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haine

  • La République et les Généraux

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    J'ai consacré plusieurs notes à l'affaire des fiches. J'ai montré quelles avaient été les motivations du ministère Combes, soucieux de s'assurer de la loyauté de l'armée à l'égard des institutions républicaines. L'armée, empêtrée dans l'affaire Dreyfus, donnait en effet des signes inquiétants. Les commissions de classement, aux mains des officiers cléricaux et monarchistes, avaient tendance à défavoriser l'avancement des officiers aux convictions républicaines trop prononcées. L'affaire des fiches, dérisoire à bien des égards, est donc née de la volonté des pouvoirs publics de défendre activement la République menacée par les nationalistes réactionnaires.

    Les pouvoirs publics ont également connu des inquiétudes similaires lors du putsch des généraux le 21 avril 1961 à Alger. Souvenez-vous. C'était le fameux quarteron de généraux en retraite fustigé par le général De Gaulle à la télévision. 

    En 2016, les papis étoilés font à nouveau parler d'eux (ou plutôt leurs fils spirituels) depuis que le général Christian Picquemal a participé à une manifestation interdite organisée à Calais par Pegida, un mouvement d'extrême droite raciste et xénophobe. Le vieux général de 75 ans a fait depuis amende honorable. Il a déclaré ne pas être solidaire de Pegida mais simplement inquiet du déferlement migratoire qui s'est abattu sur la France. Il est donc allé à Calais à l'insu de son plein gré. C'est vraiment trop bête. Si Picquemal était venu un autre jour il aurait pu se retrouver au milieu d'une manifestation de soutien aux migrants, lesquels - c'est évident - sont dans le Nord Pas-de-Calais uniquement pour le plaisir et la météo clémente et peut-être aussi parce qu'ils ont voulu toucher du doigt le bonheur simple et naïf filmé par Dany Boon dans "Bienvenue chez les Ch'tis", ce chef d'oeuvre impérissable du septième art hexagonal. Bref, j'ai la curieuse impression que l'ancien militaire prend les citoyens pour des cons.

    Depuis son hasardeuse escapade nordiste, le général Picquemal fait des émules. D'un seul côté de l'échiquier politique bien entendu. En effet, l'extrême droite s'en donne à coeur joie sur les réseaux sociaux. Du FN à Sa Béatitude Jean Solis. Tous y vont de leur couplet de soutien au brave général. On voit même d'autres militaires diffuser des communiqués consternants comme celui, par exemple, d'un ancien officier dont le patronyme fleure bon le terroir de chez nous : le général Antoine Martinez. Vous pourrez lire sa prose au bas de cette note. Il y a donc de quoi s'inquiéter devant ce déferlement d'inepties et de haine provenant d'anciens militaires se drapant volontiers dans une "certaine idée de la France" pour reprendre à nouveau une terminologie gaullienne qui ne veut rien dire.

    J'invite également le lecteur à lire ci-dessous la prise de position du général Jean-René Bachelet qui circule dans la communauté militaire et qui a été relayée par M. Jean-Dominique Merchet, blogueur à l'Opinion (organe de presse conservateur) et spécialiste bien connu des questions militaires. Le constat de Bachelet est sévère et piquant à l'encontre du général Picquemal. Bachelet craint que l'initiative de Picquemal, qu'il qualifie de stupide et de contre-productive, ne desserve l'armée et nourrisse la méfiance à son égard. Il a raison. Son constat, lucide et mesuré, ne peut qu'inquiéter et interroger tous les républicains attachés aux droits sacrés de la personne humaine, de nationalité française ou étrangère, et aux libertés publiques dans notre beau pays de France. Il est primordial que les institutions puissent avoir pleinement confiance en l'armée (uniquement professionnelle depuis vingt ans) et en l'éthique militaire de ses chefs. Ce qui est évidemment le cas (cf. les nombreuses opérations extérieures et l'appui logistique que l'armée française apporte aux ONG humanitaires dans le monde).

    Pourtant, quand on voit ce spectacle affligeant donné par d'anciens officiers de nos armées, on doit reconnaître que les pouvoirs publics de la troisième République étaient quand même d'une indécrottable lucidité. Ceux de la cinquième feraient donc mieux, à mon avis, d'ouvrir les yeux attentivement.

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    Communiqué Général Antoine Martinez 09.02.2016.pdf

    Position du général Jean-René Bachelet.pdf

  • Faiblesses occultes

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    Je viens d'achever la lecture d'un article passionnant de Denis Andro sur Jean Marquès-Rivière (1903-2000) qui fut, en 1943, le scénariste du célèbre film antimaçonnique « Forces Occultes » (*). Denis Andro analyse le parcours sinueux d'un homme torturé, passé brièvement par la franc-maçonnerie avant de la combattre avec virulence (Marquès-Rivière aurait été membre de la loge Théba de la Grande Loge de France comme René Guénon d'ailleurs).

    En 1930, Jean Marquès-Rivière a une « crise » manifestement retentissante. Voici ce que Denis Andro écrit à ce sujet :

    « Certains historiens de l'occultisme et de l'ésotérisme décrivent cette crise comme le résultat d'un rituel tantrique qui aurait abouti à une forme d'obsession (pour reprendre ici un terme spirite) par une entité du monde intermédiaire. Selon un spécialiste du sivaïsme que nous avons consulté à ce propos, il s'agirait plutôt d'une expression de perturbations psychologiques. Remettons cette crise en en perspective.

    On peut observer que plusieurs protagonistes proches durant cette période de Marquès-Rivière, comme Guénon, traversent également une période de crise personnelle qui se traduit notamment par l'expression de troubles qui seraient dus à des attaques de la « contre-initiation » ; ce milieu est par ailleurs clivé par un conflit entre les « deux tradition », orientale et occidentale : ainsi Tamos – Georges Thomas (1886-1966), responsable du Voile d'Isis, ancien de la Société Théosophique et « protecteur » psychique de Guénon, a à présent un questionnement anti-oriental auquel va momentanément se rallier Marquès-Rivière – qui va chercher un dénouement de sa crise à travers le grand exorciste de l'archidiocèse de Paris Joseph de Tonquédec et le retour au catholicisme.

    Il convient de relever le rôle décisif des croyances en des attaques magiques chez ces hommes ; il mérite sans doute d'être examiné de près, comme un liant entre acteurs de ce domaine mais aussi comme un « langage » à travers lequel s'expriment les conflits – un peu comme dans les sociétés traditionnelles étudiées par les ethnologues. »

    Personnellement, je crois que « le rôle décisif des croyances en des attaques magiques » mérite d'être examiné plutôt sous l'angle de la psychiatrie que de l'ethnologie (je ne suis d'ailleurs pas étonné de noter la présence du nocif René Guénon). En effet, j'ai l'impression que Denis Andro prend un luxe de précautions pour décrire ce qui s'apparente vraisemblablement à un délire paranoïaque. Il me semble évident que Marquès-Rivière avait une condition délirante qui l'a amené à se croire persécuté. Et ce n'est pas un hasard, à mon avis, si la défaite de 1940 et l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, lui ont permis d'exprimer sa psychose à l'échelle du pays tout entier, notamment au travers de sa dénonciation obsessionnelle et irrationnelle du fameux complot judéo-maçonnique. Cette dénonciation lui a permis de se poser en victime déresponsabilisée de ses actes et de ses paroles (l'homme a d'ailleurs fui la France pour échapper à la justice). Comment un tel individu, déjà très atteint psychologiquement, n'aurait-il pas vacillé dans un contexte de guerre et d'intenses bouleversements géopolitiques ?

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    (*) Denis Andro, Faiblesses occultes. Les incarnations politiques et spirituelles de Jean Marquès-Rivière, Chroniques d'Histoire Maçonnique, n°67, année 2011. A commander chez Conform Edition.

     
    jean marquès-rivière,collabo,antimaçonnisme,psychiatrie,haine,rené guénon,fascisme,denis andro,histoireEn 1943, le film « Forces occultes » sort sur les écrans. Le scénario de ce moyen-métrage de cinquante minutes a été réalisé par deux anciens francs-maçons  : Jean Marquès-Rivière et Jean Mamy (sous le pseudonyme de Paul Riche). Ces hommes se sont tournés du côté des nazis dès 1941 et se sont dépensés sans compter pour éliminer toute résistance au régime vichyste. Marquès-Rivière fuit la France dès la fin de la guerre sentant que ses positions ne lui éviteraient pas la peine capitale. En effet, il fut condamné à mort par contumace. Mamy, lui, a été fusillé en 1949. Marquès-Rivière présenta le film au public parisien le 9 mars 1943. Il vilipenda les Juifs et les francs-maçons dans des termes odieux : « Il est pitoyable que la mémoire si courte des Français leur ait déjà fait oublier les causes profondes de la situation présente. Car, enfin, qui dirigeait le régime pourri qui a ruiné et ensanglanté la France, qui en formait les cadres permanents et reconnus, sinon la Maçonnerie, paravent commode de la juiverie internationale ? » Tant de haine jetée sur les francs-maçons ne fut pas sans conséquence. Le bilan des persécutions a été lourd car sur les soixante mille francs-maçons fichés par la police de Vichy, six mille ont été inquiétés et près de mille ont été déportés dans les camps de concentration ou fusillés.
  • Les idéologues du rejet

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    Les idéologues du rejet cultivent le ressentiment et chacun sait que le ressentiment est la matrice des haines les plus tenaces et les plus recuites. Ils n'ont jamais pardonné 1789 et le renversement de l'ordre ancien.

    Leur ressentiment s'exprime à l’égard de la République, du parlementarisme, du capitalisme (générateur de socialisme en réponse), du cosmopolitisme, des juifs, des noirs, des arabes, des homosexuels, des protestants, des musulmans, des francs-maçons, etc. (liste non exhaustive).

    Cette contre culture politique s’est exprimée avec, en son sein, des trajectoires singulières d’individus plus ou moins opportunistes, plus ou moins violents, plus ou moins travaillés par la haine de l'autre et le sens grandiose de leur personne.

    Tous ces idéologues du rejet ont vécu dans la hantise du complot et de ceux qu’ils devaient démasquer. Ils n’ont fait que mettre en pratique ce que le F∴ Joseph de Maistre (eh oui... un maçon ultramontain, réactionnaire et surtout maniaco-dépressif) avait écrit d’une plume hallucinée dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg : « LE REMEDE DU DESORDRE SERA LA DOULEUR ».

    Selon eux, la rédemption devait donc passer par l’épée, par le retour musclé de l’ordre social voulu par Dieu parce qu’il avait été sacrilège de le remplacer par une « République […] née de la fermentation putride de tous les crimes amoncelés » (toujours la prose de ce bon Joseph en exil quand il était dans ses phases maniaques).

    Depuis les années 1790, les contempteurs de la République sont préparés à en découdre. Ils se sont mutuellement encouragés par leurs livres, leurs libelles. Un grand nombre été dans l'attente frénétique d’une restauration intégrale de l’ancien régime. D'autres ont imaginé des voies nouvelles : le fascisme et le national-socialisme.

    Avec le progrès de la technique, les idéologues ont abandonné l'épée et ont opté naturellement pour l'efficacité des flingues, des schlagues, des grenades.

    La défaite en 1940 a été pour eux « la divine surprise » et l’occasion inespérée de mettre en pratique ce que leur éducation et leurs maîtres leur avaient appris depuis plus de 150 ans. Ils ont pu enfin exclure, ostraciser, déporter, tuer et modeler le pays en fonction de leurs obsessions tout en léchant les bottes de l'occupant nazi.

    Puis, ils ont perdu en 1945. Certains ont été fusillés. Certaines ont été tondues. L'indignité nationale en a flétri d'autres. Beaucoup, en réalité, s'en sont tirés en faisant le gros dos, en se taisant prudemment, ou tout simplement, en ayant pu bénéficier d'une clémence des autorités dictée par les impératifs politiques de la réconciliation nationale.

    Nos idéologues du rejet ont malgré tout pu poursuivre leur oeuvre de haine progressivement. D'abord dans la confidentialité. Puis à nouveau au grand jour. Et de façon plus marquée en faisant brutalement irruption sur la scène politique lors des élections européennes de 1984.

    Nos idéologues ont inévitablement fait des petits. Certains d'entre eux se glorifient de pisser ou d'arracher aux petites heures de la nuit les arbres de la laïcité ou de la liberté. On a le courage que l'on peut.

    Ils tentent aujourd'hui de reconstruire l'Histoire en dénaturant les faits, en les niant purement et simplement et en se présentant comme les victimes du système. Ils prospèrent en fait sur l'oubli du plus grand nombre et sur l'instrumentalisation de toutes les peurs. Ils tentent d'habiller leur idéologie poussiéreuse d'habits neufs. Ils se veulent modernes alors qu'ils sont vieux. Ils se présentent sous un jour avenant dans les médias alors qu'ils n'attendent en réalité que le moment propice pour à nouveau reléguer, exclure, déporter et massacrer au nom de l'ordre naturel des choses, au nom de leur médiocrité, au nom d'une France fantasmée et ethniquement pure.