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françois stifani

  • L'idéologie guénonienne appliquée à la Franc-Maçonnerie

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    guenongrandmaitre.jpgJe joins à la présente note un discours prononcé par le F∴ Jean-Pierre Servel, à l'époque Grand Orateur, après l'installation de François Stifani à la grande maîtrise de la Grande Loge Nationale Française (G∴L∴N∴F∴) le 1er décembre 2007.

    Je n'aurais pas pu trouver meilleure illustration des aberrations de l'idéologie guénonienne appliquée à la franc-maçonnerie.

    Je remercie le F∴ Joaben de m'avoir transmis copie de ce texte délirant, prononcé deux ou trois ans avant que la G∴L∴N∴F∴ n'implose et ne défraye la chronique en en mettant partout.

    J'ai surligné les passages les plus dingues.

    Dans ce texte, Jean-Pierre Servel ne se contente pas de cirer les pompes de François Stifani. Il expose un système obédientiel autoritaire dans lequel le G∴M∴ est une sorte d'intercesseur entre Dieu et les hommes et impose sa volonté à l'ensemble des FF∴. Il faut donc aller au-delà de la forme obséquieuse pour s'attacher au fond des propos. Celui qui – ne l'oublions pas - est devenu l'actuel Grand Maître de la G∴L∴N∴F∴ y défend les idées suivantes (j'en ai repéré sept... parce que ça fait bien et que c'est symbolique) :

     

    1. Le Grand Maître est lié, par serment, à la Tradition primordiale qui est le fondement, le contenu et le but de son autorité indiscutable.

    2. Le Grand Maître est l'ultime trait d'union entre Dieu, Grand Architecte de l'Univers, et les hommes.

    3. Le Grand Maître peut certes consulter, mais son pouvoir est seul source de cohérence et d'autorité. Ce qui, implicitement, revient à dire qu'il peut passer outre l'avis de ceux qu'il consulte et agir comme bon lui semble.

    4. Voter contre un Grand Maître ou contre l'impulsion qu'il entend donner à l'Ordre n'a aucun sens et ne peut procéder que d'un esprit de dérision. Tout Frère en désaccord doit partir sans bruit et sans trahir.

    5. Tout pouvoir vient d'en haut, donc toute prérogative procède nécessairement du Grand Maître qui, éventuellement, peut déléguer aux Grands Maîtres provinciaux.

    6. Une ordre initiatique ne peut être démocratique. L'élection est une illusion. Un Vénérable Maître est apparemment élu par ses Frères. En réalité, il n'a été élu que parce qu'il y a eu l'assentiment du Grand Maître ou, à défaut, celui du Grand Maître provincial de la province concernée.

    7. Il est moralement et réglementairement inconcevable que le Grand Maître s'écarte des landmarks intangibles de l'Ordre et du fonctionnement traditionnel de l'obédience.

    Délicieux... Ça donne envie... On sent le souffle décoiffant d'une vibrante spiritualité... Je plaisante bien sûr car, en réalité, il y a de quoi frémir devant cette resucée de la conception guénonienne du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Je comprends à présent pourquoi l'extrême droite y a ses entrées.

    Bref, je vous laisse imaginer les conséquences d'un tel système obédientiel dans les mains de cons...

    Moi en tout cas si j'étais gangster, je signerais tout de suite. Je me dépêcherais de cirer les pompes de mon chef et me rendrais indispensable. Je me ferais fort de devenir la voix de mon G∴M∴ provincial et l'âme damnée du G∴M∴ national. Je ne manquerais pas non plus de me distinguer par mes platitudes, mes flatteries et ma capacité à devenir le paillasson de mes supérieurs. Je me dépêcherais d'appartenir à une dizaine de loges, d'en fonder une autre dizaine et de cumuler les grades et les rites. Je jouerais des coudes avec d'autres cons pour être vu du Chef jusqu'à ce qu'il suggère de façon pressante aux FF∴ de ma L∴ de me bombarder V∴M∴ au nom du G∴A∴D∴L∴U∴ et de la tradition traditionnelle. Avec un peu d'organisation et de méthode, je ne quitterais jamais plus le premier maillet. Et tant pis pour ceux qui ne seraient pas d'accord avec ce choix. J'attendrais enfin fébrilement le soutien "d'en haut" pour atteindre les sommets de la hiérarchie ordinale. J'investirais dans un beau tablier doré.

    En conclusion, je me pose une question. Le G∴O∴D∴F∴ a-t-il vraiment intérêt à s'exposer médiatiquement aux côtés de la G∴L∴N∴F∴ même pour faire payer à la G∴L∴D∴F∴ la calamiteuse et rocambolesque aventure de CMF ? J'en doute très fortement.

    _____________

    Lire :

    Discours de JP Servel décembre 2007.pdf

  • Une "certaine idée" de la F∴M∴

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    "Cherche la réponse en ce même lieu d'où t'est venue la question."

    Djalâl ad-Dîn Rûmi (1207 - 1273)

     

    Lu sur le blog Hiram.be cette considération d'Alain Bernheim, le Jean Daniel de la maçonnerie :

    "Je considérais que 2014 était une année essentielle (sic) pour la franc-maçonnerie française. Essentielle parce que c’était la première fois depuis plus de deux siècles que les francs-maçons français qui ont en commun une certaine idée de la franc-maçonnerie (sic) tentaient de se réunir. Leur tentative me semblait avoir une bonne chance de réussir mais elle était confrontée à un extraordinaire sabotage (sic) dont je reparlerai plus loin" (1).

    Je me méfie généralement de ceux qui usent et abusent des expressions gaulliennes pour signifier qu'ils ont "une certaine idée" de ceci ou de cela. Je les soupçonne d'avoir aussi "une certaine idée" d'eux-mêmes qui les conduit souvent à juger leur prochain ou les situations avec condescendance et, parfois, à ne pas être trop regardants sur leur propre parcours.

    La "certaine idée de la franc-maçonnerie", on la connait. C'est cette trop fameuse "régularité", notion équivoque, à géométrie variable et historiquement douteuse qui, depuis des décennies, contribue à ériger des murs inutiles entre les FF de la base (2) tandis que les dignitaires, eux, dînent ensemble ou organisent des "colloques historiques". Je trouve qu'il y a quelque chose d'assez risible et consternant chez ceux qui passent leur temps à décerner des brevets de régularité à qui veut les entendre.

    Je rappelle, pour la petite histoire, qu'Alain Bernheim a été initié dans une L du GODF∴ comme François Stifani, l'ancien G∴M∴ de la G∴L∴N∴F∴, a été initié au DH∴ Oh ! Je ne dis pas cela par esprit de chicane bien sûr - car chacun a le droit absolu de donner à son parcours maçonnique une orientation qui lui convient mieux - mais pour souligner qu'en maçonnerie, comme dans beaucoup d'autres activités humaines, tout est éminemment relatif. Les deux ont sans doute passé l'épreuve de la terre, au coeur du cabinet de réflexion. A cette époque, ils étaient probablement peu préoccupés de savoir s'ils allaient rentrer dans une L régulière ou irrégulière, non mixte ou mixte.

    ______________

    (1) On peut lire l'entretien en intégralité sur le blog de Jean-Laurent Turbet.

    (2) Le couplet sur les fréquentions autorisées en fin d'interview est savoureux. On y apprend ainsi que le F irrégulier est fréquentable mais hors tenue rituelle. On peut donc manger avec lui et même lui parler... mais pas question de côtoyer ce mécréant en tenue rituelle. On "suspend" les travaux. Casuistique et hypocrisie quand vous nous tenez...