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etats-unis d'amérique

  • Parrainez et gagnez des points cadeau !

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    Imaginez que vous puissiez cumuler des points cadeau chaque fois que vous parrainez un profane. Imaginez que vous récoltiez par exemple soixante points pour chaque profane présenté et initié. Ces points seraient cumulables. Deux parrainages concluants dans l'année, ce serait donc par exemple cent vingt points dans votre escarcelle. En fonction des points obtenus, votre obédience vous récompenserait. Cela pourrait aller de la cravate en passant par une montre ou une cafetière jusqu'au congélateur ou au canapé en cuir. Idem du nouvel initié qui recevrait un cadeau de bienvenue de la part de l'obédience. Et là vous vous dites que je délire et que j'aurais besoin d'un peu de repos. 

    Eh bien vous vous trompez. Le système que je viens sommairement de vous décrire, existe bel et bien et a été mis en place par l'une des plus anciennes obédiences du monde : la Grande Loge de Pennsylvanie fondée en 1786 et dont le vertueux Benjamin Franklin est une des figures historiques. La Grande Loge de Pennsylvanie compte aujourd'hui environ 100 000 membres pour 130 000 il y a seulement une quinzaine d'années. Une chute de 23 %. La Grande Loge de Pennsylvanie, pourtant réputée pour son rigorisme, espère ainsi faire face à la chute de ses effectifs.

  • L'Académie de la Connaissance Maçonnique

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    certifié.jpgJe ne vais pas revenir ici sur l'excellent article du frère Emerek le Fol à propos de l'Académie de la Connaissance Maçonnique instituée pour les francs-maçons de la Loge Nationale Française et de la Loge Nationale Mixte Française. Je comprends tout a fait que cette structure suscite à la fois des interrogations et des inquiétudes. Cette académie au nom pompeux donne en effet l'impression de réduire l'initiation maçonnique à une procédure de certification ou à une validation des acquis de l'expérience. La bibliographie imposée, partielle et surtout partiale, s'apparente également à de la vente forcée même si l'Académie précise que la procédure de certification est fondée sur le volontariat. Ouf ! Il reste cependant à déterminer si, dans les faits, le volontarisme ne va pas se transformer insidieusement en forte incitation. Quoi qu'il en soit, nous allons assister sous peu à l'émergence de « francs-maçons certifiés ». Cependant, on peut dire avec un peu d'ironie que le projet de cette académie s'inscrit dans le prolongement d'une activité maçonnique traditionnelle car la remise de médailles et de diplômes est aussi vieille que la franc-maçonnerie. Dès le dix-huitième siècle, certains frères entreprenants et malins l'avaient bien compris et su en faire commerce.

    Je vais plutôt tenter ici d'élargir le sujet. « L'Académie de la Connaissance Maçonnique » dit en effet s'inspirer d'expériences anglaises et américaines comparables. Or, elle se garde bien d'expliquer le rôle et les missions de ces structures anglo-saxonnes qui font office en quelque sorte de centres de formation permanente. Il faut donc expliquer l'origine de ces structures et rappeler notamment que la franc-maçonnerie, en Grande Bretagne aux Etats-Unis et dans d'autres pays anglo-saxons, est en crise profonde en dépit des apparences. Les loges, dans leur grande majorité, ne parviennent pas à retenir leurs membres. De nombreux frères se plaignent du manque de formation maçonnique. Au rite d'York par exemple (majoritaire aux Etats-Unis), les loges travaillent ordinairement au grade de maître. Donc, les frères passent les trois grades symboliques très rapidement, parfois même le même jour, pour des raisons structurelles : les nouveaux membres servent non seulement à compenser les démissionnaires ou les absents mais aussi à empêcher la mise en sommeil des loges (et encore, ce n'est pas toujours le cas). En outre, les loges se réunissent moins fréquemment qu'en France. Pratiquer la franc-maçonnerie outre-Manche et outre-Atlantique, c'est donc d'abord exécuter impeccablement par coeur le rituel (sans compter le soutien aux oeuvres de bienfaisance). Le temps d'instruction, c'est le temps consacré à l'apprentissage du texte ; c'est le temps consacré à la maîtrise des déplacements en loge ; c'est le temps consacré à l'agencement des différentes cérémonies, à l'exécution parfaite des signes, mots et attouchements, etc.

    Or, apprendre un texte n'est pas forcément le comprendre. Et c'est encore moins l'interpréter et conserver une distance critique vis-à-vis de lui. Quand on est dans la reproduction à l'identique de ce qui se fait depuis toujours, quand on est dans la conservation obsessionnelle des formes, il est difficile de se sentir pleinement à l'aise et libre dans sa démarche spirituelle. Il suffit de lire les blogs de nos frères américains pour se rendre compte que cette façon de pratiquer la franc-maçonnerie est peu satisfaisante. Beaucoup se plaignent de devoir répéter et transmettre sans comprendre la logique des choses. Beaucoup doivent se contenter des explications sommaires de quelques maîtres grincheux. C'est donc pour favoriser l'exégèse des rituels, la lecture comparée des textes, leur mise en perspective, l'étude de l'histoire maçonnique, des symboles et des traditions - bref ce que recouvre en gros la maçonnologie - que des formations maçonniques ont été mises en place non seulement aux Etats-Unis mais aussi en Grande Bretagne. Ces formations ont été créées le plus souvent avec le soutien de Grandes Loges pressées de trouver enfin la solution miracle à l'érosion continue de leurs effectifs. Le but de ces formations est de répondre à l'insatisfaction croissante des frères. C'est la raison pour laquelle, en France, de telles structures n'ont aucun sens puisque les loges sont censées effectuer ce travail d'explication et d'analyse par le biais des surveillants et de l'expert. D'ailleurs les américains ont un qualificatif pour désigner ce travail : c'est le travail maçonnique « à l'européenne ». 

    En revanche, là où les maçons hexagonaux auraient des choses à apprendre des frères américains et britanniques, c'est évidemment sur l'agencement et l'exécution des cérémonies. En France, nous lisons majoritairement le rituel. Nous n'apprenons quasiment rien par coeur. Donc, nous retenons très peu. Dès lors, les usages se perdent souvent parce qu'ils ne sont pas suffisamment répétés et intégrés. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les cérémonies d'un même grade peuvent varier sensiblement au sein d'un même atelier d'un vénérable à l'autre. Certains vénérables choisissent d'ajouter unilatéralement tel ou tel détail pour combler l'indigence de rituels rédigés par d'obscurs hiérarques. D'autres préfèrent au contraire retrancher certaines pratiques jugées désuètes, parfois expéditivement, si bien qu'il n'y a plus de permanence rituelle. Le plus souvent, on improvise et on tâtonne en pleine cérémonie parce qu'on n'a pas suffisamment répété. Le maître des cérémonies de mon atelier a une belle formule qui résume beaucoup de choses :

    « Quand je ne sais plus où j'en suis, je tourne, je tourne, je continue à tourner et je cherche les yeux du vénérable ; à un moment donné, je comprends qu'il faut s'arrêter là.»

    En fait, en France, chaque loge fait sa bouillie dans son coin pour le meilleur et pour le pire. Il ne faut surtout pas croire que les loges d'obédiences dites « traditionnelles » s'en sortent forcément mieux. J'en ai vu certaines écrasées par le poids d'un rituel bien trop lourd pour elles. De façon générale, le niveau d'exécution des cérémonies maçonniques en France est assez moyen pour ne pas dire médiocre. Et je ne prétends surtout pas être au-dessus du niveau moyen. J'ai cependant maçonné longtemps en Belgique. Je peux donc vous dire d'expérience qu'une initiation chez nos voisins est autrement plus impressionnante qu'en France. Ce n'est pas parce que les maçons belges sont supérieurs aux maçons français ; c'est parce que les maçons belges travaillent et répètent plus sérieusement que les maçons français. Les frères et les soeurs belges préparent les cérémonies. Ils lisent le rituel comme nous mais ils n'hésitent pas à pratiquer de temps en temps le par coeur si les nécessités particulières d'une cérémonie l'exigent (ex : obscurité du temple, questions/réponses entre l'expert et le couvreur, etc.). Ils sont attentifs à la tenue vestimentaire, à la solennité des formes, à l'esthétique du moment. Ils font l'effort de venir aux répétitions qui n'ont pas lieu dans le désordre trente minutes avant l'ouverture des travaux. ll n'y a pas de secret. Juste du travail, un peu de rigueur et de la considération pour ce qui est à accomplir.

    En guise de conclusion et pour sourire un peu, je vais donner un filon aux marchands du temple. Il y a un créneau à prendre en France mais dans le domaine de la scénographie maçonnique. Avis aux petits malins ! Vous pourriez ainsi créer une « Académie de la Connaissance Maçonnique Pratique des Rites » et proposer aux loges des formations - à des tarifs fraternels bien sûr ! - visant à les accompagner dans l'exécution des tenues et des différentes cérémonies. Des comédiens, des metteurs en scène, des musiciens, des ingénieurs du son et de la lumière pourraient leur venir utilement en aide. Une procédure de certification ISO 9001 pourrait même être envisagée. Allez vite enregistrer le nom à l'I.N.P.I. avant que quelqu'un d'autre n'en profite !

  • L'antimaçonnisme aux Etats-Unis au 19e siècle

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    mahabone.jpgLa franc-maçonnerie dans les pays anglo-saxons, notamment aux Etats-Unis d'Amérique, a pignon sur rue. Cette situation ne doit pas faire oublier qu'elle a bien failli disparaître outre-Atlantique au dix-neuvième siècle des suites de l'affaire Morgan. En 1826, la disparition de William Morgan, un anti-maçon actif, dans des circonstances non élucidées, a suscité une violente campagne d'opposition à la franc-maçonnerie pendant une vingtaine d'années. De nombreuses loges se sont mises en sommeil. Les effectifs se sont effondrés tout au long de cette période. Il y a même eu un parti antimaçonnique qui a présenté plusieurs candidats à la présidence des Etats-Unis.

    L'image ci-contre s'inscrit dans le prolongement de cette période de grand antimaçonnisme. Je pense qu'il s'agit d'une image de propagande qui doit dater environ des années 1850. On y voit un homme avec des décors de vénérable. Il prend la pose. A ses pieds, trois candélabres. Il y a une petite table où sont posés des objets qu'on ne distingue pas très bien (des outils ?). Derrière l'homme, une affiche qui commence avec le mot substitué. Elle annonce de terribles révélations sur la franc-maçonnerie et en dénonce les serments illégaux, immoraux et despotiques. On peut y lire que les sociétés secrètes sont une émanation de l'Antéchrist. Il est probable que cette image soit aussi une sorte de publicité pour une exposition antimaçonnique itinérante organisée par un mouvement chrétien fondamentaliste.

  • Une image de Prince Hall ?

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    hall.jpgCurieuse image publiée dans le dernier numéro de La Chaîne d'Union (n°80, p.41). Le légende indique qu'il s'agit de Prince Hall et de son épouse. 

    Peut-être mais lequel ?

    Une chose est certaine en tous cas. Il est impossible que ce soit le fondateur de la première loge afro-américaine des Etats-Unis. 

    En effet, Prince Hall est passé à l'orient éternel en 1807, donc bien avant l'apparition du daguerréotype qui faisait tant frémir Honoré de Balzac.

    Il pourrait éventuellement s'agir de Primus Hall dit encore Primus Trask, le fils de Prince Hall décédé en 1842 à l'âge de 86 ans mais le fait semble également douteux. Primus a été veuf trois fois. Sa troisième et dernière épouse est décédée en 1820, là aussi bien avant l'invention des premiers procédés photographiques.

    Il pourrait donc s'agir d'un des sept enfants de Primus Hall. L'un d'entre eux a pu recevoir le prénom de ses père et grand-père. Simple hypothèse que je n'ai pas vérifiée. Les Hall étaient mulâtres et il semble que l'homme au tablier représenté  ici ne soit pas vraiment très noir de peau.

    J'ai effectué plusieurs recherches et ne suis pas parvenu à retrouver cette image.

     

  • Le « père du blues » et le vieux franc-maçon

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    handy.jpgWilliam Christopher Handy (1873-1958) est l'un des musiciens les plus influents de l'histoire de la musique américaine du vingtième siècle. Il est passé à la postérité pour avoir popularisé le blues. Il est parvenu à lui donner une dimension universelle alors que ce style musical était originellement cantonné aux afro-américains victimes de la ségrégation raciale. Handy a été surnommé affectueusement « le père du blues ».

    Handy était également franc-maçon et trente-troisième du rite écossais ancien et accepté. On peut voir son diplôme de maître au WC Handy Home and Museum de la ville de Florence, en Alabama. Pourtant, dans son autobiographie publiée en 1941 (Father of the Blues. An Autobiography, 1941, rééd. Da Capo Paperback, 1969), Handy n'évoque pas son appartenance maçonnique. Il n'analyse pas les motivations qui l'ont amené à frapper à la porte du temple. Et pourtant, il relate un incident qui a eu lieu dans une petite ville du Mississipi où il s'était produit avec ses musiciens. Handy n'en précise pas la date. L'incident semble s'être produit bien avant qu'il ne s'installe à New York en 1918. Donc bien avant qu'il ne soit initié au sein de la loge Hiram n°4 de la Grande Loge Prince Hall de New York à laquelle il est demeuré fidèle sa vie durant.

    « Mon groupe jouait dans un dancing de Batesville, Mississippi, quand un type désoeuvré s'en est pris à un de mes gars et l'a frappé. J'ai immédiatement protesté auprès du patron du dancing mais avant que celui-ci ne puisse intervenir, le type m'a frappé à l'oeil. Il y a eu une période de désordre. Lorsque ça s'est calmé, nous avons repris notre concert, mais le type m'attendait dehors. Quand le concert s'est achevé, le type s'est ramené avec un fouet bien décidé à s'en servir contre moi.

    Quelqu'un m'a crié : « barre-toi mec ! »

    Si je l'avais fait, j'aurais pu être abattu. Au lieu de ça, j'avais décidé de mourir au combat. Pendant ce temps, une foule de gens s'est massée autour de nous, parmi elle un homme honnête de Sardes nommé Maddox. Je me souviens de M. Maddox. Parce qu'il avait les cheveux très roux et parce qu'il a été pour moi un sauveur venu du ciel. Il s'est interposé et calmé les garçons du coin, en les dispersant, en leur rappelant que j'avais joué pour eux. Puis il se tourna vers le type au fouet.

    « Frappe-moi si tu l'oses », lui a-t-il dit. « J'ai fait plus de choses pour toi que Handy ». Puis il l'a fait tomber et l'a corrigé.

    Quelqu'un m'a dit de courir à nouveau. Je ne me sentais pas de me barrer ainsi. Au lieu de ça, je me suis levé et j'ai regardé la bagarre (...) Puis, j'ai demandé protection au marschall de la ville. Il s'est bien foutu de moi et il est allé au contraire aider l'homme qui m'avait frappé. Sans endroit où aller, je me suis alors enfui et la chasse au nègre a commencé.

    3923310294.jpgToute la nuit je me suis caché dans les champs. Puis le matin, engourdi par le froid, je suis allé vers une maison, frapper au carreau d'une cuisine où se trouvait un homme blanc âgé et je lui ai alors expliqué la situation dans laquelle je me trouvais. Il était franc-maçon. Après m'avoir offert un copieux petit-déjeuner, il s'est armé d'un fusil à double canon et m'a conduit au train dans son buggy [carriole à deux places tirée par un cheval].

    Pendant que nous étions en route, il me promet avec fierté:  « t'inquiète pas, si ce type montre sa gueule, je te promets que je vais la lui trouer à coup de chevrotines. » 

    Quand je suis finalement monté à bord du train, j'ai été soulagé de revoir tous les gars de mon groupe. Ils avaient rejoint la gare par le sud. Ils étaient tous armés. Sachant ce qui s'était passé, le chef de train les avait armés de pistolets qu'il avait acquis des passagers et du personnel du train (...) »

    J'aime assez l'idée que William C. Handy ait associé la franc-maçonnerie à ce fait divers qui aurait pourtant pu très mal se terminer pour lui. Il aurait certainement pu évoquer quantité d'autres souvenirs. Or, quand il a pris la plume à l'âge de 67 ou 68 ans pour revenir sur les grandes étapes de sa vie, l'image de ce vieux blanc, assis tranquillement dans sa cuisine, s'est imposée. L'inconnu était franc-maçon. Comment Handy l'a-t-il su alors qu'il était sans doute profane à l'époque ? Nul ne le sait. Il ne donne aucun détail. Ce qui est sûr, c'est que de nombreux musiciens afro-américains étaient francs-maçons et ne s'en cachaient pas. Handy en avait probablement croisé. Une bague ou un symbole dans la maison ou un autre détail a donc peut-être suffi à dévoiler le vieux blanc qui a sauvé Handy du lynchage.

    D'une certaine manière, ce fait divers rappelle ces histoires d'hommes en péril qui trouvent chez des inconnus - souvent perçus comme des ennemis - une main secourable et fraternelle inattendue

  • De la « trumpisation » des esprits grincheux

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    17888687_10100471679682339_984973694_n.jpg« La loge bleue est la meilleure. Il n'y a pas de meilleures loges que la loge bleue. » Telle semble être l'opinion du président Donald J. Trump qui, pourtant, n'a jamais été initié. Cette curieuse illustration a été publiée par le blog collaboratif américain The Midnight Freemasons à l'appui d'une note écrite par le frère Scott S. Dueball membre de la Grande Loge de l'Illinois. Pourtant l'auteur ne fait aucune allusion au président américain. Son propos consiste essentiellement à relativiser les reproches que certains frères des loges bleues adressent aux frères qui préfèrent fréquenter les ateliers de hauts grades (appendant bodies). 

    « Dès que l'on évoque les juridictions de hauts grades, j'entends souvent l'expression « la loge bleue doit venir en premier ». Cette affirmation vient verrouiller le débat avant même que l'on puisse développer une réponse bien pensée à tout nouveau maçon afin de le renseigner sur les juridictions de hauts grades (...) Je ne discuterai pas cette phrase qui contient une certaine part de vérité. Cependant, quand j'entends cette phrase, je me rends compte qu'elle est utilisée pour signifier quelque chose de différent. De « la loge bleues devrait toujours venir en premier », on passe progressivement à « la loge bleue devrait être la chose la plus importante pour vous » pour arriver finalement à « vous ne devriez rien faire d'autre si vous n'allez pas en loge bleue ». C'est vrai, le rite écossais s'accapare les membres des loges bleues tout comme le rite d'York et le sanctuaire vole membres (...) Le problème est que cette pensée permet aux frèrex de la loge bleue (...) de vous amener à participer aux tenues sans vous offrir quelque chose en retour. Cette croyance se propage afin de vous obliger à venir aux réunions indiquées, participer à des degrés (...). »

    Dueball déplore que les loges bleues s'interrogent insuffisamment sur ce qu'elles proposent à leurs membres. Si les juridictions de hauts grades ont du succès au point de capter à leur profit les membres des loges bleues, c'est parce qu'elles savent se rendre attractives. Les frères préfèrent donc se consacrer à des structures différentes où on leur propose de nouveaux accomplissements et probablement des activités annexes plus intéressantes (notamment une instruction maçonnique plus conséquente et dynamique) que celles des loges bleues. Je vois dans les propos de Scott S. Dueball la dénonciation implicite d'une pauvreté intellectuelle des loges bleues dominées par des frères hostiles à tout changement.

    Est-ce cette indigence intellectuelle que l'auteur a entendu dénoncer au moyen de l'illustration ci-dessus ? C'est tout à fait possible. Voici en tout cas les gardiens sourcilleux de la primauté des loges bleues américaines implicitement comparés à l'inénarrable Trump et leurs affirmations assimilées aux propos manichéens du locataire de la Maison Blanche. Certains se contentent donc de proclamer « la loge bleue d'abord » (Blue Lodge first) comme d'autres braillent sans réfléchir « l'Amérique d'abord  » (America first). Réaffirmer la primauté des loges bleues serait donc rendre sa grandeur à la franc-maçonnerie (Make freemasonry great again) sans aller plus loin que le slogan. Cette « trumpisation » des esprits grincheux consiste à affirmer brutalement des choses sans les démontrer.

    J'ai interrogé le frère Scott S. Dueball sur le sens de cette image pour le moins curieuse. Il a eu la gentillesse de me répondre.

    « Il n'y a pas de rapport sérieux [entre le principe « la loge bleue d'abord » et le président Trump]. Il s'agit moins de démontrer catégoriquement un tel rapport que de faire une allusion humoristique. Trump a souvent tendance à faire étalage de sa supériorité quand il évoque ses objectifs sans apporter de preuves à l'appui de ses affirmations. De la même manière, je trouve que les membres de ma loge se contentent de faire des allégations non étayées selon lesquelles le travail en loge bleue est fondamental, plus pour vous inciter par ce moyen à participer aux tenues que pour vous en montrer la valeur.

    Fraternellement,
    Scott »

  • Le « grumpy » en franc-maçonnerie

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    grumpy.jpgSans doute est-il téméraire et présomptueux de prétendre expliquer ici les problèmes de la franc-maçonnerie des Etats-Unis d'Amérique. Et ce d'autant plus que je ne vis pas aux Etats-Unis et n'ai aucune expérience de la vie maçonnique américaine. Les connaissances que j'ai du sujet sont livresques. Il y manque les fruits de l'expérience. Néanmoins les blogs et les réseaux sociaux permettent de nouer des contacts ou d'être le témoin attentif et silencieux de discussions animées entre les frères d'outre-Atlantique. Ces moyens de communication, qui n'existaient pas il y a encore une vingtaine d'années, permettent de se faire une idée assez objective de la situation.

    Voici une image qui circule sur le web. Elle montre un ancien vénérable maître du rite d'York (le rite majoritaire dans les loges bleues aux Etats-Unis) visiblement agacé que les frères de sa loge ne suivent pas ses directives et ne reproduisent pas à l'identique ce que lui-même a fait lorsqu'il présidait son atelier. Il semble que le phénomène des « Grumpy Past Masters » (anciens vénérable maître grincheux) soit répandu aux Etats-Unis et cause de sérieux problèmes. Est « grumpy » tout frère qui, au-delà des charges maçonniques qu'il assume ou a assumées, considère que les usages maçonniques - la tradition si l'on préfère - ne peuvent évoluer. De façon plus large encore, est « grumpy » ou grincheux tout frère rebelle au changement ou qui se croit si indispensable à sa loge qu'il n'envisage pas que celle-ci puisse vivre et se développer librement sans lui. Est « grumpy » ou grincheux tout frère qui enferme sa loge dans des modalités de fonctionnement qui ne correspondent pas à ses aspirations profondes. Le « grumpy » bride systématiquement tout ce qui pourrait s'apparenter à des innovations. Il est totalement incapable de passer le relais. C'est le vénérable connard ou le con du principe de Wheaton dont j'ai déjà parlé sur ce blog. C'est celui qui cumule les dignités et truste avec ses congénères les fonctions au sein des appareils obédientiels. Le « grumpy » ou grincheux trouve, dans le pseudo-concept de régularité maçonnique, le dogmatisme nécessaire et utile qui lui permet par exemple d'exclure celui qui pense différemment, celui qui a des orientations sexuelles particulières, celui qui souhaite une ouverture plus grande des loges et des obédiences, qui aimerait boire (avec modération) des petits coups durant les agapes ou qui propose des initiatives intéressantes et nouvelles pour le bien de l'Ordre.

    Le « grumpy » ou grincheux ne serait pas un problème un soi s'il n'était pas doté d'une grande capacité de nuisance et s'il ne faisait pas fuir toutes les bonnes volontés qui, chaque année, rejoignent les loges. Le « grumpy » estime qu'il ne faut pas parler politique et religion en loge au nom des anciens devoirs et de la préservation de la fraternité. Pourquoi pas ? Sauf que cette double exclusion lui permet de faire l'un et l'autre. En effet, l'exclusion de la politique des travaux de loge revient à exclure en réalité la modernité, la réflexion critique, la liberté d'expression et la liberté de conscience. Les travaux de loge consistent à ânonner le rituel. Le « grumpy » postule l'inaptitude du franc-maçon à réfléchir, en tenue, sur la vie de la Cité. L'exclusion de la religion lui permet en fait d'imposer la croyance obligatoire en Dieu et de bannir toute expression philosophique étrangère au monothéisme tel qu'il est compris dans la Bible. Les loges tentées de mener une réflexion sociale, ne le peuvent pas alors même qu'elles auraient la capacité de le faire.

    Pour bien comprendre, je vous propose l'exemple d'une loge de l'Etat d'Indiana. Celle-ci pourra organiser des « one-day classes » et participer à des oeuvres de charité. Elle pourra inviter le frère Chris Hodapp à faire des conférences sans doute très instructives sur ses escapades à la Grande Loge de France qu'il a pu fréquenter grâce à l'autorisation du Grand Maître. Mais cette loge ne pourra pas réfléchir aux raisons qui ont amené les citoyens à faire de Mike Pence - l'actuel vice-Président des Etats-Unis - le cinquantième gouverneur de l'Indiana en 2013. Mike Pence, je le rappelle, est un créationniste, un chrétien fondamentaliste d'extrême droite, qui croit que la terre a été créé en six jours il y a quelques milliers d'années et pense que toute la destinée de l'humanité est consignée dans la Bible... Cette loge ne pourra pas non plus proposer à ses membres de l'alcool aux agapes car boire de l'alcool n'est pas convenable. Il y aura toujours un « grumpy » (un ultra-conservateur) apparatchik qui veillera au grain et auquel d'autres feront la révérence pour une charge, une promotion dans un rite, une médaille, etc.

    Ce qui est frappant, c'est de constater à quel point de nombreux frères américains sont conscients de la prédominance du « grumpy » sans pour autant chercher à y mettre un terme. La fuite ou la démission l'emporte souvent sur la résistance comme si cette dernière était jugée vaine d'avance. Je ne sais comment expliquer cette passivité sinon par une incapacité à penser une maçonnerie possible en dehors des structures obédientielles existantes. Au fond, c'est comme si l'esprit de loyauté à l'égard de structures maçonniques sclérosées prévalait sur l'esprit de scission ou d'essaimage. Ce qui n'est pas conforme aux usages n'est pas maçonnique. Cette affirmation est tellement intériorisée chez les frères américains que même les éléments les plus avant-gardistes ne songent à s'en défaire et à voir au-delà des limites (landmarks) que les grincheux leur ont inculquées. 

    Ce phénomène « grumpy » est également très présent en dehors des Etats-Unis. Il est par exemple à l'oeuvre en Grande Bretagne ou en Australie, pays dans lesquels les obédiences nationales se perdent dans des considérations marketing pour juguler la baisse de leurs effectifs au lieu d'envisager la franc-maçonnerie sous l'angle de la liberté et de la souveraineté des loges. Si la tradition ou le respect des usages est important, et parfois fondamental, encore faut-il garder la mesure. Tout est une question de dosage. Un franc-maçon ou une loge a besoin de diversité et de liberté.

    En France, bien sûr, les grincheux existent ! Ils sont également très actifs et peuvent pourrir la vie des ateliers. Mais les francs-maçons hexagonaux ont sans doute un avantage sur eux. Cet avantage est la chance d'avoir un paysage maçonnique divers où coexistent plusieurs manières de concevoir le travail maçonnique. C'est le « bordel gaulois » auquel mon ami Régis Blanchet aimait faire allusion. Et c'est peut-être la raison pour laquelle la franc-maçonnerie française est si dynamique en dépit de l'ostracisme dont elle est frappée par la maçonnerie anglo-saxonne.

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    Je dédie cette note au frère Christophe Habas et lui souhaite un prompt rétablissement. 

  • Etats-Unis : les McMaçons en question

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    ETATS-UNIS D'AMÉRIQUE, RÉGULARITÉ, FRANC-MAÇONNERIE, recrutement

    En janvier 2016, j'avais consacré une note sur le recrutement maçonnique aux Etats-Unis d'Amérique. Sa lecture est utile pour comprendre un des débats qui agite la blogosphère maçonnique nord-américaine et les frères sur les réseaux sociaux : les « McMaçons » (McMasons en anglais). Qui sont-ils ? Des francs-maçons initiés aux termes de procédures de recrutement de masse au cours desquelles ils se sont vus conférer les trois degrés symboliques en un seul jour (one day classes) ! Ces procédures, validées à ce jour par trente-cinq Grandes Loges nord-américaines, ont pour but de juguler la baisse constante des effectifs maçonniques aux Etats-Unis d'Amérique.

    Il se fait que ces McMaçons sont très critiqués par de nombreux frères qui les perçoivent comme des francs-maçons au rabais venus consommer de la franc-maçonnerie comme d'autres consomment un Big Mac. Ces critiques ont suscité les réactions indignées d'autres frères comme celles par exemple de Michael H. Shirley (Grande Loge de l'Illinois) ou encore de Christopher L. Hodapp (Grande Loge de l'Indiana). Les deux rappellent que les McMaçons sont des frères comme les autres et estiment que les procédures de recrutement massif ont malgré tout permis à de nombreuses loges de survivre et de faire face à la chute de leurs effectifs.

    Effectivement les McMaçons ne sont pas responsables du cadre aberrant dans lequel ils ont été initiés. Ils doivent donc être respectés. Cependant, les données démographiques, toutes Grandes Loges américaines confondues, démontrent, sans contestation possible, l'inefficacité des recrutements massifs et des one day classesVoici quelques nombres qui permettent de se faire une idée assez claire de la situation actuelle de la maçonnerie aux Etats-Unis d'Amérique. Ils proviennent du Masonic Service Association of North America (association créée en 1918 par les Grandes Loges américaines).

    En 2005, le nombre de francs-maçons américains était de 1 569 812. Dix ans plus tard, en 2015 donc, ce nombre est tombé à 1 161 253. Ce qui représente une chute de 408 559 membres, soit un peu moins de trois fois et demi la population maçonnique française ! Si on élargit la période à 20 ans (1995-2015), cette chute s'élève à 992 063 membres, soit quasiment un million de membres. Sur une période d'un demi-siècle (1955-2015), la franc-maçonnerie américaine a perdu 2 848 672 membres. Presque trois millions de frères donc ! Je précise que ces nombres ne concernent pas la maçonnerie afro-amércaine de Prince Hall.

    Toutes les Grandes Loges américaines sont affectées et, parfois, de façon absolument spectaculaire comme c'est le cas, par exemple, de la Grande Loge du Texas. De 2010 à 2015, cette dernière a en effet perdu 17 175 membres en dehors de toute scission ou essaimage ! Et si je prends maintenant l'exemple des Grandes Loges de l'Illinois et de l'Indiana pour la même période, obédiences que connaissent parfaitement les frères Shirley et Hodapp, celles-ci ont perdu respectivement 6 238 et 10 929 membres ! Là encore sans qu'une scission ou un essaimage en ait été la cause.

    Le-tonneau-des-dana%C3%AFdes.-John-Willim-Waterhouse.-1903.-236x300.jpgPar conséquent, qu'il y ait parmi les McMaçons des frères sincères et motivés, qui pourrait en douter ? Mais que représentent-ils vraiment par rapport à tous les profanes initiés dans des conditions identiques ? 0,5 % ? 1% ? 2% ? On ne le sait pas. Il est donc plus probable que l'immense majorité initiée à 50 ou 100, parfois même à davantage, dans de grands temples ou dans d'immenses salles, est aussi vite partie qu'elle est venue. Les McMaçons sont donc en fait un des nombreux symptômes d'une franc-maçonnerie nord-américaine qui ne sait plus quoi faire pour retrouver son lustre d'antan et qui a du mal à comprendre ce qui lui arrive. La réalité de cette franc-maçonnerie-là ressemble au tonneau percé des Danaïdes. Bien qu'elle initie à tour de bras, ça ne l'empêche pas de perdre davantage de membres qu'elle n'en recrute. Ce que le frère Todd E. Creason a fort bien mis en lumière lorsqu'il s'est interrogé sur l'absentéisme en loge.

    L'absentéisme justement. Il fait également partie de la réalité maçonnique nord-américaine avec le recrutement massif et les démissions qui en sont le corollaire. Un témoignage permettra de saisir l'ampleur du phénomène : le frère Robert H. Johnson a par exemple indiqué qu'il n'y avait eu que treize frères à son initiation en comptant les officiers de la loge. Le jour de sa réception au grade de compagnon, ces frères étaient quatorze. Puis quinze lors de son élévation à la maîtrise. Quinze peut sembler un résultat décent ou satisfaisant par les temps qui courent, observe-t-il, mais triste quand il songe que sa loge compte trois cents membres !

    Il y a donc bien un gros problème... Justement, quel est-il ? Un peu de patience. Je tenterai de répondre à cette question prochainement.