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fumisterie

  • La propagande antimaçonnique de M. Serge Abad-Gallardo : classique, désespérante et prévisible

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    69Fiche.pngIl s'appelle Serge Abad-Gallardo. Il a été initié dans une loge du Droit Humain (DH). Il a démissionné de la franc-maçonnerie vingt ans plus tard suite à sa redécouverte du Christ. Il vit et travaille à Narbonne.

    M. Abad-Gallardo a écrit un ouvrage sur cette étonnante conversion. Il donne maintenant des conférences sur le sujet. Il accorde volontiers des interviews sur son parcours spirituel dans la franc-maçonnerie qu'il juge radicalement incompatible avec la foi catholique. La franc-maçonnerie incarne pour lui la folie humaniste qui prétend se passer de Dieu. Elle est relativiste. Elle est source d'erreur. Elle prétend transformer la société et les hommes. Elle veut bouleverser l'ordre de la création voulu par Dieu.

    Je ne peux pas donner tort à M. Abad-Gallardo. Effectivement, la franc-maçonnerie est radicalement incompatible avec toutes les idéologies - religieuses mais aussi politiques - qui réduisent le monde à elles-mêmes et qui prétendent être la source de toute vérité. La franc-maçonnerie s'adresse à des cherchants, pas à des individus qui espèrent y trouver je ne sais quelle espèce de révélation d'ordre surnaturel. On est initié à la franc-maçonnerie. On ne s'y convertit pas. Or, M. Abad-Gallardo avait besoin de se convertir. Il s'est manifestement trompé en rejoignant la franc-maçonnerie et semble avoir mis du temps à s'en rendre compte. Maintenant, pour paraphraser une chanson célèbre, il ne pense pas : il prie. Grand bien lui fasse ! Je suis heureux pour lui. 

    Je pense pour ma part que la vérité est nécessairement plurielle. La vérité passe évidemment par le regard de l'autre, par l'échange, par le travail en commun et par la réflexion. La vérité a évidemment besoin de l'altérité. Elle ne descend pas toute faite du ciel. De même, la société bouge. La société évolue. Les idées voyagent à l'instar des hommes. Et effectivement, rien de ce qui est humain ne saurait être étranger au franc-maçon.

    M. Abad-Gallardo, en quête d'absolu, a préféré changer de voie. C'est son droit le plus strict. Et je respecte ses convictions mêmes si elles sont aux antipodes des miennes. Seulement voilà, ce qui, au fond, n'aurait pu être que l'évolution (ou la régression c'est selon) d'un individu, se transforme en pantalonnade. Que M. Abad-Gallardo brûle ce qu'il a aimé est une chose. Qu'il se complaise dans la caricature grotesque de la franc-maçonnerie en est une autre. Il utilise tous les bons vieux clichés traditionnels de l'antimaçonnisme catholique sans la moindre nuance. C'en est presque une faute de goût. Je trouve en effet qu'il en fait trop. C'est ce côté "too much" qui, à mes yeux, rend sa démarche suspecte, comme s'il jouait un rôle en quelque sorte. 

    J'ai vraiment du mal à croire qu'un homme qui a consacré vingt ans de sa vie à la franc-maçonnerie puisse en être réduit à se comporter vis-à-vis de la religion comme s'est comportée ma défunte grand-mère. Mais ma grand-mère, elle, a eu des circonstances atténuantes. Elle n'a pas fait d'études. Elle a été obligée de travailler durement toute son existence. La vie ne lui a pas non plus laissé l'opportunité de lire beaucoup de livres et de se cultiver. Sa foi était néanmoins paisible et résultait plus d'un déterminisme social teinté de superstition que d'une réflexion approfondie. Il n'y a jamais eu en tout cas chez elle le désir de convertir son prochain. D'ailleurs eût-elle voulu le faire que les mots ne seraient pas venus à sa bouche. M. Abad-Gallardo, lui, met son intelligence au service d'une propagande antimaçonnique d'un classicisme désespérant et prévisible.

    Oui, c'est désespérant et prévisible car le cas de M. Abad-Gallardo n'est pas exceptionnel. En effet, il y a des précédents. Je pense à Jules Doinel et à Léo Taxil beaucoup plus connu. Je pense aussi à John SalzaJim Shaw (à ne pas confondre avec l'artiste contemporain du même nom), Burkhardt Gorissen ou encore à Maurice Caillet. Tous des anciens francs-maçons. Tous des pourfendeurs, sur le tard, de la franc-maçonnerie parce qu'ils ont rencontré un jour le petit Jésus qui leur a dessillé les yeux et les a sortis de l'erreur. 

    Je ne veux nullement être désobligeant vis-à-vis d'eux. Cependant, beaucoup ont eu des parcours objectivement chaotiques laissant clairement entrevoir d'importantes faiblesses psychologiques, pour ne pas dire davantage. Et je n'insiste pas sur ceux dont la conversion tonitruante a révélé une volonté brouillonne de se venger ou de régler mesquinement des comptes. Je me garderai bien de trancher en ce qui concerne M. Abad-Gallardo. Je rappellerai simplement que celui-ci a trouvé son chemin de Damas en même temps que son chemin de croix du côté de Narbonne où, avec d'autres, il a défrayé la chronique pour des choses bien moins spirituelles. Je n'en dirai pas davantage. Je laisse à chacun le soin de tirer ses propres conclusions.