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  • Le Grand Architecte de l'Univers

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    stainedglass_masonic_compasses.jpgIl y a quelques années, j'ai eu le grand plaisir de compulser des vieux tracés de travaux d'une loge nîmoise fondée en 1784. Je me souviens en particulier du compte-rendu d'un banquet rituel. Dans le procès-verbal, on rappelle à un moment donné que le Vénérable Maître a demandé au Grand Architecte de l'Univers (G∴A∴D∴L'U∴) de bénir le repas.

    Je suis désolé de jouer le couillon de service, mais "bénir" suppose l'action du divin, pas du hasard ou de je ne sais quel autre concept. Il n'y a rien de surprenant. Au XVIIIème siècle, il y avait autour du G∴A∴D∴L'U∴ un consensus. Dans l'esprit des maçons, il s'agissait de Dieu.

    Attention ! n'allons pas en déduire qu'il s'agissait d'un choix idéologique mûrement réfléchi et assumé. La société française de cette époque n'était pas aussi sécularisée qu'aujourd'hui. Dieu ou l'image de Dieu accompagnait les hommes tout au long de leur vie : du berceau (baptême) à la tombe (extrême onction). Pour le dire autrement, le G∴A∴D∴L'U∴ ou Dieu, ça allait de soi.

    Revenons aux Constitutions d'Anderson, ce texte fondateur de la maçonnerie spéculative. Dans la partie réglementaire, l'article premier fait expressément référence à Dieu et à la Religion. Si vous lisez bien le contenu de cette disposition, jamais vous n'y verrez une remise en cause de Dieu, principe transcendant. Par contre, là où vous distinguerez un net infléchissement, c'est sur la notion de religion.

    « […] Mais quoique dans les temps anciens, les maçons fussent obligés, dans chaque pays d’être de la religion de ce pays ou nation, quelle qu’elle fût, aujourd’hui, il a été considéré plus commode de les astreindre seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions, c’est-à-dire d’être des hommes de bien et loyaux ou des hommes d’honneur et de probité quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui aident à les distinguer, par suite de quoi, la maçonnerie devient le Centre de l’Union et le moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance. »

    gadlu,dieu,rite,initiation,franc-maçonnerie,métaphysique,liberté,réflexion,conscienceLa modernité andersonienne ne réside donc pas dans une interprétation floue du concept du G∴A∴D∴L'U∴ qui le réduirait à des approches qu'il n'a jamais eues (ex : le hasard ou je ne sais quel idéal) mais dans une « approche pluraliste et universaliste » du divin (théisme, déisme, panthéisme). Cette modernité réside simplement dans le refus que le G∴A∴D∴L'U∴ soit organiquement apparentée à une religion donnée. Ce qui n'est pas la même chose. La modernité andersonienne est d'ailleurs magnifiquement résumée dans l'épitaphe gravée en français, en grec, en hiéroglyphes égyptiens et en sanscrit sur l'imposant mausolée du F∴ Eugène Goblet d'Alviella (ancien T∴P∴S∴G∴C∴ du Suprême Conseil de Belgique) : « L'être unique a plus d'un nom ». Il est possible d'admirer ce mausolée au cimetière de Court-Saint-Etienne (Belgique)

    Autrement dit, les Constitutions d'Anderson ne remettent pas en cause la notion de Dieu ou d'un ordre monadologique quelconque ou encore d'un principe premier créateur de toute chose. C'est la raison pour laquelle la réaction des Anciens ne s'est pas faite attendre, en Grande Bretagne, avec Laurence Dermott, en France, avec Andrew Ramsay et un peu plus tard Joseph de Maistre. Que proposaient-ils si ce n'est l'inféodation de la maçonnerie à la religion (catholique) ?

    Les Constitutions de 1723 n'ont été qu'une étape. Il me paraît évident qu'elles étaient annonciatrices de changements profonds résultant non seulement de l'évolution des moeurs et des mentalités mais aussi des effets d'un cléricalisme intransigeant (cf. les nombreuses bulles pontificales d'excommunication de l'Ordre maçonnique). A partir du moment où on légitime qu'il y a plusieurs chemins possibles pour approcher l'idée du divin, on légitime aussi la liberté de conscience, et donc la contestation de l'existence du divin. Dès l'instant où le cléricalisme s'insinue dans toutes les sphères de la société, notamment au niveau politique, et se manifeste par son intolérance et son fanatisme, il génère inévitablement le rejet, l'anticléricalisme et le besoin de sécularisation de l'espace social. La franc-maçonnerie a donc exprimé ce besoin irrépressible de liberté de conscience et cette volonté d'émancipation des hommes à l'égard de la religion, notamment en Europe, et plus particulièrement dans les pays à forte tradition catholique romaine. Cette évolution doctrinale, bien sûr, s'est faite progressivement pour aboutir aux importantes réformes de 1872 (en Belgique sous la grande maîtrise du F∴ Auguste Couvreur) et 1877 (en France sous la présidence du F∴ Antoine de Saint-Jean) en faveur de la liberté absolue de conscience et à la suppression de l'invocation obligatoire « à la gloire du Grand Architecte de l'Univers » (A∴L∴G∴D∴G∴A∴D∴L'U∴). Il est apparu que le besoin de tolérance exigeait que cette invocation fût facultative et laissée à la discrétion de chaque loge. Les réformes de 1872 et 1877 n'ont donc pas soudainement surgi du néant et elles ont une signification précise.

    « A la gloire du Grand Architecte de l'Univers ». Il est intéressant de revenir sur cette invocation car les mots ont un sens. Que signifie la gloire ? Assurément pas la célébrité ou la renommée. Mais tout simplement 1) les splendeurs de la manifestation divine et l’irrépressible admiration qu’elle suscite ; 2) les hommages rendus par les créatures à leur Créateur. Le terme de « gloire » est d’ailleurs utilisée abondamment en théologie et en gnoséologie. Et les expressions sont nombreuses. Ne parle-t-on pas de « Trône de gloire » pour désigner la majesté divine ? Ne dit-on pas que le Christ sculpté les bras ouverts sur les frontons des églises est « en gloire » ? Le « séjour de gloire » n’est-il pas une autre manière de désigner le paradis perdu mais néanmoins promis aux croyants ? N’appelle-t-on pas « gloire » les rayons divergents d’un triangle représentant la sainte Trinité ?

    gadlu,dieu,rite,initiation,franc-maçonnerie,métaphysique,liberté,réflexion,conscienceIl est donc inutile de chercher midi à quatorze heures. Le G∴A∴D∴L'U∴ c'est Dieu selon la terminologie du métier. Si le G∴A∴D∴L'U∴ avait été un symbole que chacun pouvait interpréter à sa guise, alors il est bien évident qu'il aurait été complètement absurde, tant pour le G∴O∴ de Belgique que pour le G∴O∴ de France, de le rendre facultatif. Certains francs-maçons soutiennent cette position. Ils évacuent ainsi le contexte historique et la signification réelle de la formule pour mieux accréditer l'idée, au fond, que la suppression de la référence obligatoire au G∴A∴D∴L'U∴ est l'expression d'un matérialisme athée, d'une intolérance à l'égard du sentiment religieux et d'une volonté de détruire la tradition maçonnique. J'ai déjà montré que ce n'était évidemment pas le cas et que l'évolution doctrinale des GG∴OO∴ belge et français a été confortée par la bêtise crasse et les outrances d'une maçonnerie anglo-saxonne radicalement incapable de comprendre le fait maçonnique en dehors d'elle-même (les considérations politiques n'ayant pas été non plus absentes). Je n'y reviendrai donc pas ici.

    Aujourd'hui il est important de se rendre compte que nous vivons, en Belgique et en France du moins, sur une approche « fourre-tout » du G∴A∴D∴L'U∴. Cette approche est certes respectable, je ne dis pas le contraire, mais il faut juste se rappeler qu'elle n'est apparue qu'à la fin du XIXème et au XXème siècle, notamment avec les travaux des FF∴ Oswald Wirth et de Jean Corneloup (il y en a d'autres bien sûr). Les deux que j'ai cités ont contribué à populariser une vision relativiste du G∴A∴D∴L'U∴ pour transformer la formule en symbole et faire ainsi habilement coïncider la tradition maçonnique avec les scrupules de conscience des uns et des autres. Le but est noble et vise la recherche de la tolérance la plus large. 

    Pour ma part, je n'ai aucun problème avec le G∴A∴D∴L'U∴. Ma loge de rite français a choisi de ne pas s'y référer précisément parce qu'elle en connait l'histoire et la signification. Elle appartient de surcroît au G∴O∴D∴F∴ qui se refuse à toute affirmation dogmatique et laisse le soin à chaque franc-maçon de se déterminer librement par rapport à toutes les questions métaphysiques. La qualité de nos travaux ne s'en ressent pas. Nous n'en sommes pas moins réguliers puisque nous respectons nos règles de travail. C'est en tout cas notre spécificité de L∴ qui, je l'admets, peut très bien ne pas convenir à d'autres. Il m'est cependant arrivé maintes fois de visiter des LL∴ où le G∴A∴D∴L'U∴ faisait partie du paysage sans que cela m'ait posé le moindre problème de conscience alors que je suis pourtant, croyez-moi, un athée convaincu.

    3006625972.jpgEn effet, Dieu ou l'idée de Dieu ne me dérange pas. Je conçois tout à fait que la démarche maçonnique puisse envisager la transcendance en fonction d'un corpus symbolique largement emprunté à la Bible. En revanche la croyance obligatoire en Dieu et en sa volonté révélée érigée en pré-requis de l'initiation maçonnique me révulse comme me révulsent ces individus qui se convertissent à la maçonnerie comme d'autres se convertissent à une confession religieuse. Généralement, ces derniers prennent tout au pied de la lettre. Ils découvrent un rite et sont incapables d'en sortir. Ils n'envisagent pas d'autres conceptions que la leur. Tout se réduit à leur approche étriquée et exclusive du sacré. En maçonnerie, ils projettent leur rapport magique et primitif à la transcendance. Ils croient au troc qui consiste à amadouer le divin, souvent représenté de façon anthropomorphique, par de mesquines prières comme si leur petite vie d'initiés méritait je ne sais quelle considération particulière.

    Enfin, lire la Bible ou ouvrir les travaux de loge en présence de ce livre sacré, ne suppose pas que l'on croit littéralement en ce qu'il recèle. C'est un témoignage de l'esprit humain qui en vaut d'autres (c'est d'ailleurs la raison pour laquelle la Bible n'a jamais été exclusive dans les ateliers). Pour s'en persuader, il suffit de prendre un autre exemple. Ainsi, lire et comprendre un mythe gréco-latin n'implique pas chez le lecteur une adhésion ou une croyance en l'existence de Zeus et de toute sa smala olympienne. Pourtant, il fut une époque où les êtres humains pensaient différemment et croyaient réellement en l'existence de ces dieux fantasques et versatiles.

  • Le G∴A∴D∴L∴U∴ dans la controverse de 1877

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    Il m'a été rapporté que le F Alain Bernheim, que l'on ne présente plus, ne serait pas d'accord avec ma note du 14 mai dernier relative à la réforme de 1877. Il précise ce qui suit dans un mail qui ne m'était pas destiné mais qui m'a été fraternellement transmis.

    "On lit sous la date du 14 mai 2015 sur le BLOG « 3,5,7 » dont les commentaires sont fermés et l’auteur anonyme:

    « L'abolition, en septembre 1877, de la référence obligatoire à Dieu, Grand Architecte de l'Univers, et à l'immortalité de l'âme par le Grand Orient de France (GODF) est généralement bien connue des francs-maçons puisqu'on en mesure toujours aujourd'hui les effets. »

    Eh bien non, elle n’est pas « généralement bien connue des francs-maçons » puisque ces mots sont inexacts.

    Pourquoi inexacts ? Parce que :

    1) A été modifiée en 1877 la phrase suivante de l’art. 1 de la Constitution de 1865 :

    Elle a pour principes l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la solidarité humaine. Elle regarde la liberté de conscience comme un droit propre à chaque homme et n'exclut personne pour ses croyances.  

    2) Phrase qui a été ainsi modifiée en 1877:

    Elle a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine.

    3) On ne trouve dans aucune versions des Constitutions du GODF, depuis 1849, les mots  Grand Architecte de l'Univers. Ces mots n’ont pas été prononcés une seule fois par le pasteur Desmons au Convent de 1877.

    alain bernheim"

    Ce que dit Alain Bernheim est tout à fait exact. Le Convent de 1877 s'est effectivement prononcé sur la modification de l'article 1er de la Constitution du Grand Orient de France après des débats bien connus. Pour autant ce que je dis n'est absolument pas faux car le voeu n°IX, présenté par le F Frédéric Desmons, lors de la séance conventuelle du jeudi 13 septembre 1877, a aussi une histoire qu'il convient de rappeler sous peine d'en détourner le sens. Alain Bernheim le sait parfaitement mais ça va mieux en le disant.

    En 1875, la L La Fraternité progressive de Villefranche-sur-Saône (Rhône) a présenté un voeu visant à la réforme de l'article 1 de la Constitution du Grand Orient de France. Ce voeu était motivé par un incident survenu dans cette loge lors de l'initiation de deux profanes qui avaient déclaré, sous le bandeau, l'un qu'il croyait en l'Etre suprême, l'autre qu'il n'y croyait pas. Chacune de ces deux positions pouvait être défendue réglementairement. L'article 1 de la constitution adopté le 5 juin 1865 énonçait en effet à sa première phrase : "La Franc-Maçonnerie a pour principe l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la solidarité humaine". Le même article énonçait à sa deuxième phrase : "Elle regarde la liberté de conscience comme un droit proche propre à chaque homme et n'exclut personne pour ses croyances" (Bull. GO, 1865, pp.230 et suiv.). Mais alors pourquoi initier le croyant et rejeter l'athée ? Le compromis réglementaire de 1865 ne pouvait donc que susciter l'insatisfaction parmi les frères et amener à des situations comme celle à laquelle la loge de Villefranche-sur-Saône a été confrontée.

    D'où l'adoption du voeu n°IX qui est d'ailleurs passée à la postérité sous le nom de « la querelle du Grand Architecte ». Dans son ouvrage consacré à Frédéric Desmons et à la Franc-Maçonnerie sous la Troisième République (publié aux éditions Gedalge, Paris, 1966), le regretté Daniel Ligou n'a-t-il pas intitulé le quatrième chapitre relatif au vote du voeu n°IX « Le Grand Architecte de l'Univers » (cf. les pages 79 et suivantes) ? Ce qui s'est passé en 1877, c'est donc bel et bien bien une controverse au sujet de la place du GADLU. C'est ainsi qu'elle a été comprise par les tenants de la régularité attachés à une vision théiste ou théistique de la franc-maçonnerie. Ces derniers ne se sont guère embarrassés d'en comprendre les origines au regard des dispositions de l'article 1 de la Constitution du GODF qui furent successivement adoptées, en 1849, 1854 et 1865. Il est exact cependant que le GODF n'a pas immédiatement supprimé la formule ALGDGADLU en tête de ses correspondances officielles mais qu'il a été logiquement amené à le faire dans le prolongement de la réforme de 1877.

    Je comprends le raisonnement qui vise à sortir le GADLU de la controverse parce qu'il s'agit de défendre l'idée, au fond, que cette formule est un symbole librement interprétable. Pourquoi pas d'ailleurs ? Moi ça ne me dérange pas le moins du monde et, pour tout dire, je m'en tamponne dans les grandes largeurs. Sauf que cette formule n'a jamais été perçue comme telle ! Ni aujourd'hui ni aux siècles précédents. Ou bien alors il faut croire que les frères qui nous ont précédés passaient leur temps à polémiquer sur des contresens, à commencer par les Grandes Loges britanniques et américaines. Ce dont je doute (il n'y a qu'à constater l'échec retentissant de la CMF en porte à faux sur cette question comme sur beaucoup d'autres).

    Le GADLU, c'est donc originairement une formule pour désigner Dieu selon la terminologie du métier. C'est lorsqu'on a voulu concilier cette formule traditionnelle avec la liberté de conscience que l'on a prétendu faire du GADLU un symbole (ce fut notamment la position défendue par le F∴ Joannis Corneloup en 1945 lorsque celui-ci avait espéré un rapprochement entre le GODF et les GGLL anglo-saxonnes à la faveur de la fin de la seconde guerre mondiale). Et je le repète : pourquoi pas si ça peut aider des FF à trouver le sommeil ? Mais on sait ce que les Anglais en pensent depuis 1877 :

    « In England, as in Ireland, and Scotland, and America, and Canada, we mean to stand firmly « super vias antiquas » and will continue to exclude as we actually shall reject all Atheists, and those who, wether « stupid » or otherwise, cannot, with us, conscientiously aknowledge and believe in T.G.A.O.T.U. » (The Freemason, December 15th 1877, p. 548).

    Pour terminer avec un sourire, je voudrais rappeler ici une anecdote que le F∴ Roger Dachez (un grand ami d'Alain Bernheim) a raconté sur son blog dans une note du 17 septembre 2014 :

    "Je me souviens qu'un jour, Brent Morris, un haut dignitaire du Suprême Conseil de la Juridiction Sud du Scottish Rite des USA, fin connaisseur de l’histoire de la maçonnerie - et membre de la loge Quatuor Coronati de Londres - me disait, alors que j'évoquais devant lui en souriant les contorsions intellectuelles de certains maçons français devant ces notions :

    "Roger, I can't understand them. The question is very simple: do you believe in God ? YES or NO ?"

    Brent a raison. Il faut simplifier. Donc simplifions. Je lui aurais donc répondu simplement : "Qu'est-ce que ça peut bien te foutre Brent que je croie ou pas ? T'as besoin de le savoir pour me serrer la main et m'offrir un verre ?"

    Voilà en tout cas la réponse qu'un pauvre petit blogueur anonyme souhaitait apporter à son illustrissime contradicteur.

  • La réponse de la revue « The Freemason » à la lettre de J.G. Findel

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    Dans ma précédente note, j'ai reproduit la lettre virulente de l'historien allemand J.G. Findel qui a été publiée dans l'édition du 15 décembre 1877 de la revue maçonnique britannique The Freemason.

    Il convient, à présent, de s'intéresser à la réponse qui lui fut faite par le comité éditorial de ladite revue. Elle figure également dans l'édition du 15 décembre à la page 548. Je vous en propose une traduction ci-après et j'en ferai ensuite le commentaire.

    « Nous publions sur une autre page une lettre du Frère Findel qui, nous le craignons, ne donnera pleine satisfaction à aucun lecteur du journal The Freemason, et qui fera même l'objet d'une profonde réprobation par tous les francs-maçons anglo-saxons. Il semble que le Frère Findel ait des reproches à faire à notre article consacré aux enseignements théistiques de la francs-maçonnerie, publié dans notre édition du 1er décembre, au point d'y voir l'expression d'un papisme ! Nous laissons le soin à nos nombreux lecteurs d'apprécier cette remarque déraisonnable, injuste et en fait absurde. Pour l'instant, hélas ! Il en sort la vérité. Le Frère Findel approuve la décision du Grand Orient de France qui a été unanimement condamné par un million de francs-maçons anglo-saxons, et il semble être très en colère contre nous qui nous opposons à une innovation aussi révolutionnaire, et donc comme toutes les personnes en colère, il est un peu incohérente et, pour dire la vérité, complètement déraisonnable. Une de ses déclarations ne manquera pas d'interpeller nos nombreux lecteurs. Son argument, au regard des Anciens devoirs, est le suivant : si un homme est athée, il ne peut être absolument écarté de la Francs-Maçonnerie sauf s'il est un « athée stupide » ; une remarque brillante, digne des gentlemen les plus astucieux, et qui confirme ce dont on pouvait se douter, à savoir que le Frère Findel ne s'exprime pas souvent dans les termes les plus fins. Ceux qui comprennent l'anglais ne se laisseront pas abuser par une remarque aussi déraisonnable que puérile, car par l'épithète « stupide » nos Anciens devoirs transmettent un terme de reproche, et pas un terme palliatif au mot Athée. En paraphrasant, ces mots voudraient dire – si quelqu'un était aussi stupide pour être un athée, alors il ne pourrait pas s'intégrer à la société des Francs-Maçons qui reconnaît révérencieusement et a foi dans le GADLU ; personne ne peut être aussi stupide au point d'être athée - « Atheos », - personne ne devrait aussi stupide, et s'il y a quelqu'un d'aussi stupide, il ne devrait pas être Franc-Maçon. Il n'y a pas d'autres constructions possibles avec ces mots simples et toute autre interprétation nous amènerait alors vers une fertile contrée d'évasion artificielle et de subtilités jésuitiques tout à fait indignes de notre manière honnête, franche et conforme de comprendre le métier. Connaissant désormais les grandes capacités, le zèle et l'énergie, et les sentiments maçonniques du frère Findel, nous regrettons bien plus profondément de voir son nom marqué au bas d'une telle lettre que de lire les observations qu'il a estimées devoir nous adresser. Mais nous n'aurions pas rempli notre devoir de journalistes et de maçons anglais si nous ne lui avions pas répondu gentiment et fermement – que ses idées, poussées dans leurs extrémités les plus logiques, doivent aboutir à l'anéantissement de la véritable Franc-Maçonnerie. En effet, cette altération hâtive et imprudente de nos anciens landmarks et de nos vérités sacrées nous semble des plus perverse et injustifiable, et nous nous élevons, une fois encore, contre cette cruelle agitation et ce changement révolutionnaire de l'Orient de France, qui a perturbé la Franc-Maçonnerie cosmopolite, dont peuvent résulter les conséquences les plus déplorables. En Angleterre, comme en Irlande, en Ecosse, en Amérique et au Canada, nous entendons tenir fermement à nos anciens usages et nous continuerons à rejeter comme nous le faisons actuellement tous les athées et ceux qui, stupides ou autres, ne peuvent, avec nous, consciencieusement reconnaître le GALDLU et croire en lui. »

    Cette réponse du Freemason appelle plusieurs commentaires.

    1. Elle est, sur la forme, tout aussi virulente que la lettre de J.G. Findel même si elle affecte la condescendance attristée. Il est certain en tout cas que l'accusation de « papisme » a fait mouche et a été très mal ressentie à Londres en rupture avec Rome depuis le XVIe siècle. On sent bien qu'on n'est plus dans le rationnel mais dans l'affectif. Les porte-paroles de la FM∴ britannique expriment à la fois un sentiment de sidération, d'incompréhension et de fermeture.

    1. La réponse du Freemason est empreinte de mauvaise foi, notamment quand elle prétend que la décision du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴) a été unanimement condamnée par "un million de francs-maçons anglo-saxons" (sic). En effet, il est plus que probable que les francs-maçons anglo-saxons de base n'avaient strictement aucune opinion arrêtée sur le vote conventuel de 1877, à supposer qu'ils en aient eu connaissance ! En quoi auraient-ils pu se sentir concernés par le vote de la rue Cadet ? Le G∴O∴D∴F∴ n'a jamais eu l'intention de régenter le travail maçonnique des frères anglo-saxons ! Il semble donc que la revue The Freemason confonde intentionnellement la politique des GL∴ anglo-saxonnes avec le sentiment profond de leurs membres.

    1. La revue refuse toute interprétation des « mots simples » des Anciens devoirs qu'elle impute à une mauvaise connaissance de la langue anglaise. L'athée est stupide. Le fait de le devenir ou de le revendiquer est une marque de stupidité. Les pères fondateurs n'ont pas laissé de porte ouverte pour les athées qui ne seraient pas stupides. C'est un non-sens. L'athée stupide n'a donc pas sa place au sein de la société des francs-maçons qui révère le Grand Architecte de l'Univers (GADLU∴). Tout ce qui tendrait à donner au texte des Constitutions une autre signification est donc contraire à l'orthodoxie maçonnique contenue dans les Anciens devoirs. Il n'y a pas de possibilité d'en faire une lecture dynamique ou personnelle. On peut difficilement être plus clair. En tout cas, cette position montre clairement que toutes les approches visant à faire du GADLU∴ un symbole librement interprétable est de fait nulle et non avenue au regard des Anciens devoirs dont la maçonnerie anglo-saxonne prétend être la gardienne sourcilleuse. La cause est donc entendue : pour les maçons anglo-saxons, la liberté de conscience est donc la manifestation de l'athéisme.

    1. La décision du G∴O∴D∴F∴ est qualifiée d'« innovation révolutionnaire ». C'est un point extrêmement intéressant sur lequel je me dois d'insister un peu. Bien entendu, ce n'est pas un compliment que la revue The Freemason adresse au Grand Orient de France. Etre « révolutionnaire » c'est une accusation d'ordre politique ! Dans l'esprit de la revue, ce qualificatif fait implicitement écho à la Révolution française, à Napoléon, à la déchristianisation de la France. Bref, c'est un qualificatif très lourd de sens. Pour une majorité de britanniques, issus des classes bourgeoises et aristocratiques formant le gros des effectifs de la Grande Loge Unie d'Angleterre (GLUA), la décision du G∴O∴D∴F∴ s'inscrit donc dans un mouvement très profond de la société française en faveur de l'athéisme, du relativisme et, même si le mot n'est pas employé, du socialisme. La revue parle en effet du « changement révolutionnaire de l'Orient de France » (sic). C'est, à mes yeux, la grande raison, peut-être même la seule, qui motive l'intransigeance des dignitaires anglo-saxons à l'égard des francs-maçons français. Elle explique d'ailleurs ce que sera la politique des GL∴ anglo-saxonnes tout au long du XXe siècle. Le G∴O∴D∴F∴, malgré lui, est perçu comme un repère de rouges, de communistes et d'athées. Et sans doute est-il encore considéré comme tel aujourd'hui en Grande Bretagne, en Irlande, aux Etats-Unis et au Canada. C'est regrettable car inexact. Mais allez l'expliquer à des obédiences qui refusent tout dialogue dès lors qu'on n'adhère pas préalablement à leur vision de la Franc-Maçonnerie...

    1. On sent bien qu'en décembre 1877, les maçons britanniques considèrent que la Franc-Maçonnerie est morte en France suite au vote conventuel du Grand Orient de France en faveur de la liberté de conscience. The Freemason ne mentionne d'ailleurs aucune alternative sur le sol français. Il ne fait absolument pas référence au Suprême Conseil de France (SCDF∴), l'autre grande obédience française de l'époque, qui, pourtant, a conservé toutes les références traditionnelles au GADLU∴ et à l'immortalité de l'âme. Mais il est vrai que le SCDF∴ est une juridiction de hauts grades qui n'est pas reconnue par les Grandes Loges anglo-saxonnes. Rappelons aussi que la Grande Loge de France (GLDF∴) ne sera fondée qu'en 1894. Cette précision est utile car elle est une pierre jetée dans le jardin des frères qui se livrent aujourd'hui à du révisionnisme historique au sujet de la prétendue régularité de la GLDF∴.

    Je m'arrête là pour le moment mais sachez, chers lecteurs fidèles, que je ne manquerai pas de revenir sur ce sujet car la position théiste ou théistique de la franc-maçonnerie anglo-saxonne, très empreinte de christianisme, lui posera très vite énormément de problèmes doctrinaux tout au long du XXe siècle, notamment en Inde (pays polythéiste) ou en Amérique latine (continent très sensible aux idéaux de la révolution française). Ces problèmes doctrinaux n'ont d'ailleurs toujours pas été surmontés.

  • L'exclusion du G∴O∴D∴F∴ en 1877 vue par l'historien allemand Joseph Gabriel Findel

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    L'abolition, en septembre 1877, de la référence obligatoire à Dieu, Grand Architecte de l'Univers, et à l'immortalité de l'âme par le Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴) est généralement bien connue des francs-maçons puisqu'on en mesure toujours aujourd'hui les effets. Le G∴O∴D∴F∴ est injustement frappé d'ostracisme par une majorité de Grandes Loges, notamment anglo-saxonnes, qui le considèrent comme irrégulier. Le G∴O∴D∴F∴ n'a jamais cherché à réintégrer la grande famille de la maçonnerie internationale. Il n'a jamais cherché non plus à se déjuger et à faire acte d'allégeance aux Grandes Loges britanniques et américaines. En revanche, il a toujours pris soin d'expliquer les motifs qui l'ont amené à évoluer dans ses principes en 1877.

    Ce que les francs-maçons savent moins en revanche, c'est que l'exclusion du G∴O∴D∴F∴ de la communauté maçonnique internationale a été abondamment commentée, dès 1877, dans l'Europe entière, y compris en Grande Bretagne. Je voudrais reproduire ici une lettre virulente que l'historien allemand Joseph Gabriel Findel a adressée à la revue maçonnique britannique The Freemason (Le Franc-Maçon). Cette lettre a été publiée dans l'édition du 15 décembre 1877 (p.549).

    Qui était Gottfried Joseph Gabriel Findel (1828-1905) ? Il s'agissait à l'époque du plus grand historien de la maçonnerie allemande. Il était aussi l'éditeur de la revue maçonnique Die Bauhütte (La Loge). Ce franc-maçon, particulièrement actif, était connu de toute l'intelligentsia maçonnique du dix-neuvième siècle. Cet esprit curieux appréciait les débats et les controverses. Il n'hésitait jamais à défendre les plus faibles. Ainsi, en 1860, lui, Findel, l'allemand originaire de Bavière, avait été nommé Grand Maître honoraire de la Grande Loge de Prince Hall. C'est un fait remarquable quand on sait que cette obédience est composée uniquement de frères afro-américains et qu'elle n'est toujours pas officiellement reconnue par un grand nombre de Grandes Loges américaines.

    Voici donc la lettre de Joseph Gabriel Findel à la revue The Freemason. Je l'ai traduite. J'en ferai ensuite un bref commentaire.

    "LA POSITITION THEISTIQUE DE LA FRANC-MACONNERIE 

    A l'éditeur du journal The Freemason,

    Cher Monsieur et Frère,

    Votre article intitulé la position théistique de la Franc-Maçonnerie, publié à la page 520 de votre revue, expose une déclaration de foi maçonnique qui détruit le caractère cosmopolite de la franc-maçonnerie pour en faire une véritable institution sectaire. Il sera difficile de s'opposer à votre approche infaillible des bases de l'art royal, que vous pensez être la seule valable, et qui, je suis au regret de le dire, s'apparente à un papisme maçonnique.

    Permettez-moi simplement de vous dire qu'en Allemagne, en Hongrie, en Italie, etc., tous les maçons ne partagent pas votre point de vue sur la résolution qui a été prise contre le Grand Orient de France. Nous regrettons votre position quelque peu intolérante. Il semble que votre vision de la Franc-Maçonnerie ne soit pas universelle, cosmopolite, ouverte, mais exclusivement « anglo-saxonne » comme vous la qualifiez. Vos idées, j'en suis convaincu, ne sont pas en accord avec l'article 1 des Constitutions de 1723 qui ne déclare pas qu'un soi-disant athée ne peut pas être membre de la Fraternité, mais énonce plutôt, dans un esprit tranquille, tolérant, élevé, qu'il ne doit pas être stupide. Si un franc-maçon est un amoureux honnête de la vérité et s'il a acquis la conviction, en cherchant consciemment la vérité, qu'il peut nier l'existence de Dieu, ou au moins toute idée d'un dieu personnel, il ne peut pas être un athée stupide et il doit être considéré comme un très bon frère et comme un homme honnête et vertueux. Si, comme vous le dites, la franc-maçonnerie cherche à être un centre d'union universel et à cultiver les sentiments de solidarité et de fraternité pour le bien de l'humanité, alors chaque loge peut initier des hommes de toutes conditions et de toutes convictions, sans exiger d'eux une quelconque profession de foi si ce n'est d'être bon et honnête.

    La Franc-Maçonnerie est une institution purement humaine, fondée sur un principe d'humanisme plutôt que sur des objectifs d'ordre métaphysique ou d'orthodoxie religieuse, qui ne peut exister que dans un cadre cosmopolite et qui doit permettre la plus grande liberté de conscience, de pensée et de religion, laissant à chacun de ses membres, dans son for intérieur, le soin de déterminer ce qu'il doit croire ou ne pas croire sur des questions qui ont, de tout temps, séparé les hommes au lieu de les unir.

    Permettez-moi de rappeler aux lecteurs du journal The Freemason ce que j'ai écrit dans l'introduction de mon « Histoire de la Franc-Maçonnerie », pages 1 à 10, notamment à propos de la dédicace du livre des constitutions de 1738.

    Mais il n'est pas dans mes intentions de faire des déclarations générales sur la manière dont on doit comprendre l'art royal, mais d'aider à la compréhension de la résolution du Grand Orient de France. Nos frères français n'ont pas abandonné la croyance en Dieu et en l'immortalité de l'âme en enlevant ces principes de leur constitution, mais ils ont affirmé qu'un telle profession de foi ne dépendait pas de la loi maçonnique. Le Grand Orient de France a seulement fait le choix de la liberté de conscience et n'a pris position contre aucune foi religieuse. Dès lors la véritable signification de la constitution maçonnique française est maintenant que chaque frère maçon peut croire ou ne pas croire en Dieu et que chaque loge française peut décider souverainement quel candidat doit être initié ou non. Le vote français est uniquement l'affirmation de la liberté de conscience, pas la négation de la foi.

    L'excommunication dont le Grand Orient de France a fait l'objet par les Grandes Loges maçonniques est par conséquent un acte intolérant de papauté, et la négation même de l'esprit du métier, le début de la fin de la Franc-Maçonnerie cosmopolite. L'excommunication du Grand Orient de France prouve seulement l'esprit sectaire qui a présidé à la décision de ces Grandes Loges, lesquelles ont oublié que le but de la Franc-Maçonnerie est d'unir tous les hommes bons de toutes croyances et professions ; ces Grandes Loges professent la séparation, détruisent le métier et ruinent l'héritage de nos pères fondateurs les plus libéraux et les plus tolérants. L'union de la Franc-Maçonnerie ne sera bientôt plus qu'une illusion si les maçons anglo-saxons condamnent les maçons français, allemands, italiens, etc. et réciproquement.

    Fraternellement,

    J.G. Findel"

    Cette lettre appelle quelques commentaires.

    Les mots employés par Joseph Gabriel Findel sont violents et le ton de la lettre est polémique. L'auteur fustige "l'excommunication" du G∴O∴D∴F∴, le "papisme maçonnique", le sectarisme et l'intolérance de Grandes Loges qu'il évite soigneusement de nommer. Ces mots ne sont pas anodins surtout lorsqu'ils sont publiés dans une revue maçonnique anglo-saxonne lue par des francs-maçons majoritairement de confession anglicane et protestante. Findel leur dit au fond que leurs Grandes Loges n'ont rien à envier à l'Eglise catholique, apostolique et romaine qui, au nom de son dogmatisme, condamne tous ceux qui pensent différemment d'elle.

    Findel rappelle ensuite la signification du vote conventuel de 1877. Il le dit très bien : le G∴O∴D∴F∴ n'a jamais fait profession d'athéisme ; il a simplement proclamé que la liberté de conscience était à la base du travail maçonnique ; il a laissé le soin à chacun de ses membres de se déterminer librement par rapport aux questions métaphysiques. Même si l'auteur ne le dit pas clairement, on sent bien qu'il espère amener la maçonnerie anglo-saxonne à adopter une position moins intransigeante à l'égard du G∴O∴D∴F∴. Pour Findel, l'excommunication du G∴O∴D∴F∴ ne peut être que le fruit d'un malentendu, d'une réaction immédiate et épidermique. Rien ne la justifie sur un plan doctrinal. Elle s'appuie sur une compréhension dynamique des principes maçonniques et trouve sa base même dans les constitutions de l'Ordre. Lorsque la maçonnerie anglo-saxonne aura compris que le G∴O∴D∴F∴ ne prétendait pas parler au nom de la maçonnerie universelle, elle finira par accepter que l'obédience française suive sa propre voie et réintègre la grande famille maçonnique universelle. 

    Cependant, si Findel espère implicitement une normalisation des relations entre la maçonnerie anglo-saxonne et la maçonnerie française, il reste explicitement pessimiste dans sa lettre. En fin connaisseur des relations maçonniques, il sait que les obédiences maçonniques anglo-saxonnes ne sont pas prêtes à se déjuger. En cette fin d'année 1877, il est parfaitement conscient que cette rupture inédite et brutale est de nature à compromettre durablement l'unité de l'Ordre maçonnique. Joseph Gabriel Findel est au fond d'une très grande lucidité. Il a immédiatement compris que la spécificité du travail maçonnique ne pouvait conditionner la reconnaissance interobédientielle sous peine d'aboutir à des exclusions à la chaîne et à un émiettement de l'Ordre maçonnique en diverses chapelles qui ne se parlent plus ou qui font semblant de cohabiter hypocritement.

    La suite des événements a hélas donné raison à l'analyse pessimiste de Findel puisque la maçonnerie anglo-saxonne, en 2015, fait toujours semblant d'ignorer le G∴O∴D∴F∴ alors que celui-ci est pourtant l'obédience maçonnique d'Europe continentale la plus ancienne et la plus importante en effectifs. Ce qui est totalement surréaliste il faut bien le reconnaître. Joseph Gabriel Findel méritait donc bien que je l'extirpe de l'oubli le temps de cette note, d'autant plus que sa lettre vivifiante a connu une postérité singulière en Amérique latine. En effet, lorsque la Grande Loge Unie d'Angleterre et les Grandes Loges américaines ont refusé de reconnaître la Grande Loge d'Uruguay en 1950 en raison de sa proximité philosophique avec le G∴O∴D∴F∴, de nombreuses obédiences maçonniques d'Amérique latine se sont alors immédiatement élevées contre cette décision. Parmi elles, le Grand Orient Fédéral d'Argentine. Celui-ci s'est référé à la lettre de Joseph Gabriel Findel pour fustiger l'intolérance et le sectarisme des puissantes obédiences anglo-saxonnes. Sans grand succès il faut bien le dire puisque la G∴L∴ d'Uruguay a fini par rentrer dans le rang dix ans plus tard.