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  • De la naissance de la maçonnerie traditionnelle libre

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    2226946352.jpgSuite à ma note sur les Loges Nationales Françaises Unies, le blog Hiram a judicieusement demandé au frère Roger Dachez d'apporter  quelques précisions sur cette fusion d'obédiences.  Roger Dachez explique le sens de cette fusion et, bien entendu, relativise certains points de mon analyse qui, de toute évidence, ne résultent d'aucune expérience particulière ni au sein de la Loge Nationale Française ni au sein de la Loge Nationale Mixte Française. Il a donc eu tout à fait raison de relever le ton quelque peu ironique de ma note mais il n'y a heureusement décelé - ce qui est le cas - aucune malveillance, ayant parfaitement compris que mon intention n'était pas de dénigrer mais d'exprimer un point de vue extérieur et forcément subjectif. 

    Roger Dachez rappelle que la LNF n'avait originellement aucune ambition de devenir une obédience de plus dans le paysage maçonnique français mais plutôt de constituer un point de ralliement pour tous les francs-maçons désireux de mieux comprendre l'Ordre auquel ils appartenaient. Il indique que la LNF n'avait pas été pensée pour s'inscrire nécessairement dans la durée, c'est-à-dire avec des objectifs de recrutement et de développement. Je suis en revanche moins convaincu (mais c'est accessoire) par les explications données sur « le Grand Rang » et les autres dignités fussent-elles symboliques. Les cordons et sautoirs produisent souvent de regrettables effets. La structure produit toujours de la structure. 

    Roger Dachez mentionne un point qui me semble tout à fait capital. Il rappelle que les obédiences, dans les années soixante, étaient beaucoup plus cloisonnées qu'elles ne le sont aujourd'hui. En effet, il est difficile de comprendre la démarche de René Guilly et ses amis si on n'a pas à l'esprit le contexte maçonnique de l'époque. Il y avait effectivement en ce temps là un Grand Orient de France (20000 membres) très majoritaire et ouvertement politisé (cf. mes notes sur les destins malheureux d'Alexandre Chevalier, Marius Lepage ou Guy Mollet) et à côté de ce Grand Orient, une maçonnerie disons plus attachée aux formes et aux « usages traditionnels » au sein de laquelle les réguliers (c'est-à-dire les francs-maçons reconnus par la Grande Loge Unie d'Angleterre) formaient une famille aussi chétive que querelleuse. 

    2609330829.jpgIl faut se souvenir que la Grande Loge Nationale Française fondée en 1913 (1500 membres) a connu une scission en 1958 suite à la création de la Grande Loge Nationale Française Opéra (100/150 membres). Or la Grand Loge Nationale Française Opéra se considérait non comme le résultat d'une scission mais plutôt comme la continuation légitime de l'oeuvre des fondateurs de la GLNF (la présence de Pierre de Ribaucourt, le fils d'Edouard de Ribaucourt, en témoigne) autour du rite écossais rectifié et face aux pressions intrusives de la maçonnerie anglo-saxonne (un quart des effectifs de la GLNF était en effet constitué de britanniques et d'américains résidents en France !).

    On doit également se remémorer que la GLNF, en 1965, a pu compter sur le renfort inespéré de maçons de rite écossais ancien et accepté lorsque le sulfureux Charles Riandey, alors Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France, fit le choix, avec environ 400 frères, de quitter une Grande Loge de France (8000 membres) aux ambitions de reconnaissance internationale contrariées. Relatant l'ouvrage de Raoul L. Mattéi (cf. Mémoires d'un maçon franc, Dervy, Paris 2015) qui traite en partie de cette époque, le regretté Ludovic Marcos écrit (cf. De quoi la maçonnerie « régulière » est-elle le nom ?, La Chaîne d'Union, numéro 74, octobre 2015) :

    « Derrière la relation des événements, la galerie de portraits est saisissante et rien ni aucun qualificatif ne nous sont épargnés pour dépeindre les coups bas, les arrangements sordides, la noria des prétentieux, le poids des intérêts financiers jamais bien loin. Le moins que l'on puisse dire est que ces gens ne déchiraient pas « à la régulière » (...) En revanche, aucun doute, nous sommes bien dans la basse politique de l'époque : les aides financières nord-américaines pour acheter le 128 avenue de Villiers, le soutien contre vents et marées, face à l'évidence, des pires forfaitures, le choix d'hommes sûrs que l'on sent liés par d'autres réseaux, tous ces efforts pour supplanter la Maçonnerie « irrégulière » se comprennent mieux dans le contexte de la guerre froide. »

    C'est donc dans un contexte maçonnique pour le moins agité que la LNF a vu le jour en avril 1968. D'où les critiques, souvent acerbes, dont elle fit l'objet. Des critiques d'ailleurs assez semblables à celles qui accompagnèrent les premières années de la GLNF Opéra. On reprocha à la LNF d'entretenir  volontairement une confusion d'appellation avec la GLNF. On vit même derrière cette création l'oeuvre de la rue Cadet pour déstabiliser la franc-maçonnerie régulière. On peut comprendre que des dignitaires de la GLNF de longue date ou fraîchement ralliés (Ernest Van Heck, Jean Baylot, Alec Mellor, Charles Riandey, Paul Naudon, etc.) l'aient pensé à voix haute. Après tout René Guilly ne fut-il pas initié au Grand Orient en 1951 pour le quitter en 1964 et fonder la LNF en 1968 après un bref passage à la GLNF Opéra ?

    On peut dès lors aisément comprendre le désir des promoteurs de la Maçonnerie Traditionnelle Libre, réunis autour de Guilly, de se défaire des pesanteurs obédientielles (et Dieu sait qu'elles sont nombreuses !), pour trouver un cadre plus souple au travail maçonnique. La tranquillité bonhomme de la LNF et sa résistance aux affres du temps malgré sa confidentialité démontrent d'une certaine manière la cohérence de la démarche. Peut-être me suis-je montré trop présomptueux et imprudent en postulant l'échec du modèle ?

     3260507901.jpgPour conclure, je vois aussi dans l'oeuvre de René Guilly et de ses amis une volonté assumée de mettre la maçonnerie traditionnelle à l'abri des rivalités et de l'emprise des gardiens bavards de la régularité d'après guerre à propos desquels Ludovic Marcos faisait sévèrement remarquer toujours dans son compte rendu du livre de Raoul Mattéi :

    « On aura compris que, si cette prétendue régularité se pare des plumes d'un paon qui cherche encore à faire la roue en 2015, la vérité est celle d'un cynisme et d'une violence qui laissent pantois et fait de quelques dizaines de personnages, plus qu'une coterie, une jolie bande de coquins. »

  • Les Loges Nationales Françaises Unies

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    Microscopique changement mais changement tout de même. La Loge Nationale Française (LNF), constituée le 26 avril 1968 et la Loge Nationale Mixte Française (LNMF), créée le 14 mars 2015, ont décidé de fusionner en une seule et même obédience le 21 avril 2018. Cette obédience a pris le titre distinctif de Loges Nationales Françaises Unies (LNFU). Il s'agit donc d'une sorte de confédération ou de « holding » en mode loi 1901 puisque les loges masculines gardent leur rattachement historique à la LNF et les loges mixtes à la LNMF.

    Cette structure nouvelle se rattache à la Charte de la Maçonnerie Traditionnelle Libre (cf.infra). Elle se caractérise d'une part, par le respect des landmarks édictés par la Grande Loge Unie d'Angleterre hormis la clause de territorialité (une Grande Loge par Etat) et d'autre part, par le maintien des relations fraternelles avec les autres obédiences françaises, y compris avec celles qui ont une approche maçonnique totalement différente de la sienne.

    Les objectifs visées par cette nouvelle obédience sont au nombre de quatre (cf. site des LNFU) :

    1. Fortifier et consolider l’édifice de la LNF et de la LNMF – cette dernière dérivant directement de la première et ayant prouvé en trois ans sa vitalité, sa créativité et son excellence – tout en conservant rigoureusement les fondamentaux des 50 dernières années, en protégeant les spécificités des loges (masculines ou mixtes), mais aussi en renouvelant ce qui doit l’être ou faisant évoluer ce qui est imparfait, au vu de l’expérience ;
    2. Permettre une gestion globale plus simple, plus efficace en fusionnant les instances administratives, la représentation extérieure et la gestion financière, et garantir une plus grande stabilité des Offices nationaux ;
    3. Introduire à cette occasion, plus de rigueur dans l’administration générale de la Fédération, en précisant des procédures qui étaient floues, prévoyant des cas non envisagés par les statuts et le Règlement général actuels, et tenant compte, là encore, des expériences passées ;
    4. Donner à la Fédération davantage d’incarnation, d’identité visible au regard de l’extérieur, en introduisant des usages – pour l’essentiel d’inspiration britannique, donc éprouvés par le temps – que la LNMF a du reste mis en œuvre depuis sa fondation avec succès et à la satisfaction de ses membres : distinction des décors des Officiers nationaux, création du Grand Rang, mise en place d’une Loge des Grands Stewards et, pour enfin appeler les choses par leur nom, adoption de la dénomination de Grand Maître, plus compréhensible à l’extérieur.

    Je ne peux m'empêcher de voir dans l'énoncé de ces quatre objectifs la reconnaissance, à demi-mot, de l'échec du modèle de la Loge Nationale Française. En effet, cette fédération maçonnique n'est jamais parvenue à s'extirper, en cinquante ans d'existence, de sa marginalité groupusculaire, probablement à cause des modalités d'organisation voulues par les loges fondatrices. En effet, ces loges fondatrices optèrent pour une structure fédérative modeste basée sur des principes « traditionnels » de fonctionnement (cf. infra articles V, VI, VII et VIII de la Charte de la Maçonnerie Traditionnelle Libre). Elles ont donc volontairement réduit l'appareil administratif à sa plus simple expression. Comment dès lors envisager sereinement un développement si l'imprécision des statuts ne le permet pas ? On touche ici du doigt la limite d'une approche essentiellement intellectuelle de la franc-maçonnerie. Cette approche érudite a idéalisé beaucoup trop la maçonnerie d'avant 1717 et négligé les aspects administratifs pourtant indispensables. Or, qu'on le veuille ou pas, la pérennité d'une société initiatique dépend étroitement du cadre associatif. C'est d'ailleurs tout le sens de l'obédience et de l'acte fondateur de 1717 (actuellement au centre de disputes savantes) suivi de la promulgation des Constitutions d'Anderson en 1723.

    LNF, LNMF, LNFU, Maçonnerie Traditionnelle Libre, René GuillyAutre aveu implicite d'échec : la volonté de donner à la Maçonnerie Traditionnelle Libre davantage de visibilité au travers de dignitaires plus identifiables (officiers nationaux, désignation d'un Grand Maître, etc.). Il s'agit là clairement d'une rupture avec l'esprit des fondateurs de la LNF notamment avec l'article V de la charte de la Maçonnerie Traditionnelle Libre (cf. infra). En effet René Désaguliers (René Guilly), un des frères fondateurs emblématiques de la LNF et de la revue Renaissance Traditionnelle, a écrit dans le Dictionnaire Universel de la Franc-Maçonnerie (sous la direction de Daniel Ligou, PUF, cf. entrée France) :

    « La Loge Nationale Française, de plus, considère la charge de Grand Maître et la structure de Grande Loge comme des innovations apportées en 1717 et auxquelles il n'existe aucune obligation traditionnelle de se soumettre. Elle se réfère sur ce point aux règles de la Maçonnerie opérative et prône l'exemple comparable des compagnonnages français. Son fonctionnement est strictement fédéral et collégial. »

    On pourrait dire ironiquement que le risque majeur est de voir, à plus ou moins court terme, autant de grands officiers que de membres au sein de cette structure fusionnée qui doit regrouper aujourd'hui approximativement 350 membres actifs (pour faire large) répartis dans 23 loges symboliques, 7 loges de maîtres installés et, tenez-vous bien, 12 loges d'études et de recherches. A titre de comparaison, le GODF ne compte que 7 loges d'études et de recherches alors que ses effectifs sont environ cent cinquante fois plus importants que ceux des LNFU !

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    Il me semble que la grande gageure de cette structure nouvelle sera donc de pouvoir concilier l'esprit de recherches et d'études, qui constitue en quelque sorte la marque de fabrique de la Maçonnerie Traditionnelle Libre, avec les impératifs et les contraintes d'administration et de gestion indispensables à toute obédience qui se respecte. 

    Cultiver une approche intellectuelle et érudite de la franc-maçonnerie (ex : écrire et publier des livres, participer à de savants colloques) est une chose ; assurer le développement d'une structure tout en parvenant à maintenir une cohésion entre les individus qui la forment, en est une autre. Les risques de tiraillements et de conflits se trouvent toujours là où des dignités, des cordons et des sautoirs sont à prendre. Et ces risques sont d'autant plus accrus lorsque ceux qui se prévaudront demain d'un « pouvoir administratif » pourront en plus s'appuyer sur une conception rigoriste, pour ne pas dire étroite (car teintée d'anglomanie), de la tradition maçonnique et sur des pratiques scolaires (cf. la création d'une surprenante « Académie de la connaissance maçonnique »). 

    Il ne reste plus qu'à souhaiter aux LNFU d'éviter ces ornières et de prospérer sereinement.

    _________

    CHARTE DE LA MACONNERIE TRADITIONNELLE LIBRE

    Nous, Maçons Traditionnels Libres, déclarons nous soumettre aux règles, définitions et principes suivants et nous engager à les respecter en toutes circonstances.

    ARTICLE I

    La Franc-Maçonnerie est de nature spirituelle, religieuse et traditionnelle. Elle a pour but la transformation initiatique de ses membres par la méditation de la Loi d’Amour de l’Evangile de Saint Jean et la pratique rigoureuse des usages, des rites et des cérémonies maçonniques. Cette transformation doit, et ne saurait s’opérer effectivement que dans un climat de tolérance, de modestie, de modération, de discrétion, de loyauté absolue, de calme et de courtoisie.

    ARTICLE II

    C’est pourquoi la Franc-Maçonnerie doit bannir avec une extrême rigueur de ses Loges, sous peine de manquer à sa mission fondamentale tout ce qui est contraire à ces définitions. Elle doit notamment se refuser à toute activité dans le domaine confessionnel, politique, social, économique et financier, ce qui est une source abondante de mésentente et de conflits entre ses membres. Les Loges s’interdiront tout exposé et tout travail sur ces sujets et leurs membres s’abstiendront de toute conversation de ce genre lors des réunions maçonniques quelles qu’elles soient.
    Les Maçons se doivent également d’observer une grande décence dans leurs propos et de s’abstenir de tout excès susceptible de modifier et d’altérer leur comportement.

    ARTICLE III

    L’entraide a toujours été une des grandes règles de la Franc-Maçonnerie. Elle exige cependant d’être exercée avec beaucoup de discernement. Elle doit notamment se limiter aux services qui allègent les difficultés réelles que rencontrent les uns et les autres au cours de leur existence et ne jamais devenir une sorte d’association matérielle ou de complicité pour le profit.
    Ainsi, sous la réserve de la discrétion qui est une des grandes lois de la Franc-Maçonnerie, l’entraide qui intervient entre les Maçons peut à tout instant être connue de tous, en particulier des Officiers des Loges et des dirigeants fédéraux, sans que personne ait à en rougir ni à formuler de réserves. On s’abstiendra en outre de demander un service à un Maçon qui n’est pas vraiment en mesure de le rendre et l’on s’interdira de même de rendre un service s’il sort de sa compétence réelle ou s’il comporte, un risque, si faible soit-il, pour sa propre situation. On se souviendra toujours que l’exercice imprudent et erroné de l’entraide est une autre des grandes causes des conflits qui peuvent surgir dans les Loges et mettre en danger le travail initiatique qui doit seul s’y accomplir.

    ARTICLE IV

    La bienfaisance est aussi un des buts les plus anciens de la Franc-Maçonnerie. Elle se distingue de l’entraide en ne se limitant pas aux membres de l’Ordre. Elle est pratiquée soit par les Loges, soit individuellement par leurs membres.

    Cette bienfaisance s’exerce matériellement grâce aux fonds recueillis par le tronc qui circule pour cet objet dans les assemblées. Le don qui est fait dans cette circonstance est un acte essentiel qui doit être proportionné aux ressources de chacun. C’est pourquoi les membres des Loges se feront une règle d’adresser leur obole chaque fois que les circonstances les empêcheront d’assister aux assemblées. Ils n’omettront jamais non plus de déposer leur obole lorsqu’ils sont dans l’obligation de se retirer avant la clôture des travaux.

    Les maçons constatent qu'en l'état actuel des sociétés humaines, la détresse, la misère, la souffrance, les malheurs du monde, et l'inégalité en tous domaines ne cessent de s'aggraver alors que la vocation essentielle, primordiale et fondamentale de l'homme devait laisser espérer le contraire.
    Or l'authentique bienfaisance se révèle à nous dans la totalité de son ampleur. L'humain peut s'éveiller, s'accomplir et commencer de réaliser son destin en compensant et dépassant les aléas issus de la société, de la nature, de la culture et de l'égoïsme multiforme. La vérité de la bienfaisance est là : au secours de toutes les souffrances, au service de la dignité morale et matérielle des êtres en témoignant par la pensée, la parole et l'action d'un autre ordre humain spirituel dont l'amour de Dieu, de l'humanité et de la création est la priorité absolue, la valeur suprême.

    ARTICLE V

    Parmi les dangers qui menacent la vie initiatique des Loges, la recherche des honneurs et les rivalités qui en résultent doit certainement être considérée à l’égal des plus graves. La hiérarchie qui est une des structures naturelles de la Franc-Maçonnerie peut en effet tenter des Maçons plus soucieux d’apparence que de réalité, plus désireux d’exercer une autorité illusoire que d’assumer pleinement des charges et des responsabilités.

    Il faut reconnaître par ailleurs que la place importante que prennent nécessairement des Maçons compétents, actifs et dévoués est un autre péril, car ces derniers habituent les membres des Loges à la facilité et leur succession devient d’année en année plus difficile.

    C’est pourquoi les Maçons Traditionnels Libres estiment que le changement de Vénérable chaque année dans les Loges est une pratique à recommander vivement. Il est également souhaitable que le futur Vénérable ait occupé les différents postes des filières propres à chaque rite.

    Les aptitudes de tous peuvent ainsi apparaître clairement et les listes des Officiers à élire chaque année ne doivent être établies que dans le seul intérêt de la Loge et du rite, et jamais dans un esprit de complaisance ou de concession à une vanité trop humaine. Il n’y a d’ailleurs pas d’exemple qu’un Frère désireux de servir la Maçonnerie, ne puisse y parvenir pleinement dans la limite de ses capacités.

    ARTICLE VI

    Les Loges sont dirigées de façon collégiale par les Maîtres Maçons réunis en Conférence de Maîtres, limitée aux seuls membres actifs. La plus large unanimité est toujours recherchée. Les Apprentis et les Compagnons ne sont jamais associés ou mêlés aux décisions à prendre ni aux discussions qu’elles suscitent.

    ARTICLE VII

    Les initiations et les affiliations ne sont décidées qu’à l’unanimité, ce qui signifie que chaque membre d’une Loge dispose d’un droit d’opposition pour des motifs sérieux et légitimes. On ne doit pas permettre en effet qu’une Loge soit troublée par l’admission d’un nouveau membre contre le gré d’un membre plus ancien. Si la répétition ou le nombre de ces oppositions crée une crise au sein d’une Loge, une issue possible est la création d’une nouvelle Loge, ce que tous doivent faciliter dans un climat de conciliation.

    Ces initiations et ces affiliations devront être précédées de la plus large publicité maçonnique permise par les circonstances, ces actes importants devant être accomplis au su de tous en toute clarté et loyauté.

    D’une façon plus générale, on ne perdra pas de vue que l’association maçonnique étant fondée sur la libre cooptation et la coexistence paisible et harmonieuse, aucune règle supérieure à celles-ci ne saurait imposer à des membres, séparés momentanément ou durablement par des antipathies ou des incompatibilités, de continuer à se fréquenter dans la même Loge. Cette situation, profondément regrettable certes, mais qui se rencontre malheureusement parfois, compromet en effet tout travail initiatique et toute évolution heureuse des uns et des autres. On devra dans ce cas s’efforcer de parvenir d’un commun accord à des essaimages ou à des changements d’appartenance ce qui, en supprimant dans l’immédiat des causes de frictions, sera aussi un moyen sûr de rétablir dans l’avenir des relations plus normales et plus satisfaisantes.

    ARTICLE VIII

    Les augmentations de salaire sont de la même façon décidées à l’unanimité. Les candidats subissent un examen sérieux sur leur instruction maçonnique. Leur conduite doit être, à tous égards, irréprochable. Seule la Loge mère a qualité pour accorder ces augmentations de sa-laire, au besoin par délégation.

    ARTICLE IX

    Les Maçons Traditionnels Libres constatent que le pluralisme des rites est désormais une réalité maçonnique qui doit être admise. Ils affirment qu’à travers ce pluralisme des rites une recherche initiatique méthodique et prudente doit permettre de retrouver l’essence traditionnelle de la Maçonnerie. Les rites ne s’excluent pas, ils se complètent. Ils doivent cependant conserver tous leur plus grande pureté ainsi que leurs traditions et usages propres. Un Maçon peut pratiquer plusieurs rites mais il faut dans ce cas qu’il s’abstienne soigneusement de les mêler par ignorance ou par un désir irréfléchi de bien faire.

    Les Maçons Traditionnels Libres font choix à ce jour de trois rites :

    - Le Rite Français Traditionnel (Rite Moderne Français Rétabli, issu de la Grande Loge de 1717).

    - Le Rite Ecossais Rectifié (issu en 1778 et 1782 de la Stricte Observance).

    - Le Rite Anglais Style « Emulation » (issu en Angleterre de l’Union de 1813).

    Ils estiment que la réunion de ces trois systèmes, égaux en intérêt et en valeur initiatique, a de fortes chances de rassembler la quasi totalité de la tradition maçonnique et que tous les autres systèmes sont composés des mêmes éléments, parfois avec moins de cohérence.
    Chacun de ces trois rites comporte un ou plusieurs grades complémentaires qui sont conférés dans des organismes nettement distincts des Loges symboliques et de leur fédération.

    Chaque rite doit être pratiqué dans le respect absolu des textes et définitions fondamentaux à savoir :

    - Pour le Rite Français Traditionnel (Rite Moderne Français Rétabli), les schémas directeurs reconstitués selon les textes français des XVIIe et XIXe siècles et les vieux documents anglais et écossais sur les rituels et les instructions par de-mandes et réponses, dont le plus ancien actuellement connu remonte à 1696.

    - Pour le Régime (ou Rite) Ecossais Rectifié, les textes définitifs rédigés à Lyon de 1785 à 1787 sous la direction de Jean-Baptiste Willermoz et selon les schémas adoptés au Convent de Wilhelmsbad (1782).

    - Pour le Style « Emulation », les textes actuellement en usage dans la Loge de Perfectionnement Emulation.

    Enfin les Maçons Traditionnels Libres portent tout leur intérêt à la Maçonnerie opérative d’avant 1717 ainsi qu’aux systèmes opératifs qui auraient survécu jusqu’à nos jours et se réservent soit de les pratiquer soit d’y puiser les enseignements nécessaires à une meilleure compréhension de leurs rites.

    Ils adoptent les armes accordées en 1472 à la Compagnie des Maçons de Londres et sa plus ancienne devise : « God is our Guide », « Dieu est notre guide », qui doit s’entendre dans tous les sens mais aussi et surtout au sens opératif, en se souvenant que l’Eternel sur le Sinaï guida Moïse en lui donnant tous les plans du Tabernacle, qui devait lui-même être le modèle du Temple élevé à Jérusalem sous les ordres du Roi Salomon, avec l’aide du Roi Hiram de Tyr et le précieux concours d’Hiram Abif.

    Cette charte a été adoptée à l’unanimité en tenue de Loge Nationale le 26 Janvier 1969.

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    A consulter également :

    Site la Maçonnerie Traditionnelle Libre

    Site de la Loge Nationale Française

    Site de la Loge Nationale Mixte Française

    Site des Loges Nationales Françaises Unies

  • Le cinquième salon maçonnique de Toulouse

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    Le cinquième salon maçonnique de Toulouse aura lieu les 25 et 26 novembre 2017.

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    Ce salon, ouvert à tous et dont l'entrée est gratuite, est considéré comme le premier salon maçonnique en province en terme d'importance.

    Voici le programme du weekend.

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    Vous pouvez retrouver le salon maçonnique de Toulouse sur le blog de l'institut toulousain d'études maçonniques (ITEM) et sur les réseaux sociaux :

  • De l'éparpillement obédientiel en France

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    obédience, structure, organisation, morcellement, France, franc-maçonnerie, GODF, GLDf, GLNF, DH, GLFF, GLMU, GLMF, LNF, OITAR, La France n'a pas connu un nombre important d'obédiences maçonniques pendant un longue période. La raison, à mon avis, tient au fait que les obédiences maçonniques résultaient d'une adaptation des loges à ces contraintes extérieures objectives.Elles étaient une réponse à ces contraintes. Voici quelques exemples de contraintes bien connues qui ont engendré de nouvelles formes d'organisations maçonniques.

    Contrainte extérieure   Adaptation des loges   Réponse obtenue
             
    Patrimonialisation de l'office de Vénérable et des loges   Grand Orient de France (1773)   Election libre et annuelle du Vénérable et des officiers
             
    Difficultés d'instaurer et de pérenniser un nouveau rite face à l'hégémonie du GODF
      Suprême Conseil de France (1804)   Pratique du rite écossais ancien et accepté
             
    Refus de l'initiation des femmes   Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain (1893)   Initiation des femmes et mixité
             
    Tutelle encombrante des hauts grades sur les loges symboliques   Grande Loge de France (1894)   Autonomie des loges symboliques
             
    Rupture avec la franc-maçonnerie dite régulière   Grande Loge Nationale Française (1913)   Régularité et reconnaissance internationale
             
    Loges d'adoption souchées sur les loges masculines   Grande Loge Féminine de France (1952)   Autonomie d'une maçonnerie spécifiquement féminine
             
    Isolement de la GLNF en France
      GLNF Opéra (1958)   Régularité et ouverture aux autres obédiences françaises

    Nous avons ci-dessus le paysage maçonnique français d'après guerre. On le constate, chaque obédience était la réponse à des contraintes bien précises. L'adaptation à ces contraintes et la réponse qui a été trouvée, a forgé l'identité et les pratiques de chaque obédience.

    On peut citer d'autres exemples équivalents. Ainsi, la Grande Loge Mixte Universelle (1973) résulte aussi de la volonté d'échapper à la tutelle des ateliers de hauts grades. L'Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal (1974) résulte également de la volonté d'instaurer et de pérenniser un nouveau rite : le rite opératif et chevaleresque de Salomon. La Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française (2012) s'est constituée en vue d'obtenir la reconnaissance de la franc-maçonnerie anglo-saxonne et d'offrir une alternative à la Grande Loge Nationale Française. Cependant, cette capacité d'adaptation des loges n'explique pas tout et notamment l'émiettement continu de la franc-maçonnerie française en obédiences de plus en plus microscopiques et aux différences de plus en plus artificielles. Aujourd'hui, on a le sentiment d'une désorganisation croissante de la franc-maçonnerie française et d'un certain manque de cohésion.

    Comment peut-on expliquer la situation présente ?

    Je crois qu'on ne peut pas se satisfaire d'une approche essentiellement fonctionnaliste ou mécaniste. La psychologie joue sans doute aussi un rôle. En effet, j'ai l'impression aujourd'hui que fonder une obédience devient un idéal en soi. C'est comme si le fait de créer une structure nouvelle allait non seulement satisfaire les aspirations de ceux qui la rejoignent mais aussi gommer tous les problèmes observés ailleurs. Dans ce cadre, l'autre devient un allié. Il participe au même désir de fondation. Je vois en lui de la réciprocité. Grâce à lui, je vais me réaliser dans la nouvelle obédience ou dans la nouvelle loge. Sauf que l'euphorie ne dure qu'un temps. La réalité finit toujours par s'imposer. Pour exister dans une nouvelle structure, il faut savoir rentrer, de temps en temps, en opposition avec l'autre sinon on tombe dans une indifférenciation mortifère. C'est la raison pour laquelle les conflits peuvent devenir aussi forts et passionnés que les sentiments ayant présidé à la création de la nouvelle structure. Il suffit de songer par exemple aux problèmes qui secouent actuellement la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française. Des contraintes finissent par surgir avec le risque finalement de favoriser un autre éparpillement. Je me demande donc si la création de nouvelles obédiences ne provient pas de l'incapacité des loges d'une part, à s'accommoder des contraintes inévitables de l'obédience et d'autre part, à y résister quand c'est nécessaire ou justifié.

    5c8e83c302b72365b8c488b182d26a71.jpgIl convient de remarquer également que la structuration de base de ces nouvelles obédiences se réalise souvent autour de leaders censés les protéger. C'est Pierre de Ribaucourt pour la Grande Loge Nationale Française Opéra, René Guilly pour la Loge Nationale Française, Jacques de Lapersonne pour l'Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal, Paul Gourdot pour la Grande Loge Mixte de France ou, plus près de nous, Simon Giovannaï pour le Grand Orient Traditionnel de Méditerranée, Marcel Laurent pour la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité ou encore Alain Juillet pour la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française.

    Corrélativement, les membres de ces obédiences semblent se comporter de façon régressive en se plaçant sous la protection de ces hommes providentiels incarnant la structure nouvelle. Régressive au sens où les membres perdent leur autonomie de jugement à l'égard du leader. Qui s'émeut, au sein de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité, de voir l'épouse du Grand Maître en prendre la tête ? En général, plus l'obédience est petite, plus ses membres font tout prévenir l'intrusion de la réalité dans leurs fantasmes. Cela atteint parfois des sommets avec les obédiences égyptiennes qui passent souvent leur temps à s'exclure mutuellement à coup de filiations ou de patentes toutes plus rocambolesques les unes que les autres.

    Je note cependant que cette structuration de base autour du leader est également de plus en plus marquée dans les obédiences les plus importantes. Je suis en effet effaré de constater à quel point les francs-maçons de la Grande Loge Nationale Française semblent considérer que tous leurs problèmes passés sont résolus par la seule action de Jean-Pierre Servel soudainement paré de toutes les vertus alors que celui-ci a pourtant été aux côtés de François Stifani ! C'est la même chose au Grand Orient de France, mon obédience, où je suis chaque fois consterné de voir l'effervescence autour de l'élection du Grand Maître comme si c'était l'acmé de la vie obédientielle. Cette personnalisation excessive de l'obédience m'a toujours semblé baroque alors que son règlement général ne définit pas la fonction de Grand Maître ! Cela est assez paradoxal pour une obédience qui se présente volontiers comme à l'avant-garde républicaine... 

    Enfin, il y a peut-être autre chose à la base de ce manque de cohésion et de logique : la franc-maçonnerie a de moins en moins d'ennemis. Je m'explique. Une structure a souvent besoin d'ennemis pour assurer et maintenir sa cohésion. Elle mobilise ainsi plus facilement ses membres qui demeurent davantage en éveil et unis. Or aujourd'hui, force est de constater que la franc-maçonnerie est plutôt bien acceptée au sein de notre société démocratique, pluraliste et sécularisée. Personne ne réclame son interdiction à part, bien sûr, un seuil incompressible d'extrémistes politiques et religieux ou de paranoïaques du complot dont la capacité de nuisance semble limitée.

    De façon générale, la franc-maçonnerie prend moins de coups parce qu'elle s'est retirée depuis longtemps du forum. Elle a laissé le soin aux partis politiques, aux syndicats, au monde associatif, aux individus d'investir le champ du débat public et de la réaction immédiate aux événements du temps présent. L'énergie que les francs-maçons ont économisé en ne cherchant plus à répondre à leurs détracteurs, est désormais dépensée dans de consternantes querelles de personne ou de chapelle. C'est pourtant dans l'adversité et non dans le confort qu'on peut réellement éprouver la valeur et la solidité des obédiences.

  • Les loges d'études et de recherche

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    Le blog Hiram a annoncé la création d'une nouvelle L à Reims dont le titre distinctif sera "Humanisme et Perspectives".

    Il s'agit d'une L d'études et de recherche. Le règlement général du GODF définit ce type d'atelier de la façon suivante

    "La Loge d'Etudes et de Recherche a pour vocation de réunir des Frères membres de l'Obédience autour d'un sujet intéressant la Maçonnerie en général et / ou l'Ordre en particulier."

    En clair, une L d'études et de recherche n'initie pas. Elle a pour objet l'étude d'un sujet en particulier. Elle agrège des FF désireux de travailler sur le sujet qui a motivé sa création. 

    Bon, ce que je vais dire n'engage que moi et risque de ne pas faire plaisir aux promoteurs du projet, mais je considère que les LL d'études et de recherche sont des aberrations maçonniques.

    En effet, une L normalement constituée réfléchit sur tous les sujets. Rien ne lui interdit non plus d'approfondir un sujet pendant plusieurs années. Mais elle a également pour devoir d'initier des profanes et d'en faire de bons maçons. Le travail maçonnique, c'est celui que l'on fait sur soi-même. Ce n'est pas l'acquisition d'un savoir cumulatif. Du temps où je m'occupais de l'instruction des jeunes maçons dans ma L, j'aimais leur dire ceci pour les bouger, surtout lorsqu'ils commençaient à préparer leurs premiers exposés (leurs "planches" comme on dit en maçonnerie) :

    "Parler de tolérance, de justice et de fraternité à la manière des professeurs de philosophie, ce n'est pas ce qu'on vous demande ; ce qu'on vous demande, c'est d'être tolérant, juste et fraternel le plus possible et c'est de puiser dans le travail de la L, dans les échanges avec les FF∴, dans leurs expériences, des éléments qui participeront à votre propre édification morale et intellectuelle. L'Art royal, c'est quelque chose d'artisanal. Ce n'est pas de la sophistique pour des esprits mondains et superficiels. C'est un art tout d'exécution. Difficile. Parce qu'il vous oblige à concilier la pensée et l'action. A agir en homme de pensée et à penser en homme d'action."

    Cantonner un atelier à la seule production intellectuelle, c'est donc oublier le sens même de la démarche maçonnique, et ce d'autant plus qu'on ne peut pas dire que les LL d'études et de recherche françaises se distinguent généralement par leurs travaux. Bref, on dit souvent (et à juste raison d'ailleurs) aux AA et aux CC que les LL ne sont pas des écoles, des universités ou des cours du soir et on se rend compte finalement que les Obédiences favorisent la création de pseudo-loges qui se prennent pour des centres de recherche.

    Je me souviens qu'il existait au GODF une L de ce genre à Paris dont le nom était Léonard de Vinci. Lors de sa création, au milieu des années 90, celle-ci avait l'ambition de devenir une L∴ d'études et de recherche sauf que, si je ne m'abuse, le règlement général de l'époque ne reconnaissait pas encore ce type d'atelier. Le GODF∴ compte aujourd'hui 7 LL d'études et de recherche pour un effectif total avoisinant une centaine de FF.

    Très bien. Mais pour quels résultats ?

    Il n'y a pas que le GODF dans cette situation. Je pense aussi à la GLDF qui avait créé dans les années 90 sa propre L d'études et de recherche - Jean Scot Erigène n°1000 - dont, personnellement, je n'ai pas lu le moindre travail (la GLDF abrite depuis d'autres LL de recherche) même si je sais que cet atelier a édité plusieurs numéros d'une revue.

    C'est déjà plus concret.

    Mais bon, de vous à moi, quel en est fondamentalement l'intérêt et, surtout, quelle est la part du travail effectué réellement par les FF∴ de ces LL ? Sont-ils sagement assis ? Ou bien leurs prises de parole participent-elles vraiment du travail d'étude et de la recherche ? En quoi le cadre d'une L∴ au travail apporte-t-il quelque chose de différent par rapport à ce que font ordinairement tous les ateliers de France et de Navarre ?

    Bref, je n'ai jamais vraiment compris à quoi servait ce genre de loge. Si vous invitez des spécialistes de tel ou tel domaine à parler en loge et que vous vous engagez à publier leurs communications quelques temps après, vous ne faites rien d'autre qu'un travail éditorial que les universitaires et autres organisateurs de colloques connaissent bien. Qu'y a-t-il de spécifiquement maçonnique ?

    Lorsque je résidais en Belgique, j'avais également fréquenté les travaux d'une L de recherche bruxelloise - L'Ane d'Or n°63 de la Grande Loge de Belgique - qui, à l'époque, ne produisait rien de particulier mais réunissait pourtant des frères qui avaient l'ambition de réfléchir sur la maçonnerie. Nous n'étions pas beaucoup sur les colonnes. Une petite dizaine et encore je suis généreux. Je ne sais pas non plus ce que cette L, au demeurant très sympathique, est devenue aujourd'hui. Je suppose qu'elle existe toujours. A-t-elle produit quelque chose de remarquable ?

    La palme des LL d'études et de recherche revient incontestablement à la microscopique Loge Nationale Française (LNF) qui ne compte pas moins dix loges d'études et de recherche alors qu'elle revendique à peine trois cents membres ! Je pense que nombre d'entre elles sont en réalité des coquilles vides.

    Il faut donc en revenir aux sources et se poser la question : "qu'est-ce qu'une L d'études et de recherche ?" Il s'agit d'une forme spécifique de loge qui est apparue au XIXe siècle en Grande Bretagne dans un but précis :

    • soit pour codifier un rite et fortifier ainsi l'unité de la maçonnerie britannique après des décennies de schisme entre les anciens et les modernes (ce que fit la L Emulation of Improvement en créant le style émulation)
    • soit pour pallier l'absence de travaux autres que rituéliques (c'est ce que fait la L Quatuor Coronati de Londres ; elle réfléchit et publie depuis 1886 sur l'histoire et symbolisme maçonniques).

    Pour le dire autrement, une L d'études et de recherche se comprend tout à fait dans les Obédiences dites "régulières" où l'essentiel du travail des LL se borne à faire vivre les rites et les tradition. Dans les LL prétendument "régulières", on fait donc principalement de la cérémonie, à la différence des LL dites "irrégulières" où les conférences et les échanges sont nombreux et variés.

    Dans un tel contexte, on peut comprendre que certains maçons réguliers aient pu éprouver le désir de faire autre chose et d'adapter le cadre maçonnique à la production intellectuelle. La L Quatuor Coronati est connue pour l'excellence de ses travaux et bénéficie d'un réseau étendu de membres correspondants. En France, la L parisienne Villard de Honnecourt, de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), poursuit un but identique et se distingue par la publication d'une revue de maçonnologie de très bonne qualité.

    Conclusion. Les LL d'études et de recherche en France ne marchent pas de façon générale, non parce que les maçons français ont une inaptitude à la recherche, mais tout simplement parce que l'écrasante majorité des ateliers de notre pays permet déjà aux FF et aux SS d'échanger sur tous les sujets sans qu'il y ait besoin de structures particulières.

    Alors comment expliquer leur développement depuis une vingtaine d'années ? C'est très simple. Les LL∴ d'études et de recherche participent aux stratégies d'image des Obédiences (c'est flagrant en ce qui concerne la petite LNF). Une L d'études et de recherche, ça donne une image intellectuelle. Pour le dire autrement, une L d'études et de recherche, ça fait bien dans le décor même si celle-ci n'étudie et ne recherche pas grand-chose.

    De toute façon, qui ira le vérifier ?

  • Henry, Dachez et moi

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    Une mise au point d'entrée de jeu. J’aime beaucoup Roger Dachez et respecte infiniment son travail scrupuleux d’historien qui va souvent à l'encontre des idées préconçues et des légendes colportées sur les origines de la Franc-Maçonnerie. Je voudrais cependant exprimer ici un désaccord à propos d’un billet publié sur son excellent blog « Pierre Vivantes ». Dachez répond, sans toutefois le nommer, à Marc Henry, Grand Maître de la Grande Loge de France (GLDF), qui avait déclaré au journal La Montagne, le 14 octobre dernier :

    "La Grande loge n'a jamais été mixte de son histoire. Le rite que nous pratiquons ne comprend que des figures masculines. Nous pensons, à tort ou à raison, que le domaine de l'initiation doit se faire sans mixité."

    Pourtant, le Grand Maître de la GLDF n'a rien dit d'extraordinaire que nous ne sachions déjà. Marc Henry enfonce même des portes ouvertes. En effet, il n'existe pas dans les rites maçonniques, en tous les cas dans ceux pratiqués en France, de figures féminines remarquables qui conforteraient l'approche favorable à la mixité. On peut s'en désoler certes, mais le fait est là et on ne saurait le relativiser sous prétexte de vouloir  - éventuellement - profiter d'une polémique pour régler un différend qui, soit dit en passant, n'a rien à voir avec la mixité.

    Roger Dachez écrit dans son billet du 20 octobre 2014 :

    "Le même Paul, du reste, enseignait à tous les chrétiens, me semble-t-il, les trois vertus théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité (ou l’Amour). L’iconographie postérieure unanime a toujours représenté ces trois vertus sous l’aspect de trois femmes : l’une portant la croix (la Foi), une autre soutenant une ancre (l’Espérance) et la troisième allaitant des enfants (la Charité). Ces trois femmes figurent du reste sur le tableau de loge au premier grade en Grande-Bretagne. Est-il possible d'en déduire que l’exercice de ces vertus est réservée aux femmes et que les hommes en seraient incapables ?"

    Je ne sache pas que Marc Henry ait affirmé le contraire en postulant que les femmes étaient incapables de foi, d'espérance et de charité. Je ne sache pas non plus qu'il ait mis en doute la validité de l'initiation des soeurs. Il s'est borné à rappeler le choix de son obédience en faveur de la non-mixité. Sauf erreur ou omission de ma part, ce choix est identique à celui de la Loge Nationale Française dont Roger Dachez est membre depuis bientôt 30 ans.

    Par contre, je sais que Paul, auquel Roger Dachez se réfère, avait une approche bien singulière des femmes et de leur rôle au sein des communautés chrétiennes. Roger Dachez y fait une timide allusion ("Paul - peu supect de féminisme ! -") pour ne retenir que l'union de tous les êtres humains en Jésus-Christ. Je renvoie toutefois le lecteur à la première Epître de Paul aux Corinthiens dont je citerai simplement ces quelques versets :

    "[3] Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l'homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ. [4] Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef. [5] Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef: c'est comme si elle était rasée. [6] Car si une femme n'est pas voilée, qu'elle se coupe aussi les cheveux. Or, s'il est honteux pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou d'être rasée, qu'elle se voile. [7] L'homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu'il est l'image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l'homme. [8] En effet, l'homme n'a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l'homme; [9] et l'homme n'a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l'homme. [10]"

    On ne pouvait donc pas choisir plus mauvaise référence à mon avis. Quant à l'iconographie "unanime" (sic) censée représenter la foi, la charité et l'espérance, relevons que celle-ci n'est pas connue ou à tout le moins répandue dans la franc-maçonnerie d'Europe continentale plus qu'à demi-détachée de la stricte tradition chrétienne. Roger Dachez le reconnaît d'ailleurs :

    "Ces trois femmes figurent du reste sur le tableau de loge au premier grade en Grande-Bretagne."

    Bref, que les vertus théologales soient représentées sous les traits de femmes tant dans l'iconographie chrétienne que dans une certaine iconographie maçonnique, principalement en usage dans les rituels anglo-saxons, ne me dérange pas le moins du monde. Pour autant, ça ne dit pas en quoi l'opinion de Marc Henry est irrecevable sur le fond (comment d'ailleurs aurait-il pu argumenter dans le cadre d'un entretien journalistique ?). J'ajoute que si la maçonnerie utilise le symbole, on peut alors voir dans ces trois femmes plein d'autres choses, sans nécessairement les réduire à la seule allégorie des vertus théologales. Et puis enfin si cette allégorie des vertus théologales est présumée jouer un rôle particulier, on peut se demander pourquoi alors les francs-maçons anglo-saxons n'acceptent toujours pas la mixité et pourquoi ils persistent à ne pas recevoir les soeurs ès-qualités à leurs travaux...

    Dachez évite soigneusement de se poser la question même s'il se plait à souligner, dans le corps de son brillant article, la pratique anglo-saxonne d'une vieille cérémonie maçonnique de souche écossaise mettant, paraît-il, l'impétrant en présence de la Reine de Saba. Admettons. Peut-on cependant généraliser à partir d'une particularité rituélique ? Je ne le pense pas.

    En réalité, les contre-exemples ne sont absolument pas concluants même si je ne résiste pas au plaisir de citer certains originaux qui croient déceler dans "La Veuve" l'expression de je ne sais quelle mixité consubstantielle aux rites maçonniques. Peu leur importe d'ailleurs que la mère d'Hiram ne joue aucun rôle dans les rites maçonniques pourvu que le détail insignifiant puisse venir au secours de leur mauvaise foi. Celle-ci les pousse parfois jusqu'aux confins de l'absurdité. Je voudrais en citer un exemple tragique. Je l'ai trouvé dans une revue que je pensais a priori sérieuse. Il s'agit de la revue Joaben éditée par le Grand Chapitre Général du Grand Orient de France que j'ai l'honneur de fréquenter (cf. Joaben, n°19, juillet 2013, p. 105). Il s'agit d'un long poème assez grotesque et prétentieux. Je me contenterai d'en retranscrire ici un extrait (je souligne en gras) :

    "Où es-tu maintenant, Ô Hirame, ma soeur !
    Sans toi je poursuivrai le Grand Oeuvre en souffrance.
    Quand donc Hommes et Femmes sauront-ils d'un seul coeur,
    Ensemble et au grand jour travailler en confiance ?
    (...)
    Sans trop savoir pourquoi, le soldat Joaben
    S'est assis sur le sol est s'est mis à pleurer :

    Psalmodiant sans arrêt le nouveau mot de maître :
    FEMME, FEMME, FEMME, FEMME, FEMME, FEMME..."

    Si Hiram, l'homme, ne peut-être femme, alors on va en sexualiser le prénom. Et hop ! le tour est joué. Hiram devient Hirame (vous apprécierez au passage toute la subtilité de la lettre "e" qui fait toute la différence). Quant à Joaben, il est décrit comme un soldat libidineux chantant du Serge Lama en attendant, peut-être, de changer de sexe et de s'appeler un jour Joabenne.

    Je n'exagère pas. Ce poème a été publié, comme je l'ai dit, dans la revue d'une juridiction maçonnique connue et reconnue. Je ne sais toujours pas, en revanche, s'il faut en rire ou en pleurer et si cette publication doit plus à l'admiration sincère du comité de rédaction pour les qualités littéraires de l'auteur, qu'au désir d'instrumentaliser astucieusement une poésie pour la cause de la mixité érigée en norme idéale du travail maçonnique. Je voudrais enfin souligner qu'il m'est arrivé aussi d'entendre, dans les loges, de savantes exégèses de frères sur la nécessaire féminisation (sic) de nos usages. Ce qui, au passage, tendrait à reconnaître implicitement que l'univers maçonnique est loin d'être assexué contrairement à ce que certains prétendent péremptoirement.

    De toute façon, je reviendrai ultérieurement - et si j'en ai le loisir bien sûr - sur ce sujet épineux qui, trop souvent, laisse la part belle aux controverses passionnées.