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clandestine

  • La Clandestine

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    femmes, clandestine, tradition, mixité, jean-louis laurensRespecter les femmes, c'est bien entendu pouvoir envisager une amitié fraternelle sereine avec elles; mais les côtoyer en loge, c'est prendre le risque de s'exposer au jeu de la séduction, et même, dans certains cas, d'éprouver pour elles du désir et de l'amour. C'est la raison pour laquelle, d'un point de vue traditionnel, la franc-maçonnerie s'est ouverte tardivement aux femmes.

    Attention ! Je ne dis pas que la tradition maçonnique s'appuie sur des considérations anatomiques particulières en postulant, par exemple, que le franc-maçon a une bite à la place du cerveau, mais elle lui rappelle cependant qu'il demeure un homme malgré ses grades et qualités. En d'autres termes, il importe que le franc-maçon reste pleinement lui-même et disponible pour ses frères quand il est en loge.

    Cet impératif, énoncé ainsi, n'est pas très politiquement correct. Pourtant, il faut savoir que les femmes ont été écartées des travaux de loge moins pour des raisons sociales ou politiques, contrairement à ce qui est souvent avancé, que pour des raisons sexuelles. En effet, la promiscuité fraternelle ne doit pas aboutir à une promiscuité amoureuse qui pourrait avoir des incidences sur la vie interne des ateliers. Ce que je viens d'écrire n'est ni un jugement de valeur ni une invention de ma part mais procède de l'histoire de l'Ordre et des rituels.

    Qu'il me soit permis de citer à cet égard un charmant petit ouvrage publié en 1805 par un certain Jean-Louis Laurens que tout le monde a oublié depuis longtemps. Il s'intitule Vocabulaire des Francs-Maçons. L'auteur, dont on ne sait quasiment rien, si ce n'est qu'il est mort en 1807 et qu'il a probablement connu les usages maçonniques du dix-huitième siècle, rappelle que la femme, dans la terminologie maçonnique, est désignée sous le nom de « clandestine ».

    Cette appellation est aujourd'hui tombée en désuétude. Je la trouve néanmoins très intéressante car une « clandestine » est étymologiquement celle que l'on tient secrète ou dont l'identité n'est pas forcément connue des frères (ce qui paraît normal car la clandestine n'a pas non plus forcément à connaître l'identité des frères). Elle n'est pas nécessairement l'épouse. Elle peut être la mère, la sœur, l'amante ou tout simplement l'amie. Elle est en tout cas la femme que le nouvel initié estime le plus et à qui celui-ci doit remettre les gants, symbole de pureté, que le Vénérable lui a donnés lors de l'initiation (de nos jours, il est courant d'y substituer une rose rouge, ce qui est regrettable).

    Voici ce que Laurens écrit (Vocabulaire des Francs-Maçons, pp. 9 et 10) :

    « Mon très cher frère, on a quelques fois blâmé notre ordre, de ne pas admettre les femmes parmi nous. Ceux à qui ce reproche est échappé, ont mal interprété le sens d'une pareille exclusion. Pour donner une idée du cas particulier que nous faisons de la chère moitié du genre humain quoiqu'elle soit exclue de nos mystères, nous sommes dans l'usage de louer ce sentiment naturel qui porte tout homme à aimer ce sexe aimable. La loge vous prie d'accepter cette paire de gants blancs et d'en revêtir la Clandestine que vous avez jugée ou que vous jugerez digne de vos affections. Leur blancheur est le symbole de la candeur et de l'innocence que vous devez rechercher en elle. »

    La clandestine est donc, dans la vie quotidienne, le témoin de l'engagement du nouveau maçon. Ce dernier doit lui expliquer la valeur symbolique des gants qu'il lui remet. Si le maçon doit rechercher dans la clandestine la candeur et l'innocence, la clandestine doit également percevoir de son côté la candeur et l'innocence chez le franc-maçon dont la sincérité du geste est garantie par l'exclusion de toute autre femme des travaux de la loge.

    Cet exclusivisme rappelle un peu l'amour courtois ou le fin'amor du chevalier pour sa dame : le franc-maçon doit faire preuve pour la clandestine d'élégance morale, de politesse, de générosité, d'humilité et d'honnêteté. Le franc-maçon doit donc bien réfléchir à la portée de son geste car il ne peut remettre cette paire de gants qu'une seule fois.

    Je conçois que cette approche puisse apparaître surannée. Cependant, j'ai la faiblesse de la croire bien plus belle et surtout bien plus honnête que les considérations savantes sur la séparation des sexes dans les sociétés initiatiques ou que les plaidoiries grandiloquentes sur la mixité dans les loges.

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