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dynamisme

  • L'absentéisme en loge

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    2715604317.jpgVoici une nouvelle réflexion du F∴ Todd E. Creason que je voudrais vous faire partager. Elle illustre le désarroi d'une maçonnerie américaine qui a bien du mal à comprendre l'érosion continue de ses effectifs. Creason écrit :

    « Donc disons que je possède une entreprise qui vend des fournitures de bureau, et je commence à perdre des clients. Je vois tout de suite qu'il y a un problème. Quelque chose a changé et j'ai besoin de comprendre ce qui se passe. Si je suis un entrepreneur intelligent, je ne vais pas dépenser beaucoup d'argent en publicité pour tenter d'attirer de nouveaux clients tant que je n'ai pas compris pourquoi je ne peux pas garder mes anciens clients. Donc soit ce que je fais est mal, soit quelqu'un d'autre est en train de faire mieux que moi. Pourquoi les loges maçonniques ont tant de mal à comprendre cela ? »

    Pour Todd, le problème est évident. Ce sont les LL∴ qui se remettent insuffisamment en question. Elles mettent trop d'énergie à recruter sans s'interroger sur les moyens de garder les FF∴ sur les colonnes. C'est comme si elles s'épuisaient à remplir un seau percé.

    Il constate que les organismes annexes (le rite écossais, les chevaliers templiers principalement) pillent les effectifs des LL∴ et parviennent à davantage impliquer leurs membres. Il en déduit que c'est parce que ces FF∴ obtiennent quelque chose qu'ils ne reçoivent pas en L∴ bleue. Et de préconiser l'identification des problèmes potentiels :

    « Si vous voulez que votre loge prospère, il n'y a aucune raison d'ajouter un seul nouveau membre tant que vous ne comprenez pas pourquoi vous ne pouvez pas garder ceux que vous avez. Il faut faire une pause. Parler de ça. Parlez-en avec ceux qui ne viennent plus. Regardez vos réunions - sont-elles ennuyeuses ? Vos membres actifs les attendent-ils avec impatience  ou non ? Faites-vous suffisamment d'instruction maçonnique lors de vos réunions ou invitez-vous des conférenciers à venir parler ? Avez-vous des activités caritatives dans votre Loge ? »

    L'analyse de Todd est pleine de bon sens, même si elle a un côté marketing prononcé. En tout cas, elle pourrait très bien s'appliquer à toute L∴ française confrontée à un fort absentéisme (il y en a beaucoup ou en tout cas bien plus que ce qu'on croit). Pourtant, je ne la partage pas entièrement car si la remise en cause est toujours un exercice salutaire, il ne faut pas non plus tomber dans la culpabilité à outrance.

    Je ne parlerai pas ici du contexte américain proprement dit. Ma connaissance de la maçonnerie d'outre-Atlantique n'est que livresque. Il y manque les fruits d'une expérience vécue. C'est la raison pour laquelle je me permets de renvoyer le lecteur à l'analyse de l'ancien G∴M∴ de la G∴L∴ du Kansas. Je vais donc me borner à la maçonnerie française que je fréquente depuis deux décennies maintenant (je pense donc avoir un recul suffisant).

    En fait, je crois d'abord que l'absentéisme ne date pas d'aujourd'hui. Ce n'est pas un phénomène nouveau. Il a toujours existé. Ensuite, je crois que l'absentéisme n'a rien à voir avec les orientations d'une loge (symbolisme, sujets de société, etc.), du moins si les parrainages sont effectués à bon escient (les erreurs de casting existent !). Une L∴ doit toujours composer avec un seuil incompressible d'absents. 

    En réalité, l'absentéisme est multifactoriel. Il y a autant de raisons que de FF∴ absents et bien fin est celui qui pourra en dresser une typologie complète (mésentente, déception, ennui, manque de motivation, problèmes personnels, santé défaillante, etc.).

    Il y a néanmoins quelque chose que j'ai remarquée chez tous les FF∴ qui ne fréquentent plus ou alors rarement. C'est qu'ils ont généralement tous une bonne raison. Foireuse ou pas, c'est un autre problème. Ce qui compte, c'est qu'elle soit forcément bonne pour eux. Autrement dit, qui veut rester chez lui trouvera toujours le prétexte adéquat pour rester chez lui. C'est aussi simple que ça. Et on pourra dépenser toute l'énergie du monde à vouloir les stimuler que ça n'y changera rien.

    Une loge maçonnique, comme d'ailleurs n'importe quelle autre association humaine, repose donc en large partie sur le dynamisme des plus motivés, sur ceux qui s'impliquent et sur ceux qui sont suffisamment passionnés pour ne pas se complaire dans les moments inévitables de lassitude et de découragement. Il faut aussi, bien sûr, que ces éléments les plus dynamiques - lesquels forment souvent les « vieilles gardes » dans les ateliers - aient l'intelligence et l'ouverture d'esprit nécessaires pour que la loge puisse se renouveler tranquillement de l'intérieur, en accueillant de nouvelles propositions, en se montrant attentif à l'évolution des plus jeunes, en suscitant des projets.

    C'est un équilibre bien compliqué à trouver en vérité. Il faut faire face aux difficultés avec calme. Et quand on est à court de réponses vives et d’explications intelligentes, il faut avoir la sérénité d’accepter toutes les choses qu'on ne peut changer, le courage de changer les choses qui peuvent l'être et la sagesse d’en connaître la différence.