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  • Le Grand Orient de Belgique et la protection royale au dix-neuvième siècle

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    leopold.jpgLa loge bruxelloise Les Vrais Amis de l'Union, satisfaisant au désir exprimé par son chapitre, et s'autorisant de son titre d'ancienneté, a invité par une planche circulaire du 10 janvier 1831, les quatre loges de Bruxelles à se réunir le 27 du même mois afin de jeter les bases d'un Grand Orient de Belgique. Le processus de création a duré deux ans, le temps que la Belgique consolide sa souveraineté proclamée le 4 octobre 1830, que le roi prête serment le 21 juillet 1831 et que les loges se mettent d'accord sur des statuts et des principes de fonctionnement.

    Le 23 février 1833, treize loges entérinent les statuts et approuvent les travaux de la Grande Loge d'Administration des Provinces Méridionales des Pays-Bas, laquelle déclare se constituer en Grand Orient de Belgique. Cette tenue de consécration du Grand Orient de Belgique a eu lieu sous la protection spéciale de Léopold, roi des Belges conformément à l'article 15 des statuts. Très rapidement, la question s'est posée de confier la grande maîtrise au roi. Les partisans de cette idée, notamment le baron Jean-Marie Defrenne, faisaient valoir que l'influence royale avait été déterminante dans la fondation du Grand Orient de Belgique. Ils soulignaient également l'appartenance maçonnique de Léopold initié en 1813, à Berne (Suisse) au sein de la loge Zur Hoffnung. En fait ce point est discuté depuis longtemps car en 1813, Léopold était en Russie et servait dans l'armée du Tsar Alexandre Ier. En réalité, on ignore si Léopold de Saxe-Cobourg fut réellement initié dans une loge juste ou parfaite ou bien s'il a reçu les mots, signes et attouchements maçonniques par simple communication.

    Toujours est-il que d'autres ateliers fondateurs étaient beaucoup plus réticents au projet de confier la grande maîtrise au roi. Ces ateliers redoutaient un assujettissement de la franc-maçonnerie belge. Les premiers mois de vie du Grand Orient de Belgique furent donc marqués par d'inévitables tergiversations sur l'importance du choix à faire et de ses répercussions sur les destinées de l'Ordre maçonnique. Le frère André Trumper, Grand Hospitalier adjoint du Grand Orient de Belgique et membre des Amis Philanthropes, a parfaitement résumé l'état d'esprit qui régnait alors au sein de la maçonnerie belge. Lors de la fête solsticiale de sa loge, il déclara (cité in Le Maillon n°9 et 10, revue de liaison de la loge L'Amitié Victor Bohet, mai 1983, p. 9 et suivantes) :

    « Pour consolider notre ouvrage, pour que le Grand Orient ait de l'avenir, pour se prémunir des orages qui apparaissent parfois à l'horizon, il faut nécessairement qu'il soit constamment en dehors de toute influence politique ; il faut donc que les crises sociales, les commotions populaires ne puissent pas en atteindre la sommité et pour parvenir à ce but, à qui la présidence sera confiée, ne soit pas lui-même un homme politique, c'est-à-dire n'appartienne d'aucune manière à la dynastie régnante. Si le Grand Orient a accepté la protection du pouvoir, il n'a pas pour cela abdiqué cette indépendance dont nous sommes si fiers et si jaloux. »

    Puis faisant directement allusion au roi Léopold, Trumper de poursuivre :

    « D'ailleurs, ce qui doit être un apaisement pour la conscience des bons maçons (...), c'est que le Chef de l'Etat, maçon lui-même, n'entend par protection, que de concourir avec les maçons belges à la propagation des lumières et à répandre avec eux ses bienfaits. C'est aussi dans ce sens que cette protection a été entendue et acceptée par le Grand Orient. Au reste, mes frères, si, déçus dans notre attente, n'était plus qu'une domination, une dictature, les officiers du Grand Orient sauraient secouer, répudier une protection dégénérée. »

    Un compromis fut donc trouvé pour surmonter ce problème délicat. On décida de ne point confier la grande maîtrise au roi Léopold. En contrepartie, le principe de la protection royale fut confirmé. Le souverain parut s'en accommoder. De religion protestante, celui-ci avait le désir de se ménager le soutien de l'Eglise catholique romaine et de la majorité de ses sujets.

    Cependant, ce compromis ne mit pas immédiatement un terme aux discussions. A qui confier la direction du Grand Orient ? Le choix se porta d'abord sur le frère Alexandre Gendebien qui fut l'un des artisans de l'indépendance belge en étant parvenu à réconcilier les catholiques et les libéraux contre la Hollande. Mais cette solution ne fut pas retenue. Le Palais y était défavorable. Gendebien, en effet, avait soutenu la candidature du duc de Nemours au trône de Belgique. Il fallut donc trouver une autre solution. Des avances furent alors faites à Théophile Fallon, vénérable de la loge de Namur et premier président de la Cour des comptes, mais elles se heurtèrent au refus de l'intéressé. Il est fort possible que Fallon n'ait pas voulu gêner la carrière politique de son frère Isidore, vice-président de la Chambre des Représentants et membre du parti catholique.

    Finalement, le choix final se porta sur le baron Goswin de Stassart, président du Sénat et Gouverneur du Brabant. Son élection fut entérinée lors de la tenue du Grand Orient en date du 30 mars 1835. Stassart accepta sans enthousiasme la fonction. Il ne l'assuma que parce que le roi Léopold y était favorable. Il écrira plus tard (cité in Le Maillon n°9 et 10, op.cit., p. 11) :

    « Par un dévouement patriotique dont on m'a su peu gré, j'avais accepté cette position, mais sur les instances du roi Léopold, afin de mettre un terme aux relations établies avec l'orient de La Haye, dirigé par le prince Frédéric, non sans quelque danger pour la Belgique renaissante. »

    Léopold I, Belgique, GOB, Goswin de Stassart, Théodore Verhaegen,Le roi témoigna en effet sa satisfaction de voir Stassart élu. Il s'associa aux oeuvres de bienfaisance du Grand Orient de Belgique en remettant au frère Defrenne, Grand Premier Surveillant de l'Obédience, la somme de mille francs. Dans les faits cependant, Stassart confia très vite la direction du Grand Orient de Belgique à un représentant particulier : le libéral Théodore Verhaegen connu pour avoir fondé l'Université Libre de Bruxelles (cf. John Bartier, Laïcité et franc-maçonnerie, études rassemblées et publiées par Guy Cambier, Bruxelles, Éditions de l'Université Libre de Bruxelles, 1981).  Stassart fut bien inspiré de le faire car il subit très rapidement les violentes attaques de l'Eglise belge. Dès 1837, Stassart fut confronté à la circulaire des évêques de Belgique interdisant la fréquentation des loges maçonniques aux catholiques. Stassart décida de ne pas s'y soumettre compte tenu de ses responsabilités maçonniques (on comprend mieux la prudence dont fit preuve Théophile Fallon). Il perdit la présidence du Sénat et ne put réintégrer la Haute assemblée qu'avec le soutien du parti libéral en 1839. Il dut néanmoins se résoudre à quitter ses fonctions de Grand Maître en 1841 et à se faire remplacer par Eugène Defacqz, premier président de la Cour de cassation.

    En fait, on se se rend compte que la monarchie a habilement joué sur tous les tableaux pour consolider son ancrage au sein du jeune Etat belge. Elle a su se mettre ainsi dans le sillage de la franc-maçonnerie et du parti libéral quand elle y a vu son intérêt tout en se ménageant utilement le soutien de l'Eglise et du parti catholique quand cela s'est avéré nécessaire. Le Palais royal a promis sa protection à l'ensemble des forces politiques, philosophiques et religieuses du pays.

  • A la recherche du GOB

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    GOB, Belgique, franc-maçonnerie, ego, bruxelles,Je dois beaucoup à la franc-maçonnerie belge que j'ai activement fréquentée de 1994 à 2005. J'en conserve des amitiés, de nombreux souvenirs et, surtout, un certain état d'esprit d'indépendance et de recherche (j'y reviendrai). Je me souviens en particulier de la première fois où, jeune compagnon du Grand Orient de France, j'étais parti à la recherche du siège du Grand Orient de Belgique. 

    Quelle galère mes amis ! Je m'étais planté bien comme il faut. Tout d'abord - et je ne sais plus pourquoi - j'étais allé me perdre dans Laeken, l'une des dix-neuf communes de l'agglomération bruxelloise. J'avais ensuite sillonné en long et en large l'avenue de Laeken à Jette, autre commune bruxelloise, sans trouver ce que je cherchais. Et pour cause ! Ce n'était vraiment pas le bon endroit...

    Ce n'est qu'après que je me suis rendu compte qu'il existait à Bruxelles-Ville une rue de Laeken non loin de la place de Brouckère. Je m'y suis donc rendu le coeur battant. Et là déception !... Rien. J'avais pourtant sur moi un petit bout de papier que j'avais griffonné. C'était pourtant bien le numéro 79. Je m'attendais à une façade, peut-être pas dans le style de la rue Cadet, mais au moins avec une plaque ou quelque chose qui aurait pu dissiper mes doutes. « Mais nenni hein ! » comme disent les liégeois. Rien du tout. Une « bête porte » avec une sonnette. C'était là que vivait un certain M. GOB (sans doute un flamand). Etait-ce donc le bon endroit ? Comment en être sûr ? L'annuaire téléphonique était muet. Internet était embryonnaire. Je n'allais tout de même pas interroger les passants...

    Il devait être 19h00. J'avais faim. J'avais bougé dans la ville toute la journée. J'avais donc décidé de me poster pas très loin afin de voir les allées et venues. Très rapidement, je remarquai l'arrivée d'hommes d'âge mûr dont certains portaient le smoking et ouvraient sans hésitation la grosse porte. Quelques uns se faisaient la bise ou se tapaient sur l'épaule en rigolant devant l'entrée. C'était sans doute là... J'étais un peu rassuré. J'avais trouvé l'endroit, très surpris de l'étonnante discrétion de la plus importante des obédiences maçonniques belges.

  • Fred Zeller, l'engagé

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    CPB76054591.jpegEn parcourant un vieux numéro de Logos, périodique du Grand Orient de Belgique, je suis tombé sur cette citation de Fred Zeller (1912-2003) :

    « La qualité de maçons au GODF implique un certain comportement dans la vie et aussi certains choix. Si cela choque des frères, inutile de récriminer et pousser des hauts cris : il existe d'autres obédiences où l'on ne cherche à résoudre aucun problème, où l'on ne se pose aucune question, où l'on ne veut pas entendre parler politique en loge, mais où l'on se contente de se retrouver régulièrement à des agapes fraternelles, où l'on se raconte des gaudrioles en rêvant des étoiles. »

    Si j'en crois l'article de Logos, cette citation serait extraite du dernier ouvrage de Fred Zeller écrit au soir de sa vie (Fred Zeller, Témoin du siècle, de Blum à Trotsky au Grand Orient de France, Grasset, Paris, 2000). Je n'ai pas lu l'ouvrage. Je ne saurais donc l'attester. J'observe simplement que cet illustre frère a éprouvé le besoin de se pencher à deux reprises sur son parcours politique, philosophique et intellectuel puisqu'il avait déjà publié, en 1976, chez Robert Laffont une autobiographie intitulée Trois Points, c'est tout (que j'ai eue l'opportunité de lire, elle). Ce qui, à mon humble avis, en dit long sur la fascination que Zeller devait éprouver pour lui-même.

    Je voudrais revenir sur cette citation qui exprime non seulement la doxa officielle du GODF mais aussi la qualité normative de maçon de l'obédience. Toutes deux se retrouvent ainsi réduites à un certain comportement et à certains choix que Zeller ne parvient cependant à déterminer – et encore en des termes très généraux – que par rapport à d'autres obédiences qu'il évite hypocritement de nommer. Tout cela serait bien inoffensif s'il ne s'agissait que d'une opinion exprimée à titre individuel par un ancien Grand Maître du GODF. Seulement voilà, il n'en est rien. Zeller n'était pas qu'un ancien dignitaire de la rue Cadet. Il fut aussi un homme politique, nourri un temps aux mamelles du trotskisme, idéologie qui favorise « l'esprit binaire » chez ceux qui en sont frappés. L'esprit binaire consiste à diviser le monde en deux camps irréductiblement opposés et que l'on peut décliner à l'infini : les bons d'un côté, les méchants de l'autre ; les exploités et les exploiteurs ; les progressistes et les conservateurs ; les libéraux et les réguliers, etc. Celui qui perçoit le monde de façon binaire a toujours le sentiment d'appartenir au camp du bien. Il est généralement inapte à la nuance et au compromis, car, au fond, la vie se résume pour lui à une lutte incessante qu'il faut absolument gagner. On est avec lui ou contre lui. Il n'y a pas de position médiane possible.

    Je ne dis pas cela par méchanceté ou volonté polémique – on l'aura compris – mais parce que cet esprit binaire transparaît de la citation de Zeller : « si cela choque des frères, inutile de récriminer et pousser des hauts cris : il existe d'autres obédiences (...) ». Ce qui, en d'autres termes, équivaut à dire que s'il se trouve au sein du GODF des francs-maçons en désaccord avec cette ligne de conduite (et j'en suis !), ces derniers doivent se taire ou quitter l'obédience pour trouver asile ailleurs, dans d'autres structures maçonniques où l'on ne fait que raconter des plaisanteries légères et bouffer. Le raisonnement, exprimé de cette manière, apparaît dans toute sa dimension grotesque. Et pourtant, c'est bien celui qui est à l'oeuvre depuis bientôt cinquante ans au sein du GODF. Ce n'est pas un hasard si à partir de la grande maîtrise de Fred Zeller, en 1971, on assisté à une extériorisation croissante et souvent incontrôlée de l'obédience, à une personnalisation de plus en plus marquée du pouvoir exécutif au détriment de la collégialité statutaire, à une insupportable caporalisation des loges, et, parfois, à une politisation intempestive. C'est ce phénomène dangereux que feu le professeur Bruno Etienne appelait « la profanisation du GODF ».

    Pourquoi dangereux ? Parce que ce qui est en cause, c'est la spécificité maçonnique. L'ordre maçonnique est avant toute chose symbolique et initiatique. Son activité centrale, sa raison d'être, consiste à pratiquer des initiations et à transmettre le patrimoine intellectuel, symbolique et philosophique des rites maçonniques. La mission de la franc-maçonnerie est d'offrir un creuset pour que des hommes de cultures, de religions, d'opinions politiques différentes, puissent librement et discrètement travailler, fraterniser et progresser ensemble afin de construire une humanité meilleure et plus éclairée. Ça ne veut pas dire, bien entendu, que les activités maçonniques doivent se limiter à la réflexion sur le symbole et l'initiation. La réflexion sociale est légitime en loge ! Car la loge est dans la Cité. Mais, comme le rappelait un frère belge dans une planche :

    « (…) ce qui fait que la Maçonnerie n'est pas un Rotary, une association de dames patronnesses, un centre d'action laïque, l'Armée du Salut, un Panthéon imaginaire composé de toutes les gloires qui ne furent pas maçons, la caisse d'entraide sociale de la police, un club de joueurs de boules ou un comité organisateur de soupers boudin/compote – activité au demeurant fort honorable – c'est avant tout la réflexion sur le symbole et l'initiation. »

    Il y a mille façons d'être un bon franc-maçon comme il y a mille façons de raconter des gaudrioles et rêver aux étoiles. En étant un bon père, un bon copain, un bon voisin par exemple. En étant quelqu'un en qui on peut compter ; en étant quelqu'un qui n'hésite pas à recadrer celui qui, au cours d'une conversation, dit des méchancetés, des conneries, fait preuve d'intolérance, de racisme, de négation de l'autre. En étant quelqu'un qui combat la violence et accorde du poids à la discussion et au compromis ; quelqu'un qui peut s'engager aussi, s'il en éprouve toutefois le désir, sous diverses formes et en fonction de ses goûts et de sa philosophie ; quelqu'un qui sait que l'homme est divers et multicolore ; quelqu'un qui n'a pas besoin de se sentir chapeauté par les communiqués de presse du Conseil de l'Ordre de son obédience parce qu'il sait se servir de son entendement.

    obédience, GOB, France, Belgique, GODF, peintre, Fred Zeller, Engagement, réflexion,franc-maçonnerie, initiation, J'en reviens à Fred Zeller pour conclure. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, j'ai une immense tendresse pour cet homme que je n'ai pourtant jamais rencontré. Quelle vie ! J'avais d'ailleurs emprunté Trois points c'est tout dans la bibliothèque d'un ami de mon père. En 1989. Je n'avais pas dix-sept ans. Je lui dois donc d'une certaine manière mes premiers émois maçonniques. Son livre m'a mis sur la voie (et quelle voie !). Je me souviens par exemple de ma jubilation de voir la carte d'identité maçonnique de Marceau Pivert (un des mentors politiques de Fred Zeller) au musée du GODF en août 1990. Mais, fort heureusement, j'ai très vite su me défaire de ces reliques, comprenant à mon rythme que la maçonnerie était en réalité un vaste continent à découvrir, bien plus vaste en tout cas que le neuvième arrondissement de Paris. Zeller était en outre artiste peintre. J'ai appris depuis qu'en maçonnerie, il y avait pas mal de « pintaïres » (peintres, en occitan-provençal), c'est-à-dire, au sens figuré, de poseurs, de professionnels de l'affichage, de caméléons aux prétentions diverses (artistiques, politiques, sociales, philosophiques, etc.).

  • Le Brésilien de Bruxelles

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    Anecdote vécue dans mon ancien atelier à Bruxelles. C'était au début des années 2000.

    Un Frère du Brésil était venu en visite. Il s'était présenté rue de Laeken au siège du Grand Orient de Belgique. Il était diplomate je crois. Il avait profité d’un petit tour dans la capitale belge pour se rendre en loge. On lui avait ouvert tout simplement la porte. Je me souviens qu'on avait discuté et mangé ensemble avant la tenue. Personne ne s’était aperçu de rien. A commencer par lui. Awel fieu ! un Brésilien !... C'était plutôt rare dans notre loge.

    L'ordre du jour des travaux prévoyait un interrogatoire sous le bandeau. Le frère était surpris. Il me chuchotait à l’oreille avec son accent «Brasil, Brasil » :
    - « Oh, c’est merveilleux, c’est fascinant, chez nous, au Grande Oriente do Brasil, nous n’avons pas ça. Le bandeau n’existe pas. »

    Ensuite, il y avait eu une planche avec débat. Mon Alberto Gil en tablier m'avait dit l’air aussi étonné que ravi :
    - « Oh, c’est merveilleux, c’est fascinant, chez nous, au Grande Oriente do Brasil, nous n’avons pas ça. Les planches n’existent pas. »

    Interventions diverses. Mon Erico Verissimo n’en pouvait plus.
    - « Oh, c’est merveilleux, c’est fascinant, chez nous, au Grande Oriente do Brasil, nous n’avons pas ça. Les interventions n’existent pas. En général, on ne dit rien »

    Puis troisième mi-temps au bar. Nous n'étions pas scheille arrangés, comme on dit à Bruxelles. Nous étions guillerets.

    Et là soudain, entre deux chopes, nous recevons collectivement la lumière : Jorge Amado s’était trompé ! Il croyait être à la Grande Loge Régulière de Belgique ! Och erm ! Le malheureux... Il est tombé dans l'antre du diable. Et on lui a alors expliqué sa bévue. Nous étions de méchants irréguliers non reconnus par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Le Brésilien a éclaté de rire, visiblement satisfait de s'être trompé de porte. Il s'était régalé avec nous.

    Puis nous avons tous pris congé…
    - « Alleï le Brésilien, on se fait la bise. Ta carte ? Oh merci, c’est sympa. La mienne ? Désolé l'ami, je n’en ai pas… tiens, je t’écris mon numéro. Au fait, tu me sonnes quand tu veux. »
    - « Il faut que je parlé à ma loge dou bandeau très zintéressant qué j’ai vou. Ça oun très bel coutume. Tou viens quand tou vé à Brasil. »

    Je ne l'ai plus jamais revu bien sûr, mais nous nous étions reconnus comme tels.