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  • La Chaîne d'Union n°79. Le rite français entre tradition et modernité

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    couv-cdu-79-perspect.jpgJ'ai parcouru le dernier numéro de La Chaîne d'Union dont le dossier est consacré au rite français. Je l'ai parcouru avec un petit pincement au coeur car j'ai démissionné, en novembre dernier, de mon Souverain Chapitre et, partant, du Grand Chapitre Général de France suite à quelques divergences dont j'avais fait état sur ce blog. C'est dommage. J'avais présenté mon travail pour passer au troisième ordre...

    Je ne vais pas commenter ici les études publiées par La Chaîne d'Union. Elles sont toutes de qualité. Cependant, cette qualité générale dissimule mal la prétention du rite français à se croire le dépositaire de la franc-maçonnerie du Siècle des Lumières et la volonté du Grand Chapitre Général de France de se prévaloir d'une certaine antériorité par rapport à d'autres juridictions de hauts grades (la célébration du deux cent trentième anniversaire de l'agrégation du Grand Chapitre Général au Grand Orient de France n'est ainsi pas anodine). Au fond, on en revient toujours à des questions de leadership sous couvert d'histoire et de symbolisme...

    Il faut remettre les choses à de plus justes proportions et rappeler trois choses :

    1°) Le réveil des ordres de sagesse du rite français au sein du Grand Orient de France n'a pas vingt ans. A bien des égards, ce réveil doit bien plus à des obédiences telles que la Loge Nationale Française, la Grande Loge Nationale Française ou la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique qu'au Grand Orient de France dont les hauts grades ont été tout au long des dix-neuvième et vingtième siècles le champ réservé du rite écossais ancien et accepté.

    2°) Ce réveil résulte plus d'enjeux de pouvoir au sein de l'appareil du Grand Orient qu'à des préoccupations spirituelles, symboliques ou historiques. Le fait est que le réveil des ordres de sagesse a été d'abord une opération visant à casser le Grand Collège des Rites - qui n'avait de collégial que le nom - et à mettre un terme au monopole de fait du Suprême Conseil sur les hauts grades de l'obédience en permettant aux frères qui en étaient écartés pour de bonnes ou de mauvaises raisons, de poursuivre, dans le meilleur des cas, un cheminement initiatique, et dans le pire, d'obtenir les cordons et dignités nécessaires afin de faire jeu égal avec les trente troisièmes.

    3°) La filiation avec le siècle des Lumières est d'autant plus sujette à caution que les ordres de sagesse, tels qu'ils sont pratiqués dans les Chapitres du Grand Chapitre Général de France, n'ont plus grand-chose à voir avec les rituels initiaux. Je ne discute pas le bien-fondé de ces évolutions mais déplore qu'elles soient souvent un prétexte commode à l'inculture maçonnique. Si on vient dans un Chapitre pour travailler moins bien qu'en loge bleue, si on est incapable de se confronter, dans les ordres de sagesse, à la tradition maçonnique, alors je pense qu'on y perd son temps. C'est malheureusement ce qui m'est arrivé.

    Vous trouverez dans le numéro 79 de La Chaîne d'Union un entretien avec Philippe Guglielmi, Très Sage et Parfait Grand Vénérable du Grand Chapitre Général. On y apprend que le Grand Chapitre Général est en phase de consolidation. J'aimerais le croire mais j'ai des sérieux doutes à ce sujet, peut-être parce que mon parcours dans les ordres de sagesse a été chaotique.

    En effet, tout a commencé pour moi par un simulacre en 2007 lorsqu'un frère me propose de rejoindre les ordres de sagesse. Il savait que j'avais conservé mon appartenance au Souverain Collège du Rite Ecossais pour la Belgique où j'avais été reçu en 1997. Ce frère avait tenu à ce que je sois initié au premier ordre sans tenir compte du fait que j'étais à l'époque quatorzième du rite écossais et donc éligible au deuxième ordre par équivalence. Je n'ai pas souhaité revendiquer cette équivalence pour ne pas le contredire et lui donner l'impression que je connaissais déjà la trame du premier ordre. J'ai donc accepté de me prêter à ce simulacre alors que j'avais été également initié au neuvième degré du rite écossais en Belgique. Certes les grades d'élu et de maître élu des neufs ont des différences mais je n'ai rien découvert de fondamentalement nouveau dans le premier ordre. 

    Je me souviens que j'ai été reçu dans un Chapitre qui se réunissait dans la Vallée du Mont Ventoux, plus exactement le vendredi à Vénéjean (Gard). Je n'ai cependant pas eu le loisir de me familiariser avec cette nouvelle structure car les frères qui avaient pris la responsabilité de m'accueillir, s'étaient disputés entre temps. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce Chapitre a été brutalement mis en sommeil dans les jours ou les semaines qui ont suivi ma réception ! Ces frères n'ont même pas eu la courtoisie de m'en informer. Je l'ai appris lorsque j'ai fini par m'inquiéter de ne pas recevoir de convocation aux travaux. J'ai donc été rapatrié ensuite, plus tard, sur un autre Chapitre. Ce rapatriement a mis un peu de temps car il a fallu justifier de mon passage au premier ordre. Evidemment, mon dossier s'était perdu ou n'avait tout simplement jamais été transmis au secrétariat du Grand Chapitre à Paris...

    4087482196.jpgCe qui ne devait être que provisoire a finalement duré quelques années jusqu'à ce que le Très Sage de mon Chapitre de repli finisse par s'inquiéter de mon sort et m'orienter vers un autre Chapitre bien plus proche de mon domicile. C'était normal : j'étais systématiquement absent ne pouvant matériellement me rendre aux conseils. Il a donc fallu cinq ans environ pour qu'on me dise qu'il existait un Chapitre à quarante minutes de chez moi ! C'est un peu long mais j'ai peut-être aussi ma part de responsabilité car je n'ai pas eu non plus la curiosité de me renseigner de mon côté. Je me suis donc affilié à ce nouveau Chapitre mais n'y suis malheureusement pas resté longtemps. Il me semble que les ordres de sagesse s'adressent prioritairement aux francs-maçons d'expérience, notamment à ceux qui s'intéressent à l'histoire, au symbolisme et à la tradition maçonniques. Si c'est pour subir des rituels qu'on peine à comprendre, si c'est pour bâcler les ouvertures et les fermetures de travaux, si c'est pour vivre les cérémonies sans passion, sans conscience de transmettre quelque chose à quelqu'un et sans volonté de bien faire, alors ça ne m'intéresse pas. Je ne suis pas en maçonnerie pour collectionner des décors et des titres.

    Je n'ai peut-être pas eu de chance avec les ordres de sagesse. Je dois tout de même signaler que d'autres frères, avec qui je suis en contact, m'ont fait part, eux aussi, de leur déception pour tout un ensemble de raisons qui ne laissent pas d'interroger (scissions ou essaimages intempestifs suite à des conflits de personnes ; cérémonies bâclées ; inculture maçonnique ; difficultés de recrutement et de conservation des effectifs, etc.). C'est la raison pour laquelle l'interview de Philippe Guglielmi m'a paru si étrange et si déconnectée des situations auxquelles j'ai été confronté. Le Très Sage et Parfait Grand Vénérable m'a donné l'impression d'évoquer une structure que je n'ai finalement pas connue sous son meilleur jour. 

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    La Chaîne d'Union, n°79, à commander sur le site de Conform édition.