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  • Ramón Franco a-t-il été franc-maçon ?

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    ramon franco.jpgLe 5 novembre 2016, le journal El Español a publié une interview très intéressante de l'ancien ministre socialiste Jerónimo Saavedra, par ailleurs franc-maçon au sein de la Grande Loge d'Espagne. Celui-ci est revenu sur son parcours politique et sur les raisons qui l'ont amené à rejoindre la franc-maçonnerie. Il y expose ses convictions et sa conception toute personnelle de l'Art royal. Interrogé par la journaliste sur les persécutions dont la franc-maçonnerie fut victime sous la dictature franquiste, Saavedra a déclaré ce qui suit:

    « Vous êtes-vous demandé, mademoiselle, et je me le suis demandé plusieurs fois aussi, comment il a été possible que des choses aussi distinctes que la franc-maçonnerie et le communisme aient été poursuivies par le même tribunal dans ce pays ? Il suffit de songer, par exemple, que ceux qui ont brûlé le plus d'églises et de couvents ont été les anarchistes, et que lorsqu'une loi a été votée pour réprimer ces actes, celle-ci a visé uniquement les francs-maçons et les communistes sans mentionner qui que ce soit d'autre. Le fanatisme religieux de l'après-guerre [civile] a fini sans doute de contribuer à la diabolisation de la franc-maçonnerie et ce contre toute logique, puisque les francs-maçons n'ont jamais attaqué personne, ni les prêtres ni les religieuses, ni que que ce soit. Le fait que le frère du dictateur [Francisco Franco], l'aviateur Raymond Franco, indocile et tête brûlée, ait été franc-maçon a peut-être eu aussi une influence. Il n'est pas impossible que Francisco Franco ait tenté, lui aussi, de rejoindre la maçonnerie et qu'il en ait été rejeté. Faut-il y voir l'origine de son animosité à l'égard de la maçonnerie ? »

    Le 1er octobre 1936, le général Franco a assumé tous les pouvoirs de l'État et, dès la fin de la guerre civile le 1er avril 1939, il a étendu à tout le territoire espagnol, la loi de février 1939 sur les responsabilités politiques, laquelle a été suivie, le 1er mars 1940, par la loi de répression de la franc-maçonnerie et du communisme et, encore un peu plus tard, par la loi sur la sécurité d'Etat. Il est vrai, comme le souligne le frère Saavedra, que la lutte contre la franc-maçonnerie et le communisme a été l'une des grandes obsessions de la dictature franquiste alors que ces deux mouvements d'idée n'ont pourtant jamais été structurellement liés sauf, bien entendu, dans les théories complotistes dont les fascistes ont toujours été friands. Ces deux mouvements étaient d'autant moins liés que la troisième internationale marxiste-léniniste, je le rappelle, avait interdit aux communistes de fréquenter les loges. Cette interdiction de la double appartenance était d'ailleurs l'un des rares points d'accord entre staliniens et trotskistes. Quoi qu'il en soit, la répression a été particulièrement féroce en Espagne.

    L'acharnement contre les francs-maçons a été présenté par les franquistes comme une réponse aux exactions commises par les républicains contre les nationalistes et le clergé catholique. S'il est vrai que des actes de violence furent commis en avril-mai 1931, ils n'ont cependant jamais pris les proportions évoquées par la presse conservatrice espagnole et étrangère. En réalité, ces actes de violence n'ont pas été le fait que d'un seul camp politique. Entre avril 1931 et juillet 1936, 2225 assassinats politiques ont été perpétrés. Ces assassinats ont été commis aussi bien par les anarchistes que par les militaires, les gardes civils et autres gardes d’assaut. La violence politique, sous la république espagnole, ne s'est jamais exercée de façon ininterrompue. Elle a connu aussi des moments de répit. Les regains de violence ont été provoqués par la radicalisation des forces politiques de droite comme de gauche et par l’incapacité des institutions républicaines à les contenir. Cette violence s'est évidemment généralisée pendant la guerre civile, laquelle fit environ 400 000 morts et contraignit plusieurs centaines de milliers d'Espagnols à l'exil.

    ramón franco,francisco franco,espagne,france,gustave fabius de champville,albert vigneau,bernard faÿ,jerónimo saavedraJ'en viens maintenant à Ramón Franco (1896-1938), le jeune frère du dictateur espagnol. J'avoue que ne m'étais jamais intéressé à cet homme avant de lire l'interview de Jerónimo Saavedra. En me documentant, j'ai été ainsi surpris d'apprendre que Ramón (le benjamin) était aux antipodes des idées de ses frères Francisco (le cadet) et Nicolas (l'aîné). En effet, Ramón a été un républicain fervent dont les convictions l'ont d'ailleurs conduit en prison sous la dictature de Miguel Primo de Rivera. Il a d'ailleurs été élu député aux Cortes et siégé dans les rangs de la gauche républicaine catalane. Ramón Franco a également établi des liens avec les mouvements révolutionnaires andalous. Le jeune Franco a été aussi l'un des héros de l'aviation espagnole après sa traversée de l'Atlantique Sud à bord de l'hydravion « Plus Ultra » en 1926. Plus Ultra (Plus loin), c'est non seulement la devise nationale de l'Espagne mais aussi le titre distinctif d'un atelier fondé originairement à Paris en 1913 par des exilés espagnols au nom et sous les auspices de la Grande Loge de France tout comme les loges « Francisco Ferrer » (1910) et « Rafla Libera » (1913). Ramón Franco y fut initié, paraît-il, par le vénérable Gustave Fabius de Champville (1865-1946) ainsi que le rapporte Albert Vigneau (cf. La Loge Maçonnique, Paris, Les Nouvelles Éditions Nationales, 1935. Réédition aux éditions du Trident en 2011, p.64-65). Ce témoignage est cependant sujet à caution car Vigneau, certes initié au sein de la Grande Loge de France, est tombé au milieu des années trente dans l'antimaçonnisme virulent pour des raisons politiques (il fut l'un des collaborateurs de Bernard Faÿ et condamné à 20 ans de prison). Il faudrait donc vérifier l'exactitude de cette initiation dans les archives de la Grande Loge ou de la Bibliothèque Nationale de France si tant est qu'elles n'aient pas été détruites ou volées pendant l'occupation allemande. Néanmoins l'appartenance maçonnique de l'impétueux militaire espagnol est de l'ordre du possible. Ses engagements politiques, ses amitiés, son parcours de vie en faisait un candidat potentiel bien qu'il ait fini par s'engager aux côtés de son frère pendant la guerre civile, comme le fit de par exemple le général républicain Gonzalo Queipo de Llano. Sa mort accidentelle le 28 octobre 1938 au-dessus des eaux de Majorque alimente en tout cas bien des spéculations. Si le général Francisco Franco n'a jamais condamné publiquement les positions de son frère, il est toutefois possible que l'entourage immédiat du dictateur n'ait pas cru à la sincérité de ce ralliement et se soit chargé de faire éliminer l'imprévisible Ramón.

    J'aime assez l'idée que Ramón Franco ait été franc-maçon comme le philosophe José Ortega y Gasset ou le politique Rodrigó Soriano même si je n'y crois pas vraiment. Tous trois ont connu l'exil pour s'être activement opposés au roi Alphonse XIII et au directoire présidé par Primo de Rivera. Tous trois se sont fréquentés à Paris et ont donc pu rejoindre l'une des trois loges d'exilés espagnols en activités à cette époque. Il est donc tentant d'aller dans le sens de Jerónimo Saavedra et de voir dans la haine que le Caudillo vouait aux franc-maçons la détestation de son frère décédé, voire une vengeance pour avoir été écarté lui-même des rangs de la franc-maçonnerie. Les haines les plus dévastatrices ont parfois pour cause des faits insignifiants. Néanmoins la ficelle est tout de même un peu grosse. L'opinion de Saavedra semble plus relever d'un scénario de film que de la réalité historique. 

    Le saviez-vous ? Jerónimo Saavedra a créé la polémique en septembre dernier en participant, en décors, à une procession maçonnique publique organisée dans les rues de Santa Cruz de la Palma à l'occasion de la cérémonie d'allumage des feux de la loge « Abora » n°87 au nom et sous les auspices de la Grande Loge d'Espagne (obédience régulière). Saavedra, à 80 printemps, en est le Vénérable Maître. Cette procession est une première en Espagne. Le clergé catholique local et une partie de la droite espagnole y ont vu une provocation.

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    L'évêque Bernardo Tavares s'est ainsi opposé à la célébration d'une messe dans l'église Mère du Sauveur en la mémoire des francs-maçons de l'île persécutés. Les délégations maçonniques se sont néanmoins rassemblées sur la place-parvis et ont fleuri le buste de Manuel Díaz Hernández (1774 -1863), un ancien prêtre catholique de cette paroisse, dont la légende veut qu'il ait appartenu à la franc-maçonnerie (cette appartenance n'est pas démontrée). Saavedra a fait un discours dans lequel il a rappelé le rôle joué par la franc-maçonnerie aux Iles Canaries. Il a rappelé les persécutions sous le régime franquiste et souligné la prégnance du fanatisme religieux, de l'intolérance, de l'exploitation des femmes et du rejet des étrangers. Face à ces phénomènes, Saavedra a indiqué que les francs-maçons devaient se battre avec les armes de l'éducation et de la culture. 

  • De l'éparpillement obédientiel en France

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    obédience, structure, organisation, morcellement, France, franc-maçonnerie, GODF, GLDf, GLNF, DH, GLFF, GLMU, GLMF, LNF, OITAR, La France n'a pas connu un nombre important d'obédiences maçonniques pendant un longue période. La raison, à mon avis, tient au fait que les obédiences maçonniques résultaient d'une adaptation des loges à ces contraintes extérieures objectives.Elles étaient une réponse à ces contraintes. Voici quelques exemples de contraintes bien connues qui ont engendré de nouvelles formes d'organisations maçonniques.

    Contrainte extérieure   Adaptation des loges   Réponse obtenue
             
    Patrimonialisation de l'office de Vénérable et des loges   Grand Orient de France (1773)   Election libre et annuelle du Vénérable et des officiers
             
    Difficultés d'instaurer et de pérenniser un nouveau rite face à l'hégémonie du GODF
      Suprême Conseil de France (1804)   Pratique du rite écossais ancien et accepté
             
    Refus de l'initiation des femmes   Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain (1893)   Initiation des femmes et mixité
             
    Tutelle encombrante des hauts grades sur les loges symboliques   Grande Loge de France (1894)   Autonomie des loges symboliques
             
    Rupture avec la franc-maçonnerie dite régulière   Grande Loge Nationale Française (1913)   Régularité et reconnaissance internationale
             
    Loges d'adoption souchées sur les loges masculines   Grande Loge Féminine de France (1952)   Autonomie d'une maçonnerie spécifiquement féminine
             
    Isolement de la GLNF en France
      GLNF Opéra (1958)   Régularité et ouverture aux autres obédiences françaises

    Nous avons ci-dessus le paysage maçonnique français d'après guerre. On le constate, chaque obédience était la réponse à des contraintes bien précises. L'adaptation à ces contraintes et la réponse qui a été trouvée, a forgé l'identité et les pratiques de chaque obédience.

    On peut citer d'autres exemples équivalents. Ainsi, la Grande Loge Mixte Universelle (1973) résulte aussi de la volonté d'échapper à la tutelle des ateliers de hauts grades. L'Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal (1974) résulte également de la volonté d'instaurer et de pérenniser un nouveau rite : le rite opératif et chevaleresque de Salomon. La Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française (2012) s'est constituée en vue d'obtenir la reconnaissance de la franc-maçonnerie anglo-saxonne et d'offrir une alternative à la Grande Loge Nationale Française. Cependant, cette capacité d'adaptation des loges n'explique pas tout et notamment l'émiettement continu de la franc-maçonnerie française en obédiences de plus en plus microscopiques et aux différences de plus en plus artificielles. Aujourd'hui, on a le sentiment d'une désorganisation croissante de la franc-maçonnerie française et d'un certain manque de cohésion.

    Comment peut-on expliquer la situation présente ?

    Je crois qu'on ne peut pas se satisfaire d'une approche essentiellement fonctionnaliste ou mécaniste. La psychologie joue sans doute aussi un rôle. En effet, j'ai l'impression aujourd'hui que fonder une obédience devient un idéal en soi. C'est comme si le fait de créer une structure nouvelle allait non seulement satisfaire les aspirations de ceux qui la rejoignent mais aussi gommer tous les problèmes observés ailleurs. Dans ce cadre, l'autre devient un allié. Il participe au même désir de fondation. Je vois en lui de la réciprocité. Grâce à lui, je vais me réaliser dans la nouvelle obédience ou dans la nouvelle loge. Sauf que l'euphorie ne dure qu'un temps. La réalité finit toujours par s'imposer. Pour exister dans une nouvelle structure, il faut savoir rentrer, de temps en temps, en opposition avec l'autre sinon on tombe dans une indifférenciation mortifère. C'est la raison pour laquelle les conflits peuvent devenir aussi forts et passionnés que les sentiments ayant présidé à la création de la nouvelle structure. Il suffit de songer par exemple aux problèmes qui secouent actuellement la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française. Des contraintes finissent par surgir avec le risque finalement de favoriser un autre éparpillement. Je me demande donc si la création de nouvelles obédiences ne provient pas de l'incapacité des loges d'une part, à s'accommoder des contraintes inévitables de l'obédience et d'autre part, à y résister quand c'est nécessaire ou justifié.

    5c8e83c302b72365b8c488b182d26a71.jpgIl convient de remarquer également que la structuration de base de ces nouvelles obédiences se réalise souvent autour de leaders censés les protéger. C'est Pierre de Ribaucourt pour la Grande Loge Nationale Française Opéra, René Guilly pour la Loge Nationale Française, Jacques de Lapersonne pour l'Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal, Paul Gourdot pour la Grande Loge Mixte de France ou, plus près de nous, Simon Giovannaï pour le Grand Orient Traditionnel de Méditerranée, Marcel Laurent pour la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité ou encore Alain Juillet pour la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française.

    Corrélativement, les membres de ces obédiences semblent se comporter de façon régressive en se plaçant sous la protection de ces hommes providentiels incarnant la structure nouvelle. Régressive au sens où les membres perdent leur autonomie de jugement à l'égard du leader. Qui s'émeut, au sein de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité, de voir l'épouse du Grand Maître en prendre la tête ? En général, plus l'obédience est petite, plus ses membres font tout prévenir l'intrusion de la réalité dans leurs fantasmes. Cela atteint parfois des sommets avec les obédiences égyptiennes qui passent souvent leur temps à s'exclure mutuellement à coup de filiations ou de patentes toutes plus rocambolesques les unes que les autres.

    Je note cependant que cette structuration de base autour du leader est également de plus en plus marquée dans les obédiences les plus importantes. Je suis en effet effaré de constater à quel point les francs-maçons de la Grande Loge Nationale Française semblent considérer que tous leurs problèmes passés sont résolus par la seule action de Jean-Pierre Servel soudainement paré de toutes les vertus alors que celui-ci a pourtant été aux côtés de François Stifani ! C'est la même chose au Grand Orient de France, mon obédience, où je suis chaque fois consterné de voir l'effervescence autour de l'élection du Grand Maître comme si c'était l'acmé de la vie obédientielle. Cette personnalisation excessive de l'obédience m'a toujours semblé baroque alors que son règlement général ne définit pas la fonction de Grand Maître ! Cela est assez paradoxal pour une obédience qui se présente volontiers comme à l'avant-garde républicaine... 

    Enfin, il y a peut-être autre chose à la base de ce manque de cohésion et de logique : la franc-maçonnerie a de moins en moins d'ennemis. Je m'explique. Une structure a souvent besoin d'ennemis pour assurer et maintenir sa cohésion. Elle mobilise ainsi plus facilement ses membres qui demeurent davantage en éveil et unis. Or aujourd'hui, force est de constater que la franc-maçonnerie est plutôt bien acceptée au sein de notre société démocratique, pluraliste et sécularisée. Personne ne réclame son interdiction à part, bien sûr, un seuil incompressible d'extrémistes politiques et religieux ou de paranoïaques du complot dont la capacité de nuisance semble limitée.

    De façon générale, la franc-maçonnerie prend moins de coups parce qu'elle s'est retirée depuis longtemps du forum. Elle a laissé le soin aux partis politiques, aux syndicats, au monde associatif, aux individus d'investir le champ du débat public et de la réaction immédiate aux événements du temps présent. L'énergie que les francs-maçons ont économisé en ne cherchant plus à répondre à leurs détracteurs, est désormais dépensée dans de consternantes querelles de personne ou de chapelle. C'est pourtant dans l'adversité et non dans le confort qu'on peut réellement éprouver la valeur et la solidité des obédiences.

  • Charles Riandey l'obscur

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    Raoul L. Mattéi, Charles Riandey, GLDF, Polémique, Guerre, Collaboration, courage, georges Moerschel, Bernard Faÿ, Henri Camberlin, Jean Marquès-Rivière, J'ai lu avec beaucoup d'intérêt une longue note sur l'histoire mouvementée de la Grande Loge de France publiée sur le blog La Maçonne. Son auteur - Vadabus - analyse les crises qui ont secoué l'obédience de la rue Puteaux en 1953, 1964 et 2003. Il y a cependant un point avec lequel je ne suis pas d'accord avec l'auteur. C'est lorsqu'il s'en prend violemment à Charles Riandey (1892-1976). En effet, voici ce que Vadabus écrit au sujet de l'ancien Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France qui fit le choix de rallier en 1964 la Grande Loge Nationale Française :

    « Qui était ce Charles Riandey à la triste figure ? En utilisant la formule de l’anaphore devenue célèbre voilà comment Charles Riandey pourrait se présenter

    • Moi, Charles Riandey TPSGC du SCDF je suis notoirement connu pour être antisémite ayant déclaré aux autorités policières sous l’Occupation: « J’ai combattu avec beaucoup d’autres, au prix de pénibles épreuves, l’envahissement de la maçonnerie par les Juifs. » (déclaration faite à l'inspecteur S. Moerschel) 
    • Moi, Charles Riandey TPSGC du SCDF, catholique traditionaliste et pétainiste j’ai rencontré LAVAL avec le RP Jésuite Berteloot afin de lui présenter un projet de constitution d’une obédience maçonnique fondamentalement catholique et inféodée à Rome ; c’est Pétain qui refusa ce projet ! »

    Voilà pour la charge de Vadabus. Comme on le voit, elle est particulièrement sévère. J'aimerais toutefois y apporter quelques précisions complémentaires qui permettront, peut-être, d'adoucir le réquisitoire.

    Je ne nie pas a priori que Charles Riandey fut animé de sentiments antisémites. Il ne fut pas le seul, hélas ! D'autres frères, dont la postérité n'a pas retenu les noms, ont également eu ce travers en un temps où la France n'était pas en guerre, sauf peut-être avec elle-même. Je renvoie par exemple à ce que j'ai écrit sur l'antisémitisme en maçonnerie pendant l'affaire Dreyfus. Je ne discute donc pas la réalité des déclarations que Charles Riandey a pu faire, en 1942, à Georges Moerschel qui officiait au Service des Associations Dissoutes (SAD). Il faudrait consulter les procès-verbaux du SAD. Ceci dit, il faut aussi préciser le contexte et indiquer que Georges Moerschel n'était pas une espèce de commissaire Mégret débonnaire. Il s'agissait d'un agent de la Gestapo dont la mission était d'interroger les francs-maçons. Les bureaux de la section de la Gestapo chargée des associations dissoutes étaient dans le septième arrondissement de Paris au numéro 4 du square Rapp. Le square Rapp, c'était donc une adresse à éviter, tout comme celle du 93 rue Lauriston dans le seizième. Quand on y était convoqué, on ne savait jamais dans quel état on allait en ressortir.

    Moerschel était en relation permanente avec le capitaine SS Henri Chamberlin dit Laffont, lui-même placé sous l'autorité de Jean Marquès-Rivière, le scénariste du film Forces Occultes. Georges Moerschel était également en lien avec l'universitaire Bernard Faÿ, antimaçon forcené (cf. Pierre Gastineau, « Double mètre », vie et mort d’un syndicaliste, Alfred Lemaire (1905-1945), Publibook, 2005, p. 126 et suivantes). Les archives retrouvées dans ce lieu sinistre à la Libération ont d'ailleurs révélé que soixante mille personnes avaient été fichées. Six mille personnes ont été inquiétées pour appartenance à une loge ou à une secte. Cinq cent quarante neuf ont été fusillées. Quatre ont été décapitées à la hache et neuf cent quatre-vingt-neuf ont été déportées dans les camps de la mort.

    Tout le monde n'a pas eu non plus le courage du frère Pierre Brossolette qui a préféré se défenestrer plutôt que de parler sous la torture. D'autres francs-maçons interpellés ont eu des comportements moins honorables tout simplement parce qu'ils ont eu peur ou parce qu'ils ont eu le souci de défendre leurs familles et, peut-être, de sauvegarder leurs intérêts matériels (cf. Christophe Cornevin, Les Indics: Cette France de l’ombre qui informe l’État, Flammarion, 2011, en particulier le chapitre 7 « quand les francs-maçons dénoncent leurs frères »). Il est possible que Charles Riandey ait fait partie de ceux là.

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    Je n'entends pas justifier la lâcheté bien sûr mais tout le monde n'a pas non plus vocation au martyre. Dans ces temps troublés, on peut comprendre que certains aient voulu tout simplement sauver leur peau, fût-ce au prix de déclarations regrettables, de renseignements donnés spontanément ou arrachés par la force. Il est toujours aisé de blâmer les actions des hommes après coup, surtout quand on n'a rien à craindre pour sa vie et celle de ses proches.

    Alors Charles Riandey a-t-il été la « crapule »  que décrit Vadabus ? Je me garderai bien de trancher mais il me semble toutefois important de rappeler que Charles Riandey a rejoint la Résistance à partir d'avril 1943. Ce que Vadabus a omis de souligner. J'ignore bien sûr la cause de ce basculement qui résulte peut-être d'une prise conscience progressive de la réalité du régime vichyste et de la traîtrise du maréchal Pétain. Il ne faut pas oublier en effet que Charles Riandey a fait la guerre de 14-18, qu'il a été grièvement blessé après la bataille de la Marne et qu'il a été décoré de la croix de guerre avant d'être démobilisé. Il a donc fait probablement partie de cette génération de Français qui a vu en Pétain le héros de Verdun et le sauveur de la France. Il faut enfin ajouter que Charles Riandey a été arrêté par la Gestapo en juin 1944. Il a été ensuite déporté au camp de Buchenwald en août 1944 (cf. Daniel Ligou, Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie, PUF, Paris, 1991) où périrent 56000 personnes (cf. Robert Antelme, L'Espèce Humaine, tel-Gallimard, Paris, 1947, passim). Il a eu la chance d'en réchapper (cf. Raoul L. Mattéi, Mémoires d'un maçon franc, Dervy, Paris, 2015)

    Bref, Charles Riandey a peut-être fait des choix maçonniques contestables et commis des erreurs d'appréciation. Il a sans doute oeuvré activement à un rapprochement de la GLDF avec la GLNF. Il a probablement cru en la capacité du Suprême Conseil à faire pression sur la GLDF pour l'inciter à rompre avec le GODF. Néanmoins, je pense que ça ne justifie pas que l'on réduise son souvenir à celui d'un antisémite et d'un collaborateur du régime nazi. Le procédé me semble très expéditif et particulièrement injuste.

  • Grande Loge de France (suite et fin)

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    GLDF.jpgJe viens de recevoir un gentil message d'un membre de la Grande Loge de France manifestement chagriné que je sois venu en appui d'un texte écrit par un « collège des invisibles » (dont je ne connais aucun des membres) et publié sur le blog de La Maçonne.

    Ce frère m'indique notamment ceci :

    « Pour ce qui concerne la GLDF, merci de vous y intéresser, je ne commenterais pas vos dires, mais je soulignerai simplement que TOUT ce qui s'est fait ces dernières années a été voté par les convents à une majorité de plus de 80% des délégués des loges... au moins. Que l'orientation prise par mon obédience ne convienne pas à certaines « sensibilités », je peux tout à fait le concevoir, mais il parait évident qu'elle correspond au désir d'une large majorité de frères.. . Quand à ramener « l'esprit » de l'obédience à celui qu'il était au temps de notre dernière guerre des religions, cela me parait aussi abusif que de ramener le GODF à l'esprit de godillot du pouvoir qui a été le sien à certains moments de son histoire (...). »

    Je souhaiterais, sans polémiquer, rappeler les points suivants :

    1°) On peut prendre de très mauvaises décisions même à 80% de majorité. Ce faisant, il ne s'agit pas d'un jugement de valeur de ma part mais d'une réalité que les instances de la Grande Loge de France ont fini par admettre en renonçant à poursuivre des démarches illusoires de reconnaissance auprès de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Je comprends que ces instances aient tenté un rapprochement avec Londres en spéculant sur les déboires de la Grande Loge Nationale Française. Ça fait tellement longtemps qu'elles y travaillent. Elles ont voulu profiter de l'aubaine.

    2°) Il est un fait que la Grande Loge de France - obnubilée par les promesses inconsidérées de quelques Grandes Loges européennes - a cru pouvoir obtenir cette reconnaissance dans le cadre d'une chimérique confédération maçonnique de France. Dans ce but, elle s'est progressivement marginalisée en France au cours des dernières années, par exemple en se désolidarisant de l'Institut Maçonnique de France et du Salon du Livre Maçonnique de Paris ou en édictant une circulaire, pour le moins singulière, sur les intervisites. Je me souviens que cette situation avait créé un certain émoi parmi les frères de la Grande Loge de France. Dans quelle proportion ? Je l'ignore. Suffisamment en tout cas pour qu'il se remarque.

    3°) A titre personnel, j'ai toujours pris soin de pas commenter outre mesure les décisions d'une obédience à laquelle je n'appartiens pas. Ainsi je ne me rappelle pas de m'être particulièrement alarmé de la constitution de la confédération maçonnique de France, probablement parce que j'étais déjà convaincu, comme Michel Barrat, que la montagne accoucherait inévitablement d'une souris. Par ailleurs, il m'est même arrivé de défendre Marc Henry (que je n'ai jamais rencontré) sur ce blog.

    4°) Je n'ai jamais eu l'intention de réduire l'esprit de la Grande Loge de France à la « Belle Epoque », période au cours de laquelle la franc-maçonnerie française fut particulièrement impliquée dans les débats politiques, économiques et sociaux. C'eût été absurde bien entendu. Une obédience évolue avec le temps. En revanche, j'ai voulu rappeler dans ma note, au travers d'Henri Brisson et d'Hégésippe Légitimus, que la réflexion sur des sujets dits « profanes » a toujours fait partie de l'histoire de la Grande Loge de France et qu'elle n'est pas illégitime. Je renvoie également les lecteurs à l'éloge funèbre de Frédéric Desmons par Gustave Mesureur. Il m'a toujours paru utile de rappeler ce passé là car je sais que certains frères de la Grande Loge de France ont tendance à vouloir le gommer ou l'atténuer fortement.

    Pour conclure, je tiens à dire que je n'ai aucun souci particulier avec la Grande Loge de France.