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  • Le drame des migrants

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    L'actualité tragique de ces derniers mois au sujet des migrants d'Afrique, du Proche Orient et d'Asie, me rappelle un souvenir de voyage. C'était en février 2009 à Ceuta (Sebta en arabe), petite enclave espagnole au Maroc. J'étais en compagnie de plusieurs FF. Nous nous rendions en voiture à Casablanca pour participer aux travaux d'un atelier la GL du Maroc.

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    La franc-maçonnerie marocaine organisait au même moment les dix-septièmes rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (REHFRAM). Voilà pour le contexte.

    Je me souviens que j'étais particulièrement heureux de ce séjour car c'était la première fois que je mettais les pieds en Afrique. Le choc fut cependant rude car je n'avais nullement anticipé le passage de la frontière. Je me rappelle en particulier de cette corniche surplombant une mer Méditerranée assez agitée et de ce virage qui annonçait le poste frontière, et du même coup l'entrée d'un gigantesque continent de 30 221 532 km².

    Quelle image et quelle sensation à la fois étrange et oppressante !

    Le poste frontière était devant nous avec de part et d'autre un gigantesque mur de fers barbelés derrière lequel des milliers et des milliers d'hommes faisaient les cent pas dans l'attente de l'instant propice pour le franchir. Tous ces gens venaient des profondeurs de l'Afrique. Ils avaient parcouru des milliers de kilomètres, dans des conditions souvent épouvantables, pour se retrouver là, derrière ces barbelés, la terre promise devant eux. Ils étaient là dans l'espoir de trouver, en Europe, une vie meilleure. Ils n'avaient pas quitté pas la terre de leurs ancêtres par caprice ou par simple désir de changer de lieu. Ils avaient quitté leur pays parce que la vie y était matériellement très difficile, voire impossible. Ils avaient quitté leur pays parce que les libertés fondamentales n'y étaient pas garanties. Ils avaient quitté leur pays parce qu'ils n'avaient tout simplement pas d'autres choix s'ils voulaient sauver leur peau. Croyez-moi, cela fait une drôle d'impression d'éprouver physiquement cette extraordinaire attente de milliers d'anonymes dont toutes les pensées semblaient converger vers un seul objectif : passer la frontière coûte que coûte.

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    L'Europe pouvait-elle détourner le regard de ce qui se passait ici, me demandais-je ? Nous étions en 2009 je le rappelle. Pourtant, je savais déjà confusément que cette situation, si surréaliste pour le privilégié que j'étais, ne pouvait que dégénérer rapidement tant que l'Europe ne jetterait pas les bases d'une politique de coopération ambitieuse avec l'Afrique, et plus largement encore, avec toutes les régions du monde qui connaissent actuellement la misère et la guerre.

    Notre intérêt économique et social est de ne pas laisser ces parties du monde livrées à elles-mêmes, saignées par les conflits et submergées trop souvent par les forces du fanatisme religieux. En les aidant à se développer, nous nous développerons aussi. Nous apprendrons de nouvelles formes d'échange et de coopération. Les gens n'auront pas le besoin de partir. Ils construiront l'avenir chez eux avec notre aide. Nous leur apporterons des choses. Ils nous en apporteront d'autres en retour. Pour le bien de l'humanité.

    Je suis convaincu que la France, notamment, a une carte à jouer, infiniment plus subtile et intelligente que la seule influence géostratégique, précisément en raison de son passé commun avec un grand nombre de pays d'Afrique. Nous en sommes loin, hélas, car notre égoïsme et nos petites préoccupations de pays développé, nous empêchent de voir au-delà de nos problèmes économiques et sociaux. Ces derniers sont certes importants à notre petite échelle, j'en conviens, mais ils demeurent malgré tout fondamentalement dérisoires comparés à la misère morale et matérielle qu'endurent les trois-quarts des gens qui vivent sur la planète.

    Je ne suis donc absolument pas surpris de ce qui se passe actuellement. Les phénomènes migratoires ne font que commencer car rien, aucune mer, aucun océan, aucune montagne, aucun désert, aucun mur, aucun fossé, ne peut arrêter un individu réduit à l'extrême nudité du besoin sauf la mort.

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    (Cette note est la 100ème depuis l'ouverture du blog)