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  • Causeries maçonniques #4

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    Comment vivez-vous votre engagement au quotidien ? On dit qu’il convient de répandre au dehors les  vérités acquises dans le Temple. Comment cela se traduit-il dans votre attitude dans la société ?

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  • Liberté de conscience et démocratie

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    GODF, liberté, égalité, fraternité, engagement, réflexion, cité, extrémismeQuand un profane pose sa candidature auprès d'une loge du Grand Orient de France, et si le scrutin s'est avéré positif, il reçoit un document intitulé « Préalables pour l'initiation » dans lequel sa première instruction maçonnique est consignée. Il s'agit de lui rappeler tout simplement les principes capitaux de la franc-maçonnerie, tels qu'ils sont entendus et appliqués par l'obédience, à charge pour lui de les méditer et de déterminer, librement, s'il souhaite poursuivre sa démarche. On peut notamment y lire ce passage :

    « La Franc-Maçonnerie ne donne ni consigne pour l'action, ni directive et n'impose aucune façon de voir. Aucun de ses adhérents n'est engagé par une décision à l'égard du monde profane. Chacun conserve ainsi sa totale liberté d'appréciation et d'entreprise. Il ne lui est demandé que bonne volonté et travail dans la libre recherche de la Vérité. Cependant, chacun ayant tendance à découvrir sa propre Vérité, la quête spirituelle du Franc-Maçon est aussi le symbole de l'Amour et de la Perfection. »

    Je devine l'objection formulée par certains frères : le Grand Orient méconnaît donc cette disposition lorsqu'il appelle ses membres à faire barrage à l'extrême droite et, plus largement, lorsqu'il publie des communiqués de presse. Je comprends cette objection mais il faut la nuancer. Si une réserve à l'égard des communiqués de presse intempestifs de l'obédience se justifie très souvent (notamment dans le domaine de la laïcité), il ne faut pas oublier non plus que des circonstances exceptionnelles peuvent commander une prise de position claire et ferme. Quand le Grand Orient de France appelle à faire barrage à l'extrême droite, il ne fait que s'inscrire dans le prolongement des qualités que l'on attend de chaque franc-maçon. Dans les « Préalables pour l'initiation » figure en effet cet autre passage :

    « La qualité de Franc-Maçon, ainsi que les droits et prérogatives qui y sont attachés, se perd : 1) par une action déshonorante : 2) par l'exercice d'un état notoirement déconsidéré dans l'ordre social : 3) par la violation des engagements maçonniques contractés lors de l'initiation; 4) par l’appartenance, la collaboration de fait ou de droit à une association ou à un groupement appelant à la discrimination, à la haine, à la violence envers une personne ou un groupe de personnes en prétextant de leur origine, leur appartenance à une ethnie ou à une religion déterminée et qui propagerait des idées et des théories tendant à justifier ou à encourager cette discrimination, cette haine, cette violence. 5) Par l’appartenance, la collaboration de droit ou de fait à une association ou à un groupement conduisant directement ou indirectement à détruire, à déstabiliser ou à aliéner l’être humain. »

    Lorsque je suis entré en franc-maçonnerie en 1992, les points 4) et 5) n'existaient pas. Ils ont été ajoutés, plus tard, lorsque les frères se sont rendus compte que les points 1), 2) et 3) n'étaient pas suffisamment explicites. Les points 3) et 4) ont été ajoutés lorsque l'obédience a été confrontée à des membres qui ont choisi de repousser les limites de l'action déshonorante et du parjure, notamment dans le domaine politique en s'alliant, par exemple, au Front National ou en concevant la possibilité d'une collaboration avec cette formation politique d'extrême droite, voire une adhésion pure et simple. Se référant aux préalables susvisés, ces parjures avaient alors beau jeu de rappeler que « la Franc-Maçonnerie ne donne ni consigne pour l'action, ni directive et n'impose aucune façon de voir ». 

    Or, la liberté absolue de conscience n'est pas l'indifférentisme d'opinions ! La liberté de conscience n'est pas le produit de la confusion. Elle n'a de sens, bien sûr, que dans un cadre démocratique garantissant à chacun le respect des grandes libertés publiques : le respect de la vie privée, la liberté d'aller et de venir, le droit à la vie et à la sécurité, l'interdiction des traitements inhumains et dégradants, la liberté du commerce et de l'industrie, etc. En d'autres termes la liberté de conscience s'inscrit dans le cadre des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour s'en rendre compte, il suffit de voir ce qui se passe dans les Etats autoritaires ou dictatoriaux (y compris dans ceux qui se situent sous les tropiques comme Cuba ou le Venezuela par exemple) et de se demander ce qui peut bien rester de la liberté de conscience quand toutes les libertés fondamentales de l'être humain sont quotidiennement bafouées par la puissance publique. 

    Qu'est-ce que tout ceci signifie au fond ? Que les loges du Grand Orient de France admettent les individus de toutes opinions, cultures et croyances pourvu qu'ils aient le souci du respect de l'autre et de la préservation du cadre démocratique indispensable à toute pensée libre et à toute activité maçonnique indépendante.

  • Fred Zeller, l'engagé

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    CPB76054591.jpegEn parcourant un vieux numéro de Logos, périodique du Grand Orient de Belgique, je suis tombé sur cette citation de Fred Zeller (1912-2003) :

    « La qualité de maçons au GODF implique un certain comportement dans la vie et aussi certains choix. Si cela choque des frères, inutile de récriminer et pousser des hauts cris : il existe d'autres obédiences où l'on ne cherche à résoudre aucun problème, où l'on ne se pose aucune question, où l'on ne veut pas entendre parler politique en loge, mais où l'on se contente de se retrouver régulièrement à des agapes fraternelles, où l'on se raconte des gaudrioles en rêvant des étoiles. »

    Si j'en crois l'article de Logos, cette citation serait extraite du dernier ouvrage de Fred Zeller écrit au soir de sa vie (Fred Zeller, Témoin du siècle, de Blum à Trotsky au Grand Orient de France, Grasset, Paris, 2000). Je n'ai pas lu l'ouvrage. Je ne saurais donc l'attester. J'observe simplement que cet illustre frère a éprouvé le besoin de se pencher à deux reprises sur son parcours politique, philosophique et intellectuel puisqu'il avait déjà publié, en 1976, chez Robert Laffont une autobiographie intitulée Trois Points, c'est tout (que j'ai eue l'opportunité de lire, elle). Ce qui, à mon humble avis, en dit long sur la fascination que Zeller devait éprouver pour lui-même.

    Je voudrais revenir sur cette citation qui exprime non seulement la doxa officielle du GODF mais aussi la qualité normative de maçon de l'obédience. Toutes deux se retrouvent ainsi réduites à un certain comportement et à certains choix que Zeller ne parvient cependant à déterminer – et encore en des termes très généraux – que par rapport à d'autres obédiences qu'il évite hypocritement de nommer. Tout cela serait bien inoffensif s'il ne s'agissait que d'une opinion exprimée à titre individuel par un ancien Grand Maître du GODF. Seulement voilà, il n'en est rien. Zeller n'était pas qu'un ancien dignitaire de la rue Cadet. Il fut aussi un homme politique, nourri un temps aux mamelles du trotskisme, idéologie qui favorise « l'esprit binaire » chez ceux qui en sont frappés. L'esprit binaire consiste à diviser le monde en deux camps irréductiblement opposés et que l'on peut décliner à l'infini : les bons d'un côté, les méchants de l'autre ; les exploités et les exploiteurs ; les progressistes et les conservateurs ; les libéraux et les réguliers, etc. Celui qui perçoit le monde de façon binaire a toujours le sentiment d'appartenir au camp du bien. Il est généralement inapte à la nuance et au compromis, car, au fond, la vie se résume pour lui à une lutte incessante qu'il faut absolument gagner. On est avec lui ou contre lui. Il n'y a pas de position médiane possible.

    Je ne dis pas cela par méchanceté ou volonté polémique – on l'aura compris – mais parce que cet esprit binaire transparaît de la citation de Zeller : « si cela choque des frères, inutile de récriminer et pousser des hauts cris : il existe d'autres obédiences (...) ». Ce qui, en d'autres termes, équivaut à dire que s'il se trouve au sein du GODF des francs-maçons en désaccord avec cette ligne de conduite (et j'en suis !), ces derniers doivent se taire ou quitter l'obédience pour trouver asile ailleurs, dans d'autres structures maçonniques où l'on ne fait que raconter des plaisanteries légères et bouffer. Le raisonnement, exprimé de cette manière, apparaît dans toute sa dimension grotesque. Et pourtant, c'est bien celui qui est à l'oeuvre depuis bientôt cinquante ans au sein du GODF. Ce n'est pas un hasard si à partir de la grande maîtrise de Fred Zeller, en 1971, on assisté à une extériorisation croissante et souvent incontrôlée de l'obédience, à une personnalisation de plus en plus marquée du pouvoir exécutif au détriment de la collégialité statutaire, à une insupportable caporalisation des loges, et, parfois, à une politisation intempestive. C'est ce phénomène dangereux que feu le professeur Bruno Etienne appelait « la profanisation du GODF ».

    Pourquoi dangereux ? Parce que ce qui est en cause, c'est la spécificité maçonnique. L'ordre maçonnique est avant toute chose symbolique et initiatique. Son activité centrale, sa raison d'être, consiste à pratiquer des initiations et à transmettre le patrimoine intellectuel, symbolique et philosophique des rites maçonniques. La mission de la franc-maçonnerie est d'offrir un creuset pour que des hommes de cultures, de religions, d'opinions politiques différentes, puissent librement et discrètement travailler, fraterniser et progresser ensemble afin de construire une humanité meilleure et plus éclairée. Ça ne veut pas dire, bien entendu, que les activités maçonniques doivent se limiter à la réflexion sur le symbole et l'initiation. La réflexion sociale est légitime en loge ! Car la loge est dans la Cité. Mais, comme le rappelait un frère belge dans une planche :

    « (…) ce qui fait que la Maçonnerie n'est pas un Rotary, une association de dames patronnesses, un centre d'action laïque, l'Armée du Salut, un Panthéon imaginaire composé de toutes les gloires qui ne furent pas maçons, la caisse d'entraide sociale de la police, un club de joueurs de boules ou un comité organisateur de soupers boudin/compote – activité au demeurant fort honorable – c'est avant tout la réflexion sur le symbole et l'initiation. »

    Il y a mille façons d'être un bon franc-maçon comme il y a mille façons de raconter des gaudrioles et rêver aux étoiles. En étant un bon père, un bon copain, un bon voisin par exemple. En étant quelqu'un en qui on peut compter ; en étant quelqu'un qui n'hésite pas à recadrer celui qui, au cours d'une conversation, dit des méchancetés, des conneries, fait preuve d'intolérance, de racisme, de négation de l'autre. En étant quelqu'un qui combat la violence et accorde du poids à la discussion et au compromis ; quelqu'un qui peut s'engager aussi, s'il en éprouve toutefois le désir, sous diverses formes et en fonction de ses goûts et de sa philosophie ; quelqu'un qui sait que l'homme est divers et multicolore ; quelqu'un qui n'a pas besoin de se sentir chapeauté par les communiqués de presse du Conseil de l'Ordre de son obédience parce qu'il sait se servir de son entendement.

    obédience, GOB, France, Belgique, GODF, peintre, Fred Zeller, Engagement, réflexion,franc-maçonnerie, initiation, J'en reviens à Fred Zeller pour conclure. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, j'ai une immense tendresse pour cet homme que je n'ai pourtant jamais rencontré. Quelle vie ! J'avais d'ailleurs emprunté Trois points c'est tout dans la bibliothèque d'un ami de mon père. En 1989. Je n'avais pas dix-sept ans. Je lui dois donc d'une certaine manière mes premiers émois maçonniques. Son livre m'a mis sur la voie (et quelle voie !). Je me souviens par exemple de ma jubilation de voir la carte d'identité maçonnique de Marceau Pivert (un des mentors politiques de Fred Zeller) au musée du GODF en août 1990. Mais, fort heureusement, j'ai très vite su me défaire de ces reliques, comprenant à mon rythme que la maçonnerie était en réalité un vaste continent à découvrir, bien plus vaste en tout cas que le neuvième arrondissement de Paris. Zeller était en outre artiste peintre. J'ai appris depuis qu'en maçonnerie, il y avait pas mal de « pintaïres » (peintres, en occitan-provençal), c'est-à-dire, au sens figuré, de poseurs, de professionnels de l'affichage, de caméléons aux prétentions diverses (artistiques, politiques, sociales, philosophiques, etc.).

  • La question sociale selon Mélenchon

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    Je voudrais faire deux observations à l'attention des quelques fachos qui, via Twitter, consultent régulièrement mon blog parce qu'ils croient y déceler les éléments du grand complot anti-français qui les fait cauchemarder.

    1°) Ce n'est pas parce que je parle d'untel sur ce blog que celui-ci est nécessairement franc-maçon. Je le précise car certains paranoïaques d'extrême droite ont cru comprendre que Thomas Guénolé était franc-maçon suite à une de mes notes publiée récemment. Guénolé est-il franc-maçon ? Je n'en sais strictement rien et, très franchement, je me moque éperdument de le savoir. Cela n'ajoute rien à son intervention stimulante dans l'émission de Laurent Ruquier. De toute façon, si je dis que quelqu'un est maçon, la fachosphère pensera qu'il ne l'est pas parce que je le dis. Si je dis que quelqu'un n'est pas maçon, la fachosphère pensera qu'il l'est parce que je le dis. Donc, je lui laisse le soin de choisir au gré de ses fantasmes.

    2°) Il m'arrive aussi de parler de tel autre dont l'appartenance maçonnique est avérée, non parce que je l'ai dévoilée, mais parce qu'elle est de notoriété publique et que l'intéressé n'a jamais cherché à la cacher. Mais en même temps, ce n'est pas parce que je parle d'un franc-maçon, quel qu'il soit, que je partage nécessairement ses idées. Nous avons certes en commun une démarche philosophique et des valeurs, mais nous pouvons tout à fait diverger sur plein d'autres sujets. C'est le cas du FJean-Luc Mélenchon pour lequel je n'ai jamais voté alors que lui et moi appartenons pourtant à la même obédience (le G∴O∴D∴F∴ ). Son positionnement  politique hostile à l'Union européenne en général et à l'Allemagne en particulier, ses relations conflictuelles avec ses anciens amis politiques, ses analyses économiques et sa bienveillance à l'égard de l'extrême gauche dont il est issu, ne m'ont jamais attiré. Je lui reconnais cependant une force de conviction, un art de la tchatche, une liberté de ton et une passion qui font de lui un homme attachant malgré sa vision binaire du réel. C'est cela la magie de la franc-maçonnerie : réunir ce qui est épars, réunir des hommes qui ne pensent pas forcément pareil.

    Ces deux observations étant faites, je voudrais maintenant signaler cet extrait d'une intervention de Mélenchon en date du 7 octobre dernier. Elle tranche avec le discours dominant au sujet du conflit social à Air France. Mélenchon parle de la violence visible toujours plus efficace que la violence qui ne se voit pas. Il rappelle aussi des évidences que l'on ne dit pourtant pas assez et qui expliquent les débordements auxquels on a assisté. Perdre son emploi engendre en effet tout un ensemble de problèmes sur lesquels on insiste rarement : dépression, suicide, divorce, éclatement des familles, déclassement social, marginalisation, etc. Il souligne également la pauvreté du débat public focalisé non sur la question sociale mais sur ce qu'il appelle des leurres comme par exemple le destin de Madame Le Pen ou les musulmans.