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liberté de conscience

  • Alexandre Massol, le réformateur

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    Massol.jpgVoici l'une des rares représentations de Marie Alexandre Massol dit Alexandre Massol (1805-1875). Je l'ai trouvée en feuilletant le premier tome de l'ouvrage de Charles Cousin, Racontars illustrés d'un vieux collectionneur (Libraire de L'Art, Paris, 1887). Cousin écrit :

    « Ceux qui l'ont connu seront heureux de retrouver ici sa vivante image. La Franc-Maçonnerie porte encore le deuil de Massol. »

    Alexandre Massol  est aujourd'hui largement tombé dans l'oubli. Pourtant, sa pensée philosophique a exercé une influence déterminante et durable sur le Grand Orient de France.

    Il fut le fondateur du journal hebdomadaire La Morale Indépendante avec Henri Brisson. Alexandre Massol considérait que le bien, le mal, le juste et l'injuste pouvaient se concevoir en dehors de tout enseignement théologique ou de toute révélation religieuse. Pour Massol, l'homme est un être libre et responsable. L'homme veut être respecté. Or pour être respecté, il doit respecter son prochain. C'est au fond l'affirmation du précepte maçonnique :

    « Ne fais pas autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fît. Fais lui ce que tu voudrais qu'il te fît. »

    Le respect de la personne humaine est donc au fondement même de la conscience, du droit et du devoir. Par conséquent, tout ce qui favorise et accroît le respect est bien. Tout ce qui le défavorise et l'atténue est mal. Le respect implique donc la réciprocité des sentiments et une volonté de coexistence harmonieuse.

    Ce débat, apparemment théorique, a pourtant eu des conséquences pratiques considérables. En effet, si la morale ne présuppose pas l'existence de Dieu, alors il est impossible de prétendre que les agnostiques et les athées en sont dépourvus. Or, c'est bien ce que de nombreuses loges prétendaient au dix-neuvième siècle pour leur refuser l'initiation maçonnique. Au nom des anciennes obligations, les francs-maçons ne pouvaient pas admettre les athées stupides et les libertins irréligieux.

    La Morale Indépendante a ouvert de nouvelles perspectives à la franc-maçonnerie. Elle a conduit les réformateurs de l'Ordre maçonnique à agir autour de Massol pour promouvoir la liberté de conscience. Au sein du Grand Orient de France, la controverse a successivement abouti aux réformes constitutionnelles de 1854, 1865 et de 1877. Cette controverse s'est étalée sur une vingtaine d'années. Massol n'en a pas vu l'issue puisqu'il est passé à l'orient éternel en 1875.

    Massol est également parvenu à convaincre le Grand Orient de France de préserver son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique et à refuser le cadeau empoisonné du pouvoir impérial : la personnalité morale.  Au dix-neuvième siècle, il n'y avait pas de cadre juridique pour les associations. Elles étaient toutes des associations de fait. Leurs activités étaient surveillées étroitement par la police. Pour bénéficier d'un statut juridique avantageux, le Grand Orient aurait pu demander aux pouvoirs publics le statut d'association de bienfaisance reconnue d'utilité publique. Ce statut lui aurait ainsi permis d'obtenir la personnalité morale. Il lui aurait conféré la possibilité d'emprunter. Cependant, ce statut aurait également placé le Grand Orient directement sous la tutelle de l'Etat. En 1863, sentant le piège, Massol est parvenu à convaincre les délégués des loges de refuser cette proposition.

    Alexandre Massol a donc profondément contribué à changer la doctrine du Grand Orient de France. Il a su aussi en défendre le caractère initiatique et l'indépendance vis-à-vis du pouvoir impérial. En revanche, les conservateurs de l'obédience ont voulu maintenir les anciennes obligations (croyance en Dieu et en l'immortalité de l'âme) tout en prônant la transformation du Grand Orient en société de bienfaisance à la fois pour des raisons financières et pour plaire à Napoléon III.

    On comprend que l'action de Massol lui ait valu des haines tenaces de la part de ceux qui refusaient toute évolution de l'obédience. Ces derniers ont d'ailleurs tenté de s'en débarrasser en mettant en doute la réalité de son initiation maçonnique. Il n'en existerait en effet aucune trace documentaire (Massol aurait été initié à Marseille ou dans sa région aux alentours de 1838). Les adversaires de Massol ont dû cependant reculer devant le soutien marqué des loges. Massol, qui fut aussi l'un des exécuteurs testamentaires du frère Pierre-Joseph Proudhon, jouissait d'une très grande popularité parmi les francs-maçons du Grand Orient de France.

    Pourtant aujourd'hui, tout le monde (ou presque) a oublié Alexandre Massol au sein du Grand Orient alors qu'il y a pourtant joué un rôle absolument considérable. Ce n'est pas un jugement de valeur de ma part mais bien un constat. En effet, et sauf erreur de ma part, je ne crois pas qu'il existe une seule loge du Grand Orient qui ait pris pour titre distinctif le nom d'Alexandre Massol. Je ne suis pas sûr non plus que l'on ait donné le nom de Massol à l'un des temples de la rue Cadet. Ce qui - il faut le reconnaître - est pour le moins regrettable. Gageons que cet oubli soit un jour réparé.

  • L'athéisme est-il une croyance ?

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    Je refuse l’assimilation de l’athéisme à une croyance. Cette assimilation implique une équivalence de certitudes. Elle s’explique par le fait que l’athéisme a été longtemps réduit par les cléricaux au rang de maladie mentale et de subversion de l’ordre social et perçu comme un relâchement intolérable des moeurs. L'athéisme est entré dans le vocabulaire comme une négation de Dieu (a-theos). Une négation essentiellement péjorative marquée du sceau de l’infamie.

    L’athée n’a pas besoin de nier ce qui n’existe pas. D'ailleurs on le sent bien : nier ce qui n’existe pas est un abus de négation à moins de parler aux murs. L’athée attend simplement que ceux qui affirment l'existence de Dieu, investissent le champ de la preuve, de la démonstration, en un mot : du réel. Mais l’athée sait la futilité de son attente car il sait que la foi en Dieu est un discours bien rodé qui, précisément, fuit le réel ; un discours respectable qui se suffit à lui-même et qui donc n’a pas besoin de preuve. La foi réside tout entier dans le sentiment et non dans la Raison. Nous ne sommes donc pas du tout dans le même registre de pensée.

    Pour l’athée, Dieu ne fait tout simplement pas partie de sa perception du monde. Ce n’est pas un réflexe, un postulat ou quoi que ce soit d'autre. C’est quelque chose qui n’existe pas. Ce n’est pas le personnage de ses fantasmes. Il n’y pense jamais. Sa vie spirituelle n’a pas besoin des cosmogonies élaborées par les systèmes religieux. Il sait qu’elles existent et que certaines ne sont pas dénuées de beauté mais il les met à de plus justes proportions : ce sont des contes, des allégories, des paraboles, des métaphores, des symboles. S’il se sent désespéré ou coincé par quelque problème que ce soit, il essaie de puiser de nouvelles ressources en lui-même et, s’il est chanceux, dans les paroles réconfortantes ou les conseils judicieux d’un ami de chair et de sang. Il ne prie pas en invoquant, de manière intéressée, des forces supérieures à qui il attribue une capacité à résoudre ses problèmes à sa place. Il n'est pas dans un troc permanent avec le surnaturel. 

    L'athée demande donc simplement aux croyants de ne pas se réclamer de Dieu avec excès afin de pouvoir respirer et penser tranquillement. Par exemple, l’athée n’a pas besoin de nier que la Terre est plate. Il dit que la Terre est une planète, une sphère d’ailleurs irrégulière. Seulement, avant de pouvoir dire cela, avant de pouvoir dire ce qui, aujourd’hui, n’est que l’expression de la normalité, du concret, du réel, ce qu’aucun individu, un tant soit peu sensé, ne s’amuserait à contester, l’athée a reçu quelques mandales dans la gueule. L’athée n’a donc pas besoin non plus de nier l'existence des races humaines. Il dit qu’il n’y a qu’un genre humain et que les distinctions résultent d’une adaptation à l’environnement, au taux de mélanine, à d’autres critères dont l’un des plus importants, en dehors de  la physique et de la biochimie, est la Culture au sens large du terme.

  • La liberté absolue de conscience

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    ob_4b730e_10423716-670989179602796-8386132840519.jpgL’article 1 de la Constitution du Grand Orient de France énonce :

    « Institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, la franc-maçonnerie a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité.

    Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.

    Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.

    Considérant que les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.

    Elle attache une importance fondamentale à la laïcité.

    Elle a pour devise : liberté, égalité, fraternité. »

    Pour déterminer ce qu’il faut entendre par liberté absolue de conscience, il convient de se référer aux actes des Convents qui, seuls, éclairent le sens et la portée du texte constitutionnel.

    La liberté absolue de conscience est un concept qui a été discuté et voté afin de se substituer aux modifications successives de la Constitution du GODF, en 1849, 1854 et 1865. Cette Constitution affirmait notamment : « La franc-maçonnerie a pour principe l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. »

    La liberté absolue de conscience est donc une notion qui se réfère directement à la vie spirituelle de l’homme.

    Elle est la garantie que la franc-maçonnerie – du moins au Grand Orient de France – s’interdit de singer la religion et de lier les principes généraux de l'Ordre maçonnique aux doctrines religieuses particulières (en l’occurrence : le monothéisme et la migration de l’âme).

    Elle implique que la franc-maçonnerie doit ouvrir ses loges à toutes les opinions et à toutes les conceptions philosophiques, morales ou sociales, et que rien n’est plus contraire à l’Ordre que de classifier les francs-maçons en catégorie d’intérêts, d’opinions ou de doctrines (cf. circulaire du Conseil de l’Ordre du 18 novembre 1901).

    En d'autres termes, le franc-maçon doit être d’abord considéré par ses frères comme tel avant d’être vu sous l’angle de ses opinions particulières. La seule limite est de ne pas proférer des idées qui portent atteinte à la dignité humaine.

    Un croyant, pratiquant de surcroît, peut donc très bien se faire admettre en franc-maçonnerie mais il doit savoir que chez elle il n’y a pas de croyance a priori et que le seul engagement qu’elle préconise de chacun, c’est de penser, discuter et agir suivant sa conscience et sa raison dans le respect des autres.

  • La réponse de la revue « The Freemason » à la lettre de J.G. Findel

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    Dans ma précédente note, j'ai reproduit la lettre virulente de l'historien allemand J.G. Findel qui a été publiée dans l'édition du 15 décembre 1877 de la revue maçonnique britannique The Freemason.

    Il convient, à présent, de s'intéresser à la réponse qui lui fut faite par le comité éditorial de ladite revue. Elle figure également dans l'édition du 15 décembre à la page 548. Je vous en propose une traduction ci-après et j'en ferai ensuite le commentaire.

    « Nous publions sur une autre page une lettre du Frère Findel qui, nous le craignons, ne donnera pleine satisfaction à aucun lecteur du journal The Freemason, et qui fera même l'objet d'une profonde réprobation par tous les francs-maçons anglo-saxons. Il semble que le Frère Findel ait des reproches à faire à notre article consacré aux enseignements théistiques de la francs-maçonnerie, publié dans notre édition du 1er décembre, au point d'y voir l'expression d'un papisme ! Nous laissons le soin à nos nombreux lecteurs d'apprécier cette remarque déraisonnable, injuste et en fait absurde. Pour l'instant, hélas ! Il en sort la vérité. Le Frère Findel approuve la décision du Grand Orient de France qui a été unanimement condamné par un million de francs-maçons anglo-saxons, et il semble être très en colère contre nous qui nous opposons à une innovation aussi révolutionnaire, et donc comme toutes les personnes en colère, il est un peu incohérente et, pour dire la vérité, complètement déraisonnable. Une de ses déclarations ne manquera pas d'interpeller nos nombreux lecteurs. Son argument, au regard des Anciens devoirs, est le suivant : si un homme est athée, il ne peut être absolument écarté de la Francs-Maçonnerie sauf s'il est un « athée stupide » ; une remarque brillante, digne des gentlemen les plus astucieux, et qui confirme ce dont on pouvait se douter, à savoir que le Frère Findel ne s'exprime pas souvent dans les termes les plus fins. Ceux qui comprennent l'anglais ne se laisseront pas abuser par une remarque aussi déraisonnable que puérile, car par l'épithète « stupide » nos Anciens devoirs transmettent un terme de reproche, et pas un terme palliatif au mot Athée. En paraphrasant, ces mots voudraient dire – si quelqu'un était aussi stupide pour être un athée, alors il ne pourrait pas s'intégrer à la société des Francs-Maçons qui reconnaît révérencieusement et a foi dans le GADLU ; personne ne peut être aussi stupide au point d'être athée - « Atheos », - personne ne devrait aussi stupide, et s'il y a quelqu'un d'aussi stupide, il ne devrait pas être Franc-Maçon. Il n'y a pas d'autres constructions possibles avec ces mots simples et toute autre interprétation nous amènerait alors vers une fertile contrée d'évasion artificielle et de subtilités jésuitiques tout à fait indignes de notre manière honnête, franche et conforme de comprendre le métier. Connaissant désormais les grandes capacités, le zèle et l'énergie, et les sentiments maçonniques du frère Findel, nous regrettons bien plus profondément de voir son nom marqué au bas d'une telle lettre que de lire les observations qu'il a estimées devoir nous adresser. Mais nous n'aurions pas rempli notre devoir de journalistes et de maçons anglais si nous ne lui avions pas répondu gentiment et fermement – que ses idées, poussées dans leurs extrémités les plus logiques, doivent aboutir à l'anéantissement de la véritable Franc-Maçonnerie. En effet, cette altération hâtive et imprudente de nos anciens landmarks et de nos vérités sacrées nous semble des plus perverse et injustifiable, et nous nous élevons, une fois encore, contre cette cruelle agitation et ce changement révolutionnaire de l'Orient de France, qui a perturbé la Franc-Maçonnerie cosmopolite, dont peuvent résulter les conséquences les plus déplorables. En Angleterre, comme en Irlande, en Ecosse, en Amérique et au Canada, nous entendons tenir fermement à nos anciens usages et nous continuerons à rejeter comme nous le faisons actuellement tous les athées et ceux qui, stupides ou autres, ne peuvent, avec nous, consciencieusement reconnaître le GALDLU et croire en lui. »

    Cette réponse du Freemason appelle plusieurs commentaires.

    1. Elle est, sur la forme, tout aussi virulente que la lettre de J.G. Findel même si elle affecte la condescendance attristée. Il est certain en tout cas que l'accusation de « papisme » a fait mouche et a été très mal ressentie à Londres en rupture avec Rome depuis le XVIe siècle. On sent bien qu'on n'est plus dans le rationnel mais dans l'affectif. Les porte-paroles de la FM∴ britannique expriment à la fois un sentiment de sidération, d'incompréhension et de fermeture.

    1. La réponse du Freemason est empreinte de mauvaise foi, notamment quand elle prétend que la décision du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴) a été unanimement condamnée par "un million de francs-maçons anglo-saxons" (sic). En effet, il est plus que probable que les francs-maçons anglo-saxons de base n'avaient strictement aucune opinion arrêtée sur le vote conventuel de 1877, à supposer qu'ils en aient eu connaissance ! En quoi auraient-ils pu se sentir concernés par le vote de la rue Cadet ? Le G∴O∴D∴F∴ n'a jamais eu l'intention de régenter le travail maçonnique des frères anglo-saxons ! Il semble donc que la revue The Freemason confonde intentionnellement la politique des GL∴ anglo-saxonnes avec le sentiment profond de leurs membres.

    1. La revue refuse toute interprétation des « mots simples » des Anciens devoirs qu'elle impute à une mauvaise connaissance de la langue anglaise. L'athée est stupide. Le fait de le devenir ou de le revendiquer est une marque de stupidité. Les pères fondateurs n'ont pas laissé de porte ouverte pour les athées qui ne seraient pas stupides. C'est un non-sens. L'athée stupide n'a donc pas sa place au sein de la société des francs-maçons qui révère le Grand Architecte de l'Univers (GADLU∴). Tout ce qui tendrait à donner au texte des Constitutions une autre signification est donc contraire à l'orthodoxie maçonnique contenue dans les Anciens devoirs. Il n'y a pas de possibilité d'en faire une lecture dynamique ou personnelle. On peut difficilement être plus clair. En tout cas, cette position montre clairement que toutes les approches visant à faire du GADLU∴ un symbole librement interprétable est de fait nulle et non avenue au regard des Anciens devoirs dont la maçonnerie anglo-saxonne prétend être la gardienne sourcilleuse. La cause est donc entendue : pour les maçons anglo-saxons, la liberté de conscience est donc la manifestation de l'athéisme.

    1. La décision du G∴O∴D∴F∴ est qualifiée d'« innovation révolutionnaire ». C'est un point extrêmement intéressant sur lequel je me dois d'insister un peu. Bien entendu, ce n'est pas un compliment que la revue The Freemason adresse au Grand Orient de France. Etre « révolutionnaire » c'est une accusation d'ordre politique ! Dans l'esprit de la revue, ce qualificatif fait implicitement écho à la Révolution française, à Napoléon, à la déchristianisation de la France. Bref, c'est un qualificatif très lourd de sens. Pour une majorité de britanniques, issus des classes bourgeoises et aristocratiques formant le gros des effectifs de la Grande Loge Unie d'Angleterre (GLUA), la décision du G∴O∴D∴F∴ s'inscrit donc dans un mouvement très profond de la société française en faveur de l'athéisme, du relativisme et, même si le mot n'est pas employé, du socialisme. La revue parle en effet du « changement révolutionnaire de l'Orient de France » (sic). C'est, à mes yeux, la grande raison, peut-être même la seule, qui motive l'intransigeance des dignitaires anglo-saxons à l'égard des francs-maçons français. Elle explique d'ailleurs ce que sera la politique des GL∴ anglo-saxonnes tout au long du XXe siècle. Le G∴O∴D∴F∴, malgré lui, est perçu comme un repère de rouges, de communistes et d'athées. Et sans doute est-il encore considéré comme tel aujourd'hui en Grande Bretagne, en Irlande, aux Etats-Unis et au Canada. C'est regrettable car inexact. Mais allez l'expliquer à des obédiences qui refusent tout dialogue dès lors qu'on n'adhère pas préalablement à leur vision de la Franc-Maçonnerie...

    1. On sent bien qu'en décembre 1877, les maçons britanniques considèrent que la Franc-Maçonnerie est morte en France suite au vote conventuel du Grand Orient de France en faveur de la liberté de conscience. The Freemason ne mentionne d'ailleurs aucune alternative sur le sol français. Il ne fait absolument pas référence au Suprême Conseil de France (SCDF∴), l'autre grande obédience française de l'époque, qui, pourtant, a conservé toutes les références traditionnelles au GADLU∴ et à l'immortalité de l'âme. Mais il est vrai que le SCDF∴ est une juridiction de hauts grades qui n'est pas reconnue par les Grandes Loges anglo-saxonnes. Rappelons aussi que la Grande Loge de France (GLDF∴) ne sera fondée qu'en 1894. Cette précision est utile car elle est une pierre jetée dans le jardin des frères qui se livrent aujourd'hui à du révisionnisme historique au sujet de la prétendue régularité de la GLDF∴.

    Je m'arrête là pour le moment mais sachez, chers lecteurs fidèles, que je ne manquerai pas de revenir sur ce sujet car la position théiste ou théistique de la franc-maçonnerie anglo-saxonne, très empreinte de christianisme, lui posera très vite énormément de problèmes doctrinaux tout au long du XXe siècle, notamment en Inde (pays polythéiste) ou en Amérique latine (continent très sensible aux idéaux de la révolution française). Ces problèmes doctrinaux n'ont d'ailleurs toujours pas été surmontés.