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baudouin decharneux

  • Histoire de la franc-maçonnerie belge (1717-2017)

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    DSC_0338.JPGAvant d'en venir à l'ouvrage de Philippe Liénard, il me paraît indispensable d'expliquer le contexte général dans lequel il prend place pour que les lecteurs de ce blog, majoritairement non belges, en comprennent l'importance. Quoi de mieux que de donner un éclairage subjectif  à travers ma petite expérience ? Lorsque je résidais et maçonnais à Bruxelles, je me souviens qu'il n'y avait pas beaucoup d'ouvrages grand public sur la franc-maçonnerie belge. Il existait certes des livres sur la maçonnerie publiés par des auteurs belges mais il s'agissait soit de mélanges écrits en l'honneur d'un universitaire, soit de communications de colloque remises en  forme pour les besoins de leur édition (La revue La Pensée et les Hommes a ainsi publié plusieurs numéros sur la franc-maçonnerie, notamment dans ses rapports avec les religions ou avec les chrétiens). Je me souviens également des livres des universitaires Luc Néfontaine et Baudouin Decharneux sur le symbole ou l'initiation. Néfontaine avait d'ailleurs publié en 1994 chez Gallimard découvertes un joli petit ouvrage abondamment illustré sur la franc-maçonnerie mais principalement axé sur la franc-maçonnerie française sans doute à la demande de l'éditeur (préoccupations commerciales obligent). Bref, il n'y avait rien ou presque sur la franc-maçonnerie belge en dehors d'une production essentiellement universitaire très spécialisée. Il n'y avait pas de livres « grand public » sur le sujet à part peut-être celui d'Andries Van den Abeele - intitulé Les Enfants d'Hiram - publié à Bruxelles en 1992 que j'avais trouvé par hasard dans une librairie de l'avenue de l'Université à Ixelles.

    Je me rappelle à l'époque que le livre de Van den Abeele avait fait débat au sein de la franc-maçonnerie belge car son auteur était profane, flamand et de surcroît catholique pratiquant. Nombre de frères considéraient (à tort ou à raison) que Van den Abeele manquait de légitimité pour traiter un tel sujet. L'auteur avait peut-être donné aussi le sentiment de s'inviter à une table familiale à laquelle il n'était pas convié. Il faut dire que les francs-maçons belges restent majoritairement très attachés à la discrétion. Les loges et les obédiences d'outre-Quiévrain ne pratiquent guère l'extériorisation contrairement à leurs homologues françaises. Cela est si vrai que je me souviens des débats qui avaient présidé à la publication d'un ouvrage commémorant le cinquantenaire de l'allumage des feux de ma loge à Bruxelles. La grande hantise des frères était que cet ouvrage commémoratif puisse un jour se retrouver chez des bouquinistes ou sur des marchés aux puces et que l'identité de frères vivants contenue dans ce livre, soit révélée (mon nom par exemple y figure). D'où la recommandation que l'on peut lire à la page 300.

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    Je ne suis pas sûr, pour tout vous dire, que mes proches pensent à en transmettre l'exemplaire que je possède à un franc-maçon ou à l'éditeur responsable si je venais à mourir demain... Vous voyez donc à quel point les frères belges ne badinent pas avec la discrétion et ont même tendance à se méfier de ceux qui, parmi les francs-maçons, écrivent ou s'expriment devant les caméras en donnant le sentiment de parler au nom de tous les autres. J'espère que vous comprendrez mieux ainsi l'importance de la parution aux éditions Jourdan de l'ouvrage de Philippe Liénard intitulé Histoire de la franc-maçonnerie belge (1717-2017). Cette parution constitue un petit événement éditorial qu'il convient de saluer comme il se doit. En effet, je suis persuadé que ce livre de 440 pages deviendra une référence incontournable pour quiconque voudra se documenter sur la franc-maçonnerie belge et en avoir une approche globale et objective dans le respect des diverses sensibilités maçonniques. Je ne vais volontairement pas entrer dans le détail de l'ouvrage mais plutôt en souligner ce qui, à mon avis, en constitue l'état d'esprit.

    Ce qui m'a frappé tout d'abord dans le livre de Philippe Liénard, c'est l'humilité de son auteur. Liénard n'est pas là pour asséner au lecteur une leçon magistrale de franc-maçonnerie et d'histoire. S'il sait énormément de choses, il n'instaure pas de rapport condescendant avec le lecteur. Il se met vraiment à sa portée avec bienveillance en prenant le temps d'expliquer sa démarche, de définir le vocabulaire maçonnique qu'il emploie, de préciser l'état d'esprit qui l'anime et de s'effacer, quand il le juge opportun, devant le souvenir ou le témoignage de frères qu'il admire et respecte. Je trouve que Philippe Liénard est réellement parvenu, comme il le dit, à libérer son travail des contraintes académiques. Son livre est très attachant et très agréable à lire. Il allie à la fois la dimension de l'expérience vécue en loge à la connaissance dynamique des faits historiques. On est à la fois dans l'uchronie de la démarche initiatique et dans la chronologie des grands faits de l'histoire maçonnique belge. On n'y trouvera donc pas de longs développements sur les rites, les symboles ou sur la façon dont les loges fonctionnent. Ce n'est pas son sujet. L'auteur s'attache davantage à l'esprit maçonnique qu'aux particularismes des formes rituelles toujours fluctuantes. Au fond, l'auteur montre que la spiritualité maçonnique est dans le monde et au coeur même de la Cité, notamment en Belgique. Il s'évertue également à répondre simplement et sans fioritures à toute les questions que l'on peut se poser sur la franc-maçonnerie.

    Ce qui m'a frappé ensuite dans le livre de Philippe Liénard, c'est sa capacité à ne pas tomber dans le piège de la révélation sensationnelle ou de l'indiscrétion. Cela se perçoit notamment quand il analyse la franc-maçonnerie belge contemporaine. L'auteur présente sobrement les obédiences belges jusqu'à la plus récente (la confédération des Loges Lithos créée en 2006). Il analyse les raisons qui ont présidé à leur fondation sans chercher à donner une quelconque prééminence à la sienne - la Grande Loge de Belgique - ou sans chercher à insinuer que lui serait dans une « maçonnerie authentique » à la différence des autres francs-maçons. Vous ne trouverez donc pas dans le livre de Liénard d'indications sur le nombre précis de loges avec leurs titres distinctifs, leurs numéro d'ordre, leurs orients sauf un extrait de la liste de six cents frères ayant joué un rôle dans l'histoire de la Belgique (ce travail de recensement est d'ailleurs l'oeuvre de Paul Verlinden et il figure en annexe). Vous ne trouverez pas non plus le nom des responsables des différentes obédiences. Liénard a préféré se concentrer sur les principes et les valeurs qui guident chaque obédience en les inscrivant dans le mouvement de l'histoire qui les a vues naître et en montrant que chacune a permis de répondre à certains besoins organisationnels du travail maçonnique. L'auteur n'a pas omis non plus de rappeler que les obédiences belges ont toujours très fortement impliquées dans les relations maçonniques internationales même si elles sont également frappées d'ostracisme par la franc-maçonnerie dite « régulière » hormis, bien sûr, la Grande Loge Régulière de Belgique pourtant très isolée et très minoritaire dans le pays.

    En conclusion, je trouve que l'ouvrage de Philippe Liénard parle sérieusement de l'ordre maçonnique sans se prendre au sérieux. L'auteur est parvenu, à mon avis, à concilier l'indispensable rigueur qui doit présider à tout travail de recherche avec la bienveillance, la générosité et surtout l'ouverture d'esprit qui doivent en principe animer tout cherchant. Je souhaite donc à ce livre de rencontrer un large lectorat et le succès qu'il mérite.

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    Philippe Liénard, HISTOIRE DE LA FRANC-MACONNERIE BELGE (1717-2017) - Une existence « influente » depuis trois siècles ?
    Editions Jourdan 

    ISBN : 978-2-87466-462-5 - Prix TTC : 25,90 € - Date de parution : 15 juin 2017

  • Que lire ?

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    4068845727.jpgPetit rappel utile : la franc-maçonnerie ne s'apprend pas dans les livres. Elle est d'abord une pratique avant d'être un savoir cumulatif. Néanmoins, j'ai toujours considéré qu'il était important pour un franc-maçon de lire des ouvrages sur la maçonnerie. Bien que le jeune maçon ne sache symboliquement qu'épeler, lire participe tout de même de son apprentissage et permet de suppléer au travail d'instruction que les surveillants et le grand expert n'assurent pas toujours.

    Je n'ai pas de conseils particuliers à donner. Chacun fait comme il le sent selon ses goûts et ses envies. Voici donc une liste de livres, évidemment non exhaustive, que tout jeune maçon, à mon avis, devrait lire ou consulter au moins une fois.

    La Bible. C'est con à dire mais c'est la base de tout en maçonnerie, n'en déplaise aux plus laïques d'entre nous qui crient parfois « à bas la calotte » pour se donner un genre. La majeure partie du corpus symbolique de la franc-maçonnerie s'y trouve. Alors je ne dis pas qu'il faut tout se taper bien sûr. Mais il faut avoir lu au moins le livre des Rois et les Chroniques (notamment le construction du temple de Salomon). 

    On peut coupler cette lecture avec celle du Nouveau Testament et plus particulièrement avec celle du prologue de l'évangile de Jean. Baudouin Decharneux, professeur de littérature chrétienne des origines à l'Université libre de Bruxelles, m'avait dit un jour que le nec plus ultra était de lire le prologue en grec. Je veux bien le croire mais je me suis contenté pour ma part de le lire en français. Et de vous à moi, cette lecture ne m'a jamais inspiré. Mais il faut toutefois le connaître car beaucoup de loges s'y réfèrent.

    Les Constitutions d'Anderson. Autre ouvrage fondamental. Il en existe plusieurs traductions. J'ai celle de La Tierce (1743). Il est toutefois préférable de privilégier celle de Daniel Ligou non seulement parce qu'elle est plus moderne mais aussi parce qu'elle est éclairée par un long commentaire explicatif. La traduction de la Tierce a été rééditée en 1993 par les éditions Romillat si je me souviens bien. Celle de Ligou a été publiée, si je ne m'abuse, en 1989-1990 chez Edimaf (qui n'existe plus). 

    Mémoires d'un franc-maçon par Jean-Marie Chartier (alias Jean Mourgues). Hélas quasiment introuvable... J'ai malheureusement perdu l'exemplaire que j'avais reçu le soir de mon initiation. C'était édité par l'IMRET (institut méditerranéen de recherches et d'études traditionnelles). Je sais que ce petit ouvrage a été aussi édité à la Pensée universelle (éditeur que je ne connais pas). C'est un livre fin, charmant et émouvant. Le livre rêvé que je conseille à tout apprenti. J'aimerais le relire un jour si je le pouvais.

    La Pensée maçonnique. Une sagesse pour l'Occident. Par Jean Mourgues. Aux PUF. Un ouvrage que j'ai lu plusieurs fois et qui met bien en évidence l'esprit maçonnique, loin des boursouflures et des suffisances des fétichistes du symbole. Je l'avais prêté en 2005 à une jeune apprentie qui a oublié de me le rendre. Je suppose que cette lecture a tellement comblé ses attentes qu'elle l'a gardé.

    Recherche d'une église. Tome 7 des Hommes de bonne volonté. Par Jules Romains. La franc-maçonnerie y occupe une place centrale. Voir en particulier le chapitre où Jerphanion rencontre Lengnau, personnage inspiré d'Oswald Wirth.

    Histoire de la franc-maçonnerie au XIXe siècle (deux tomes). Par André Combes. Edition du Rocher. Très bien fait. Très clair. Très complet. Le titre peut cependant induire en erreur car le livre traite essentiellement de la maçonnerie française de la Restauration à 1914. Pour moi, il s'agit d'un ouvrage incontournable. 

    Guerre et Paix. Par Léon Tolstoï. Pour les épisodes maçonniques et les aventures du frère Pierre Bezoukhov de la loge de Saint-Petersbourg. Bezoukhov apprend à se connaître en connaissant les autres.

    Franc-Maçonnerie et romantisme. Par Daniel Béresniak. Ed. Détrad. Un bon livre sur la maçonnerie de la fin du dix-huitième siècle. Lumières et illuminisme.

    Je conseille aussi tous les vieux ouvrages maçonniques. Il n'est pas inutile de redécouvrir Ragon de Bettignies, Bésuchet de Saunois et Bègue-Clavel par exemple. On trouve ces ouvrages sur Gallica, le site de la bibliothèque nationale, chez les bouquinistes, voire dans les brocantes et vide-greniers. En cherchant bien, on trouve des trésors.

    Voilà, ce sont quelques titres qui me viennent en tête. Il y en a d'autres bien sûr mais je ne vais pas dresser ici un inventaire. Je ne voudrais pas passer pour un pédant qui étale ce qu'il a lu. 

    Il est enfin intéressant de lire des revues maçonniques. Je ne conseillerai pas Humanisme pour des raisons que j'ai déjà exposées et sur lesquelles je ne vais pas revenir. La Chaîne d'Union est bien plus intéressante. Personnellement, j'apprécie la sobriété des Chroniques d'Histoire Maçonnique éditées par Conform édition sous l'égide de l'Institut d'Etudes et de recherches maçonniques (IDERM)

    Il y a aussi Renaissance Traditionnelle. C'est une référence. Mais il faut s'accrocher car les articles, parfois, sont touffus et complexes. Elle s'adresse donc à un lectorat de « bon niveau ». Il y a également une autre revue dont on m'a dit du bien mais que je ne connais pas : Kilwinning. A voir par celles et ceux qui s'intéressent à l'histoire, aux symboles et aux traditions de l'Ordre maçonnique.

    Je dois également citer Critica Masonica. Jean-Pierre Bacot a eu l'extrême gentillesse de m'adresser le cahier spécial sur l'ésotérisme et l'extrême droite rédigé par le chercheur Stéphane François. Je ne m'y suis pas abonné car ma bourse n'est pas extensible. Cette revue semble rencontrer en tout cas un lectorat de plus en plus élargi. 

    Il y en a certainement d'autres. Que celles que j'ai oubliées m'excusent. 

    Il y a enfin des revues « grand public » que l'on trouve chez tous les marchands de journaux. Franc-Maçonnerie Magazine et La Voix Libre des Francs-Maçons. J'ai acheté un numéro de chaque il y a plusieurs mois pour voir un ce qu'il y avait dedans. C'est plutôt bien fait mais ça reste quand même très léger.

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    (Cette note est la 300ème du blog)