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laïcité

  • Albert Le Nordez et la fin du Concordat

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    Monseigneur Albert Le Nordez, évêque de la bonne ville de Dijon, est passé en son temps pour le plus franc-maçon des cléricaux ou bien pour le plus clérical des francs-maçons. En effet, l'extrême droite, toujours prête à voir des complots partout, l'accusa d'être un membre du Grand Orient de France à cause de ses opinions républicaines et parce qu'il menait son diocèse à la baguette. Cette affaire, née d'une rumeur, provoqua la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican en 1904 et à la fin du concordat de 1801.

  • Le « manifeste contre le nouvel antisémitisme », une logique dévastatrice

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    asko.jpgSi vous avez un bon quart d'heure devant vous, je vous suggère la lecture d'un article de Claude Askolovicth intitulé Le «manifeste contre le nouvel antisémitisme», une logique dévastatrice. Comme l'indique le journaliste :

    « Ce texte est glaçant pour la vérité dont il émane comme pour les mensonges qu’il induit. Il est terrifiant pour ce qu’il rappelle de la vie et de la mort de juifs, ici, depuis le début du siècle; et horrible pour ce qu’il nourrit : une mise en accusation des musulmans de ce pays, réputés étrangers à une véritable identité française, sauf à renoncer à leur dignité. Je ne conteste pas la bonne volonté des signataires. Je voudrais, humblement, qu’ils mesurent leur risque et leurs mots. »

    Claude Askolovitch montre que ce manifeste, certainement animé des meilleures intentions, soutient l'idée que la lutte pour les juifs est au fond une composante du combat identitaire français et que ce combat, pour être victorieux, doit exclure « la part musulmane de la France » perçue comme exogène et inassimilable.

    Je voudrais citer ici les dernières lignes du texte stimulant de Claude Askolovitch :

    « La passion nationale pour la laïcité de combat n’est qu’un refus de notre part musulmane. L’idée d’une France devenant un pays « aussi musulman », par certains de ses enfants, est une souffrance indépassable. On reproche d’abord aux musulmans d’être, ici, d’ici. L’antisémitisme est un autre élément à charge de preuve : une bonne raison, progressiste, de détester celles et ceux, voilées, barbus, dont on ne veut pas.

    Deux choses peuvent être vraies ensemble. L’islamo-gauchisme existe mais aussi bien que l’islamophobie. L’antisémitisme existe, et l’antisémitisme musulman, mais l’islamophobie prospère aussi bien chez les tremblants de la laïcité. En même temps. Chacun alors choisit son camp. La grande bourgeoisie défend les juifs. Le gauchisme en tient pour les Arabes, et assimilés. Des camps politiques se structurent en choisissant sa victime de coeur. On tourne le dos aux souffrances de l’ennemi. Pour dénoncer l’antisémitisme, adoptez l’islamophobie ! Pour combattre l’islamophobie, niez l’antisémitisme quand il vient des cités ! Pourtant, tout ne s’échange pas. Je prétends – combien sommes-nous ? – qu’il faut récuser chaque enfermement ; je prétends aussi – est-ce évident ? – qu'on ne fait pas avancer une cause juste avec d’autres haines et quelques mensonges pernicieux. »

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    Pour vous faire une opinion : 

  • L’Église chez elle, et l’État chez lui

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    hugo1848.jpgLe 10 avril dernier, le Grand Orient de France - mon obédience - a publié un communiqué de presse intitulé « L'État chez lui, l'Église chez elle » en réaction au discours du Président de la République devant la conférence des évêques de France le 9 avril. Chacun, bien entendu, est libre de penser ce qu'il veut de ce communiqué rédigé au nom de l'obédience par on ne sait qui. Passons. Ce n'est pas l'objet de mon propos.

    Je voudrais revenir ici sur le titre de ce communiqué. Le frère Frédéric C., fidèle lecteur du blog, a attiré mon attention sur ses origines. Cette expression a été employée, pour la première fois, par Victor Hugo, à la tribune de l'assemblée nationale, lors de la séance du 15 janvier 1850. Le gouvernement de la seconde République, paradoxalement hostile à la République, voulait confier le monopole de l'instruction publique au clergé catholique sous couvert de la liberté de l'enseignement. Cette loi était présentée par M. de Falloux, ministre de l'instruction publique. Le rapport de force était à l'époque très nettement en sa faveur (sur 705 députés, 450 appartenaient au parti de l'ordre et 255 étaient républicains).

    C'était donc avec l'énergie du désespoir que le poète et écrivain Hugo l'avait combattue. Sauf que son propos ne cadre ni avec la conception de la laïcité que certains ultras défendent aujourd'hui ni avec la signification que le communiqué du Grand Orient de France lui prête.

    « Je veux donc sincèrement, je dis plus, je veux ardemment l’enseignement religieux. Mais je veux l’enseignement religieux de l’Église, et non l’enseignement religieux d’un parti. Je le veux sincère et non hypocrite. Je le veux ayant le ciel pour but et non la terre.

    Je ne veux pas qu’une chaire envahisse l’autre ; je ne veux pas mêler le prêtre au professeur, ou si je tolère ce mélange, si j’y consens, moi législateur, je le surveille.

    J’ouvre sur les séminaires, sur les congrégations enseignantes l’oeil de l’État, et de l’État laïque, j’y insiste, de l’État laïque, jaloux uniquement de sa grandeur et de son unité. Jusqu’au jour, jour que j’appelle de tous mes voeux, où la liberté de l’enseignement, la liberté complète et entière pourra être proclamée... Et tenez, je m’interromps. Il y a lieu de placer ici une observation importante qui complète l’exposition de mes idées. Si j’obtenais, si j’obtenais du progrès naturel, du progrès du temps, des esprits, si j’obtenais ce que je vous disais dans mes premières paroles, l’instruction gratuite à tous les degrés, obligatoire au premier degré, je mettrais à côté de ce grand enseignement donné par l’État, de cette magnifique instruction gratuite, dont je vous ai fait le tableau, normale, française, chrétienne, libérale, offrant à tous pour rien les meilleurs maîtres et les meilleures méthodes, sollicitant les esprits de tout ordre, qui serait un modèle en science et de discipline, et qui élèverait, sans nul doute, le génie national à sa plus haute somme d’intensité, je mettrais à côté de ce magnifique enseignement la liberté de l’enseignement complète, entière, absolue, liberté pour les établissements privés, liberté pour les établissements religieux, soumise seulement aux lois générales, aux lois générales qui gouvernent toutes les libertés ; et je n’aurais pas le souci, et je n’aurais pas le besoin de donner à cette liberté le pouvoir inquiet de l’État pour surveillant, parce que je lui donnerais l’enseignement gratuit de l’État pour contrepoids.

    Eh bien, jusqu’au jour où cette liberté complète de l’enseignement pourra être établie à côté de l’enseignement gratuit de l’État, jusqu’à ce jour-là, je veux l’enseignement de l’Église, mais je veux l’enseignement de l’Église au dedans de l’Église et non au dehors.
    Surtout je considère comme une dérision de faire surveiller, au nom de l’Etat, par le clergé, l’enseignement du clergé. Je veux, je le répète et je le résume en un mot, ce que voulaient nos pères : l’Eglise chez elle, et l’État chez lui. »

    On voit que Victor Hugo, ardent laïque, mais aussi philosophiquement déiste, promouvait une laïcité fondée sur le respect mutuel, l'écoute, le dialogue et le compromis républicain. Ce projet de coexistence apaisée des enseignements, qu'il appelait de ses voeux devant une majorité parlementaire hostile, a pu aboutir en 1959, soit 109 ans plus tard.

    Je voudrais encore citer ce passage de son intervention qui ferait tousser beaucoup de frères de mon entourage s'il était prononcé aujourd'hui :

    « Vous parlez de l’enseignement religieux ? L’enseignement religieux véritable, l’enseignement religieux suprême, celui devant lequel il faut se prosterner, celui qu’il ne faut pas troubler, le voici...
    C’est la soeur de charité au chevet du mourant ; c’est le frère de laMerci rachetant l’esclave ; c’est Vincent de Paul ramassant l’enfant trouvé ; c’est l’évêque de Marseille au milieu des pestiférés ; c’est l’archevêque de Paris affrontant avec un sourire sublime le faubourg Saint-Antoine révolté, levant son crucifix au-dessus de la guerre civile et s’inquiétant peu de recevoir la mort, pourvu qu’il apporte la paix. Voilà le véritable enseignement religieux.
    Voilà l’enseignement religieux réel, profond, efficace, universel, populaire, celui qui, heureusement pour l’humanité et pour la religion, fait encore plus de chrétiens que vous n’en défaites. »

    Hugo souhaitait que l'Église se recentre sur les valeurs évangéliques qu'il considérait aux antipodes des projets politiques réactionnaires du parti catholique. Il considérait que l'Église était porteuse de valeurs utiles pour le lien social. Victor Hugo ne faisait pas de l'histoire cléricale. Il défendait, avec beaucoup d'avance sur la société elle-même, la liberté absolue de conscience sur laquelle la laïcité française contemporaine est fondée.

    Je ne suis absolument pas un « macronolâtre » mais je reconnais tout de même une certaine filiation intellectuelle entre les propos du laïque Victor Hugo à la chambre des députés et les propos du Président de la République laïque devant la conférence des évêques de France. 

    Le pays n'a pas besoin d'une religion de parti et encore moins d'une religion d'État mais il a besoin que la religion - quelle qu'elle soit - puisse librement exprimer ses plus hautes valeurs morales et sociales. Ce qui signifie aussi que le pays a évidemment besoin des libres penseurs, des agnostiques,  des athées, des maçons (croyants ou pas) et plus généralement de toutes les aspirations spirituelles les plus généreuses, les plus sincères et les plus désintéressées. L'État républicain, soucieux de son unité et de sa grandeur, doit leur garantir un égal respect au nom de l'intérêt général et sans qu'il y ait de prééminence de l'un d'entre eux. 

    Pour conclure, quand j'entends ou vois des frères (ou des soeurs) faire preuve d'intolérance au nom de la tolérance, se complaire imprudemment dans des procès d'intention ou s'exciter, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, à propos de la loi du 9 décembre 1905, que beaucoup d'ailleurs n'ont pas lue, je voudrais simplement leur rappeler cet extrait de la cérémonie d'initiation au rite français pratiquée au Grand Orient de France :

    « Le Grand Orient de France n'admet aucune limite à la liberté d'esprit, à la liberté de conscience. Précisons que chacun de nous a le droit de croire à une intelligence qui régit le monde, ou de n'y pas croire ; que chacun de nous peut croire à un dieu créateur (que certains francs-maçons appellent Grand Architecte de l'Univers), ou de n'y pas croire ; que chacun peut pratiquer une religion, ou n'en pratiquer aucune. Toutes les idées philosophiques, politiques, sociales ou autres sont égales à nos yeux tant que, bien sûr, la dignité de l'Homme y est respectée. Si des exclusives existent, elles ne viennent pas de nous mais du monde profane. »

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    Intervention du député Victor Hugo le 15 janvier 1850.pdf

  • Macron et la laïcité

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    J'ai lu le discours du Président de la République devant les Évêques de France le 9 avril dernier et je ne comprends pas les réprobations qu'il semble susciter chez certains acteurs associatifs du mouvement laïque et chez certains francs-maçons. Malheureusement l'immédiateté des réactions des uns et des autres, notamment sur les réseaux sociaux, a tôt fait de réduire l'allocution du chef de l'Etat à son propos liminaire. L'attention s'est ainsi focalisée sur la volonté présidentielle de réparer le « lien abîmé » entre l'Eglise et l'Etat. Certains critiques ont vu dans les propos de M. Macron des relents de sacristie et une remise en cause des institutions laïques de la République. Comme nous progresserions collectivement si nous étions capables de ne pas circonscrire l’information à des tweets (en particulier ceux relayant partiellement le discours du Président de la République) ou à des commentaires sur Facebook.

    Le Président de la République s'est donc adressé aux responsables des diocèses de l'Église de France comme il lui est arrivé de s'exprimer devant les représentants des autres confessions religieuses de notre pays. Ses prédécesseurs ont agi de même. M. Macron l'a d'ailleurs fait en des termes qu'il aurait fort bien pu employer devant des représentants d'associations laïques, de libre pensée ou d'obédiences maçonniques.

    J'ai ainsi apprécié ce passage relatif au colonel Arnaud Beltrame :

    « Beaucoup, lors de la journée tragique du 23 mars, ont cherché à nommer les ressorts secrets de son geste héroïque : les uns y ont vu l’acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire ; les autres y ont vu la manifestation d’une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique ; d’autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort.

    Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu’il est impossible de les démêler, et c’est même inutile, car cette conduite héroïque c’est la vérité d’un homme dans toute sa complexité qui s’est livrée. »

    beltrame.jpgC'est cette complexité qui a fait l'unité et la singularité profondes de cet homme courageux et exemplaire. D'aucuns la jugeront peut-être paradoxale, voire contradictoire, mais il n'en demeure pas moins qu'elle a contribué à forger la personnalité d'Arnaud Beltrame. Cette complexité témoigne de la liberté de conscience garantie par les lois de la République.

    En d'autres termes, si Arnaud Beltrame a pu être ce qu'il a été, au quotidien, tant dans sa vie privée que professionnelle, c'est probablement parce qu'il a eu la chance de vivre et de grandir dans une société où l'on peut librement s'épanouir selon ses goûts et sa philosophie.

    Comment un franc-maçon, même le plus engagé politiquement ou le plus détaché de toute préoccupation spirituelle ou symbolique, pourrait-il y être insensible ? 

    C'est la raison pour laquelle, il me paraît fondamental de mettre en exergue ce passage du discours du Président de la République qui rappelle, avec force et vigueur, ce qu'est la laïcité consacrée par les lois de la République depuis plus de cent ans :

    « Je ne demanderai à aucun de nos concitoyens de ne pas croire ou de croire modérément. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je souhaite que chacun de nos concitoyens puisse croire à une religion, une philosophie qui sera la sienne, une forme de transcendance ou pas, qu’il puisse le faire librement mais que chacune de ces religions, de ces philosophies puisse lui apporter ce besoin au plus profond de lui-même d’absolu.

    Mon rôle est de m'assurer qu'il ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. C'est cela la laïcité ni plus ni moins, une règle d’airain pour notre vie ensemble qui ne souffre aucun compromis, une liberté de conscience absolue et cette liberté spirituelle que je viens d'évoquer. »

    Le Président de la République est le garant de la liberté de conscience et non le promoteur d'une religion d'État. Il a donc invité les responsables de l'Eglise catholique romaine à s'inscrire résolument dans le cadre de la laïcité pour favoriser l'écoute et le dialogue mutuels, loin des postures et du commerce des certitudes, loin des attachements et des défiances fondées sur des raisons électoralistes

    Parce que la République garantit la liberté de conscience à tous, y compris aux catholiques, il appartient à l'Eglise d'investir le débat public sur les questions morales et éthiques et de s'appuyer sur ses membres qui s'engagent au quotidien au service des autres. Rien ne l'interdit. Plus largement, aucun texte de loi n'empêche les mouvements politiques, syndicaux, religieux, philosophiques de participer au débat public. La République reçoit donc avec gratitude tout don de sagesse, tout don d'engagement et tout don de liberté que l'Eglise est prête à lui offrir comme elle reçoit les dons de sagesse, d'engagement et de liberté de tout autre mouvement spirituel et de libre pensée.

    Autrement dit, la République a besoin d'interlocuteurs - et non de donneurs de leçons - pour justement permettre l'échange et le partage des expériences dans tous les domaines. L'Etat attend donc un haut niveau d'exigence de la part de ceux qui prétendent mener une profonde réflexion spirituelle sur le devenir de l'homme. Ce qui implique aussi de l'humilité dans le questionnement.

    Il n'y a que dans les dictatures où l'État se passe d'interlocuteurs pour imposer implacablement aux individus une seule et même conduite à tenir.

    Pour le reste, qu'attendait-on du Président de la République invité par la Conférence des Évêques de France ? Qu'il les traite avec mépris ou condescendance ?

    Je le dis donc à mes amis laïques et à mes frères francs-maçons : nous avons, nous aussi, et tous autant que nous sommes, à offrir ce don de sagesse, d'engagement et de liberté à la collectivité. Nous avons, nous aussi, à nourrir la réflexion éthique et sociale dans le respect de nos spécificités et de nos chemins spirituels. La laïcité est précisément le cadre indispensable qui permet aux opinions les plus diverses de s'exprimer en toute liberté.

    Que le besoin de polémiquer à longueur de tweets, de communiqués et de tribunes, ne nous le fasse pas oublier !

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    DISCOURS DU 9 AVRIL 2018.pdf

  • Echange épistolaire entre Jean-Louis Bianco et Philippe Foussier

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    bianco et foussier.jpg

    Le 20 décembre dernier, M. Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la Laïcité, a adressé une lettre au frère Philippe Foussier, Grand Maître du Grand Orient de France. Ce courrier semble avoir suscité un certain émoi au Grand Orient pour des raisons qu'il convient d'analyser. 

    M. Bianco débute sa lettre ainsi :

    « J'ai pris connaissance d'un projet (en ligne sur votre site internet) de Charles Arambourou, conseiller de l'ordre du Grand Orient de France (GODF) et responsable de la commission laïcité de l'association « UFAL » , au titre de votre commission nationale permanente de la laïcité (CNPL) établissant  « 25 propositions du Grand Orient de France » en matière de laïcité. »

    Le président de l'Observatoire de la laïcité attribue clairement la paternité des 25 propositions dites du GODF à Charles Arambourou. Il n'en fallait pas davantage pour que l'on réduise le courrier de M. Bianco à cette seule phrase. C'est dommage parce que cette correspondance rappelle que certaines de ces 25 propositions, diffusées sur le site officiel du GODF, ont été soutenues par l'Observatoire de la laïcité. D'autres ne le seront probablement jamais car non conformes au principe de laïcité et à la Constitution.

    Personne en revanche ne semble s'interroger sur ce qui a pu amener M. Bianco à attribuer la paternité de ces 25 propositions à Charles Arambourou. En effet M. Bianco a probablement moins d'intérêt à postuler cette paternité que le frère Arambourou à éventuellement s'en prévaloir. Mais au fond on s'en fout car, finalement, le courrier de M. Bianco a la grande vertu de poser les conditions d'élaboration de ces propositions. Je me suis également interrogé sur ce blog en me montrant toutefois bien plus sévère dans mes appréciations que ne l'a été le président de l'Observatoire de la laïcité.

    Bref, le problème est moins de savoir si les 25 propositions ont été synthétisées par Arambourou, la CNPL ou par d'autres que de constater qu'elles ont été publiquement présentées comme émanant du GODF sans que les loges aient eu leur mot à dire.  Les instances du GODF, voire les commissions nationales permanentes, terrains de jeu favori de la maçonnerie parisienne, semblent écraser en effet les ateliers de leur poids de plus en plus important. Il peut alors être tentant pour certains membres de ces instances ou commissions obédientielles, de profiter de ce positionnement au sein de l'appareil du Grand Orient pour porter aussi d'autres engagements associatifs, certes respectables, mais qui ne concernent pas directement la franc-maçonnerie.

    Je n'affirme pas cela gratuitement. Lorsque j'étais vénérable, de 2008 à 2010, je me souviens ainsi avoir reçu, comme tous mes pairs, un courrier de feu Marc Blondel, président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée, m'invitant à m'abonner au magazine La Raison et me demandant d'en parler aux frères de ma loge. Ce courrier avait été donc envoyé à plus d'un millier d'exemplaires et probablement pas aux frais de la Libre Pensée (l'envoi provenait en effet du bureau de poste de la rue Bleue à Paris, à quelques mètres de la rue Cadet). Je n'ai jamais su ni cherché à savoir le fin mot de cette histoire, peut-être parce que j'avais intériorisé, moi aussi, ce genre de pratique et que j'avais préféré mettre ce courrier tout simplement à la poubelle plutôt que d'en faire l'article.

    On peut également s'interroger sur le fait de savoir comment le GODF est devenu un membre moteur du Collectif laïque. Ce groupement d'associations défend et promeut une approche de la laïcité qui ne va guère dans le sens du droit positif, de la jurisprudence et de la préservation d'un espace public ouvert à tous les courants de pensée. Comment se fait-il que le GODF signe systématiquement tous les communiqués de presse de ce collectif alors qu'il prône pourtant la liberté absolue de conscience de ses membres ? Comment se fait-il que le GODF est impliqué dans une guéguerre permanente contre l'Observatoire de la laïcité ?

    Ce n'est donc pas tant la première phrase de la lettre de M. Bianco qui est importante, que celle-ci qui en annonce la conclusion :

    « Ainsi, vous constaterez aisément que la plupart des propositions préconisées par Charles Arambourou ne sont plus d’actualité. L’Observatoire de la laïcité se réjouit de constater que la « commission nationale permanente de la laïcité » du Grand Orient de France soutient dès lors les actions entreprises en ce sens par notre institution, à l’inverse de ce qui semble être avancé dans le rapport 2017 du « collectif laïque » dont semble pourtant être signataire le GODF. »

    Philippe Foussier a répondu à Jean-Louis Bianco le 3 janvier. Sa lettre, courtoise sur la forme, esquive cependant le fond du message du président de l'Observatoire de la laïcité. En effet, le Grand Maître n'a nullement commenté l'analyse détaillée des mesures mises en oeuvre par l'Observatoire de la laïcité, préférant peut-être la prudence à un débat juridique et politique avec l'ancien secrétaire général de l'Elysée.

    Le Grand Maître Foussier n'a pas non plus répondu au président Bianco quand celui-ci a reproché au Grand Orient, en termes choisis, son incapacité non seulement à reconnaître l'important travail mené par l'Observatoire de la laïcité mais aussi à admettre l'existence de nombreuses convergences de vue. 

    Le Grand Maître ne s'est pas davantage étendu sur les raisons qui ont amené le GODF à systématiquement s'aligner sur les critiques acerbes et sans nuances du Collectif laïque. Il a préféré concentrer son propos sur les confusions anecdotiques du président de l'Observatoire de la laïcité. Il en a également profité pour logiquement afficher son soutien à Charles Arambourou. Le Grand Maître s'est enfin contenté de préciser que l'appartenance du GODF au Collectif laïque ne le dispensait pas de formuler ses propres propositions ou préconisations de façon individuelle.

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    Courrier de Jean-Louis Bianco

    Courrier de Philippe Foussier

    Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2018.

    Joie, santé et prospérité dans vos foyers.

  • Le GODF est-il la courroie de transmission du PS ?

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    godf,france,franc-maçonnerie,ps,politiqueSuite à ma note sur Emmanuel Macron et l'esprit maçonnique, j'ai reçu un courrier électronique dont je reproduis ici l'essentiel :

    « Ce qui se passe dans la société française et qui se traduit par ce coup de pied dans la fourmilière politique, devrait, en théorie, susciter une très sérieuse remise en cause de certaines méthodes et pratiques de la FM au GODF . Les « cadres » du GODF en seront-ils capables. Je crains que non. 

    Cette crise « politique » dans la société annonce, de mon point de vue, une crise dans la FM sociétale. 

    Voilà longtemps que les FF n'ont plus à apporter au dehors les vérités acquises dans le Temple. 

    Pourquoi ? Parce que, entre autres, à mon sens, beaucoup de FF, même de bonne foi, qui sont aussi des militants du Ps, se comportent d'abord, en loge, comme des militants de leur parti. Et non pas l'inverse . 

    Le GODF est devenue la courroie de transmission du PS ; PS qui depuis des décennies ne pense plus.  

    Je suis en train de relire les mémoires  d'Arthur Koetsler et je tombe sur ces lignes : 

    « Le « peuple » apparaît aux yeux de la bureaucratie socialiste comme une cible de propagande, non comme une réalité vivante dont il faut comprendre et partager les intérêts, les goûts et les faiblesses, si l'on veut changer la face du monde. Les dirigeants socialistes, étaient , pour la plupart, sortis du peuple, mais ils n'appartenaient pas au peuple ; ils essayaient de diriger et de manier l'homme sans s'identifier à lui. »

    Ces phrases écrites en 1949 résonnent en ce moment. 

    La sève existe encore dans les loges mais elle ne vivifie plus une structure « sclérosée et sclérosante ».

    Le propos est très sévère, notamment la référence à Koestler qui visait en réalité la bureaucratie soviétique et les atrocités du communisme. Ce propos postule une sorte de relation structurelle entre la rue Cadet et la rue de Solférino ou à tout le moins une sorte d'affinité politique et intellectuelle. Ce qui semble pour le moins excessif ou du moins se référer à une réalité dont je n'ai jamais été le témoin. J'ai évidemment croisé beaucoup de frères de sensibilité socialiste dans les loges du Grand Orient de France mais j'y ai croisé aussi quantité de frères d'autres sensibilités politiques. Il est bon quand même de le souligner. Je n'ai jamais fréquenté non plus de loges politiquement monochromes ou de loges dans lesquelles l'orientation politique des membres avait une influence telle, qu'elle empêchait l'expression d'autres formes de pensée. Je ne dis pas que ça n'existe pas. Je dis que je n'ai jamais été confronté directement à ce problème au sein du Grand Orient de France. De toute façon, chaque obédience a ses forces et ses faiblesses.

    En dehors des loges en revanche, c'est autre chose. Comme la franc-maçonnerie ne donne ni consignes ni mots d'ordre, ses membres agissent comme bon leur semble. Et comme il y a toutes sortes de francs-maçons, il y a forcément toutes sortes de comportements. Or, on ne garde souvent à l'esprit que les mauvaises expériences. On minimise ou on oublie les bonnes. On ressemble alors à ces voyageurs focalisés sur les trains en retard et incapables de songer à la majorité de ceux qui arrivent à l'heure. Je connais donc de ces frères qui souffrent en permanence de dissociation : ils oublient, en dehors du temple, ce dont ils se prévalent à l'intérieur. Mais je connais aussi de ces frères qui, à toute heure, se rappellent la grandeur des devoirs qu'ils se sont imposés et qui font aimer l'ordre maçonnique par l'exemple de leurs qualités parce que ce sont des parents aimants, des voisins sur lesquels on peut compter, d'honnêtes citoyens, des personnes engagées au service des autres, au service d'une cause particulière ou de l'intérêt général, etc.

    Là où je rejoins l'auteur du courrier électronique, c'est sur le sentiment qu'il exprime sur la sclérose de la structure obédientielle du Grand Orient de France. Sauf que je n'en impute pas essentiellement les causes au « militantisme socialiste » au sein du Grand Orient de France. Certes, je sais bien que ce militantisme existe puisque j'ai déjà eu l'occasion d'en évoquer les effets, sur un plan strictement historique, en rappelant les mésaventures d'Alexandre Chevalier et celles de Guy Mollet ou encore les tiraillements d'appareil suite à l'élection inattendue de Michel Baroin à la Grande Maîtrise en 1977. Ce faisant, les effets de ce militantisme socialiste doivent bien plus, à mon avis, au conformisme d'appareil qu'à l'influence de ceux qui s'y adonnent. Pour le dire autrement, la sclérose résulte moins des affinités socialisantes de certains apparatchiks (responsables ou anciens responsables de l'obédience) et de leurs courtisans, que de la passivité générale des frères qui les laissent faire, soit parce qu'ils n'en ont pas conscience, soit parce qu'ils s'en moquent.

    Cette passivité générale permet donc un accaparement du Grand Orient de France par des formes de pensée d'ailleurs non réductibles au seul militantisme socialiste. Il suffit par exemple de songer à ce qu'est devenue la laïcité au Grand Orient de France : une véritable religion d'appareil relayée par des frères qui passent leur temps à se référer à ce principe qu'ils ne connaissent qu'à travers leurs fantasmes. Certains sont parfois tellement vindicatifs et intolérants qu'ils deviennent de véritables repoussoirs pour quiconque essaie d'avoir un minimum d'ouverture d'esprit. Ils excellent souvent dans cet art du discours catastrophiste, décliniste et antireligieux. Le drame est qu'ils sont arrivés à préempter la laïcité et, pis encore, à amener le Grand Orient à se faire le relais paresseux et docile des communiqués vengeurs du Comité Laïcité-République et du Collectif laïque. Ils se pensent majoritaires au sein du Grand Orient de France car ils se sentent confortés par le silence du plus grand nombre. Or, ce silence n'est pas une adhésion mais en réalité du désintérêt à l'égard d'un discours d'appareil creux auquel les pouvoirs publics font mine de prêter poliment attention. Le plus grand nombre préfère avoir la paix, donc fuir les polémiques stériles, et se consacrer essentiellement à la vie de loge.

    Il ne faudrait pas croire que la rupture du silence est la solution pour mettre un terme à cette sclérose d'appareil. Celle-ci a pris trop d'ampleur au fil des décennies. Cette rupture du silence serait efficace si elle s'accompagnait d'une réforme profonde du cadre obédientiel napoléonien hyper-centralisé dans lequel les frères du Grand Orient vivent depuis plus d'un siècle. Tout le monde sait que le convent est devenu un mastodonte ingérable et coûteux où rien de substantiel ne se dit, où tout et son contraire se votent et où l'on entend les mêmes bons clients débiter au lutrin les mêmes propos insipides en une minute chrono pendant que les autres délégués dorment, bavardent ou trépignent sur leurs chaises. Il est anormal que la gestion administrative, en 2017, ne soit pas davantage décentralisée, c'est-à-dire effectuée au plus près des loges, donc au sein de régions plus vastes et moins nombreuses. C'est en réalité toute la représentativité des loges qu'il conviendrait de repenser dans un nouvel ensemble. Ça supposerait une réflexion en profondeur sur notre loi commune, à mille lieux des tripatouillages annuels et métastasiques qui la rendent aujourd'hui impermanente, incompréhensible et de plus en plus inadaptée à la réalité des loges, notamment des plus petites et des plus éloignées des orients parisiens. Il faudrait aussi s'interroger sur ces responsables, qui ne le sont plus, mais qui ont tant de mal à descendre parce qu'ils vivent souvent en région parisienne, donc à proximité du siège de l'obédience. Le « Grand Orient de Paris » est une obédience dans l'obédience qui profite de l'hyper centralisation et des déséquilibres territoriaux. Et gare à ceux qui lui disputent cette primauté ! On les accuse, sans rire, de vouloir porter atteinte à l'unité de l'obédience. Cependant, pour calmer les ardeurs des grincheux de province, il a quand même été décidé de promener le convent depuis quelques années. La Rochelle, Nice, Rennes, Marseille... 

    On le voit donc : le problème est bien plus complexe que ne le laisse paraître le titre de cette note. Alors peut-on en sortir ? Réglementairement, je ne le pense pas car les conditions posées par la loi commune pour envisager une réforme structurelle sont trop contraignantes. L'appareil pèse trop. Les résistances et les peurs sont là. Les loges sont également incapables de s'inscrire dans une telle réforme car elles doivent d'abord initier et former des francs-maçons (y compris celles qui se sont faits la spécialité de submerger le convent de voeux et règlements). Réformer le Grand Orient de France en temps de paix est donc une mesure aussi absurde que celle qui, dans le monde profane, prône l'instauration d'une sixième République. On l'a bien vu avec la tentative de réforme en 2005-2006. Elle s'est très vite transformée en un gigantesque foutoir. Un changement de mode de fonctionnement suppose donc toujours un élément d'extranéité majeur qui le rend possible (crise politique, économique et sociale aiguë, guerre civile, conflit avec un autre pays).

    Il est temps de conclure. Je ne pense pas, très franchement, que le Grand Orient soit la courroie de transmission du Parti socialiste ou que le Parti socialiste soit celle du Grand Orient. Ce fut peut-être le cas, à certains moments de l'histoire. Et encore... Ce n'est même pas sûr. Je pense surtout que les choses ont bien changé et que les profanes qui frappent à la porte des loges du Grand Orient de France sont souvent en attente d'une réflexion spirituelle et philosophique profonde. Ils expriment une volonté d'échapper à la tyrannie de l'actualité immédiate. Cela signifie-t-il que nous allons vers une crise de la « franc-maçonnerie sociétale » comme l'affirme mon correspondant ? Je n'en sais rien. C'est possible. En tout cas, j'ai l'impression que l'on s'enivre frénétiquement de tenues blanches, de colloques et d'Utopiales alors que le travail à entreprendre devrait être au contraire beaucoup plus subtil et souterrain. En un mot : initiatique. Je n'aurai évidemment pas la prétention et l'arrogance de le circonscrire même s'il m'est arrivé de l'aborder modestement sur ce blog en m'interrogeant sur ce qu'était, par exemple, la réflexion maçonnique ou le travail en loge.

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    Ajout du 26 mai 2017 - 13h00

    Contrairement à ce que j'ai indiqué au début de ma note, la citation d'Arthur Koestler ne concerne pas l'Union Soviétique. Elle est extraite de « La corde raide » le premier volume de ses mémoires. Koestler parle du Parti socialiste allemand (SPD) dans les années précédant l'arrivée de Hitler au pouvoir. Il est d'ailleurs encore plus sévère avec le Parti communiste allemand (KPD). Merci à mon correspondant de m'avoir apporté cette précision !

  • L'évêque franc-maçon

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    Albert Le Nordez, Eglise catholique, antimaçonnisme, presse, laïcité, rumeurVoici, à votre meilleure convenance, le plus franc-maçon des cléricaux ou bien le plus clérical des francs-maçons : Monseigneur Albert Le Nordez (1844-1922). Cet ancien évêque du diocèse de Dijon (Côte-d'Or) fut accusé par la presse d'extrême droite de la Belle Epoque d'appartenir au Grand Orient de France parce qu'il avait été soi-disant apercu, en habit civil, du côté de la rue Cadet à Paris, non loin du siège de l'obédience maçonnique. La Libre Parole, le quotidien antisémite d'Edouard Drumont, jamais en retard sur une absurdité, avait diffusé un photo montage grossier du prélat revêtu d'insignes maçonniques réalisé par André de Boisandré que l'on se transmettait, parait-il, sous le manteau ou sous la soutane. N'ayant pu retrouver ce montage pour illustrer la présente note, je me suis donc résolu à en fabriquer un avec mes pauvres moyens.

    Pourquoi une telle accusation contre Le Nordez ? Parce que l'évêque détonnait dans les milieux catholiques de l'époque. L'homme était en effet républicain et ne s'en cachait pas. L'évêque de Dijon était relativement bienveillant à l'égard des ministères Waldeck-Rousseau et Combes et, au grand dam de sa hiérarchie, il avait même favorablement accueilli la loi sur les congrégations religieuses et l'enseignement libre en s'opposant directement au Pape. Doté d'un fort caractère, Mgr Le Nordez menait donc son diocèse à la baguette, n'hésitant à rabrouer ses subordonnés les moins dociles et à pratiquer contre eux des mesures de rétorsion notamment financières. Très rapidement, il fut donc détesté du clergé local. Le Grand Séminaire de Dijon se mit en grève en février 1904. Les séminaristes refusèrent en effet de recevoir l'ordination de ses mains. Des familles refusèrent que l'évêque donne la communion aux enfants. On le suspecta très vite de gratouiller la main de M. Henri Brisson et de préparer un schisme au sein de l'Eglise catholique avec la complicité active du Grand Orient de France. Les adeptes du complot pensèrent trouver dans son blason d'évêque les trois points de la franc-maçonnerie. D'autres crurent déceler dans sa signature le delta représentant le Grand Architecte de l'Univers révéré par les francs-maçons. On l'accusa même d'avoir un fils caché dont il fit un curé. L'imagination des complotistes était extraordinairement fertile !

    Albert Le Nordez se défendit assez mollement de toutes ces accusations, probablement parce qu'il les trouvait parfaitement délirantes. Face à ses détracteurs, l'évêque se contentait de répondre sur le ton de la boutade : « Je ne puis pas être à l'Orient puisque je suis Le Nordez. » Il avait toutefois reconnu sans problème être le client du photographe Michel Berthaud, un professionnel renommé, dont le magasin était situé au 9 rue Cadet à Paris. Etait-ce pour cette raison que des « âmes charitables » l'avaient dénoncé, croyant l'avoir aperçu du côté du siège du Grand Orient ? Pourtant être commerçant rue Cadet ou être un client d'un magasin de cette rue ne fait pas automatiquement de vous un franc-maçon...

    Qu'à cela ne tienne ! Pour en avoir le coeur net, des journalistes sont allés même jusqu'à interroger le vénérable de la loge dijonnaise. Ce dernier indiqua, bien sûr, que Mgr Le Nordez n'avait jamais fréquenté sa loge et qu'il n'était pas franc-maçon. Rien n'y fit cependant pour dissiper les soupçons et les craintes d'un complot anticatholique. Le Saint-Siège s'impatienta. Au mépris du concordat de 1801, le Pape Pie X convoqua Mgr Le Nordez à Rome pour obtenir des explications mais sans demander l'autorisation préalable au gouvernement français. En quittant le territoire national sans l'aval de gouvernement, l'évêque tomba dans l'illégalité. Le gouvernement de la République en prit alors prétexte pour rompre ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège le 30 juillet 1904 et jeter les bases d'une législation portant séparation de l'Eglise et de l'Etat promulguée l'année suivante. Comme quoi, les grandes lois, parfois, tiennent à peu de chose...

    albert le nordez,eglise catholique,antimaçonnisme,presse,laïcité,rumeurDans son édition du 21 juillet 1904, au moment où le gouvernement venait de lancer son ultimatum au Saint-Siège, le journal La Presse avait publié cette protestation du Conseil Suprême (sic) du Grand Orient de France. Une protestation à la fois violemment anticléricale sur le fond et parfaitement grotesque sur la forme. Il s'agissait bien entendu d'une facétie de journaliste destinée « à faire monter la sauce » comme on dit, à crisper les esprits et, surtout, à faire vendre du papier !

    « Considérant qu'il importe avant tout de conserver sans tache la bonne renommée de l'Ordre maçonnique.

    Considérant qu'une association essentiellement républicaine et libre-penseuse doit se garder de tout contact impur.

    Considérant qu'une loge n'est pas une sacristie et que la présence d'un ensoutané à nos tenues exposerait la maçonnerie au soupçon de pactiser dans l'ombre avec le cléricalisme :

    Le conseil suprême répudie énergiquement toute attache avec le nommé Le Nordez et avec tout autre ratichon, quelle que soit la couleur de ses robes et de ses opinions, sincères ou feintes ;

    Et, en raison des bruits calomnieux pour nos Frères qui ont couru à ce sujet, ordonne une batterie de deuil. »

    Pour copie approximative :

    Mosca.

  • La franc-maçonnerie prend position contre la libéralisation du prix des carburants au Mexique

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    Pendant de nombreuses années, le Mexique a préconisé une politique de subvention publique massive des carburants afin de maintenir des prix artificiellement bas. Cette politique a abouti à grever lourdement les finances publiques. Le coût de cette politique de subvention est estimé à plus de 222 milliards de pesos (environ 984 millions d'euros), soit environ 3% du produit intérieur brut du Mexique. M. Enrique Peña Nieto, le président des Etats-Unis du Mexique élu en juillet 2012 pour un mandat de six ans, a décidé de mettre un terme à cette politique de subvention et de libéraliser le prix des carburants à compter du 1er janvier 2017 (+20% pour l'essence et +16% pour le diesel). Le gouvernement fédéral mexicain espère ainsi non seulement réaliser des économies mais aussi faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Les villes tentaculaires mexicaines sont en effet extrêmement polluées. Le pouvoir exécutif estime que la libéralisation du prix de l'essence contribuera à une baisse du trafic routier et incitera les citoyens à utiliser les transports publics.

    Cette mesure gouvernementale est vivement critiquée par tous ceux qui subissent cette augmentation importante des prix à la pompe. Le pays est en ce moment paralysé par des grèves, des blocages et des agressions. Les tensions sont vives car les citoyens mexicains les plus modestes risquent d'être fortement pénalisés. La Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua vient de publier dans la presse mexicaine un communiqué hostile à la mesure. En voici un extrait :

    « Considérant :

    Que les principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité ont contribué au développement et au progrès de notre pays, qu'ils ont été et devraient être une référence pour garantir une répartition plus équitable des ressources et des richesses, pour mener des actions en faveur de la paix, de l'équité, du bien-être, pour assurer l'égalité de tous les hommes et la justice sociale. Que la franc-maçonnerie de l'Etat de Chihuahua, humaniste et loin de tout esprit partisan, a exprimé et continue d'exprimer la ferme condamnation de tout acte gouvernemental injuste, non solidaire et contraire aux véritables intérêts du peuple mexicain (...)

    La Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua exprime son rejet total de la politique économique du gouvernement fédéral pour libérer le prix de l'essence dans notre pays parce que cette mesure est disproportionnée et injuste, parce qu'elle ne reflète ni le désir ni la réalité du peuple du Mexique, et parce qu'elle est une régression qui affecte le bien-être des classes sociales les plus vulnérables de notre pays. »

    Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua est une obédience régulière reconnue par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Elle siège au sein de la Confédération Maçonnique Inter-américaine comme d'ailleurs toutes les Grandes Loges des Etats-Unis du Mexique, lesquelles sont généralement très laïques, très anticléricales, très impliquées dans la réflexion symbolique et sociale, et profondément pénétrées de l'idéal des Lumières.

    L'Etat de Chihuahua est l'Etat fédéré le plus vaste du Mexique. Le salaire moyen y est de 193 pesos (8,5 euros). Il est également frontalier des Etats-Unis d'Amérique (Texas et Nouveau Mexique) et il risque de s'y produire beaucoup de tensions lorsque Donald Trump entrera effectivement en fonction. En outre, la maçonnerie mexicaine semble hostile à l'attitude du président Peña Nieto jugée trop conciliante à l'égard du nouveau président américain qui, comme on le sait, a mené une campagne électorale ouvertement raciste et xénophobe à l'égard des latinos en général et des Mexicains en particulier.

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    Je précise que la Grande Loge Nationale Française est membre la Confédération Maçonnique Inter-américaine puisque la France est présente dans les Antilles (Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Guyane, etc.). Jean-Pierre Servel est d'ailleurs le vice-président d'un secteur de ladite confédération qui regroupe, outre la Grande Loge Nationale Française, le Grand Orient d'Haïti de 1824, la Grande Loge de Cuba, la Grande Loge de Puerto-Rico et la Grande Loge de la République Dominicaine. Ainsi, lorsque vous entendrez des frères de la Grande Loge Nationale Française critiquer les obédiences hexagonales dites « irrégulières » parce que ces dernières feraient, selon eux, de la politique, vous pourrez leur rappeler que la Grande Loge Nationale Française reconnaît les obédiences mexicaines adeptes, elles aussi, des communiqués de presse.

    Je précise enfin que la Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua est une obédience de rite écossais ancien accepté. Ainsi lorsque vous entendrez des frères de la Grande Loge de France théoriser sur la pureté du rite écossais ancien et accepté et partir dans des raisonnement stratosphériques sur la spiritualité maçonnique, vous pourrez les ramener sur le plancher des vaches et, en vous référant à l'exemple mexicain, leur montrer que les maçons écossais ont aussi dans le monde une longue tradition d'engagement social en faveur des plus démunis et d'implication dans les débats publics profanes.