'absence de bruits ou de fracas. Je n'entends pas davantage l'absence de paroles car tout silence a vocation à être brisé. Je vise plutôt le silence de l'observateur qui devrait accompagner et favoriser la rencontre avec celui qui diffère de soi. Le silence est sensation, perception, échange. Univers intérieur et canal de communication. C'est le dialogue infraverbal de la loge au travail. Il lie chaque ouvrier du chantier. C'est non seulement celui de l'apprentissage mais aussi celui qui devrait rythmer le compagnonnage, la maîtrise, jusqu'aux multiples démarches susceptibles de les approfondir. Il faudrait ainsi pouvoir toujours garder présent à l'esprit ces propos de feu Daniel Beresniak (cf. Daniel Beresniak, Le silence, Detrad AVS, Paris, 2000) :

    « Dedans, c'est le chantier. Là on bâtit et on produit, on assemble, on ajuste. L'apprenti bâtisseur apprend à parler, c'est-à-dire à produire de la parole au lieu d'en reproduire. Il travaille sur lui-même et repère les idées reçues, comme il y est invité par le rappel fréquent des métaux à laisser à la porte du temple. Il vérifie et acquiert l'esprit de géométrie. Rappelons que la géométrie n'est pas seulement l'art du trait, mais surtout une modalité de savoir qui exclut le principe d'autorité : le statut de maître ne suffit pas pour qualifier le bien-fondé de son discours. Ce que dit le maître est à vérifier. »

    J'entends parfois des frères qui s'interrogent sur l'utilité de la franc-maçonnerie, qui la considèrent parfois comme une institution dépassée parce qu'elle ne répondrait plus à leurs attentes ou ne coïnciderait plus avec leurs obsessions (sociétales pour les uns, traditionnelles pour les autres). Ils seraient sans doute bien inspirés de prendre à nouveau la démarche initiatique au sérieux en observant à nouveau des temps de silence. Ces temps de silence les aideraient probablement à mesurer la distance qui les sépare encore de l'initié qu'ils aimeraient devenir un jour. Il y a tellement de choses à apprendre. Apprendre à faire silence pour mieux écouter ses interlocuteurs. Apprendre à faire confiance au rite en mettant d'abord un point d'honneur à le pratiquer sérieusement sans tomber non plus dans les fréquentes fautes de goût des pompes excessives (la valeur d'un rite ne dépend ni du nombre de bougies ni de la longueur des ouvertures, des fermetures et des différentes cérémonies). Le travail à accomplir est vaste. Aucun sujet ne peut être écarté a priori du travail de logeSi les francs-maçons entendent bien l'Art, ils pourront devenir des agents actifs et efficaces du lien social. Sans prosélytisme mais avec un optimisme raisonnable et raisonné. Sans céder non plus à la tentation du communiqué de presse creux auquel personne ou presque ne prête attention. Ils pourront oeuvrer dans la discrétion au rapprochement des individus qui, sans eux, resteraient à perpétuelle distance les uns des autres. Ce travail, complémentaire aux efforts nécessaires d'introspection, implique de la lucidité, donc en amont de l'observation et du silence. Observation et silence sont les deux ingrédients indispensables qui permettent d'aborder une situation nouvelle et de rassembler les différents éléments qui la composent. Ce travail implique de la solidarité, donc un peu de chaleur et de tolérance, c'est-à-dire de capacité à supporter celui dont on ne partage pas l'opinion.

    On peut trouver un exemple concret et saisissant de ce travail dans une intervention énergique du frère Winston Churchill devant la Chambre des Communes le 13 octobre 1943 (cf. HC Deb 13 octobre 1943 vol 392 cc920-1012). Le premier ministre britannique avait trouvé ce jour là les mots justes pour frapper les esprits et lutter contre la tentation de certains parlementaires de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections nouvelles dans un contexte particulièrement difficile. L'issue de la guerre demeurait encore largement incertaine malgré la défaite de l'armée allemande, en février 1943, à Stalingrad. Churchill n'imaginait pas d'alternative à la victoire. Il en était déjà au stade de l'édification de la société démocratique d'après guerre, celle qui surgirait à coup sûr des ruines des champs de bataille et qui rassemblerait demain les ennemis d'hier. Et Churchill de prévenir solennellement les représentants britanniques, notamment les plus défaitistes, qu'il ne servirait à rien d'exiger des autres des progrès significatifs s'ils n'étaient pas en mesure d'en fournir eux-mêmes. Churchill les avait mis face à leurs responsabilités et à leur devoir d'exemplarité. A eux de prouver leur capacité de travailler ensemble à l'apaisement de la société britannique. A eux de conserver un minimum de sang-froid en pleine tempête. A eux de ne pas profiter des désordres de la guerre pour adopter des mesures économiques et sociales injustes. A eux d'apprendre à se respecter et à se parler au sein des Communes. Tel était le préalable indispensable pour que la voix du Parlement déborde de son enceinte et porte auprès de la population.

  • De la démocratie en loge

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    Il m'est arrivé maintes fois d'entendre des frères m'expliquer que la vie en loge n'avait rien de démocratique. Selon eux, la démocratie relève du profane et n'a donc pas de place en franc-maçonnerie parce qu'elle implique un électoralisme de mauvais aloi contraire à fraternité, laquelle doit reposer sur la confiance et le consensus. Dans une société initiatique, il faut se reposer sur les frères les plus éclairés et les plus sages. C'est traditionnel affirment-ils.

    Traditionnel ? Voyons si c'est le cas...

    Les lecteurs réguliers de ce blog savent que j'aime compulser les vieux bouquins que personne ne lit plus. En bien j'en ai trouvé un très intéressant qui a été écrit et publié en deux tomes à Paris en 1784 par Jean-Pierre-Louis de Beyerlé (1738-1805). Il s'intitule Essai sur la Franc-Maçonnerie ou du but essentiel ou fondamental de la Franc-Maçonnerie ; de la possibilité et de la nécessité de la réunion des différents systèmes ou branches de la Maçonnerie ; du Régime convenable à ces systèmes réunis, et des lois maçonniques. Un titre à rallonge tel qu'on les affectionnait au dix-huitième siècle. 

    Quelques mots sur l'auteur. Jean-Pierre-Louis de Beyerlé était un juriste qui a commencé sa carrière comme avocat. Il est devenu après conseiller au parlement de Metz, puis de Nancy. Je suppose qu'il avait des liens de parenté avec Jean-Louis de Beyerlé (1709-1786) directeur de la monnaie de Strasbourg et conseiller du roi Louis XVI. Sur le plan maçonnique, Jean-Pierre-Louis de Beyerlé a été un temps membre de la cinquième province de la Stricte Observance Templière sous le nom d'Eques a Fascia avant de s'en éloigner pour rejoindre le régime écossais rectifié. Il a été ensuite le vénérable de la loge L'Auguste Fidélité à l'orient de Nancy et il a présidé la Grande Loge Ecossaise de Lorraine. Installé à Paris à partir des années 1780, Beyerlé s'est ensuite affilié à la loge La Réunion des Etrangers sous l'obédience du Grand Orient de France. Il a enfin rejoint les chapitres parisiens de La Réunion des Etrangers et des Amis réunis au rite français.

    Voici donc ce qu'on peut lire dans l'ouvrage de Beyerlé (tome 1, p. 140 et suivantes) :

    « Il est surprenant que le despotisme ose s'introduire dans une Société qui est fondée sur deux bases aussi solides que l'égalité & la liberté. S'il y avait un peuple de Dieux, il se gouvernerait démocratiquement, dit le fameux Citoyen de Genève [Jean-Jacques Rousseau] ; mais il ajoute, un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes ; & moi je dis, si les francs-maçons étaient véritablement francs-maçons, aucun gouvernement ne leur conviendrait mieux : & comme on travaille à les rendre tels, le gouvernement démocratique est le seul qui leur convienne. Mais ce n'est pas encore là la seule raison qui doit faire pencher la balance en faveur de ce gouvernement. Tous les Francs-Maçons ne font qu'un seul Corps ; ils sont épars dans les différents gouvernements, ils doivent obéissance aux Puissances de ces différents gouvernements. ; s'ils étaient gouvernés despotiquement ou monarchiquement par les chefs de l'Ordre Maçonnique, les ordres de deux Maîtres pourraient se trouver en contradiction, ce qui est contraire à l'Ordre général ; le gouvernement démocratique, au contraire, leur laisse l'obéissance à la Puissance territoriale ; le Souverain sous lequel naît un Maçon, a son premier serment d'obéissance. Aussi existe-t-il une loi Maçonnique de toute ancienneté, qui astreint le Maçon à l'obéissance à son Souverain & aux lois de la Patrie ; il y a plus encore : c'est que les devoirs maçonniques étant de pure moralité, le Corps maçonnique n'ayant aucun droit sur le temporel, le gouvernement maçonnique devient un gouvernement de persuasion, ce qui est absolument contradictoire avec le despotisme qui est un gouvernement de caprice.

    La soumission aux lois Maçonniques est libre ou volontaire, on peut s'y soustraire en renonçant aux droits Maçonniques ; cette soumission subsiste tant que la loi est juste ; mais c'est à celui qui consent à se soumettre à une loi, à la former, lorsqu'elle n'existe pas, & à l'approuver lorsqu'elle existe ; il ne peut la rejeter lorsqu'elle est utile, honnête et juste, & il doit y obtempérer ; & s'il refuse de le faire, il cesse d'être membre du Corps, parce qu'il n'en a plus le caractère distinctif. Le despotisme est donc un gouvernement qui répugne à l'essence même de la Société Maçonnique.

    Comme se trouve-t-il des Maçons qui osent gouverner tyranniquement leurs égaux, s'approprier un pouvoir illimité, une autorité sans bornes, une inamovibilité dangereuse ?

    N'abusez pas de vos places, prouvez que vous en êtes plus dignes que d'autres, & l'on se gardera de vous ôter des dignités que vous honorez.

    La loi, la loi juste, est le seul despote qu'un Maçon doive reconnaître en Loge (si l'on peut appeler despote ce qui n'est que maître). Hors de la Loge, sujet fidèle & respectueux, il obéit à son Souverain, à la Patrie, & il lui obéit avec d'autant plus d'affection, qu'il sent que le bonheur du genre humain dépend, en partie, de la soumission qu'on rend aux Princes sous lesquels on est né. »

    Et cet autre passage (tome 2, p. 27) :

    « L'administration d'une loge n'est pas confiée à un seul homme. Dans une démocratie, on se tient toujours en garde contre le despotisme, & l'on est assuré d'en éviter les chaînes ; lorsque la puissance législative ne cesse d'appartenir à tous ; & que la puissance judiciaire est confiée à plusieurs. »

    Voici les idées principales à retenir chez Beyerlé sur le thème de la démocratie en loge. Idées formulées, je le souligne à nouveau, en 1784, soit cinq ans avant la Révolution française. Beyerlé s'inscrit dans le sillage de la réforme maçonnique amorcée en 1773 avec la création du Grand Orient de France (élections libres des officiers et des vénérables).

    1°) La franc-maçonnerie est un ordre universel (un corps) présent dans de nombreux Etats et régi selon des lois communes. En revanche, les Etats sont gouvernés par différents Souverains selon des lois particulières.

    2°) Le franc-maçon n'est pas dans une situation de double allégeance : s'il a librement prêté serment en loge, il demeure néanmoins un sujet respectueux du Souverain, c'est-à-dire du pouvoir légitime même s'il ne l'a pas choisi. En revanche, le franc-maçon choisit les responsables de sa loge et se place librement sous leur autorité.

    3°) La franc-maçonnerie ne peut avoir un fonctionnement despotique, sinon le franc-maçon serait en porte à faux vis-à-vis du pouvoir profane (qui peut être éventuellement despotique). La franc-maçonnerie n'est pas une autorité concurrente au Souverain.

    4°) L'obligation de respecter les lois du Prince est extérieure au franc-maçon comme à tout autre homme. Les lois du Prince peuvent être justes ou injustes. En revanche l'obligation de respecter les lois de la franc-maçonnerie est intérieure au franc-maçon parce qu'il s'y soumet librement et parce qu'il contribue, avec ses frères, à forger ces lois dans un esprit d'égalité, de liberté et de justice.

    5°) La loi maçonnique juste, utile et honnête naît de la loge administrée démocratiquement.

    Evidemment, cette analyse porte la marque du dix-huitième siècle mais elle démontre que les préoccupations démocratiques faisaient leur chemin au sein des loges de cette époque. Ces préoccupations ont certainement contribué à l'émergence d'idées nouvelles et à l'éclosion d'un désir d'émancipation philosophique et politique.

    En conclusion, quand vous entendrez un frère (ou une soeur) affirmer péremptoirement en loge ou ailleurs que la démocratie est un référentiel profane qui n'a pas sa place en franc-maçonnerie, parlez-lui de Beyerlé car ce dernier, bien que largement oublié aujourd'hui, fait aussi partie de la tradition maçonnique.

  • De la « trumpisation » des esprits grincheux

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    17888687_10100471679682339_984973694_n.jpg« La loge bleue est la meilleure. Il n'y a pas de meilleures loges que la loge bleue. » Telle semble être l'opinion du président Donald J. Trump qui, pourtant, n'a jamais été initié. Cette curieuse illustration a été publiée par le blog collaboratif américain The Midnight Freemasons à l'appui d'une note écrite par le frère Scott S. Dueball membre de la Grande Loge de l'Illinois. Pourtant l'auteur ne fait aucune allusion au président américain. Son propos consiste essentiellement à relativiser les reproches que certains frères des loges bleues adressent aux frères qui préfèrent fréquenter les ateliers de hauts grades (appendant bodies). 

    « Dès que l'on évoque les juridictions de hauts grades, j'entends souvent l'expression « la loge bleue doit venir en premier ». Cette affirmation vient verrouiller le débat avant même que l'on puisse développer une réponse bien pensée à tout nouveau maçon afin de le renseigner sur les juridictions de hauts grades (...) Je ne discuterai pas cette phrase qui contient une certaine part de vérité. Cependant, quand j'entends cette phrase, je me rends compte qu'elle est utilisée pour signifier quelque chose de différent. De « la loge bleues devrait toujours venir en premier », on passe progressivement à « la loge bleue devrait être la chose la plus importante pour vous » pour arriver finalement à « vous ne devriez rien faire d'autre si vous n'allez pas en loge bleue ». C'est vrai, le rite écossais s'accapare les membres des loges bleues tout comme le rite d'York et le sanctuaire vole membres (...) Le problème est que cette pensée permet aux frèrex de la loge bleue (...) de vous amener à participer aux tenues sans vous offrir quelque chose en retour. Cette croyance se propage afin de vous obliger à venir aux réunions indiquées, participer à des degrés (...). »

    Dueball déplore que les loges bleues s'interrogent insuffisamment sur ce qu'elles proposent à leurs membres. Si les juridictions de hauts grades ont du succès au point de capter à leur profit les membres des loges bleues, c'est parce qu'elles savent se rendre attractives. Les frères préfèrent donc se consacrer à des structures différentes où on leur propose de nouveaux accomplissements et probablement des activités annexes plus intéressantes (notamment une instruction maçonnique plus conséquente et dynamique) que celles des loges bleues. Je vois dans les propos de Scott S. Dueball la dénonciation implicite d'une pauvreté intellectuelle des loges bleues dominées par des frères hostiles à tout changement.

    Est-ce cette indigence intellectuelle que l'auteur a entendu dénoncer au moyen de l'illustration ci-dessus ? C'est tout à fait possible. Voici en tout cas les gardiens sourcilleux de la primauté des loges bleues américaines implicitement comparés à l'inénarrable Trump et leurs affirmations assimilées aux propos manichéens du locataire de la Maison Blanche. Certains se contentent donc de proclamer « la loge bleue d'abord » (Blue Lodge first) comme d'autres braillent sans réfléchir « l'Amérique d'abord  » (America first). Réaffirmer la primauté des loges bleues serait donc rendre sa grandeur à la franc-maçonnerie (Make freemasonry great again) sans aller plus loin que le slogan. Cette « trumpisation » des esprits grincheux consiste à affirmer brutalement des choses sans les démontrer.

    J'ai interrogé le frère Scott S. Dueball sur le sens de cette image pour le moins curieuse. Il a eu la gentillesse de me répondre.

    « Il n'y a pas de rapport sérieux [entre le principe « la loge bleue d'abord » et le président Trump]. Il s'agit moins de démontrer catégoriquement un tel rapport que de faire une allusion humoristique. Trump a souvent tendance à faire étalage de sa supériorité quand il évoque ses objectifs sans apporter de preuves à l'appui de ses affirmations. De la même manière, je trouve que les membres de ma loge se contentent de faire des allégations non étayées selon lesquelles le travail en loge bleue est fondamental, plus pour vous inciter par ce moyen à participer aux tenues que pour vous en montrer la valeur.

    Fraternellement,
    Scott »

  • Une tenue mémorable

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    En faisant du classement, je suis tombé sur cette lettre de voeux envoyée par le vénérable maître de mon ancienne loge bruxelloise. Elle est datée du 19 décembre 2001. Elle est accompagnée de la mention manuscrite suivante :

    « Merci de ton soutien, de ton humour, de ce courant qui passe entre nous. Bises à ta compagne. Harry. »

    Cette mention manuscrite a une histoire que je vais vous raconter.

    Chaque fois que j'ai assumé un plateau dans un atelier, j'ai toujours mis un point d'honneur à l'assurer avec loyauté et sérieux. A cette époque, les frères de ma loge avaient décidé de me confier le plateau (« la stalle » comme on dit outre-Quiévrain) de l'orateur.

    Il faut dire que la charge d’orateur, en Belgique, est beaucoup plus lourde qu’en France où elle a souvent perdu de sa superbe. En effet, outre le respect et l’application du règlement, les morceaux d’architecture de bienvenue ou de première instruction (lors des initiations et des augmentations de salaire), l’orateur en Belgique doit conclure après chaque planche présentée en Loge et, dans mon atelier d'alors, il est chargé de procéder aux interrogatoires de profanes.

    Cet office exige donc rigueur et droiture. En effet, si on est rebelle aux textes réglementaires, si on a une tendance naturelle à transiger avec les règles ou, au contraire, à être trop rigide alors on a toutes les chances d’être un orateur malheureux. Il est difficile, en effet, de concilier les exigences de l’individu avec les impératifs d’une communauté. Il faut être suffisamment ferme pour préserver la cohésion du groupe (qui procède d’une tradition initiatique) tout en étant suffisamment souple pour que chaque membre s’y sente libre. L'orateur est exposé à la critique. Il est souvent sollicité. Il faut qu'il se montre réactif.

    Cet office nécessite aussi, à mon avis, une bonne culture générale et maçonnique. Encore que cela puisse se discuter… Quoi qu'il en soit le plus important à mes yeux est de ne pas sombrer dans l’attitude du moralisateur, du sophiste qui réduit la maçonnerie à un art de penser purement verbal. A quoi sert-il en effet de faire un morceau d’architecture sur la fraternité ou de se livrer à je ne sais quelle exégèse d’un point du rituel si, en tant qu’orateur, on est incapable d’écouter son prochain ? L'orateur ne doit évidemment pas utiliser le pouvoir de la parole pour ironiser sur tel frère, pour condamner tel autre, pour relever les maladresses d’encore un autre. Il est le gardien de la loi, des us et coutumes de l’Ordre. Il doit donc en incarner impérativement l’esprit par son comportement.

    Je peux vous assurer que cette fonction est difficile. En Belgique, les collèges des officiers (les « commissions des officiers dignitaires » comme on dit là-bas) ne sont renouvelés que tous les trois ans. Et mon atelier se réunissait tous les vendredis (ce qui est probablement encore le cas aujourd'hui). Ce qui représentait de septembre à juin quarante tenues solennelles d'obligation ! 

    Au plateau d'orateur, j'ai toujours fait en sorte d’être « l’âme damnée » de mon vénérable. Celui-ci pouvait donc se reposer entièrement sur moi. D'où la mention manuscrite ci-dessus qui fait allusion à une tenue où le conférencier invité avait tout simplement oublié de venir ! Imaginez la tête du vénérable. Il était devenu liquide. Il venait d’être élu au grand dam de la vieille garde de l’atelier qui lui avait préféré un autre frère. Il était donc attendu au tournant. Nous étions tous attendus au tournant. Donc pas de droit à l’erreur. La légitimité du collège était en jeu. Dans un atelier qui comptait une quarantaine de présents en moyenne (et parfois bien davantage), il était important d'éviter les polémiques.

    Avant que la tenue ne commence, le vénérable, l'expert (en Belgique, il siège aussi à l'orient), les surveillants et moi, avions alors improvisé un petit conciliabule pour trouver rapidement une alternative. Il a d’abord fallu brièvement rassurer le vénérable et lui rappeler qu'il n'était absolument pas responsable de l'absence du conférencier. Nous lui avons répété qu'il était le boss, le premier maillet et qu'il ne devait pas donner l’impression de subir ce qui se passait. Nous étions là pour l'aider à gérer cette situation difficile.

    L'expert a eu soudain une idée lumineuse. Nous avons décidé d'improviser un débat sur un thème suffisamment passe-partout pour que chacun puisse se sentir concerné : l'extériorisation. Je devais présenter au pied-levé un point de vue suffisamment tranché pendant cinq-dix minutes. Ce que j'ai fait. J’ai donc balancé une série de lieux communs de manière provocante. La maçonnerie belge étant ordinairement très discrète, moi, transfuge du Grand Orient de France, j'ai alors surjoué le maçon hexagonal qui croit avoir chié le monde tous les matins. J'ai donc évidemment fait l'apologie de ce qui se faisait en France et regretté la prudence des obédiences belges.

    L’expert a ensuite demandé la parole et m’a descendu en flamme en soutenant l'exact contraire pendant plusieurs minutes. Ensuite la parole a été donnée aux colonnes. Le succès a été foudroyant ! Les colonnes ont tout de suite mordu à l'hameçon. Les interventions ont été très nombreuses et surtout très diverses. Le débat a duré plus d'une heure sans le moindre temps mort. Même les taiseux et les timides, ordinairement écrasés par les tribuns des colonnes, se sont exprimés. Cette tenue, qui s'annonçait catastrophique, fut au contraire une belle réussite. Le vénérable, rassuré par ce qui se passait sous ses yeux, a été impérial. Je le sentais heureux. Et les clins d’œil entre les officiers ont fait le reste. 

  • Chroniques d'Histoire Maçonnique n°79. Franc-Maçonnerie et Littérature

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    chm79-couv-perspect.jpgJe pensais vous faire une présentation de la dernière livraison des Chroniques d'histoire maçonnique que Conform Edition a eu la grande gentillesse de m'adresser. Mais La Maçonne m'a devancé. Je vous renvoie donc à son excellent compte-rendu. Je me permettrai d'émettre simplement ici quelques rapides observations de lecture.

    1°) Je n'ai pas vraiment compris le lien entre le titre du dossier - franc-maçonnerie et littérature - et les deux articles qui le composent. Il me semble que le titre du dossier est un peu trop « fourre-tout » et qu'il contraste avec les articles hyper spécialisés mais fort intéressants de François Labbé sur Joseph Uriot et de Patrick Lepetit sur surréalisme et légende templière.

    2°) J'ai beaucoup apprécié l'article consacré à Max Théret, le fondateur de la FNAC, qui résulte, en partie, d'une lecture de son autobiographie restée inédite. Le manuscrit de Théret n'a pas trouvé d'éditeur : d'après Philippe Rochefort, il est rempli de commentaires désobligeants, voire injurieux et son ton général rend sa publication délicate. C'est certainement vrai mais néanmoins très frustrant pour le lecteur qui est ainsi privé d'un témoignage précieux. Quoi qu'il en soit, le parcours de Max Théret, socialiste, millionnaire et franc-maçon, est des plus étonnant.

    3°) J'ai également apprécié l'article de Mirko Vondrak sur l'histoire de la loge Science et Travail André Crémieux à l'orient de Paris et celui écrit par Alain Gibon sur l'allumage des feux de la loge écossaise L'Espérance à l'orient d'Arras (Pas-de-Calais) le 29 juin 1835. Il est toujours émouvant d'entrer en contact avec l'histoire des ateliers même si, à titre personnel, je suis un peu las de ces articles finalement très descriptifs et très chronologiques. La veine est en effet inépuisable. En effet, il y aura toujours l'histoire d'une loge à écrire ou à remettre en perspective. 

    4°) Yves Colleu a extirpé de l'oubli Emile Carrey, un homme politique qui fut monarchiste dans sa jeunesse, puis bonapartiste avant de devenir sincèrement républicain à partir de 1867. C'est toujours un plaisir de découvrir un personnage du temps jadis, surtout quand son parcours témoigne de toute la complexité de l'histoire politique française du dix-neuvième siècle (j'ai d'ailleurs eu la même impression de complexité en lisant le portrait de Max Théret). Carrey fut à Rambouillet un homme politique, catholique, anticlérical et franc-maçon. Carrey était attaché aux idées d'ordre et de modération. C'était un républicain conservateur qui faisait partie des « hommes de bien » pour reprendre le qualificatif ironique utilisé par Henri Guillemin.

    Une fois de plus, les Chroniques d'histoire maçonnique proposent un excellent numéro que je vous recommande vivement.

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    Pour plus d'informations sur ce numéro des Chroniques d'histoire maçonnique, cliquez ici.

  • Solstice d'Hiver

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    banquet d'ordre, loge, solstice d'hiver, fraternitéAujourd'hui, nous avons eu notre dernière tenue de l'année civile. La loge s'est réunie en tenue d'apprenti avant de poursuivre ses travaux en banquet d'ordre.

    Le maître des banquets, une fois de plus, a fait des merveilles : huîtres, saumon, encornets farcis, biche et gâteau. Le tout, bien entendu, agrémenté de diverses poudres fortes et fulminantes.

    J'ai confirmé à mes frères ce que je leur avais annoncé il y a déjà quelques mois, à savoir que je ne rempilerai pas pour une année supplémentaire au premier maillet.

    Je laisse à la loge le soin de se choisir un autre vénérable maître. Elle a quelques mois pour y réfléchir en toute quiétude et en toute transparence. Quel que soit son choix, ce sera le bon et je me mettrai volontiers au service de mon successeur.

    banquet d'ordre, loge, solstice d'hiver, fraternitéJ'ai vécu une belle tenue et un excellent banquet d'ordre.

    Je suis reparti avec une boîte de Préjugix 200 mg qu'un frère a distribué à chacun.

    Ce médicament est, parait-il, révolutionnaire.

    Il soigne tous les préjugés, notamment sur le handicap physique et mental, la dépression, les vieux, les jeunes, les violences conjugales, les homosexuels.

    On peut même étendre son application à bien d'autres idées préconçues et même sur la petite ou grosse connerie.

    Il semblerait que le Préjugix soit également efficace contre la cordonnite, les chichis, les blablas.

    Il n'y a pas de posologie particulière.

    Quelque chose me dit que j'en aurai besoin en 2017.

    Quand je sentirai en moi une poussée de préjugés, je prendrai un comprimé.

    Je vous souhaite un excellent solstice d'Hiver !