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franc-maçonnerie

  • Parrainez et gagnez des points cadeau !

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    Imaginez que vous puissiez cumuler des points cadeau chaque fois que vous parrainez un profane. Imaginez que vous récoltiez par exemple soixante points pour chaque profane présenté et initié. Ces points seraient cumulables. Deux parrainages concluants dans l'année, ce serait donc par exemple cent vingt points dans votre escarcelle. En fonction des points obtenus, votre obédience vous récompenserait. Cela pourrait aller de la cravate en passant par une montre ou une cafetière jusqu'au congélateur ou au canapé en cuir. Idem du nouvel initié qui recevrait un cadeau de bienvenue de la part de l'obédience. Et là vous vous dites que je délire et que j'aurais besoin d'un peu de repos. 

    Eh bien vous vous trompez. Le système que je viens sommairement de vous décrire, existe bel et bien et a été mis en place par l'une des plus anciennes obédiences du monde : la Grande Loge de Pennsylvanie fondée en 1786 et dont le vertueux Benjamin Franklin est une des figures historiques. La Grande Loge de Pennsylvanie compte aujourd'hui environ 100 000 membres pour 130 000 il y a seulement une quinzaine d'années. Une chute de 23 %. La Grande Loge de Pennsylvanie, pourtant réputée pour son rigorisme, espère ainsi faire face à la chute de ses effectifs.

  • L'Académie de la Connaissance Maçonnique

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    certifié.jpgJe ne vais pas revenir ici sur l'excellent article du frère Emerek le Fol à propos de l'Académie de la Connaissance Maçonnique instituée pour les francs-maçons de la Loge Nationale Française et de la Loge Nationale Mixte Française. Je comprends tout a fait que cette structure suscite à la fois des interrogations et des inquiétudes. Cette académie au nom pompeux donne en effet l'impression de réduire l'initiation maçonnique à une procédure de certification ou à une validation des acquis de l'expérience. La bibliographie imposée, partielle et surtout partiale, s'apparente également à de la vente forcée même si l'Académie précise que la procédure de certification est fondée sur le volontariat. Ouf ! Il reste cependant à déterminer si, dans les faits, le volontarisme ne va pas se transformer insidieusement en forte incitation. Quoi qu'il en soit, nous allons assister sous peu à l'émergence de « francs-maçons certifiés ». Cependant, on peut dire avec un peu d'ironie que le projet de cette académie s'inscrit dans le prolongement d'une activité maçonnique traditionnelle car la remise de médailles et de diplômes est aussi vieille que la franc-maçonnerie. Dès le dix-huitième siècle, certains frères entreprenants et malins l'avaient bien compris et su en faire commerce.

    Je vais plutôt tenter ici d'élargir le sujet. « L'Académie de la Connaissance Maçonnique » dit en effet s'inspirer d'expériences anglaises et américaines comparables. Or, elle se garde bien d'expliquer le rôle et les missions de ces structures anglo-saxonnes qui font office en quelque sorte de centres de formation permanente. Il faut donc expliquer l'origine de ces structures et rappeler notamment que la franc-maçonnerie, en Grande Bretagne aux Etats-Unis et dans d'autres pays anglo-saxons, est en crise profonde en dépit des apparences. Les loges, dans leur grande majorité, ne parviennent pas à retenir leurs membres. De nombreux frères se plaignent du manque de formation maçonnique. Au rite d'York par exemple (majoritaire aux Etats-Unis), les loges travaillent ordinairement au grade de maître. Donc, les frères passent les trois grades symboliques très rapidement, parfois même le même jour, pour des raisons structurelles : les nouveaux membres servent non seulement à compenser les démissionnaires ou les absents mais aussi à empêcher la mise en sommeil des loges (et encore, ce n'est pas toujours le cas). En outre, les loges se réunissent moins fréquemment qu'en France. Pratiquer la franc-maçonnerie outre-Manche et outre-Atlantique, c'est donc d'abord exécuter impeccablement par coeur le rituel (sans compter le soutien aux oeuvres de bienfaisance). Le temps d'instruction, c'est le temps consacré à l'apprentissage du texte ; c'est le temps consacré à la maîtrise des déplacements en loge ; c'est le temps consacré à l'agencement des différentes cérémonies, à l'exécution parfaite des signes, mots et attouchements, etc.

    Or, apprendre un texte n'est pas forcément le comprendre. Et c'est encore moins l'interpréter et conserver une distance critique vis-à-vis de lui. Quand on est dans la reproduction à l'identique de ce qui se fait depuis toujours, quand on est dans la conservation obsessionnelle des formes, il est difficile de se sentir pleinement à l'aise et libre dans sa démarche spirituelle. Il suffit de lire les blogs de nos frères américains pour se rendre compte que cette façon de pratiquer la franc-maçonnerie est peu satisfaisante. Beaucoup se plaignent de devoir répéter et transmettre sans comprendre la logique des choses. Beaucoup doivent se contenter des explications sommaires de quelques maîtres grincheux. C'est donc pour favoriser l'exégèse des rituels, la lecture comparée des textes, leur mise en perspective, l'étude de l'histoire maçonnique, des symboles et des traditions - bref ce que recouvre en gros la maçonnologie - que des formations maçonniques ont été mises en place non seulement aux Etats-Unis mais aussi en Grande Bretagne. Ces formations ont été créées le plus souvent avec le soutien de Grandes Loges pressées de trouver enfin la solution miracle à l'érosion continue de leurs effectifs. Le but de ces formations est de répondre à l'insatisfaction croissante des frères. C'est la raison pour laquelle, en France, de telles structures n'ont aucun sens puisque les loges sont censées effectuer ce travail d'explication et d'analyse par le biais des surveillants et de l'expert. D'ailleurs les américains ont un qualificatif pour désigner ce travail : c'est le travail maçonnique « à l'européenne ». 

    En revanche, là où les maçons hexagonaux auraient des choses à apprendre des frères américains et britanniques, c'est évidemment sur l'agencement et l'exécution des cérémonies. En France, nous lisons majoritairement le rituel. Nous n'apprenons quasiment rien par coeur. Donc, nous retenons très peu. Dès lors, les usages se perdent souvent parce qu'ils ne sont pas suffisamment répétés et intégrés. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les cérémonies d'un même grade peuvent varier sensiblement au sein d'un même atelier d'un vénérable à l'autre. Certains vénérables choisissent d'ajouter unilatéralement tel ou tel détail pour combler l'indigence de rituels rédigés par d'obscurs hiérarques. D'autres préfèrent au contraire retrancher certaines pratiques jugées désuètes, parfois expéditivement, si bien qu'il n'y a plus de permanence rituelle. Le plus souvent, on improvise et on tâtonne en pleine cérémonie parce qu'on n'a pas suffisamment répété. Le maître des cérémonies de mon atelier a une belle formule qui résume beaucoup de choses :

    « Quand je ne sais plus où j'en suis, je tourne, je tourne, je continue à tourner et je cherche les yeux du vénérable ; à un moment donné, je comprends qu'il faut s'arrêter là.»

    En fait, en France, chaque loge fait sa bouillie dans son coin pour le meilleur et pour le pire. Il ne faut surtout pas croire que les loges d'obédiences dites « traditionnelles » s'en sortent forcément mieux. J'en ai vu certaines écrasées par le poids d'un rituel bien trop lourd pour elles. De façon générale, le niveau d'exécution des cérémonies maçonniques en France est assez moyen pour ne pas dire médiocre. Et je ne prétends surtout pas être au-dessus du niveau moyen. J'ai cependant maçonné longtemps en Belgique. Je peux donc vous dire d'expérience qu'une initiation chez nos voisins est autrement plus impressionnante qu'en France. Ce n'est pas parce que les maçons belges sont supérieurs aux maçons français ; c'est parce que les maçons belges travaillent et répètent plus sérieusement que les maçons français. Les frères et les soeurs belges préparent les cérémonies. Ils lisent le rituel comme nous mais ils n'hésitent pas à pratiquer de temps en temps le par coeur si les nécessités particulières d'une cérémonie l'exigent (ex : obscurité du temple, questions/réponses entre l'expert et le couvreur, etc.). Ils sont attentifs à la tenue vestimentaire, à la solennité des formes, à l'esthétique du moment. Ils font l'effort de venir aux répétitions qui n'ont pas lieu dans le désordre trente minutes avant l'ouverture des travaux. ll n'y a pas de secret. Juste du travail, un peu de rigueur et de la considération pour ce qui est à accomplir.

    En guise de conclusion et pour sourire un peu, je vais donner un filon aux marchands du temple. Il y a un créneau à prendre en France mais dans le domaine de la scénographie maçonnique. Avis aux petits malins ! Vous pourriez ainsi créer une « Académie de la Connaissance Maçonnique Pratique des Rites » et proposer aux loges des formations - à des tarifs fraternels bien sûr ! - visant à les accompagner dans l'exécution des tenues et des différentes cérémonies. Des comédiens, des metteurs en scène, des musiciens, des ingénieurs du son et de la lumière pourraient leur venir utilement en aide. Une procédure de certification ISO 9001 pourrait même être envisagée. Allez vite enregistrer le nom à l'I.N.P.I. avant que quelqu'un d'autre n'en profite !

  • Le GODF est-il la courroie de transmission du PS ?

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    godf,france,franc-maçonnerie,ps,politiqueSuite à ma note sur Emmanuel Macron et l'esprit maçonnique, j'ai reçu un courrier électronique dont je reproduis ici l'essentiel :

    « Ce qui se passe dans la société française et qui se traduit par ce coup de pied dans la fourmilière politique, devrait, en théorie, susciter une très sérieuse remise en cause de certaines méthodes et pratiques de la FM au GODF . Les « cadres » du GODF en seront-ils capables. Je crains que non. 

    Cette crise « politique » dans la société annonce, de mon point de vue, une crise dans la FM sociétale. 

    Voilà longtemps que les FF n'ont plus à apporter au dehors les vérités acquises dans le Temple. 

    Pourquoi ? Parce que, entre autres, à mon sens, beaucoup de FF, même de bonne foi, qui sont aussi des militants du Ps, se comportent d'abord, en loge, comme des militants de leur parti. Et non pas l'inverse . 

    Le GODF est devenue la courroie de transmission du PS ; PS qui depuis des décennies ne pense plus.  

    Je suis en train de relire les mémoires  d'Arthur Koetsler et je tombe sur ces lignes : 

    « Le « peuple » apparaît aux yeux de la bureaucratie socialiste comme une cible de propagande, non comme une réalité vivante dont il faut comprendre et partager les intérêts, les goûts et les faiblesses, si l'on veut changer la face du monde. Les dirigeants socialistes, étaient , pour la plupart, sortis du peuple, mais ils n'appartenaient pas au peuple ; ils essayaient de diriger et de manier l'homme sans s'identifier à lui. »

    Ces phrases écrites en 1949 résonnent en ce moment. 

    La sève existe encore dans les loges mais elle ne vivifie plus une structure « sclérosée et sclérosante ».

    Le propos est très sévère, notamment la référence à Koestler qui visait en réalité la bureaucratie soviétique et les atrocités du communisme. Ce propos postule une sorte de relation structurelle entre la rue Cadet et la rue de Solférino ou à tout le moins une sorte d'affinité politique et intellectuelle. Ce qui semble pour le moins excessif ou du moins se référer à une réalité dont je n'ai jamais été le témoin. J'ai évidemment croisé beaucoup de frères de sensibilité socialiste dans les loges du Grand Orient de France mais j'y ai croisé aussi quantité de frères d'autres sensibilités politiques. Il est bon quand même de le souligner. Je n'ai jamais fréquenté non plus de loges politiquement monochromes ou de loges dans lesquelles l'orientation politique des membres avait une influence telle, qu'elle empêchait l'expression d'autres formes de pensée. Je ne dis pas que ça n'existe pas. Je dis que je n'ai jamais été confronté directement à ce problème au sein du Grand Orient de France. De toute façon, chaque obédience a ses forces et ses faiblesses.

    En dehors des loges en revanche, c'est autre chose. Comme la franc-maçonnerie ne donne ni consignes ni mots d'ordre, ses membres agissent comme bon leur semble. Et comme il y a toutes sortes de francs-maçons, il y a forcément toutes sortes de comportements. Or, on ne garde souvent à l'esprit que les mauvaises expériences. On minimise ou on oublie les bonnes. On ressemble alors à ces voyageurs focalisés sur les trains en retard et incapables de songer à la majorité de ceux qui arrivent à l'heure. Je connais donc de ces frères qui souffrent en permanence de dissociation : ils oublient, en dehors du temple, ce dont ils se prévalent à l'intérieur. Mais je connais aussi de ces frères qui, à toute heure, se rappellent la grandeur des devoirs qu'ils se sont imposés et qui font aimer l'ordre maçonnique par l'exemple de leurs qualités parce que ce sont des parents aimants, des voisins sur lesquels on peut compter, d'honnêtes citoyens, des personnes engagées au service des autres, au service d'une cause particulière ou de l'intérêt général, etc.

    Là où je rejoins l'auteur du courrier électronique, c'est sur le sentiment qu'il exprime sur la sclérose de la structure obédientielle du Grand Orient de France. Sauf que je n'en impute pas essentiellement les causes au « militantisme socialiste » au sein du Grand Orient de France. Certes, je sais bien que ce militantisme existe puisque j'ai déjà eu l'occasion d'en évoquer les effets, sur un plan strictement historique, en rappelant les mésaventures d'Alexandre Chevalier et celles de Guy Mollet ou encore les tiraillements d'appareil suite à l'élection inattendue de Michel Baroin à la Grande Maîtrise en 1977. Ce faisant, les effets de ce militantisme socialiste doivent bien plus, à mon avis, au conformisme d'appareil qu'à l'influence de ceux qui s'y adonnent. Pour le dire autrement, la sclérose résulte moins des affinités socialisantes de certains apparatchiks (responsables ou anciens responsables de l'obédience) et de leurs courtisans, que de la passivité générale des frères qui les laissent faire, soit parce qu'ils n'en ont pas conscience, soit parce qu'ils s'en moquent.

    Cette passivité générale permet donc un accaparement du Grand Orient de France par des formes de pensée d'ailleurs non réductibles au seul militantisme socialiste. Il suffit par exemple de songer à ce qu'est devenue la laïcité au Grand Orient de France : une véritable religion d'appareil relayée par des frères qui passent leur temps à se référer à ce principe qu'ils ne connaissent qu'à travers leurs fantasmes. Certains sont parfois tellement vindicatifs et intolérants qu'ils deviennent de véritables repoussoirs pour quiconque essaie d'avoir un minimum d'ouverture d'esprit. Ils excellent souvent dans cet art du discours catastrophiste, décliniste et antireligieux. Le drame est qu'ils sont arrivés à préempter la laïcité et, pis encore, à amener le Grand Orient à se faire le relais paresseux et docile des communiqués vengeurs du Comité Laïcité-République et du Collectif laïque. Ils se pensent majoritaires au sein du Grand Orient de France car ils se sentent confortés par le silence du plus grand nombre. Or, ce silence n'est pas une adhésion mais en réalité du désintérêt à l'égard d'un discours d'appareil creux auquel les pouvoirs publics font mine de prêter poliment attention. Le plus grand nombre préfère avoir la paix, donc fuir les polémiques stériles, et se consacrer essentiellement à la vie de loge.

    Il ne faudrait pas croire que la rupture du silence est la solution pour mettre un terme à cette sclérose d'appareil. Celle-ci a pris trop d'ampleur au fil des décennies. Cette rupture du silence serait efficace si elle s'accompagnait d'une réforme profonde du cadre obédientiel napoléonien hyper-centralisé dans lequel les frères du Grand Orient vivent depuis plus d'un siècle. Tout le monde sait que le convent est devenu un mastodonte ingérable et coûteux où rien de substantiel ne se dit, où tout et son contraire se votent et où l'on entend les mêmes bons clients débiter au lutrin les mêmes propos insipides en une minute chrono pendant que les autres délégués dorment, bavardent ou trépignent sur leurs chaises. Il est anormal que la gestion administrative, en 2017, ne soit pas davantage décentralisée, c'est-à-dire effectuée au plus près des loges, donc au sein de régions plus vastes et moins nombreuses. C'est en réalité toute la représentativité des loges qu'il conviendrait de repenser dans un nouvel ensemble. Ça supposerait une réflexion en profondeur sur notre loi commune, à mille lieux des tripatouillages annuels et métastasiques qui la rendent aujourd'hui impermanente, incompréhensible et de plus en plus inadaptée à la réalité des loges, notamment des plus petites et des plus éloignées des orients parisiens. Il faudrait aussi s'interroger sur ces responsables, qui ne le sont plus, mais qui ont tant de mal à descendre parce qu'ils vivent souvent en région parisienne, donc à proximité du siège de l'obédience. Le « Grand Orient de Paris » est une obédience dans l'obédience qui profite de l'hyper centralisation et des déséquilibres territoriaux. Et gare à ceux qui lui disputent cette primauté ! On les accuse, sans rire, de vouloir porter atteinte à l'unité de l'obédience. Cependant, pour calmer les ardeurs des grincheux de province, il a quand même été décidé de promener le convent depuis quelques années. La Rochelle, Nice, Rennes, Marseille... 

    On le voit donc : le problème est bien plus complexe que ne le laisse paraître le titre de cette note. Alors peut-on en sortir ? Réglementairement, je ne le pense pas car les conditions posées par la loi commune pour envisager une réforme structurelle sont trop contraignantes. L'appareil pèse trop. Les résistances et les peurs sont là. Les loges sont également incapables de s'inscrire dans une telle réforme car elles doivent d'abord initier et former des francs-maçons (y compris celles qui se sont faits la spécialité de submerger le convent de voeux et règlements). Réformer le Grand Orient de France en temps de paix est donc une mesure aussi absurde que celle qui, dans le monde profane, prône l'instauration d'une sixième République. On l'a bien vu avec la tentative de réforme en 2005-2006. Elle s'est très vite transformée en un gigantesque foutoir. Un changement de mode de fonctionnement suppose donc toujours un élément d'extranéité majeur qui le rend possible (crise politique, économique et sociale aiguë, guerre civile, conflit avec un autre pays).

    Il est temps de conclure. Je ne pense pas, très franchement, que le Grand Orient soit la courroie de transmission du Parti socialiste ou que le Parti socialiste soit celle du Grand Orient. Ce fut peut-être le cas, à certains moments de l'histoire. Et encore... Ce n'est même pas sûr. Je pense surtout que les choses ont bien changé et que les profanes qui frappent à la porte des loges du Grand Orient de France sont souvent en attente d'une réflexion spirituelle et philosophique profonde. Ils expriment une volonté d'échapper à la tyrannie de l'actualité immédiate. Cela signifie-t-il que nous allons vers une crise de la « franc-maçonnerie sociétale » comme l'affirme mon correspondant ? Je n'en sais rien. C'est possible. En tout cas, j'ai l'impression que l'on s'enivre frénétiquement de tenues blanches, de colloques et d'Utopiales alors que le travail à entreprendre devrait être au contraire beaucoup plus subtil et souterrain. En un mot : initiatique. Je n'aurai évidemment pas la prétention et l'arrogance de le circonscrire même s'il m'est arrivé de l'aborder modestement sur ce blog en m'interrogeant sur ce qu'était, par exemple, la réflexion maçonnique ou le travail en loge.

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    Ajout du 26 mai 2017 - 13h00

    Contrairement à ce que j'ai indiqué au début de ma note, la citation d'Arthur Koestler ne concerne pas l'Union Soviétique. Elle est extraite de « La corde raide » le premier volume de ses mémoires. Koestler parle du Parti socialiste allemand (SPD) dans les années précédant l'arrivée de Hitler au pouvoir. Il est d'ailleurs encore plus sévère avec le Parti communiste allemand (KPD). Merci à mon correspondant de m'avoir apporté cette précision !

  • Emmanuel Macron et l'esprit maçonnique

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    2415688542.jpgJ'ai lu avec grand intérêt la dernière chronique du frère Emerek le Fol sur le blog « Hiram.be ». Elle s'intitule « Emmanuel Macron, la franc-maçonnerie et la pensée ternaire ».

    Selon Emerek le Fol, l'élection de M. Emmanuel Macron à la présidence de la République témoigne de la victoire de la pensée ternaire sur la pensée binaire. La pensée ternaire est la volonté de concilier des oppositions dans l'objectif d'un dépassement. Elle postule que des courants de pensées différents peuvent travailler ensemble pour faire émerger d'autres possibles. La pensée binaire, elle, postule au contraire que seuls les rapports de force structurent le monde : deux camps s'affrontent et l'un doit nécessairement l'emporter sur l'autre.

    Bien entendu, il ne s'agit pas de prétendre que M. Emmanuel Macron est franc-maçon. Il ne s'agit pas non plus de procéder à je ne sais quelle récupération. Ce serait parfaitement ridicule. Cependant, comment ne pas déceler dans la philosophie de l'action politique exposée par le nouveau Président de la République un état d'esprit auquel tout franc-maçon ne peut être que spontanément sensible à la condition, bien sûr, de ne pas s'abandonner à des réflexes partisans ? Voici quelques exemples de cet état d'esprit que l'on transmet dans les loges (la liste est évidemment non exhaustive).

    • Des individus différents et n'ayant pas les mêmes convictions et les mêmes parcours sont faits pour se rencontrer, fraterniser et travailler ensemble (réunir ce qui est épars).
    • La société a non seulement besoin de valeurs mais aussi de symboles et de rites.
    • Seul on ne peut rien, ensemble on peut tout.
    • La tolérance et l'ouverture sur l'universel doivent l'emporter sur l'exclusion et le repli sur soi.
    • L'échange de qualité suppose l'écoute bienveillante et le respect de ses interlocuteurs.
    • Les sociétés et les cultures sont le résultat des apports les plus divers.
    • La laïcité n'est pas le laïcisme.
    • La conciliation de la pensée et de l'action s'inscrit nécessairement dans un temps long.
    • les individus ne se réduisent pas à des étiquettes ou à des postures.

    Je pourrais continuer longtemps. Mais attention aux incompréhensions que pourrait induire une lecture trop rapide ! Je ne dis pas que M. Macron a l'exclusivité de cet état d'esprit. Fort heureusement d'ailleurs sinon ce serait inquiétant ! En revanche, j'ai l'impression qu'il fut l'un des rares candidats, sinon le seul, au cours de cette campagne présidentielle, à l'exprimer fièrement. Et je suis persuadé que c'est précisément la raison pour laquelle il s'est distingué nettement des autres.