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jean-robert ragache

  • L'initiation maçonnique est-elle indélébile ?

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    Je voudrais consacrer cette note au caractère prétendument indélébile de l’initiation maçonnique que certains francs-maçons défendent avec plus ou moins de bonheur et qui consiste à dire : « Une fois maçon, toujours maçon. »

    Il est vrai que cette expression est séduisante mais je crois qu’il est important, justement, d'en mesurer toutes les conséquences. Pour prendre un exemple, voici ce que Licio Gelli, ancien V M∴ de la L P2 de sinistre mémoire, déclarait à la revue Humanisme (n°213, décembre 1993, p.63) à l’occasion d’une interview :

    « -Humanisme : Vous considérez-vous encore comme maçon ?

    -Licio Gelli : « Semel abbas, semper abbas », une fois abbé, abbé pour toujours (1). Une fois maçon, maçon pour toujours. Je le suis au-delà des formules, des obédiences, avec mon âme, devant ma conscience. Avec sérénité et sans fanatisme, comme j’ai vécu toute chose dans ma vie. »

    Gelli peut bien croire ce qu'il veut et postuler le caractère indélébile de l'initiation. Ça n'a rien changé au fait qu'il a été finalement radié du GO d'Italie et que la L∴ P2 a été démolie. L'appartenance maçonnique ne saurait donc dépendre des seuls sentiments personnels. Elle repose sur la reconnaissance des FF∴.

    Pourquoi rappeler cette déclaration de Gelli ?

    Tout simplement pour souligner que l'initiation maçonnique n’a rien d’un sacrement qui confèrerait à celui qui le reçoit une sorte de grâce surnaturelle. Je laisse d'ailleurs cette conception étrange de l'initiation maçonnique aux férus d'occultisme et plus généralement à ceux qui ont une certaine propension à confondre la franc-maçonnerie avec un culte religieux.

    Il faut prendre l'initiation maçonnique pour ce qu'elle est, c'est-à-dire comme le passage ritualisé et symbolique qui mène de l'état de profane à celui de franc-maçon. En d'autres termes, ce passage permet à un individu d'intégrer volontairement et consciemment un groupe d'hommes constitué en loge et, au-delà, un Ordre fondé sur la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même et la liberté absolue de conscience. 

    Il y a une vingtaine d'années, le F Jean-Robert Ragache avait d'ailleurs donné une définition concise mais très claire de l'initiation maçonnique. Il disait :

    "L'initiation, c'est traditionnellement l'intégration au groupe avec une expérience commune, l'expérience d'un passé commun." (2)

    Or qui dit intégration au groupe dit aussi possibilité d'en partir. En effet, la franc-maçonnerie est un Ordre que l'on peut quitter quand on veut et dont on peut même être exclu. Autrement dit, si on ne peut pas défaire ce qui a été, on ne peut pas non plus prétendre être toujours ce que l’on n’est plus.

    Quand on démissionne ou que l'on est exclu de l'Ordre maçonnique, on n'est plus franc-maçon. Il n'y a rien d'extraordinaire à cela. On perd ipso facto sa qualité maçonnique. Cet état n'est pas infamant. Il est tout simplement la conséquence de son comportement, de ses actes ou de ses choix.

    Il y a cependant un cas particulier où la qualité maçonnique est "éternelle". C'est quand un F∴, membre actif ou honoraire d'une L∴, décède. On dit alors est qu'il est "passé à l'O éternel". C'est une manière élégante, non pas de postuler l'existence d'une vie après la mort (3), mais de signifier qu'il est mort "en activités" ou, pour le dire autrement, sans avoir coupé, de son vivant, les liens avec son atelier.

    _________

    (1) Expression latine qui, parait-il, vient de la règle bénédictine. Je ne l'ai pas vérifié. Je pense qu'il s'agit plutôt d'un proverbe d'origine médiévale qui signifie que le sacerdoce est indélébile. La dignité de l'abbé serait perpétuelle même après une démission, même s'il fait d'autres choix de vie, etc. Ce qui est faux, bien entendu. Le père Pascal Vésin, par exemple, en a fait la triste expérience.

    (2) Table ronde du 16 mars 1993, in Les Constitutions d'Anderson, traduction La Tierce (1743), Romillat, Paris, 1993, p.31.

    (3) La F∴M∴ (même celle qui se dit "régulière") ne défend et ne promeut aucune théologie et aucune eschatologie particulières. Elle n'est pas, je le répète, un culte religieux qui aurait un discours ferme et établi sur la nature de Dieu, la destinée de l'homme et la fin des temps.