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  • L'homme battu

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    société,violence,femmes,hommes8 mars, journée internationale de la femme. 25 novembre, journée internationale pour l'élimination des violences à l'égard des femmes. Loin de moi l’idée de discuter les violences faites aux femmes. J’aimerais néanmoins que l’on n'oublie pas d'évoquer les violences faites aux hommes par les femmes. Mais là je rêve, car le sujet est tabou et n'intéresse pas les pouvoirs publics. Il fait même rigoler tout le monde. L'homme battu est souvent perçu comme une mauviette, un sous-homme, un type dépourvu de toute virilité, un gars au fond qui mérite son sort.

    C'est un sujet que je connais bien. J'ai été battu par une femme. Cela a commencé de façon insidieuse et duré environ quatre ans. Le plus souvent à l'abri des regards. D'abord par des remarques déplacées, voire franchement grossières essuyées, au départ sans y faire très attention, puis de plus en plus douloureusement. Sur moi, ma famille, mes amis, mon tissu relationnel élargi, sur les choses que j'appréciais etc. Ensuite par des injures qui, progressivement, sont devenues quotidiennes et qui, quelques fois, ont fini par déborder de la sphère intime quand elle ne parvenait plus à se contenir (chez des amis par exemple). Enfin, beaucoup plus tard, par des gifles, des assiettes qui volent dans le salon, des coups que l'on encaisse sans répliquer dans le feu d'une scène de ménage. Je dis bien "sans répliquer" car l'homme battu que j'étais savait parfaitement qu'il pouvait la laisser sur le carreau à tout moment. J'étais bien plus costaud qu'elle. Lui coller une droite aurait été un jeu d'enfant. Seulement voilà, les coups d'un homme donnés sur le corps d'une femme ont plus d'impact juridique que les coups d'une femme donnés sur le corps d'un homme. C'est trivial, dit ainsi, mais c'est pourtant la réalité des choses. Répliquer, même pour me défendre, c'eût été me condamner d'avance aux yeux d'un flic, d'un magistrat, de la société tout entière... Je savais que ma parole d'homme dévalorisé n'aurait aucune espèce d'importance face à la sienne. Heureusement qu'elle n'a pas eu de beignes dans la tronche ! Pourtant, comme j'aurais aimé lui en coller une. Rien qu'une. Une belle tarte. Mais elle en aurait fait la tragédie du siècle et moi les frais. J'ai eu la chance d'en être conscient tout de suite. Je sais que d'autres ne l'ont pas et répliquent sans réfléchir dans un geste d'humeur et d'exaspération avec toutes les conséquences pénales et civiles qui y sont attachées.

    Alors on prend son mal en patience. On serre les dents et on remet son destin à des jours meilleurs. On se ment beaucoup. Peut-être a-t-elle des soucis ? Peut-être ne fais-je pas assez d'efforts ? Elle a probablement raison. Je ne suis qu'un nul, un minable, un raté. Elle perd sa vie avec moi. Elle mérite mieux qu'un looser. Il va falloir que je me ressaisisse... Comme il est bien difficile regarder en face, et lucidement, l'échec de sa vie conjugale sans chercher des excuses à l'autre, sans chercher des stratagèmes pour sauvegarder les apparences sociales et repousser l'inéluctable. Ça fait heureusement très longtemps que je me suis sorti de cette spirale mortifère et de l'emprise de cette connasse, de cette coquille vide, de cette perverse narcissique dépourvue d'affects. Il m'a fallu cependant l'aide bienveillante de proches qui m'ont fait prendre conscience de l'impasse dans laquelle je me trouvais, qui m'ont tendu la main, m'ont redonné de l'estime de soi et m'ont dit : "Maintenant, ça suffit. Tu n'as rien à te reprocher. C'est elle qui a un gros problème. Elle te dénigre. Elle te fait du mal. Tu te négliges. Ça ne te ressemble pas. Casse-toi, divorce-la !" Seul, m'en serais-je sorti ? Quinze ans après, je n'ai toujours pas la réponse à cette question qui a cessé de m'obséder depuis. La roue a tourné dans le bon sens. Je vis heureux à présent avec une femme que j'aime, qui m'aime et qui m'a donné le plus adorable des petits garçons.

    Ce que j'aimerais que l'on parvienne à comprendre un jour, c'est que les femmes et les hommes ne se rangent pas en blocs monolithiques avec, d’un côté, les femmes opprimées et, de l’autre, les hommes oppresseurs. L’oppression sociale et idéologique masculine a toujours trouvé, dans l’intimité, sa contrepartie sur le terrain affectif et privé, où des femmes ont fini par exercer une forme de dictature féroce. Habituées naturellement à se poser en "victimes", aidées en cela par le droit qui leur est plus favorable, elles ne se rendent pas compte de leur pouvoir opprimant. Le fait est que beaucoup de couples modernes vivent des échanges où la dynamique "traditionnelle" des pouvoirs est en réalité inversée. Sauf que notre société, si soucieuse d'égalité, n'est pas prête à le voir et à l'admettre.

  • Quelques brèves réflexions sur les rites d'adoption et la séparation des sexes en franc-maçonnerie

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    rites d'adoption,mixité,femmes,franc-maçonnerie,hommesLa franc-maçonnerie est venue indirectement aux femmes par le biais des rites maçonniques d'adoption. Ces rites mériteraient certainement une étude approfondie (1) loin des clichés auxquels la méconnaissance et les revendications sociales en matière d’égalité des sexes (revendications justifiées, là n’est pas la question) les ont progressivement et irrémédiablement réduits (2). Ils ouvraient en tout cas la porte sur un univers d’une grande richesse mais dont la raison d’être a été perdue à cause notamment de l’idée selon laquelle les sexes sont égaux. Or, nous savons précisément qu'ils ne le sont pas, notamment en raison de leurs différences biologiques (ex : l'homme a une force physique plus importante ; la femme peut enfanter, etc.). Le problème est que l’on a tôt fait de déduire de ces différences une volonté masculine d’asservissement de la gens féminine (même s'il est indéniable que les femmes ont longtemps vécu sous la tutelle juridique, économique et sociale des hommes). La différence biologique est hélas souvent perçue et analysée sous l’angle d’un rapport de force, d’une lutte pour la domination de l’autre sexe.

    La séparation des sexes en franc-maçonnerie est souvent mal comprise du plus grand nombre. Elle traduit pourtant simplement l'idée selon laquelle la relation avec l’autre sexe est superflue en des lieux et en des instants donnés. Pour le dire autrement, cette séparation permet de prendre conscience d’une différence. Elle créé une rupture qui permet à cette différence de s’incarner et de se vivre. Dans les loges maçonniques, les pairs et pères engendrent symboliquement leurs fils alors que les femmes, elles, ont cette possibilité naturelle d'enfanter. La loge exprime cette différence. L’homme engendre hors de lui, la femme en elle-même. Ce que l’homme ne peut modeler au-dedans de lui, il le fait au dehors : il construit. Il trace des plans, il se figure ou il visualise symboliquement des temples pour pénétrer son monde intérieur. Et il incite son frère à faire de même. Il se rêve conquérant, maître, chevalier, que sais-je d’autre, pour se livrer en réalité à de bien modestes (mais nécessaires) combats intimes : canaliser sa force brutale par un apprentissage, s’améliorer et, partant, imaginer qu’il est possible d’améliorer le monde. « Tu seras un homme mon fils » disait Rudyard Kipling en conclusion de sa liste de recommandations poétiques. Rudyard parlait à ce fils abstrait et, à travers lui, à une humanité rêvée. 

    Maintenant, je n’idéalise pas non plus. Je sais bien qu’il existe des maçons qui se satisfont de réactions machistes. Mais, dans le fond, ils ne sont pas plus méprisables que ne le sont des frères qui vont porter dans les loges masculines le flambeau de la mixité institutionnelle moins parce qu’ils y voient une nécessité absolue que parce qu’ils partagent la vie d’une sœur très revendicative. Ils essaient d’acheter en loge la paix de leurs ménages sans penser à leurs frères qui vivent seuls ou avec une profane.

    Le féminin n’est pas totalement évacué. En loge, il est simplement anecdotique. Entendons par là que s’il peut apparaître dans certains symboles (ex : la lune que l'on cite souvent), sa place demeure résiduaire dans l’œuvre maçonnique où la construction initiatique prend appui sur l’engagement du corps physique (la construction extérieure d’un Temple, le maniement d’outils, l’application de la force mesurée sur la matière brute, etc.). Meurtre, vengeance, idéal chevaleresque, force et douceur, justice et injustice, dévouement et bienfaisance, tous ces éléments s’entremêlent dans la confrontation successive de l'initié à des psychodrames où la femme ne tient aucun rôle (3).

    Les rites d’adoption ouvraient donc un chemin. Ce chemin a très vite été abandonné. La voie de l’imitation a été privilégiée, principalement pour des raisons politiques et sociales. Cette voie de l'imitation - les femmes font comme les hommes - est maintenant si développée qu'elle postule un indifférentisme politiquement correct. C’est une option. Ce n’est pas la mienne.

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    (1) On lira avec profit A. Doré, Vérités et Légendes de l'histoire maçonnique, pp. 103 et suiv. consacrées à la maçonnerie des dames et à une étude des grades et rituels des loges d'adoption. Quant à l'initiation des premières francs-maçonnes, Elizabeth Aldworth St Leger et Mrs Beaton, je n'y reviendrai pas ici.

    (2) C'est ce qui explique, par exemple, qu'un journaliste d'un grand hebdomadaire français - jamais en retard dès lors qu'il s'agit de proférer des énormités sur la franc-maçonnerie qu'il ne connaît d'ailleurs que de façon livresque et polémique - a cru malin d'écrire récemment : "Le machisme ordinaire est si présent en loge, dans la bouche ou le comportement de frères de base ou de certains grands maîtres." On peut se demander comment ce monsieur, profane de surcroît, est capable de mesurer le "machisme ordinaire" en loge et d'y apporter une appréciation. 

    (3) Il y a pourtant de nombreuses figures féminines mythiques qui n'ont rien à envier à la figure tutélaire d’un Hiram. Je songe à Pénélope, à Ariane, à Médée, à Hélène, à Nausicaa, etc. ou bien, si l’on tient à rester dans un cadre biblique, Eve, Myriam, Sarah ou Ruth ou encore Vasthi l’insoumise.