Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

augusto pinochet; franc-maçonnerie

  • Alberto Bachelet Martinez ou le désir de liberté et de justice

    Imprimer

    bachelet.jpgQuelques mots sur le frère Alberto Bachelet Martinez (1923-1974), général de brigade de l'armée de l'air chilienne, décédé dans une prison de Santiago où il avait subi la torture comme tous ses compagnons d'infortune. Dans sa cellule, ce proche du président Salvador Allende a appris son exclusion de la Grande Loge du Chili après vingt-huit ans d'appartenance. Bachelet a alors écrit une lettre au vénérable de sa loge en décembre 1973 :

    « Cette exclusion a été un arrachement douloureux (...) Vénérable Maître, ce qui m'est arrivé ces derniers mois n'était pas pour vous un mystère. Cependant, dans les moments les plus difficiles, aucun frère (...) n'a essayé de tendre la main au frère déchu et à sa famille. C'est de la lâcheté morale. Vous, Vénérable Maître, vous avez oublié les principes de fraternité et de solidarité avec ceux qui en ont besoin. »

    Et d'ajouter :

    « Vous avez eu à tuer le frère Bachelet, parce qu'il travaillait à côté du frère Allende, parce qu'il était fidèle comme un frère et un ami, parce qu'il était fidèle à la Constitution, parce qu'il était loyal envers le peuple, parce qu'il était juste et conforme à ses principes, les mêmes qui sont contenus dans les trois degrés de la Maçonnerie. »

    4078983610.jpg
    Le 19 octobre 1973, le général Bachelet a écrit une lettre émouvante à son fils Alberto, aujourd'hui décédé, qui demeurait à l'époque en Australie. Bien qu'usé par les mauvais traitements, Bachelet a eu la force d'exprimer non seulement sa confiance en l'Homme mais aussi sa sidération devant la violence de ces militaires qu'il avait pourtant côtoyés durant toute sa carrière ou dont il avait participé à la formation.

    « Après une longue période, peut-être un millier d'années, c'est la première lettre que je t'écris. Dites mille ans, comme tu pourrais dire dix mille ou cent mille (...) Quand on a subi l'expérience de l'oppression, de la détention au secret pendant une longue période, quand on a essuyé des accusations infondées formulées par de vrais criminels, quand on a subi les trahisons de gens que l'on pensait être ses amis, alors on ne pense plus, mais on se dit que quelque chose ne va pas, que le monde est fou. Je suis cassé de l'intérieur, mais dans ces moments où je suis moralement disloqué, je n'ai jamais su haïr personne. J'ai toujours pensé que l'être humain est l'être le plus merveilleux de cette création et qu'il doit être respecté en tant que tel (...) »

    Le 11 mars 1974, la veille de sa mort, il a adressé ces quelques mots à Angela Jeria son épouse :

    « (...) Mon désir est de vous voir, d'être avec vous, de regarder dans le vide, l'horizon libre (...) l'homme cesse d'être un loup pour l'homme lorsque la liberté, l'égalité et la justice sociale deviennent des faits concrets (...) »

    Dans la nuit du 11 au 12 mars 1974, le général Bachelet a été extrait une nouvelle fois de sa cellule. Ses geôliers lui ont mis une cagoule sur la tête et l'ont contraint à rester debout sans bouger pendant des heures sous peine de recevoir une balle dans les jambes. Son coeur, déjà fragile, a fini par lâcher.

    Je ne voudrais pas que l'on croie que je veuille faire dans cette note le procès des frères de la Grande Loge du Chili. Certains ont été très courageux. D'autres pas. Certains ont peut-être été de belles crapules. Mais ce qui est sûr, c'est que la plupart d'entre eux ont pu sauver leur peau et maintenir au Chili les activités maçonniques dans un contexte difficile et incertain. D'autres frères, en revanche, n'ont pas eu d'autre choix que l'exil.

    bachelet2.jpg

    Non, j'aimerais que cette petite évocation du général Bachelet soit plutôt perçue comme une marque d'espoir et de confiance dans l'avenir. En effet, en 2013, la Grande Loge du Chili a courageusement reconnu que l'exclusion du général Bachelet de ses rangs avait été injuste et infondée. Elle l'a donc symboliquement réintégré en son sein en lui conférant à titre posthume le statut de membre honoraire.

    Le 18 octobre 2014, Mme Michelle Bachelet Jeria, présidente de la République du Chili, est d'ailleurs venue assister au convent de la Grande Loge du Chili au cours duquel un vibrant hommage a été rendu à son père, un peu plus de quarante ans après sa tragique disparition. Devant la Grande Loge assemblée, elle est ainsi revenue avec humour et tendresse sur les circonstances particulières qui avaient amené son père à entrer en maçonnerie en 1945 à l'âge de 22 ans :

    « Mon grand-père maternel fut un franc-maçon très actif. Quand mon père est allé demander la main de ma mère, mon grand-père maternel lui a alors dit, « écoute, entre d'abord en franc-maçonnerie, puis tu négocieras ». Et la vérité est que mon père fut non seulement très amoureux de ma mère mais aussi de la franc-maçonnerie, un lieu où il a fait toute sa vie, un endroit qu'il aimait, où il était très engagé et où il a développé sa personnalité (...) »

    augusto pinochet; franc-maçonnerie,chili,alberto bachelet,pardon,humanisme,souvenir,michelle bachelet,salvador allendeJe voudrais profiter de l'évocation du général Bachelet Martinez pour faire une mise au point sur le sinistre général Augusto Pinochet Ugarte dont l'appartenance maçonnique est souvent mise en exergue pour mieux souligner la tragédie du coup d'Etat du 11 septembre 1973 fomenté contre un autre maçon, le président Salvador Allende Gossens. Pourtant, la réalité est bien plus triviale. Certes, Pinochet a bien été initié au sein de la loge Victoria n°15, orient de San Bernardo, de la Grande Loge du Chili le 28 mai 1941 à l'âge de 25 ans, peut-être sur les recommandations d'Osvaldo Hiriart Corvalán son beau-père, mais son passage en loge a été anecdotique. Augusto Pinochet n'a pas dépassé le grade de compagnon. Sa loge l'a radié le 24 octobre 1942 parce qu'il ne payait pas sa cotisation et n'assistait jamais aux tenues. Autant dire que Pinochet n'a jamais rien compris à la franc-maçonnerie. Les valeurs maçonniques lui sont demeurées parfaitement étrangères. Il est donc parfaitement incongru de comparer le parcours maçonnique éclair de Pinochet aux trente-huit ans de maçonnerie active de Salvador Allende, fils et petit-fils de maçon valparaisien, ou aux vingt-huit ans de maçonnerie active d'Alberto Bachelet.