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extrême droite

  • Mon cousin le fasciste

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    philippe pujol,yvan benedetti,l'oeuvre française,journalisme,extrême droite,marine le pen,démocratie,fascismeEn octobre 2010, dans une stratégie de normalisation idéologique, le Front National présidé par Marine Le Pen a écarté plusieurs de ses militants issus des courants les plus extrémistes. Ceux-ci étaient souvent dans le service d'ordre du FN. On les retrouvait dans les bagarres d'après meetings ou d'après manifestations. Certains d'entre eux étaient même des élus locaux. Parmi eux, Yvan Benedetti qui a succédé à Pierre Sidos à la tête de L'Oeuvre française. Benedetti se déclare ouvertement fasciste depuis toujours. Il n'est pas rare d'ailleurs de le voir dans les manifestations d'extrême droite souvent flanqué d'Alexandre Gabriac, le petit führer des Jeunesses Nationalistes, lui aussi exclu du FN.

    Yvan Benedetti alias « Gros Patapouf » est le cousin germain de Philippe Pujol dit « Fifounet », ancien journaliste du quotidien communiste La Marseillaise et couronné en 2014 du prestigieux prix Albert Londres. Dans son récit, l'auteur dresse un portrait saisissant de son double en négatif. Il décrit le fascisme contemporain toujours bien vivant au coeur de l'extrême droite française.

    « Dix ans d'écart entre nous deux. Je n'ai aucun souvenir de cet été où il a chopé le virus du fascisme. On me l'a raconté : au retour d'un camp façon scoute, vers ses quatorze ans, il chantait des hymnes militaires sous la douche et partait des heures en treillis dans la montagne ; tout le monde se marrait. Depuis, il ne s'est jamais arrêté ni de chanter ni de marcher.

    Pujol raconte avec sobriété et même tendresse le parcours politique singulier de cet encombrant cousin germain tout absorbé par sa cause politique. Cependant cette sobriété et cette tendresse ne doivent pas être assimilées à de la complaisance. Pujol est évidemment très critique à l'égard des engagements de son cousin. Mais il est aussi très inquiet du spectacle de la classe politique française, et plus particulièrement de sa frange la plus vulgaire, celle qui espère remporter des succès électoraux grâce aux discours et aux postures populistes. Celle-ci n'a pas conscience qu'elle rend les plus grands services aux activistes les plus radicaux. Ces derniers attendent patiemment leur heure. Ils se tiennent prêts à évincer, le moment venu, tous les pizzaïolos du suffrage universel qui entretiennent les sentiments de peur et de rejet de l'autre ou qui promettent cyniquement ce qu'ils ne pourront pas tenir.

    « Le populisme, ce n'est pas une idéologie, c'est un style, une manière de faire de la politique, une mise en scène d'une certaine « authenticité ». C'est jouer les séducteurs. Quitte à promettre, quitte à se contredire, pour le meilleur ou pour le pire. Le populisme est une flexibilité politique pour la conquête d'un électorat. L'électorat, le fascisme s'en fout. Comme de la démocratie, tout simplement. Le fascisme est un système idéologique cohérent et structuré, aux racines politiques profondes, il est d'une grande plasticité et composé de mouvances ennemies qui pour autant rêvent toutes d'un Etat totalitaire, chacune se disputant la forme de ce totalitarisme. »

    Pujol dresse un portrait inquiétant et lucide de la société française travaillée par le déclinisme, par la fascination morbide de l'échec, par les questions d'identité, les peurs et les frustrations diverses (peur des étrangers, peur du chômage et du déclassement social) agités par des personnages médiatiques (Eric Zemmour et Alain Finkielkraut notamment auxquels je rajouterais, sans être exhaustif, Natacha Polony, Elisabeth Lévy, Eric Brunet, etc.). La France est le terrain d'une inquiétante révolution conservatrice. Je recommande en particulier une lecture attentive des deux derniers chapitres du livre de Pujol.

    « On comprend aisément comment marche la révolution conservatrice : à partir du moment où tous les comportements progressistes se seront perdus ; où les femmes contesteront le féminisme ; où les jeunes ne contesteront plus rien ; où les immigrés d'hier refuseront les immigrés d'aujourd'hui ; où les salariés honniront leurs syndicats ; où les radicalismes prospéreront ; où la laïcité sera perçue comme communautariste ; et la liberté comme une faiblesse ; à partir de ce moment là, la France s'offrira au totalitarisme qui attend dans son fauteuil et s'apprête à se lever sans que personne sache comment l'arrêter. »

    Philippe Pujol sait que son cousin Yvan Benedetti pense que l'époque est favorable à ses idées et qu'une heureuse conjoncture pourrait même le rapprocher, lui et ses congénères, des portes du pouvoir. Ce qui, hier, paraissait aussi absurde qu'impossible, semble aujourd'hui envisageable.

    « Certes, ils ne semblent pas être légion, nos fachos français, mais seul un univers clos permet un commandement efficace  : l'armée et le cloître. Leurs environnements. Pas besoin d'être nombreux pour éteindre la liberté. En soufflant bien fort sur un bougeoir mal protégé... Si le scénario d'une prise de pouvoir fasciste reste encore très improbable, l'activisme des groupes nationalistes européens reste préoccupant, comme la montée de leurs vitrines démocratiques. En France : le Front National. Si Marine Le Pen ne prend pas le pouvoir en 2017, elle s'en rapprochera toujours plus, à la grande joie de tous ces militants que j'ai pu rencontrer dans mes pérégrinations fascistes avec mon cousin. La prise de pouvoir par les urnes n'est pas fantaisiste. Et qu'engendrerait la mise en place d'un État totalitaire ? »

    philippe pujol,yvan benedetti,l'oeuvre française,journalisme,extrême droite,marine le pen,démocratie,fascismeEt d'avertir :

    « Nous n'en sommes pas là, mais nous y pensons. La crainte d'une dictature réapparaît. Le désaveu de nos hommes et femmes politiques est total, leur incapacité à empêcher le repli sur soi abyssale. En la matière, les politiques sont devenus des laboureurs de sable. Des adeptes du chacun pour soi, de la logique du naufrage. Nous arrivons au point de panique, triste issue d'une démocratie en voie de fossilisation, véritable matrice de déculturation. Toute la pensée archaïque remonte désormais. Un retour du passé. Et nous voilà dans ce qu'un universitaire anglais, Colin Crouch, nomme la post-démocratie : les institutions existent toujours, un État de droit, une séparation des pouvoirs, une compétition de partis politiques. Mais avec les grandes firmes internationales, les agences de notation, des organes technocratiques comme la Banque mondiale, à la manoeuvre pour toutes les grandes décisions. Une démocratie asséchée par la mondialisation économique et le capitalisme financier. Le jeu démocratique ne devient donc qu'un grand théâtre shakespearien dont les auteurs non élus décident l'essentiel. »

    Un livre coup de poing à lire en cette période pré-électorale.

    Philippe Pujol, Mon cousin le fasciste, éd. du Seuil, Paris, janvier 2017, prix public 15 €

  • Jean-François Daraud ou le cynisme politique

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    daraud.jpgJ'étais au courant depuis plusieurs semaines du ralliement public de M. Jean-François Daraud à la cause lepéniste. Je n'en ai rien dit jusqu'à présent, considérant qu'il ne m'appartenait pas de divulguer l'identité d'un franc-maçon actif. Celui-ci vient de faire l'objet d'une exclusion du Grand Orient de France. Elle a été rendue publique. 

    Il semble que l'intéressé ne soit pas du tout content cette exclusion et qu'il l'ait fait savoir au cours d'une conférence de presse après s'être dérobé par une pirouette devant la justice ordinale dont il dépend. Ce qui en dit long sur l'ego du bonhomme. Comme si le quidam allait se préoccuper du destin maçonnique de M. Daraud. Néanmoins, il faut prêter attention à son argumentation et ne pas la prendre à la légère car elle est tout à fait pernicieuse.

    « Je suis totalement scandalisé de voir qu'une association, qui prône la fraternité, la tolérance et l'ouverture, décide de m'exclure alors que cela correspond exactement à ce que j'ai dit lors de ma présentation aux législatives. Le Grand Orient me reproche de faire de la politique mais ce sont eux qui en font ! Je ne vais pas laisser les choses comme ça »

    Pourtant M. Darraud, du haut de ses vingt années de maçonnerie, sait qu'il a signé avant son initiation, comme tout membre du GODF, un engagement précis : on ne peut être franc-maçon du Grand Orient de France et appartenir à une association xénophobe et raciste. D'ailleurs je note que même l'extrême droite historique est déboussolée. Le site d'extrême droite Le Libre Penseur est même ouvertement désolé de ce ralliement qu'il qualifie de farce :

    « Oui, c’est le FN nouveau, sauce maçonnique et LGBT. À ce rythme, on ne donne pas cher de l’avenir de ce parti qui a renié toute son histoire. Ces dissensions internes verront bientôt une explosion en plusieurs groupes, au moins deux : l’ancienne école et la nouvelle de Marine/Philippot/Collard. Pour corser le tout, ce monsieur refuse de se faire exclure du GODF et veut donc déposer plainte, car il estime que cette décision est incompatible avec les droits de la République, la Cour des droits de l’homme et la Cour européenne ! Quelle farce… »

    Oui. C'est une farce. 

    Précisons maintenant les choses. Ce n'est pas parce que le Grand Orient de France proclame la liberté absolue de conscience qu'il n'existe pas des caractères propres à l'obédience. Sinon cela reviendrait, au nom de cette même liberté, à admettre tout le monde, y compris celui qui déclare ne pas partager les valeurs maçonniques ! Ce qui serait bien évidemment absurde.

    La fraternité, la tolérance et l'ouverture ne sont pas sans limites dès lors que le pacte social de l'obédience est fondé sur des valeurs humanistes claires radicalement incompatibles avec les thèses de l'extrême droite.

    L'argumentation de M. Daraud aurait été recevable s'il n'avait pas été averti avant son initiation de l'incompatibilité qui aujourd'hui a provoqué son exclusion. Or, M. Daraud le savait parfaitement. Il a donc franchi cyniquement le Rubicon en toute connaissance de cause sentant qu'il lui serait politiquement profitable de rallier Marine Le Pen dont on nous serine sur tous les tons, comme une évidence, qu'elle sera au deuxième tour de l'élection présidentielle.

    M. Daraud a promis de ne pas laisser les choses ainsi. Il va en référer à son avocat. Grand bien lui fasse ! Qu'espère au juste cet homme avide de pouvoir ? Une réintégration dans une obédience et une loge qui ne veulent plus de lui ?

    bauer.jpgCe faisant, je ne peux m'empêcher de penser que Daraud n'a fait que mettre en pratique ce qu'un ancien dignitaire du Grand Orient a imprudemment déclaré au micro des Grandes Gueules de RMC le 1er octobre 2015 :

    Résumons les propos du frère Bauer :

    • Marine Le Pen ne doit pas être rejetée par a priori car elle est plus structurée politiquement que ne l'était son père qui était un pur provocateur ;
    • Marine Le Pen sera au second tour de la présidentielle ;
    • l'interdiction pour un maçon d'appartenir au FN ou à ses satellites est moins un problème qu'un sujet ;
    • il y a des maçons au FN ou proches des idées du FN ;
    • ces francs-maçons sont à l'image de l'état de l'opinion française.

    Comment ne pas être troublé par les déclarations de l'ancien grand maître du Grand Orient de France ? Elles ressemblent étrangement à une sorte de justification donnée à tous celles et ceux qui, dans les loges, seraient tentés par un tel ralliement.

    _______________

    Ajout du 22/12/2016 à 14h30

    Il semble que l'exclusion n'ait pas été prononcée, M. Darrot ayant été seulement entendu devant la justice obédientielle.

  • Anders Breivik ou l'initiation d'un fou

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    breivik.jpgTout le monde se souvient de l'attentat d'Oslo et du massacre de l'île d'Utøya (Norvège) le 22 juillet 2011. Soixante-dix sept personnes, dont une majorité de jeunes militants du parti social démocrate norvégien, y ont été assassinées à l'explosif et à l'arme lourde par un inconnu nommé Anders Breivik. Il y a eu également cent cinquante et un blessés. L'horreur absolue. Très rapidement, l'appartenance d'Anders Breivik à l'Ordre des Francs-Maçons de Norvège (Den Norske Frimurerorden) a été rendue publique, l'intéressé ayant publié la photo ci-contre sur son compte Facebook. Dès le lendemain du massacre, le Grand Maître Ivar Skar annonçait l'exclusion d'Anders Breivik de la franc-maçonnerie.

    Comment cet homme a-t-il bien pu être initié ? Telle est la question à laquelle les responsables de l'Ordre des Francs-Maçons de Norvège, habituellement très discrets, ont dû répondre. Comme on va le voir, l'initiation de Breivik n'a rien d'extraordinaire. C'est l'histoire banale d'une démarche comme il s'en effectue des milliers dans le monde chaque jour.

    Pour entrer dans la franc-maçonnerie, il y a généralement deux manières de procéder : la cooptation par un franc-maçon ou la candidature spontanée si on n'a pas de franc-maçon dans son entourage. Breivik, lui, s'est rapproché d'un parent dont il connaissait l'appartenance. Dans son cas, il s'agissait de Jan Behring, un cousin de sa mère. Behring a accepté le principe du parrainage du jeune Breivik en 2005-2006. Il a fait ce que tous les parrains sont censés faire : discuter avec le candidat, cerner ses motivations, lui conseiller des lectures, l'inciter à réfléchir sur le sens de sa démarche, modérer ses ardeurs éventuelles, répondre à ses interrogations, etc.

    Jan Behring n'a pas détecté de signes particuliers chez Anders Breivik qui auraient pu l'alerter sur une pathologie éventuelle. Comme les discussions politiques et religieuses sont strictement interdites dans les loges norvégiennes, Behring n'a pas insisté outre mesure sur cet aspect. Il connaissait certes les opinions très conservatrices de son petit cousin car ce dernier ne les cachait pas. Il savait même qu'Anders Breivik pouvait, de temps en temps, se laisser aller à quelques propos xénophobes et racistes comme cela arrive, hélas, à beaucoup de gens qui parlent sans réfléchir. Cependant Behring a mis cette radicalité sur le compte de la jeunesse sans y attacher une importance démesurée. Il a cru que la franc-maçonnerie pourrait donner un cadre au jeune homme et l'aider à mûrir au contact d'autres gens d'opinions diverses. Le parrain avait également remarqué que son filleul avait un intérêt particulier pour tout ce qui évoquait les chevaliers et plus particulièrement les Templiers

    La procédure s'est ensuite déroulée sans problème dans le courant de l'année 2006. Anders Breivik s'est prêté de bonne grâce aux enquêtes et a répondu poliment à toutes les questions qui lui ont été posées. Svein Sivertsen, le vénérable maître de la loge, s'est simplement souvenu d'un homme au caractère peu expansif. Breivik semblait moins préoccupé par le fond de la démarche qu'il entreprenait vis-à-vis de la loge que par la forme de la procédure, par l'idée qu'il se faisait du rite et des symboles maçonniques ou par le tablier qu'il devait bientôt porter. Pour le dire autrement, Anders Breivik paraissait plus sensible à l'apparence des choses qu'aux choses elles-mêmes. 

    Ce que Behrig et Sivertsen ignoraient à l'époque, c'est que Breivik était déjà malade ainsi que les expertises psychiatriques l'ont établi, après coup, durant le procès d'assises. Tout ce que les interlocuteurs de Breivik avaient perçu dans le caractère, le comportement et les centres d'intérêt du jeune homme, était donc en réalité de timides signaux d'une pathologie mentale plus sévère. Mais de là à imaginer une issue aussi dramatique que celle qui s'est produite plus tard, il y a bien évidemment un pas que probablement les meilleurs psychiatres n'aurait jamais osé franchir eux-mêmes. L'originalité d'un caractère, des centres d'intérêt particuliers, des propos excessifs énoncés sans discernement ou sans grande réflexion, ne sont pas nécessairement l'expression de la folie. Ces francs-maçons donc pu légitimement estimer que le profane Anders Breivik avait le volonté de s'améliorer et de tailler sa pierre.

    Anders Breivik a donc fini par être initié aux mystères maçonniques en 2007 au sein de la respectable loge n°8 Saint-Olaf aux Trois Piliers à l'orient d'Oslo selon rite suédois. Il y a reçu le grade de compagnon en 2008, puis il a été élevé à la maîtrise en 2009. Cependant, très rapidement, il semble que la nouvelle recrue n'ait pas fait preuve d'assiduité aux travaux de sa loge. A chaque fois, son parrain devait le relancer. A chaque fois, Breivik trouvait une bonne excuse. Il prenait notamment prétexte d'un livre qu'il était en train d'écrire pour justifier ses absences répétées. Ce livre était en réalité le manifeste dans lequel il consignait soigneusement tous ses délires. Il y avait donc, dès le départ, une discordance entre la motivation de Breivik à rejoindre la franc-maçonnerie et ses actes une fois admis.

    Comment se fait-il que le manque d'assiduité d'Anders Breivik n'ait pas spécialement alerté sa loge ? Il faut se replacer dans le contexte et savoir notamment que l'Ordre des Francs-Maçons de Norvège comprend environ 17000 à 18000 membres actifs pour 63 loges bleues dites de Saint-Jean (sans compter les loges de Saint-André et les Chapitres). On peut donc estimer les effectifs moyens théoriques de chaque loge symbolique norvégienne aux alentours de 200 membres ! Ce qui est énorme si on le compare à la France où les effectifs moyens théoriques des loges oscillent entre 20 et 50 membres. On imagine donc qu'il doit y avoir un fort taux d'absentéisme. Dans ce contexte particulier, le manque d'assiduité de Breivik a pu très certainement passer inaperçu. Ce qui lui a permis de pouvoir délirer silencieusement dans son coin sans que les frères n'en sachent rien jusqu'à ce qu'il commette l'irréparable. Comment d'ailleurs ces derniers auraient-ils pu savoir ce que les propres parents de Breivik ignoraient ?

    Comme beaucoup de frères, j'ai été surpris et choqué lorsque j'ai appris l'appartenance d'Anders Breivik à la franc-maçonnerie. Puis, l'émotion de l'événement passée, j'ai fini par me dire que cela devait arriver un jour, non bien sûr que l'on puisse imputer la moindre responsabilité à la franc-maçonnerie dans cette épouvantable tragédie mais parce que la sagacité d'une loge peut toujours être prise en défaut malgré tout le soin qu'elle peut apporter à son recrutement. Ce précédent montre aussi que la franc-maçonnerie offre un cadre inadapté aux esprits fragiles et facilement impressionnables. Si quelqu'un frappe à la porte d'une loge dans le but de se convertir à quelque chose, de découvrir de mystérieux secrets cachés et surnaturels, d'appartenir à une caste de gens supérieurs, de révolutionner le monde, de trouver une thérapie ou encore d'exprimer le sentiment grandiose qu'il a de lui-même devant un public captif, alors, il se trompe totalement de chemin.

  • Madrid, un 20 novembre

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    Environ 200 personnes se sont rassemblées le 20 novembre 2016 place de l'Orient à Madrid afin de rendre hommage au dictateur Francisco Franco décédé le 20 novembre 1975. Les fascistes espagnols en ont profité pour célébrer le quatre-vingtième anniversaire de la mort du fondateur de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera, exécuté à Alicante le 20 novembre 1936. Certains slogans faisaient directement allusion à ceux de la campagne de Donald J. Trump. Cette manifestation a été organisée par les mouvements d'extrême droite Fuerza NuevaMovimiento Católico Español et Falange y Democracia Nacional. A noter la présence d'une délégation italienne et française.

    Lire également : Les droits de l'homme selon Franco

  • La franc-maçonnerie et les alertes Google

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    Comme beaucoup d'internautes, j'utilise le système des alertes proposées par Google Actualités sur les thèmes ou mots clefs qui m'intéressent. En fonction du paramétrage choisi, je suis donc informé une fois par jour des nouvelles publications susceptibles sur les thèmes ou mots clefs que j'ai sélectionnés. La franc-maçonnerie fait évidemment partie de ces thèmes.  Google opère en principe une sélection des sites d'information. Or, il n'est pas rare que je reçoive de la part du moteur de recherches un mail d'alerte tel que celui-ci :

    capture.jpg

    Pourtant Médias Presse Infos n'est pas une agence de presse ou le site d'un organe de presse. Il s'agit d'un site de propagande d'extrême droite proche de Civitas, parti politique d'intégristes catholiques dirigé par Alain Escada, un agitateur venu de Belgique. Médias Presse Infos se présente comme un site de « réinformation » censé aller à contre courant des grands médias. En réalité cette réinformation est tout simplement de la désinformation. Ainsi que le note le blog Icezine :

    « La stratégie est clairement de cristalliser toutes les haines, les ressentiments, même contradictoires, et de faire monter cette colère générale. Les plus faibles, les plus manipulables peuvent basculer d’une idée plus ou moins noble (défendre l’environnement, les animaux, défendre son droit à la religion …) à une haine viscérale de l’autre, de la différence. D’autres sites se sont construits sur le même modèle, les articles se copiant les uns les autres et constituant ainsi une galaxie de la désinformation haineuse. »

    Médias Presse Infos est très réceptif aux thèses complotistes. Ses contributeurs écrivent donc régulièrement sur la franc-maçonnerie avec cette gravité qui sied aux gens qui font semblant de parler savamment de choses qu'ils ne connaissent pas. Et comme le site Médias Presse Infos est parvenu à se faire passer pour ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire pour un site d'informations classique, au même titre que les sites des organes de presse traditionnels, Google relaie automatiquement sa propagande nauséabonde.

    La capture d'écran ci-dessus concerne une alerte Google reçue à 18h06 le 5 novembre 2016. Si j'en crois ce message, il n'y a eu ce jour qu'un seul article de presse publié avec le mot clef « francs-maçons ». Il n'y a pas eu de publications contenant le mot « franc-maçonnerie », autre mot clef que j'avais défini pour mes alertes. On peut constater que cet article unique provient du site de propagande Médias Presse Infos et son titre annonce la couleur : La LICRA chez les francs-maçons pour toujours plus d'immigration.

    En l'espèce, Médias Presse Infos s'est contenté de diffuser la vidéo du discours d'Alain Jakubowicz, président de la Licra, au dîner annuel de la Grande Loge de France et suggère que la LICRA est aux mains de la franc-maçonnerie ou, du moins, qu'elle est son alliée et que les deux organisations oeuvrent ensemble en faveur de l'immigration. Grâce à un simple titre d'article, Médias Presse Infos parvient ainsi à glisser dans l'esprit des lecteurs les idées de complot, d'invasion étrangère, de lobby anti-France. Elle accrédite la thèse du grand remplacement relayée par la « fachosphère ». 

    Quand on a un minimum de culture générale ou politique, on comprend vite le message implicite qui se cache derrière ce genre d'article. On ne se laisse pas piéger par cette propagande haineuse. Or combien d'internautes prennent pour argent comptant ce qu'ils lisent sur le web, y compris ce que peuvent diffuser des sites tels que Médias Presse Infos ? Combien sont-ils à partager des articles provenant de ce genre de sites sur les réseaux sociaux ? Comment ne pas s'étonner que les équipes de Google Actualités se laissent ainsi abuser alors qu'elles sont normalement censées vérifier la pertinence des sites qu'elles indexent ?

  • Les droits de l'homme selon Pétain

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    Suite à ma note sur le formulaire d'abjuration d'erreurs et de profession de foi en usage sous l'Espagne franquiste, Hervé, un fidèle lecteur du blog, qui me suit également sur Twitter (@blog357), m'a gentiment transmis le document ci-dessous. Il m'a autorisé à le reproduire.

    petainGODF.jpg

    Il s'agit d'un formulaire de l'Etat français qui faisait suite à l'interdiction de la franc-maçonnerie le 13 août 1940.

    Les fonctionnaires devaient le remplir pour déclarer qu'ils n'étaient pas francs-maçons. Ce formulaire a été édité en 1941 par la préfecture de la Seine et Marne. On notera la mention curieuse de la société théosophique qui n'est pas du tout maçonnique (ce détail avait dû échapper à Bernard Faÿ et ses sbires).

    Je soussigné, déclare sous la foi du serment, avoir fait partie comme [officier ou membre] de la Société du Grand Orient de France, de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Nationale Indépendante, de l'Ordre Mixte International Le Droit Humain, de la Société Théosophique, du Grand Prieuré des Gaules, de l'une quelconque des filiales desdites sociétés, ou de toute autre société visée par la loi du 13 août 1940 : Orient ou Vallée (ou localité) de...... et avoir cessé d'en faire partie le ...... 19...... pour les raisons suivantes (démission, mise en sommeil, radiation, etc.).

    Je m'engage sur l'honneur à ne plus faire partie d'aucune des Sociétés mentionnées ci-dessus ou de leurs filiales, dans le cas où elles viendraient à se reconstituer directement ou non.

    A...... le ......1941

    Je rappelle que les fonctionnaires francs-maçons étaient systématiquement révoqués de la fonction publique. Les fausses déclarations étaient évidemment sanctionnées pénalement.

    Hervé m'a précisé que son grand-père était à l'époque directeur du service de la population de la ville de Melun où il avait été muté.

    Détail cocasse : le grand-père d'Hervé était membre de la R∴L∴ La Cosmopolite à l'O∴ de Vichy (G∴O∴D∴F∴). Ça ne s'invente pas !

  • Critica Masonica. Extrême droite et ésotérisme

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    jean-pierre bacot,stéphane françois,christophe bourseiller,paul-eric blanrue,jean-pierre servel,jean-marc vivenza,joseph de maistre,martinès de pasqualy,louis-claude de saint-martin,jean-baptiste willermoz,gérard encausse,rené guénon,arturo reghini,julius evola,rudolf von sebottendorff,philippe baillet,extrême droite,franc-maçonnerie,glnf,godf,georges godinet,fabienne pichard du pageLe F∴ Jean-Pierre Bacot, rédacteur en chef de la revue Critica Masonica, a eu la gentillesse de m'envoyer le numéro spécial de janvier 2016 consacré à l'ésotérisme et l'extrême droite. Un sujet qui, à titre personnel, m'a toujours passionné. Ce numéro spécial a été entièrement rédigé par Stéphane François, politologue et historien des idées, qui étudie depuis des années la nébuleuse des droites radicales en France et en Europe. Les principaux axes thématiques de recherches de Stéphane François portent sur l'étude politico-historique des droites radicales et plus particulièrement de la Nouvelle Droite, ce courant doctrinal protéiforme nourri depuis janvier 1968 à la fois par le Groupe de Recherche et d'Etudes pour la Civilisation Européenne (G.R.E.C.E.) et par le Club de l'Horloge. Stéphane François s'intéresse aussi aux sous-cultures que les droites radicales ont investi par un entrisme massif : le mouvement skinhead, la culture gabber aux Pays-Bas, le néo-paganisme, le racialisme völkish ou encore l'ésotérisme. C'est d'ésotérisme que François traite essentiellement dans ce numéro spécial de 170 pages de Critica Masonica dont voici le sommaire :

    • Introduction
    • Qu'est-ce que l'ésotérisme ?
    • L'antimodernisme d'extrême droite
    • La Nouvelle Droite et la « Tradition »
    • Tradition et extrême droite, le cas des éditions Pardès
    • Franc-Maçonnerie et extrême droite
    • Alexandre Douguine et l'extrême droite française
    • Néo-paganisme et nazisme
    • Des ovnis et des nazis
    • Au-delà du vent du nord : réflexions sur le paganisme d'extrême droite
    • L'extrême droite, le nordicisme et les indo-européens
    • Y a-t-il une culture d'extrême droite ?
    • Conclusion.

    Comme le souligne la revue Critica Masonica dans la présentation de ce numéro spécial, chacun des articles rédigé par Stéphane François a fait l'objet d'un livre à part entière. Le lecteur pourra donc éventuellement regretter que tel ou tel aspect d'un thème n'ait pas été suffisamment développé. Mais que le comité de rédaction de Critica Masonica se rassure ! Ce numéro spécial est absolument passionnant. Je crois que sa réussite majeure tient précisément à l'esprit de synthèse de Stéphane François. L'auteur écrit sans fioritures. Ses articles sont rédigés clairement. Il parvient à vulgariser et clarifier des concepts parfois ardus que l'usage tend à confondre allègrement (ésotérisme, occultisme, tradition). Les notes de bas de page sont abondantes et contiennent toutes les sources qui permettront au lecteur d'approfondir le sujet s'il en ressent la nécessité.

    Stéphane François aide le lecteur à mettre en perspective toutes ces idées politiques d'extrême droite et à les inscrire dans une dynamique historique (rejet des Lumières au profit de l'illuminisme, nostalgie de l'ordre ancien ou d'un âge d'or perdu, rejet de la modernité, obsession de la décadence, culte de la tradition primordiale, croyance en une histoire cyclique, croyance en un ethno-différentialisme aboutissant souvent au racisme, croyance en la possibilité de former une élite spirituelle susceptible de guider la société, rejet de la quantité, détestation de la démocratie, etc.).

    Les lecteurs réguliers et fidèles du blog « 3,5,7 et plus » connaissent déjà un peu ces notions que j'ai abordées – certes de façon succincte – dans des notes consacrées à René Guénon dont l'oeuvre exerce toujours aujourd'hui une sorte de magistère moral en franc-maçonnerie (notamment en France, en Italie et en Espagne) pour des raisons qui m'ont toujours paru étranges. Bien évidemment, j'ai lu l'article consacré à la franc-maçonnerie et l'extrême droite. Après avoir rappelé l'existence d'un fort antimaçonnisme d'extrême droite (notamment catholique romain), Stéphane François montre qu'il existe aussi depuis l'origine, au sein de la franc-maçonnerie, un vieux courant antimoderne fondé sur la notion de « tradition primordiale », d'initiation transmise de maître à disciple au sein de structures initiatiques régulières. Cette vision de la franc-maçonnerie, essentiellement religieuse et hostile à toute sécularisation, s'inscrit dans le sillage de penseurs et d'idéologues, francs-maçons ou non et plus ou moins importants, tels que Joseph de Maistre, Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-Baptiste Willermoz, Gérard Encausse, Joséphin Peladan, René Guénon, Arturo Reghini, Julius Evola, Rudolf von Sebottendorf et, plus récemment, Jean-Marc Vivenza dont certains ouvrages ont été pubiés aux éditions Pardès fondées en 1982 par Georges Godinet et Fabienne Pichard du Page (cette maison d'édition du « traditionnalisme-révolutionnaire » a par exemple publié tous les ouvrages du théoricien fasciste Julius Evola traduits par Philippe Baillet).
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    Stéphane François reste cependant à un niveau d'observateur et d'universitaire. Il y manque peut-être – comment dire ? – l'expérience qui permettrait de donner un peu de vie à son analyse. A moins qu'il ne s'agisse, pour lui, d'éviter les ornières des polémiques stériles (ce que je peux comprendre tout à fait). Pour ce faire, je conseille de doubler la lecture du numéro spécial de Critica Masonica par celle du petit livre-témoignage de Christophe Bourseiller, spécialiste lui aussi des milieux undergrounds, marginaux et extrémistes, intitulé « Un maçon franc. Récit secret » (éditions Alphée). Le témoignage de Bourseiller permet, à mon avis, de compléter utilement les développements théoriques de Stéphane François.

    Dans cet ouvrage publié en 2010, Bourseiller revient sur ses années passées au sein de la Grande Loge Nationale Française (G∴L∴N∴F∴) dans une loge qu'il n'hésite pas à qualifier de fasciste et de profondément influencée par les idées de Guénon et d'Evola. Il raconte ses expériences et pérégrinations au sein d'une obédience sectaire, obsédée par la pureté de la régularité, qui se définit elle-même comme un ordre et interdit toujours à ses membres de fréquenter d'autres loges ne relevant pas de sa juridiction. Christophe Bourseiller raconte sa visite d'une loge évolienne qui a chassé toute référence hébraïque de son rituel. Il raconte sa visite d'une loge d’aristocrates où l'on glose entre soi sur les vertus de la noblesse. Il fréquente aussi des loges du régime écossais rectifié où l'on exige des postulants qu'ils soient baptisés et défendent la sainte religion chrétienne. Il y pratique le rite émulation où la tenue s'apparente à un office religieux. Surtout, il se rend compte que la G∴L∴N∴F, qui prétend chasser la politique de ses temples, chasse en réalité de ses rangs toute pratique démocratique et toute idée de modernité. Il est évident, selon lui, que la G∴L∴N∴F∴ est profondément travaillée par les idées de la Nouvelle Droite que Stéphane François analyse brillamment dans Critica Masonica.

    Christophe Bourseiller fait état de la présence de ce courant d'extrême droite au sein de la G∴L∴N∴F∴. Cette présence s'est doublée d'un recrutement massif et aveugle, à partir des années 80 et 90, qui a abouti au développement d'un affairisme incontrôlé. C'est ce système qui a fini par éclater sous la grande maîtrise de François Stifani en 2010. Ce système est-il en train de se reconstruire après l'éviction de Stifani ? Certains le pensent et estiment que tous les malheurs de la G∴L∴N∴F∴ ne peuvent évidemment avoir pour unique cause l'action d'un seul homme. D'autres relèvent que l'actuel Grand Maître, Jean-Pierre Servel, a défendu une vision clairement guénonienne de la franc-maçonnerie en tenue de grande loge, lors de l'installation de François Stifani en 2007. Enfin, comment ne pas s'interroger sur la participation surprenante de ce même Jean-Pierre Servel à un « documentaire » sur la franc-maçonnerie co-réalisé en 2015 par le sulfureux Paul-Eric Blanrue, proche des milieux négationnistes ?

    Il y a donc bien, qu'on le veuille ou pas, une présence active de l'extrême droite au sein de la G∴L∴N∴F∴ et dans certains cénacles maçonniques plus confidentiels, tout comme d'ailleurs il existe depuis longtemps, au sein du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴), un noyau d'extrême gauche également très actif (notamment de sensibilité trostkiste). Ce qui ne laisse pas d'interroger sur le rapprochement surprenant de ces deux obédiences, l'année dernière, bien qu'il ne faille pas y voir, à mon sens, le résultat de l'action souterraine de ces courants politiques antagonistes (sinon on sombrerait évidemment dans un conspirationnisme de bas étage), mais plutôt une alliance circonstancielle d'appareils destinée à marginaliser les obédiences qui ont tenté l'aventure chimérique de la Confédération Maçonnique de France (CMF).

    Naturellement, comme le sommaire le montre, le numéro spécial de Critica Masonica ne se réduit pas à la seule franc-maçonnerie. De très nombreux aspects de l'ésotérisme d'extrême droite sont analysés par Stéphane François. Je conseille donc vivement la lecture de ce numéro spécial à toute personne désireuse d'en savoir davantage sur un thème qui demeure malgré tout relativement peu connu. Que la revue Critica Masonica et Stéphane François soient remerciés pour ce travail considérable de vulgarisation qui ne peut qu'inspirer l'admiration et le respect !

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    Critica Masonica. Extrême droite et ésotérisme : retour sur un couple toxique. Numéro spécial janvier 2016. 170 pages. ISSN 221-278X. Prix public 20 €. Pour commander la revue au numéro ou pour s'y abonner, vous pouvez vous rendre sur le blog de la revue.

  • Les idéologues du rejet

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    Les idéologues du rejet cultivent le ressentiment et chacun sait que le ressentiment est la matrice des haines les plus tenaces et les plus recuites. Ils n'ont jamais pardonné 1789 et le renversement de l'ordre ancien.

    Leur ressentiment s'exprime à l’égard de la République, du parlementarisme, du capitalisme (générateur de socialisme en réponse), du cosmopolitisme, des juifs, des noirs, des arabes, des homosexuels, des protestants, des musulmans, des francs-maçons, etc. (liste non exhaustive).

    Cette contre culture politique s’est exprimée avec, en son sein, des trajectoires singulières d’individus plus ou moins opportunistes, plus ou moins violents, plus ou moins travaillés par la haine de l'autre et le sens grandiose de leur personne.

    Tous ces idéologues du rejet ont vécu dans la hantise du complot et de ceux qu’ils devaient démasquer. Ils n’ont fait que mettre en pratique ce que le F∴ Joseph de Maistre (eh oui... un maçon ultramontain, réactionnaire et surtout maniaco-dépressif) avait écrit d’une plume hallucinée dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg : « LE REMEDE DU DESORDRE SERA LA DOULEUR ».

    Selon eux, la rédemption devait donc passer par l’épée, par le retour musclé de l’ordre social voulu par Dieu parce qu’il avait été sacrilège de le remplacer par une « République […] née de la fermentation putride de tous les crimes amoncelés » (toujours la prose de ce bon Joseph en exil quand il était dans ses phases maniaques).

    Depuis les années 1790, les contempteurs de la République sont préparés à en découdre. Ils se sont mutuellement encouragés par leurs livres, leurs libelles. Un grand nombre été dans l'attente frénétique d’une restauration intégrale de l’ancien régime. D'autres ont imaginé des voies nouvelles : le fascisme et le national-socialisme.

    Avec le progrès de la technique, les idéologues ont abandonné l'épée et ont opté naturellement pour l'efficacité des flingues, des schlagues, des grenades.

    La défaite en 1940 a été pour eux « la divine surprise » et l’occasion inespérée de mettre en pratique ce que leur éducation et leurs maîtres leur avaient appris depuis plus de 150 ans. Ils ont pu enfin exclure, ostraciser, déporter, tuer et modeler le pays en fonction de leurs obsessions tout en léchant les bottes de l'occupant nazi.

    Puis, ils ont perdu en 1945. Certains ont été fusillés. Certaines ont été tondues. L'indignité nationale en a flétri d'autres. Beaucoup, en réalité, s'en sont tirés en faisant le gros dos, en se taisant prudemment, ou tout simplement, en ayant pu bénéficier d'une clémence des autorités dictée par les impératifs politiques de la réconciliation nationale.

    Nos idéologues du rejet ont malgré tout pu poursuivre leur oeuvre de haine progressivement. D'abord dans la confidentialité. Puis à nouveau au grand jour. Et de façon plus marquée en faisant brutalement irruption sur la scène politique lors des élections européennes de 1984.

    Nos idéologues ont inévitablement fait des petits. Certains d'entre eux se glorifient de pisser ou d'arracher aux petites heures de la nuit les arbres de la laïcité ou de la liberté. On a le courage que l'on peut.

    Ils tentent aujourd'hui de reconstruire l'Histoire en dénaturant les faits, en les niant purement et simplement et en se présentant comme les victimes du système. Ils prospèrent en fait sur l'oubli du plus grand nombre et sur l'instrumentalisation de toutes les peurs. Ils tentent d'habiller leur idéologie poussiéreuse d'habits neufs. Ils se veulent modernes alors qu'ils sont vieux. Ils se présentent sous un jour avenant dans les médias alors qu'ils n'attendent en réalité que le moment propice pour à nouveau reléguer, exclure, déporter et massacrer au nom de l'ordre naturel des choses, au nom de leur médiocrité, au nom d'une France fantasmée et ethniquement pure.