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hillary clinton

  • Les Grandes Loges américaines après l'élection

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    Le 14 mars dernier, je consacrais une longue note sur la politique d'ostracisme à l'égard des homosexuels menées par certaines Grandes Loges américaines. J'écrivais à l'époque :

    « A votre avis, pour qui le maçon (blanc) moyen de ces deux Etats a-t-il voté ? J'ai une petite idée que je vous livre brute de décoffrage : pour un excité grossier, vulgaire et raciste aux cheveux jaunes et plein de pognon. Le maçon (afro-américain) moyen, lui, a probablement voté Clinton même s'il peut rester sentimentalement attaché au parti républicain pour des raisons historiques (Abraham Lincoln, le célèbre président abolitionniste, fut membre du parti républicain). Comment voulez-vous, dans une telle configuration politique, que les Grandes Loges de Géorgie et du Tennessee se remettent en question ? C'est à mon avis difficile à envisager. Ces dernières doivent bien se moquer des ruptures annoncées. Ces obédiences reflètent les mentalités locales. Et encore quand je dis « locales », il faut avoir présent à l'esprit que le Tennessee est plus vaste que le Portugal. La Géorgie est plus grande que la Grèce ! Les Grandes Loges de Washington  DC et de Californie, qui ont annoncé la rupture de leurs relations, sont distantes respectivement de 1000 et 3500 km environ ! Pour prendre une comparaison, il y a plus de distance entre Atlanta (capitale de la Géorgie) et Sacramento (capitale de la Californie) qu'entre Paris et Moscou ou Paris et Istanbul ! Ce sont des échelles que nous, européens et Français, avons bien du mal à nous représenter. C'est vous dire aussi le peu d'impact que peuvent avoir nos indignations outre-Atlantique...C'est la raison pour laquelle je ne crois pas que nous sommes en train d'assister à un « ouragan maçonnique » comme Roger Dachez a pu le prétendre en novembre dernier, mais plutôt à une tempête dans un verre d'eau. Je m'avance peut-être un peu trop, mais je pense qu'il est impossible d'anticiper la suite des événements tant que l'élection présidentielle n'est pas achevée et que les tensions politiques ne sont pas un peu retombées. De toute façon, je ne m'attends pas à une révolution dans les pratiques maçonniques des deux obédiences mises à l'index. »

    Depuis, les Grandes Loges concernées n'ont pas changé d'avis. Sans surprise, ces obédiences maçonniques sont celles d'Etats où l'on a massivement voté en faveur de Trump.

    Fin octobre, la Grande Loge de Californie a confirmé la suspension de ses relations avec les Grandes Loges du Tennessee et de Géorgie. Il est intéressant de remarquer que la Californie fait partie des Etats où Mme Hillary Clinton, la candidate démocrate, est arrivée en tête.

    La fin de la campagne électorale va-t-elle favoriser la normalisation de la situation entre les Grandes Loges américaines ? Difficile de le dire. A titre personnel, je pense que oui. La realpolitik a de fortes chances de reprendre le dessus. C'est pour cette raison que j'ai parlé de tempête dans un verre d'eau.

    Ce qui est certain en revanche, c'est que les Grandes Loges mises à l'index seront sans doute confortées le résultat du scrutin.

  • Un monde s'effondre devant nos yeux

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    2946435243.jpgLe 3 mars dernier, je posais la question « Et si Trump l'emportait ? » :

    « A force d'être focalisés sur les débats franco-français (crise de l'agriculture, présence des migrants à Calais, multiples critiques du gouvernement et de son projet de réforme du code du travail, primaires à droite, montée du FN, etc.), j'ai l'impression que notre pays passe à côté d'un phénomène dont l'onde de choc, si elle se produit, sera infiniment plus importante que tous les problèmes hexagonaux réunis. Ce phénomène, c'est la victoire éventuelle de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine en novembre prochain. »

    9 novembre. Nous y sommes. La démocratie a parlé. Donald Trump l'a emporté contre toute attente. Le pire est désormais devant nous. Les Etats-Unis d'Amérique vont avoir pour président un provocateur démagogue, raciste et incontrôlable.

    Comment la société américaine va-t-elle bien pouvoir surmonter une campagne électorale aussi clivante ?

    Le monde entre dans une période des plus incertaines comme l'a noté cette nuit M. Gérard Araud, ambassadeur de France aux Etats-Unis sur son compte personnel twitter (il semble que le diplomate ait depuis effacé son twitt) :

    Vertige... C'est bien le mot...

  • Franc-Maçonnerie et Homosexualité aux Etats-Unis

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    georgia-bans-gay-masons-300x162.jpgLa décision des Grandes Loges de Géorgie et du Tennessee affirmant l'incompatibilité entre l'homosexualité et l'appartenance maçonnique a incité certaines Grandes Loges à rompre leurs relations fraternelles. C'est le cas, à ce jour, des Grandes Loges de Washington DC et de Californie et, en Europe, de la microscopique Grande Loge Régulière de Belgique. Il y en aura peut-être d'autres à l'avenir. Ces ruptures interviennent dans un contexte très particulier qu'il convient de rappeler sous peine, me semble-t-il, de ne rien comprendre à ce qui se passe outre-Atlantique.

    1°) LCour suprême des États-Unis a rendu, le 26 juin 2015, une décision historique aux termes de laquelle elle a jugé que la Constitution fédérale garantissait aux personnes de même sexe le droit de pouvoir se marier. En d'autres termes, l'élargissement du mariage aux personnes de même sexe est devenu désormais un droit constitutionnel. Ce droit a vocation à être reconnu dans tous les Etats américains, y compris dans la très conservatrice Géorgie. Cet arrêt historique, notamment dans ses répercussions sur les pratiques maçonniques de certaines juridictions, a fait l'objet d'une analyse intéressante des Frères Jon Ruark et Jason Richards.

    2°) En octobre 2015, les Grandes Loges de Géorgie et du Tennessee, par l'intermédiaire de leurs Grands Maîtres, ont exprimé des positions homophobes aujourd'hui dénoncées. Le Grand Maître de la Grande Loge de Géorgie a dit que l'homosexualité était un pêché. Le Grand Maître de la Grande Loge du Tennessee a viré un couple de frères gays. Quoi  qu'il en soit, on est dans « la finesse » et « l'intelligence » (je mets des guillemets car tous les lecteurs ne comprennent pas l'ironie).

    3°) Nous sommes en pleine campagne des primaires pour la désignation des candidats à la présidence des Etats-Unis d'Amérique. C'est une des plus violentes primaires depuis des décennies. On assiste à une radicalisation du discours politique aussi bien à gauche (Bernie Sanders) qu'à droite (Donald Trump en particulier).

    4°) Le 13 février 2016, la mort soudaine d'Antonin Scalia, juge ultraconservateur à la Cour suprême des Etats-Unis d'Amérique a crispé un peu plus la campagne des primaires. La plus haute juridiction peut pencher désormais du côté des juges progressistes si toutefois le président Barack Obama nomme un nouveau juge inamovible avant l'élection présidentielle de novembre prochain. Les conservateurs américains, notamment les fondamentalistes chrétiens hostiles à l'Etat fédéral, voient évidemment dans ce basculement un péril mortel pour « les valeurs de l'Amérique éternelle ». 

    5°) Les résultats des primaires en Géorgie et au Tennessee valent mieux qu'un long discours et montrent à quel point ces deux Etats sont politiquement homogènes et ultraconservateurs (les gouverneurs et les sénateurs y sont tous républicains ; la majorité à la chambre de ces deux Etats y est nettement républicaine). Les républicains drainent les électeurs (1 275 601 en Géorgie, 834 939 au Tennessee). Trump est le grand gagnant, Bush a fait moins de 5%. L'escroc raciste David Duke, ancien dirigeant du Ku Klux Klan, a d'ailleurs officiellement apporté son soutien au turbulent milliardaire. Les démocrates ont moins mobilisé (757 340 en Géorgie et 365 637 au Tennessee) mais ont largement désigné Hillary Clinton. Je vous passe les détails des chiffres parce que les primaires sont un processus complexe. Le nombre de délégués n’est pas égal dans tous les Etats et varie selon les partis. Idem du mode de scrutin.

     

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    A votre avis, pour qui le maçon (blanc) moyen de ces deux Etats a-t-il voté ? J'ai une petite idée que je vous livre brute de décoffrage : pour un excité grossier, vulgaire et raciste aux cheveux jaunes et plein de pognon. Le maçon (afro-américain) moyen, lui, a probablement voté Clinton même s'il peut rester sentimentalement attaché au parti républicain pour des raisons historiques (Abraham Lincoln, le célèbre président abolitionniste, fut membre du parti républicain). Comment voulez-vous, dans une telle configuration politique, que les Grandes Loges de Géorgie et du Tennessee se remettent en question ? C'est à mon avis difficile à envisager. Ces dernières doivent bien se moquer des ruptures annoncées. Ces obédiences reflètent les mentalités locales. Et encore quand je dis « locales », il faut avoir présent à l'esprit que le Tennessee est plus vaste que le Portugal. La Géorgie est plus grande que la Grèce ! Les Grandes Loges de Washington  DC et de Californie, qui ont annoncé la rupture de leurs relations, sont distantes respectivement de 1000 et 3500 km environ ! Pour prendre une comparaison, il y a plus de distance entre Atlanta (capitale de la Géorgie) et Sacramento (capitale de la Californie) qu'entre Paris et Moscou ou Paris et Istanbul ! Ce sont des échelles que nous, européens et Français, avons bien du mal à nous représenter. C'est vous dire aussi le peu d'impact que peuvent avoir nos indignations outre-Atlantique...

    C'est la raison pour laquelle je ne crois pas que nous sommes en train d'assister à un « ouragan maçonnique » comme Roger Dachez a pu le prétendre en novembre dernier, mais plutôt à une tempête dans un verre d'eau. Je m'avance peut-être un peu trop, mais je pense qu'il est impossible d'anticiper la suite des événements tant que l'élection présidentielle n'est pas achevée et que les tensions politiques ne sont pas un peu retombées. De toute façon, je ne m'attends pas à une révolution dans les pratiques maçonniques des deux obédiences mises à l'index.

    Pourquoi ?

    Parce que la position des Grandes Loges du Tennessee et de la Géorgie, aussi scandaleuse soit-elle, exprime probablement une composition sociologique majoritairement blanche, vieille, religieuse, conservatrice, raciste et homophobe. Je précise que je ne suis pas dans la caricature sinon comment expliquer que les deux grands maîtres concernés aient pris le risque d'exprimer un tel rejet des homosexuels ? Il ne me semble pas non plus que ces deux Grandes Loges soient secouées en ce moment par des protestations internes particulières. Il n'y a guère de surprise dans de telles structures. Je vais prendre un exemple pour qu'on comprenne mieux. Si vous prenez une loge majoritairement composée de cons, il ne faut pas s'attendre à un miracle : vous aurez tout simplement affaire à une loge de cons. Le miracle ne pourrait éventuellement survenir que si ses membres décidaient éventuellement de prendre enfin l'initiation au sérieux en remettant en cause leurs opinions et leurs certitudes ou en les confrontant aux valeurs maçonniques. Autrement dit : en travaillant sur eux-mêmes dans un esprit de tolérance et d'ouverture. On peut rêver. Après tout la maçonnerie n'enseigne-t-elle pas que tous les hommes sont perfectibles pourvu qu'ils le veuillent ?

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    Après les considérations politiques et sociologiques, il faut à présent parler des aspects juridiques. Je ne connais pas le droit américain fédéral et encore moins le droit de la Géorgie et du Tennessee. Je raisonne en droit français. Juridiquement, une obédience maçonnique est une association. Le contrat d’association comporte une sorte d’affectio societatis qui laisse les membres libres de se choisir. Une association, qui plus est si elle est « fermée » (c'est-à-dire lorsque l'adhésion ne peut pas  être spontanée et doit être préalablement acceptée par les membres), a le droit de refuser discrétionnairement telle ou telle adhésion. On pourrait objecter que le refus d’adhésion est impossible s'il traduit une discrimination prohibée par la loi. Or je ne vois pas comment on pourrait contraindre une association à accepter des personnes dont elle ne veut pas sans porter atteinte à la liberté d'association elle-même. Ne serait-il pas saugrenu, en effet, de forcer, au nom de la lutte contre les discriminations, l'adhésion d'un membre qui ne respecterait pas les critères déterminés a priori par l'association ? Imagine-t-on forcer judiciairement l'adhésion de pêcheurs à une association de chasse ou des extrémistes de droite à une association de défense des droits de l'homme ou encore des athées à une association cultuelle ? Non évidemment.

    En réalité, la difficulté n'est pas dans le contrôle judiciaire des adhésions. Elle réside plutôt dans le contrôle judiciaire des exclusions. La liberté d’adhésion implique en effet la liberté de demeurer associé. Une obédience peut donc juridiquement interdire l'adhésion de certaines catégories de personne. C'est d'ailleurs déjà le cas. Pensons aux obédiences non mixtes ou bien à celles qui n'acceptent pas les athées, les extrémistes, les racistes, les antisémites, etc. En revanche, une obédience peut plus difficilement exclure des catégories de personnes déjà présentes en son sein. En clair, une obédience pourrait réglementairement affirmer l'incompatibilité entre la qualité maçonnique et les penchants homosexuels sauf si elle compte déjà des homosexuels parmi ses membres. C'est à ce niveau là que les obédiences de Géorgie et du Tennessee ont éventuellement du souci à se faire. C'est à ce niveau là qu'elles pourraient être assignées devant les tribunaux par certains de leurs membres exclus. Mais quel franc-maçon homosexuel de Géorgie ou du Tennessee sera prêt à se battre publiquement sur le terrain judiciaire face à des obédiences qui ne veulent pas de lui ? Par conséquent, même si une décision de justice lui donne gain de cause, quelle pression hostile s'abattra sur le franc-maçon réintégré ? Il est facile d'imaginer l'ambiance à son retour. Par conséquent, le changement ne pourra survenir que si les obédiences concernées prennent conscience qu'il est grand temps pour elles de réviser leur position pour être en phase avec les évolutions de la société. Et si cette nécessité de changement interne se manifeste, ce processus prendra inévitablement du temps.

  • Et si Trump l'emportait ?

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    Monde, Paix, Danger, etats-unis d'amérique, Donald Trump, Hillary Clinton, Barack Obama, Démocratie, Femmes, FascismeA force d'être focalisés sur les débats franco-français (crise de l'agriculture, présence des migrants à Calais, multiples critiques du gouvernement et de son projet de réforme du code du travail, primaires à droite, montée du FN, etc.), j'ai l'impression que notre pays passe à côté d'un phénomène dont l'onde de choc, si elle se produit, sera infiniment plus importante que tous les problèmes hexagonaux réunis.

    Ce phénomène, c'est la victoire éventuelle de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine en novembre prochain. Certes, nous n'en sommes qu'aux primaires. Les jeux ne sont pas encore faits. Beaucoup de choses peuvent se passer d'ici là. Cependant, force est de constater que ce qui n'apparaissait, hier encore, que comme une hypothèse des plus improbables, est en train, progressivement, de se confirmer. Il n'est pas incongru, désormais, d'envisager sérieusement que Trump soit le candidat du parti républicain à la Maison Blanche et qu'il ait de sérieuses chances de l'emporter.

    La vie politique américaine nous a habitués aux surprises et aux hommes inattendus. Je me souviens ainsi parfaitement de la première que j'ai entendu parler de Barack Obama dans les médias français. Ce devait être en 2007, quelques mois avant le lancement des primaires pour l'élection présidentielle de 2008. A l'époque, personne n'avait vu arriver cet homme à la quarantaine élégante, totalement inconnu en France. Il était évident, pour une majorité de commentateurs de l'époque, que sa couleur de peau et ses origines kényanes ne lui donnaient absolument aucune chance. Pour beaucoup, la candidature du sénateur Obama n'était qu'une candidature de témoignage comme le fut celle du pasteur Jesse Jackson. On a vu la suite...

    Fort de ce précédent, une victoire de Donald Trump est donc tout à fait possible si toutefois le parti républicain ne décide pas de l'écarter en regroupant les suffrages des délégués des autres candidats républicains en lice aux primaires. En effet, l'homme fait très peur y compris au sein de son propre parti ! Ce qui est paradoxal mais au fond parfaitement logique compte tenu des prises de position du turbulent milliardaire mégalomane. Je n'ai pas besoin de revenir sur ses déclarations publiques. Sa présence à la Maison Blanche serait assurément un cauchemar, une menace directe pour la paix du monde ainsi que la promesse d'une déstabilisation inquiétante et rapide du continent américain (son projet de mur à la frontière mexicaine est aussi délirant que le mur construit en Israël). Et je ne parle pas des conséquences sur les relations internationales, notamment avec les pays musulmans, qui risquent même de nous faire regretter Georges W. Bush. C'est dire... Autant remettre le destin du monde dans les mains d'un dangereux malade mental. Cela aurait le même effet. 

    Pour l'instant, j'ai le sentiment que nous vivons dans l'illusion que tout candidat démocrate sera en mesure de l'emporter face à Trump. Il semble, au moment où j'écris ces lignes, que Mme Hillary Clinton soit de loin la mieux placée. Oui mais Clinton est une femme. Et les préjugés machistes, y compris venant de la part d'autres femmes, ont la vie dure. Même aux Etats-Unis d'Amérique. En France, nous en savons aussi quelque chose alors que nous nous targuons abusivement de vivre dans le pays des droits de l'homme. Les femmes politiques font souvent l'objet de procès en incompétence et en faiblesse. Dès lors, même si les sondages paraissent favorables à Hillary Clinton, gageons que Donald Trump, s'il est désigné candidat du parti républicain, ne se gênera pas pour exciter les plus bas instincts et les préjugés les plus sexistes et mettre en doute les compétences de son adversaire. Ce grand malade égocentrique n'en est pas à une énormité près.

    Comment ne pas être inquiet de ce qui est en train de se passer de l'autre côté de l'Atlantique ?