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culture

  • Que lire ?

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    4068845727.jpgPetit rappel utile : la franc-maçonnerie ne s'apprend pas dans les livres. Elle est d'abord une pratique avant d'être un savoir cumulatif. Néanmoins, j'ai toujours considéré qu'il était important pour un franc-maçon de lire des ouvrages sur la maçonnerie. Bien que le jeune maçon ne sache symboliquement qu'épeler, lire participe tout de même de son apprentissage et permet de suppléer au travail d'instruction que les surveillants et le grand expert n'assurent pas toujours.

    Je n'ai pas de conseils particuliers à donner. Chacun fait comme il le sent selon ses goûts et ses envies. Voici donc une liste de livres, évidemment non exhaustive, que tout jeune maçon, à mon avis, devrait lire ou consulter au moins une fois.

    La Bible. C'est con à dire mais c'est la base de tout en maçonnerie, n'en déplaise aux plus laïques d'entre nous qui crient parfois « à bas la calotte » pour se donner un genre. La majeure partie du corpus symbolique de la franc-maçonnerie s'y trouve. Alors je ne dis pas qu'il faut tout se taper bien sûr. Mais il faut avoir lu au moins le livre des Rois et les Chroniques (notamment le construction du temple de Salomon). 

    On peut coupler cette lecture avec celle du Nouveau Testament et plus particulièrement avec celle du prologue de l'évangile de Jean. Baudouin Decharneux, professeur de littérature chrétienne des origines à l'Université libre de Bruxelles, m'avait dit un jour que le nec plus ultra était de lire le prologue en grec. Je veux bien le croire mais je me suis contenté pour ma part de le lire en français. Et de vous à moi, cette lecture ne m'a jamais inspiré. Mais il faut toutefois le connaître car beaucoup de loges s'y réfèrent.

    Les Constitutions d'Anderson. Autre ouvrage fondamental. Il en existe plusieurs traductions. J'ai celle de La Tierce (1743). Il est toutefois préférable de privilégier celle de Daniel Ligou non seulement parce qu'elle est plus moderne mais aussi parce qu'elle est éclairée par un long commentaire explicatif. La traduction de la Tierce a été rééditée en 1993 par les éditions Romillat si je me souviens bien. Celle de Ligou a été publiée, si je ne m'abuse, en 1989-1990 chez Edimaf (qui n'existe plus). 

    Mémoires d'un franc-maçon par Jean-Marie Chartier (alias Jean Mourgues). Hélas quasiment introuvable... J'ai malheureusement perdu l'exemplaire que j'avais reçu le soir de mon initiation. C'était édité par l'IMRET (institut méditerranéen de recherches et d'études traditionnelles). Je sais que ce petit ouvrage a été aussi édité à la Pensée universelle (éditeur que je ne connais pas). C'est un livre fin, charmant et émouvant. Le livre rêvé que je conseille à tout apprenti. J'aimerais le relire un jour si je le pouvais.

    La Pensée maçonnique. Une sagesse pour l'Occident. Par Jean Mourgues. Aux PUF. Un ouvrage que j'ai lu plusieurs fois et qui met bien en évidence l'esprit maçonnique, loin des boursouflures et des suffisances des fétichistes du symbole. Je l'avais prêté en 2005 à une jeune apprentie qui a oublié de me le rendre. Je suppose que cette lecture a tellement comblé ses attentes qu'elle l'a gardé.

    Recherche d'une église. Tome 7 des Hommes de bonne volonté. Par Jules Romains. La franc-maçonnerie y occupe une place centrale. Voir en particulier le chapitre où Jerphanion rencontre Lengnau, personnage inspiré d'Oswald Wirth.

    Histoire de la franc-maçonnerie au XIXe siècle (deux tomes). Par André Combes. Edition du Rocher. Très bien fait. Très clair. Très complet. Le titre peut cependant induire en erreur car le livre traite essentiellement de la maçonnerie française de la Restauration à 1914. Pour moi, il s'agit d'un ouvrage incontournable. 

    Guerre et Paix. Par Léon Tolstoï. Pour les épisodes maçonniques et les aventures du frère Pierre Bezoukhov de la loge de Saint-Petersbourg. Bezoukhov apprend à se connaître en connaissant les autres.

    Franc-Maçonnerie et romantisme. Par Daniel Béresniak. Ed. Détrad. Un bon livre sur la maçonnerie de la fin du dix-huitième siècle. Lumières et illuminisme.

    Je conseille aussi tous les vieux ouvrages maçonniques. Il n'est pas inutile de redécouvrir Ragon de Bettignies, Bésuchet de Saunois et Bègue-Clavel par exemple. On trouve ces ouvrages sur Gallica, le site de la bibliothèque nationale, chez les bouquinistes, voire dans les brocantes et vide-greniers. En cherchant bien, on trouve des trésors.

    Voilà, ce sont quelques titres qui me viennent en tête. Il y en a d'autres bien sûr mais je ne vais pas dresser ici un inventaire. Je ne voudrais pas passer pour un pédant qui étale ce qu'il a lu. 

    Il est enfin intéressant de lire des revues maçonniques. Je ne conseillerai pas Humanisme pour des raisons que j'ai déjà exposées et sur lesquelles je ne vais pas revenir. La Chaîne d'Union est bien plus intéressante. Personnellement, j'apprécie la sobriété des Chroniques d'Histoire Maçonnique éditées par Conform édition sous l'égide de l'Institut d'Etudes et de recherches maçonniques (IDERM)

    Il y a aussi Renaissance Traditionnelle. C'est une référence. Mais il faut s'accrocher car les articles, parfois, sont touffus et complexes. Elle s'adresse donc à un lectorat de « bon niveau ». Il y a également une autre revue dont on m'a dit du bien mais que je ne connais pas : Kilwinning. A voir par celles et ceux qui s'intéressent à l'histoire, aux symboles et aux traditions de l'Ordre maçonnique.

    Je dois également citer Critica Masonica. Jean-Pierre Bacot a eu l'extrême gentillesse de m'adresser le cahier spécial sur l'ésotérisme et l'extrême droite rédigé par le chercheur Stéphane François. Je ne m'y suis pas abonné car ma bourse n'est pas extensible. Cette revue semble rencontrer en tout cas un lectorat de plus en plus élargi. 

    Il y en a certainement d'autres. Que celles que j'ai oubliées m'excusent. 

    Il y a enfin des revues « grand public » que l'on trouve chez tous les marchands de journaux. Franc-Maçonnerie Magazine et La Voix Libre des Francs-Maçons. J'ai acheté un numéro de chaque il y a plusieurs mois pour voir un ce qu'il y avait dedans. C'est plutôt bien fait mais ça reste quand même très léger.

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    (Cette note est la 300ème du blog)

  • Zweig et le désir d'aurore

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    zweig.jpgLa Grande Bretagne a décidé de quitter l'Union européenne. Il est inutile, je pense, d'épiloguer maintenant sur les conséquences directes et indirectes du référendum.

    L'histoire est en train de se faire sous nos yeux selon des courants que l'on ne peut clairement identifier encore. Les Ecossais parlent à nouveau d'indépendance pour rester au sein de l'Union européenne.

    Les Irlandais veulent une réunification de leur île afin qu'elle demeure également dans l'Union européenne.

    Il semblerait que l'Espagne lorgne sur l'isthme de Gibraltar. Les bourses s'affolent. L'incrédulité domine.

    Bref, on voit à quel point l'Union européenne est fondamentale pour la stabilité du vieux continent.

    Il n'y a guère que les fascistes et Donald Trump aux Etats-Unis d'Amérique qui exultent. Or le fascisme newlook de 2016 n'a pourtant rien à envier à celui de 1940...

    En ce jour particulier, je pense à l'écrivain autrichien Stefan Zweig.

    En avril 1942, il se sentait plus que jamais déraciné et anéanti de voir la guerre embraser l'Europe et le monde. Il avait vu la déliquescence de l'Europe minée par les nationalismes, les rancoeurs politiques, le racisme, l'antisémitisme, le rejet de l'autre. Il avait été le témoin impuissant du triomphe de l'égoïsme sur la nécessaire solidarité entre les peuples.

    Avant de se suicider en compagnie de son épouse, fatigué, il a jeté ses dernières forces pour écrire cette poignante lettre d'adieu que nous devrions tous méditer aujourd'hui :

    « Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j'éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même.

    Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d'errance. Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde.

    Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux. »

    Pourvu que nous ne refassions pas les mêmes erreurs et pourvu que l'Europe conserve ce désir d'aurore pour que jamais la longue nuit ne revienne !

  • Des Loges hors du commun

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    histoire,franc-maçonnerie,conform edition,nancy,boulangisme,toulon,bonaparte alexandre chevalier,godf,france,cultureChroniques d'Histoire Maçonnique (CHM), c'est la revue de l'Institut d'Etudes et de Recherches Maçonniques (IDERM) du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴). Sans doute moins connue qu'Humanisme ou La Chaîne d'Union, cette revue mériterait pourtant d'être (re)découverte par les maçons. Je viens en tout cas de la lire et je voudrais vous donner l'envie de vous la procurer.

    Dans le numéro 76, les CHM proposent quatre études dont deux sont rassemblées dans le dossier intitulé « Des loges hors du commun ».

    La première étude, écrite par Jean-Claude Couturier, étudie la façon dont les francs-maçons en général, et ceux de Nancy en particulier, ont réagi face à la montée du boulangisme à la fin du XIXe siècle. J'ai d'ailleurs déjà montré à quel point l'émergence politique, aussi soudaine que brève, du « Brav' Général » avait suscité de vives tensions au sein du G∴O∴D∴F∴. En tout cas, Nancy n'a pas été choisie au hasard. La loge « Saint-Jean de Jérusalem », qui existe toujours d'ailleurs, était l'une des plus actives du G∴O∴D∴F∴. En outre, la ville était devenue frontalière suite à la défaite de 1870 qui, comme l'on sait, avait abouti à l'annexion de l'Alsace et d'une grande partie de la Lorraine par l'Allemagne. L'auteur expose les différentes sensibilités politiques présentes dans l'arrondissement de Nancy. Il revient sur le parcours de certaines figures locales, profanes et maçonnes, qui se sont affrontées : Maurice Barrès, Paul Adam, Emile Gouttière-Vernolle, le publiciste Gugenheim, Alexis Schneider, l'ancien député de Nancy, le bouillonnant Gabriel, etc. A cette époque, des approches différentes de la République se sont opposées avec, d'un côté, « les opportunistes », c'est-à-dire des républicains modérés plus préoccupés d'économie que de social et, de l'autre, « les révisionnistes », sensibles à l'idée d'une république césariste, autoritaire et sociale. Cet affrontement a permis au radicalisme de mieux se structurer. Ce mouvement politique et idéologique a tenté par la suite de concilier les progrès économiques avec les progrès sociaux. Il a toujours été profondément attaché à une république parlementaire, au respect des lois constitutionnelles de 1875 et au refus de toute personnalisation excessive du pouvoir. Les maçons, eux, ont dû faire des choix dans cette période agitée.

    La deuxième étude est celle de Jean-Pierre Zimmer. Elle est consacrée à la loge « Les Vrais Amis Réunis d'Egypte » à l'orient de Toulon. Cet atelier est né sous la 1ère République, plus exactement sous le Directoire, durant la campagne de Bonaparte en Egypte. La loge fut fondée à Alexandrie le 28 août 1799 et elle était composée essentiellement de militaires de la marine. De retour en France, la loge s'établit à Toulon, port militaire, qu'elle ne quitta plus jusqu'à sa mise en sommeil aux alentours du mois d'octobre 1845. L'auteur retrace minutieusement la vie de cet atelier. C'est l'occasion également pour lui de revenir sur l'histoire du G∴O∴D∴F∴ dans la première moitié du XIXe siècle (la période napoléonienne, la Restauration et la Monarchie de Juillet). On se rend compte, par exemple, qu'une loge pouvait connaître des variations d'effectifs assez incroyables et qu'on aurait bien du mal à concevoir de nos jours. Ainsi, entre 1806 à 1807, Les Vrais Amis Réunis d'Egypte étaient passés de 48 à 61 membres... Voilà bien une croissance exceptionnelle qui laisserait rêveur n'importe quel Vénérable aujourd'hui. Jean-Pierre Zimmer montre bien cependant que cette loge demeurait fragile. En effet, les Frères sédentaires devaient nécessairement composer avec les Frères militaires qui étaient souvent sur les mers pour plusieurs mois.

    La troisième étude est celle de Jean-Yves Guengant. Elle est tout à fait singulière et passionnante car elle traite d'un pan méconnu de notre histoire. Pendant cinq années, le camp de prisonniers de l'Ile Longue, dans la presqu'île de Crozon (Finistère), a regroupé des milliers de civils arrêtés après la déclaration du guerre d'août 1914. Il s'agissait d'Allemands ou de ressortissants de pays alliés de l'Allemagne, lesquels étaient jugés potentiellement dangereux par les pouvoirs publics français. Jusqu'en 1919, ce camp a accueilli plus de cinq mille prisonniers. Une loge maçonnique a été fondée dans ce camp pendant quelques mois, à partir de janvier 1918. Elle prit le titre distinctif « In Ketten zum Licht » (Des Chaînes à la Lumière). L'auteur montre, de façon émouvante, comment les fondateurs se débrouillèrent pour créer cette loge, réunir le peu de matériel dont ils disposaient pour ouvrir régulièrement. On fit appel également à la mémoire de certains pour le rituel, etc.

    La quatrième étude est un portrait du Dr. Alexandre Chevalier (1910-1969), ancien Grand Maître du G∴O∴D∴F∴ (1965-1966), par Denis Lefebvre. Ce portrait m'a vraiment impressionné parce qu'il m'a permis de découvrir un maçon que je ne connaissais pas. J'avais sans doute déjà lu son nom parmi la liste des Grands Maîtres de l'Obédience mais sans chercher à savoir qui il était. Désormais, je le connais mieux grâce aux Chroniques d'Histoire Maçonnique. Cependant, je ne vais pas en dire davantage parce que j'ai l'intention de consacrer une note à Alexandre Chevalier. Le portrait de Lefebvre recèle en effet bien des enseignements sur le fonctionnement du G∴O∴D∴F∴. En lisant cette étude, j'ai pris conscience que l'oubli dans lequel le Grand Maître Chevalier est tenu, doit beaucoup à ceux qui, par la suite, se sont efforcés de réduire le G∴O∴D∴F∴ à des postures politico-médiatiques (mais ça, c'est un jugement personnel).

    Bref, j'ai passé d'agréables moments de lecture !

    Les Chroniques d'Histoire Maçonnique forment certes une revue savante, mais elles ont aussi vocation à s'adresser à un large public. Point n'est besoin d'être un historien chevronné pour pouvoir les apprécier. Il suffit d'aimer l'histoire en général et l'histoire maçonnique en particulier. Il suffit surtout d'être un peu curieux et d'avoir le désir de connaître le passé, peut-être pour mieux comprendre le présent et mieux anticiper le futur.

    Chroniques d'Histoire Maçonniques, n°76, Des Loges hors du commun, Institut d'Etudes et de Recherches Maçonniques. ISSN 0018-7364. Prix Public 10 €. Pour connaître les conditions d'abonnement, cliquez sur le site de Conform Editions.

  • La France étroite

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    la-france-étroite-300x456.pngJe viens d’achever le dernier ouvrage de Michel Maffesoli et Hélène Strohl. Ce livre semble donner des boutons à certains FF∴. Pourtant, il ne mérite pas l’opprobre dont certains fossiles de notre Obédience le couvrent sans en avoir lu une seule ligne. Il s’inscrit dans le droit fil de l’œuvre du sociologue et l’on y retrouve toutes les notions que l’universitaire étudie depuis plus de quarante ans : tribus, nomadisme, empathie, communautés, être-en-commun, socialité, post-modernité, affrèrement, etc.

    Mais le livre a les défauts de ses ambitions. Il part dans tous les sens car son objet est large, beaucoup trop large. J’ai eu l’impression, au fil des pages, d’être confronté à d’interminables répétitions et redondances noyées dans des adages latins, des néologismes et des jeux de mots vaguement lacaniens (ex p. 75 : "homo eroticus fait la nique à homo economicus").

    Hélène Strohl, quant à elle, donne des illustrations concrètes des principes exposés par Michel Maffesoli. Cela va des concours de la fonction publique, de la décentralisation, en passant par le conseillisme allemand de l'entre-deux-guerres, la famille, jusqu'au cyber-échangisme et au selfie... Bigre ! Là aussi, le lecteur est confronté à un inventaire à la Prévert.

    Alors oui, bien sûr, il me semble avoir compris le message essentiel du livre : la modernité a vocation à être dépassée. Mieux : elle est déjà dépassée par le sentiment communautaire lorsqu’on se donne la peine d’observer, en toute neutralité, le fait social. En effet, on ne peut plus réduire toute chose à l'unité dans nos sociétés. Empiriquement, l’hétérogénéité reprend force et vigueur. On assiste à l'affirmation des différences, des localismes divers, des spécificités langagières et idéologiques, de l'altérité,  etc.

    En regardant ce qui est, on se rend compte que ce qui fait lien ne passe plus par les valeurs abstraites de l’universalisme, de l’Homme, du contrat social, des Lumières, mais par l’affect, l’émotion, le pacte que les « vrais gens » scellent entre eux, les solidarités multiformes ou encore le sentiment d’appartenance à des communautés dont les auteurs donnent d’ailleurs une typologie assez bizarre dans le corps de l’ouvrage (cf. pp 116 et suivantes : les tradis, les exibs, les fans, les victimes qui se tiennent les coudes, les "à l'assaut du monde", les croyants, etc.). C'est sûr que ça fait tout de suite moins austère que les classes sociales ou les catégories socio-professionnelles que tout le monde connaît plus ou moins.

    Pour les auteurs, l’Homme abstrait, éclairé par les lumières de l’entendement, n’existe pas. Il s’agit d’une construction idéologique dépassée. Les hommes oui. Et ils ont tous leur part d’ombre. On ne peut pas donner tort aux auteurs sur ce point. Le « vouloir-vivre ensemble » ne saurait en effet se réduire à une formule incantatoire. Ce qui fait société passe par des expériences concrètes, par la vie, par la capacité de chacun à exister singulièrement, parfois de façon contradictoire, mais avec suffisamment d’empathie pour coexister harmonieusement avec les autres. On ne peut pas voir correctement le réel à travers des concepts. Il faut d'abord longuement observer avant de juger. Ce n'est qu'après que l'on peut commencer à élaborer des grilles de lecture. C'est ainsi que l'on peut parvenir à prendre la mesure de la société, véritable corps vivant. Il est effectivement important que les auteurs rappellent cette exigence.

    Cependant, il me semble que Maffesoli et Strohl accordent beaucoup trop d’importance aux phénomènes des réseaux sociaux, au commerce équitable, aux formes d’économie parallèles (ex : le co-voiturage), à l’expression émotionnelle des foules (dans le cadre de manifestations), aux multiples solidarités qui peuvent naître au sein des communautés (spirituelles, religieuses, culturelles, musicales, vestimentaires, etc.,). Si je fais abstraction des cyber-communautés, dont l’existence résulte des progrès récents de l’informatique, je me demande si les autres phénomènes sociaux décrits par les auteurs n’existaient pas déjà avant, même sous d'autres formes. Les modes vestimentaires se sont succédé de tout temps comme d'ailleurs les styles musicaux avec des intensités variables. L’émotionnel a toujours eu une place importante au sein des sociétés humaines en général et de la nôtre en particulier. Il y a toujours eu des communautés, à commencer par les communautés villageoises qui ont joué un si grand rôle dans notre vieux pays rural. Je ne parle même pas des religions, notamment de la catholique romaine, dont la force a été canalisée, puis domptée par la sécularisation progressive de la société. En fait, en lisant ce bouquin, je me suis donc très vite demandé si la post-modernité, dont se prévalent Maffesoli et Strohl, n’était pas en réalité un concept marketing susceptible d'être fortement relativisé par les historiens. Dans quelle mesure chaque époque n'a pas sécrété des formes particulières de pluralisme ?

    Je regrette en outre que Maffesoli et Strohl réduisent la laïcité à un intégrisme uniformisateur des consciences. En même temps, je comprends leur point de vue quand je lis ou entends certaines prises de position d'individus qui parlent d'une laïcité fantasmée parce qu'ils n'ont, en fait, jamais pris la peine et la précaution de lire les lois en vigueur. Je l'ai assez déploré sur ce blog. Il n'en demeure pas moins que je ne crois pas qu'il faille répondre à ces excès par d'autres excès qui n'apportent finalement pas grand-chose et qui auraient même tendance à amoindrir l'argumentation. Je prendrai un seul exemple : les procès d'intention adressés tout au long du livre par les auteurs aux élites, à l'Etat, à tout ce qui peut symboliser, directement ou indirectement, l'unité et l'indivisibilité d'une République présentée comme déconnectée du réel. Ce qui est pour le moins assez paradoxal venant de la part d'un mandarin de la Sorbonne et d'une ancienne élève de l'ENA qui appartiennent évidemment à l'élite républicaine.

    Maffesoli et Strohl proposent néanmoins une réflexion tout à fait stimulante. Enfin, j'ai bien apprécié les allusions au symbolisme franc-maçonnique qui parsèment l'ouvrage. Ceux qui ne se contentent pas d'épeler, mais qui font l'effort de lire et d'écrire, sauront les repérer aisément.

    Michel Maffesoli, Hélène Strohl, "La France Étroite : Face À L'intégrisme Laïc, L'idéal Communautaire" , Ed. du Moment, date de sortie 12.11.2015, 16.95€.

  • Le Salon du Livre et de la Culture Maçonniques de Toulouse

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    J'ai été gentiment sollicité par le FGérard Soulier, conseiller de l'Ordre du GODF, pour annoncer le prochain salon du livre et de la culture maçonniques qui aura lieu, pour la quatrième fois, à Toulouse, à la Médiathèque Espaces Vanel, les 21 et 22 novembre 2015.

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    Ce salon, ouvert à tous et dont l'entrée est gratuite, est considéré comme le premier salon maçonnique en province en terme d'importance. Il s'agit, comme je l'ai dit, de la quatrième édition. Le dernier a vu passer près de 2200 visiteurs. Ce qui est considérable pour ce genre de manifestation !

    Ce salon associe le livre (présence de deux libraires, un spécialisé et un généraliste, Ombres blanches de Toulouse) et la musique (de nombreuses séquences musicales sont proposées aux visiteurs).

    Les organisateurs proposent également des expositions d’objets maçonniques et d'oeuvres d’art.

    Cette année, le salon sera axé en direction des jeunes avec un focus bande dessinée (le dessinateur et scénariste Didier Convard sera présent). Il y aura également d'autres invités parmi lesquels je citerai notamment Claude Darche, Blandine Kriegel, Roger Dachez, Pascal Vésin, Jiri Pragman ou Alain Subrebost. Il y aura également plusieurs tables rondes dont une sur les "réseaux sociaux et la Franc-Maçonnerie".

    Voici le programme du weekend :

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    Par conséquent, si vous avez la chance d'être sur Toulouse les 21 et 22 novembre 2015, courez vite au salon du livre et de la culture maçonniques ! Vous y passerez un agréable moment fraternel et convivial.

    Une petite réflexion pour conclure. L'an dernier, sur fond de polémique parisienne, j'écrivais que les salons du livre maçonnique m'apparaissaient comme une mode (car force est de constater qu'il y en a beaucoup, de toutes sortes, et que tous ne perdureront probablement pas). Je dois cependant reconnaître aujourd'hui qu'ils sont bel et bien devenus des rendez-vous culturels incontournables qui participent d'une saine extériorisation des obédiences maçonniques (du moins quand ces dernières ont la sagesse de travailler ensemble).

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    Lire aussi :

    Interview de Gérard Soulier (Franc-Maçonnerie magazine).pdf