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  • L'Amérique selon la Grande Loge de New York

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    america.jpgL'art est souvent la meilleure réponse aux laideurs du monde. C'est donc par la voie subtile de l'art que la Grande Loge de New York a entendu délivrer un message de tolérance et de fraternité alors que les Etats-Unis d'Amérique sont actuellement confrontés aux premières mesures prises par Donald J. Trump.

    Sur son site internet, la Grande Loge de New York a donc mis à l'honneur un tableau peint en 1931 par Paul Orban (1896-1974). Ce choix n'est pas innocent. Orban était un artiste d'origine hongroise. Sa famille a fui la pauvreté et émigré aux Etats Unis au début du vingtième siècle.

    Ce tableau, intitulé America, est au musée de la Grande Loge de New York. Il  représente les Etats-Unis, sous la forme d'une femme (la liberté) et d'un aigle (le droit). On voit en dessous les représentants des pays du monde.  America combine religiosité, internationalisme, optimisme politique et référence à l'histoire. Je trouve que ce tableau rappelle un peu La République Universelle de Frédéric Sorrieux (1848) que l'on peut admirer à Paris au musée Carnavalet.

    Les oeuvres de Paul Orban ont souvent illustré les articles de The Masonic Perspectives, l'ancienne revue officielle de la Grande Loge de New York. America a ainsi été utilisé pour un article du frère Parkes Cadman (1865-1936), Grand Chapelain de l'obédience new-yorkaise, publié en octobre 1931.

    paul orban,parkes cadman,art,fraternité,franc-maçonnerie,etats-unis d'amériqueDans cet article, Cadman a écrit  : 

    « Nous, Francs-Maçons, nous aimons notre nation (...) Mais notre amour pour notre pays est plus qu'une simple question d'obligation; cet amour jaillit du cœur même du franc-maçon (...) Nous ne voulons pas une d'une Amérique de vantardise, mais une Amérique d'amour et de respect. Nous voulons que cette terre soit celle des hommes libres, qu'elle devienne le leader moral de l'humanité, qu'elle incite chacun à mener une vie sur un plan plus élevé, qu'elle favorise la moralisation des relations internationales afin que cessent les turbulences de la haine, des préjugés et de la guerre (...) Il est difficile de faire en sorte que tous les hommes soient frères ; tous sont pourtant égaux, sans distinction de race ou de croyance ou de naissance ou de sang. C'est difficile mais c'est fondamentalement américain (...) »

  • La Franc-Maçonnerie et l'abrutissement universel selon Emile Cottinet

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    Emile Cottinet, Franc-Maçonnerie, Art, Pensée, Décadence, antimaçonnismeIl faut se méfier des appréciations sentencieuses et définitives comme celle du poète Emile Cottinet publiée en 1906 dans la revue littéraire L'Idée. Cottinet y déplore la piètre qualité des spectacles et des revues donnés à Paris. Qui en est la responsable selon lui ? La franc-maçonnerie pardi ! Oui, la franc-maçonnerie qui a juré la mort de l'Art et de la Pensée. Bigre !... Cottinet écrit :

    « Et puis n'y a-t-il pas les « Revues », le» fameuses revues qui accaparent actuellement tout le théâtre, en attendant qu'elles l'aient définitivement tué. Elles furent spirituelles, à l'origine, et témoignaient d'une certaine verve amusante et imprévue. Aujourd'hui elles ne sont plus qu'une exhibition de chair fraîche et d'oripeaux galamment troussés. Quand la mystérieuse franc-maçonnerie, qui a juré la mort de l'Art et de la Pensée au profit de l'abrutissement universel, aura transformé la Comédie Française en music-hall, on y entendra encore une  « commère », toute saupoudrée de diamants, demande à une petite femme nue : « Qui êtes-vous, Mademoiselle ? » Et la petite femme répondra : « Je suis le microbe de l'Avarie » ou « la dernière casserole du général André » !

    Cent dix-ans plus tard, il n'y a jamais eu autant de spectacles à Paris qu'aujourd'hui. Des spectacles divers est-il besoin de le souligner ? Il y a toujours les revues du Lido et du Moulin Rouge sans parler de celle, plus récente, du Crazy Horse. Et si la Comédie Française s'aventure, de temps en temps, hors des sentiers battus des classiques, on y joue évidemment les grandes pièces et tragédies du répertoire français. Cette vénérable institution n'est certainement pas devenue un music-hall de la médiocrité.

    La franc-maçonnerie, quant à elle, continue d'exister. Elle ne s'est d'ailleurs jamais aussi bien portée, bien que des paranoïaques actifs lui prêtent toujours de noirs desseins.

    L'Art et la Pensée n'ont pas non plus disparu, n'en déplaise aux inévitables réactionnaires médiatiques de service qui prospèrent et glosent sur le thème de la décadence française comme Cottinet le faisait hier. 

    Emile Cottinet justement. S'il y a une victime de « l'abrutissement universel », c'est bien lui dont la postérité n'a pas retenu le nom et dont les oeuvres semblent irréversiblement tombées dans l'oubli depuis très longtemps.

  • Une rue de Londres, la nuit

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    Les "Quatre moments de la journée" (Four Times of the Day) sont une série de quatre tableaux de l'artiste britannique William Hogarth (1697-1764). Ils ont été achevés en 1736 et reproduits en une série de quatre gravures en 1738. Ce sont des scènes de genre ou des représentations humoristiques de la vie dans les rues de Londres. L'image ci-dessous reproduit le quatrième tableau de la série. Il s'intitule "la nuit". Je vous laisse d'abord le soin de l'observer.

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    La scène se déroule dans une rue du centre de Londres. Il s'agit probablement de Whitehall qui débouche sur la place de Charing Cross où une statue équestre du roi Charles I, réalisée en 1633 par le sculpteur Hubert Le Sueur, a été placée en 1675 (on la distingue dans le fond). A l'époque, c'était une rue de petits commerçants et d'artisans comme en témoigne l'échoppe du barbier ci-dessus représentée. On trouvait notamment dans ce quartier des tavernes dans les arrière-salles desquelles se réunissaient des loges maçonniques, notamment à la Forrest's Coffee House ou à la Rummer and Grapes Tavern. 

    Les historiens de l'art pensent que cette scène se situe lors du Oak Apple Day, fête qui a lieu le 29 mai et qui célèbre la restauration de la monarchie après la guerre civile et la période Cromwellienne (de 1642 à 1662). Ce jour férié a été aboli en 1859. Les historiens de l'art pensent que cette hypothèse est notamment confortée par les branches de chêne accrochées à l'enseigne du barbier qui rappellent le chêne royal où Charles II, fils du roi Charles I décapité, se cacha après avoir perdu la bataille de Worcester en 1651.

    andrew montgomery,william hogarth,thomas de veil,londres,franc-maçonnerie,art,1736Au premier plan, on voit un franc-maçon décoré d'un grand tablier et d'un collier de tissus où pend une équerre. Il s'agit manifestement d'un vénérable maître d'une loge. Il a l'air contrarié, probablement ivre, et soutenu par un homme qui l'aide à se frayer un chemin. Le vénérable a été identifié. Il s'agit de Thomas de Veil (1684-1746), un magistrat londonien qui fut membre, comme le peintre William Hogarth, de la loge Apple Tree, l'une des quatre loges fondatrices de la Grande Loge de Londres en 1717. L'homme était impopulaire, notamment en raison de sa sévérité à l'égard des vendeurs de gin alors qu'il était lui-même un buveur invétéré. Lorsque William Hogarth a peint son tableau, le parlement britannique venait de voter le "Spirit Duty Act" afin de lutter contre l'alcoolisme qui faisait des ravages épouvantables à l'époque. Au second plan, on voit d'ailleurs un homme, la pipe à la bouche, en train de remplir un tonneau. Sans doute un vendeur d'alcool. Peut-être Hogarth voulait-il se moquer de l'attitude hypocrite Thomas de Veil ? C'est très probable.

    Dans cette scène, j'imagine que Thomas de Veil est sur le chemin du retour à la maison après une tenue dans sa loge et de copieuses agapes judicieusement arrosées de poudres fortes et fulminantes. Quand il a fallu se séparer, le vénérable a probablement éprouvé de légères difficultés à trouver la porte de sortie. C'est alors que le frère Andrew Montgomery, par ailleurs Grand Couvreur de la jeune Grande Loge d'Angleterre, s'est proposé de le ramener chez lui. Les rues, la nuit, ne sont pas sûres et fourmillent de voleurs. Il ne faudrait pas que le maître de loge fasse de mauvaises rencontres. Veil a ordinairement l'alcool joyeux. Mais pas cette nuit du 29 mai. Une fois dans la rue, Thomas de Veil, qui a oublié d'enlever les décors de sa charge, s'agite et parle fort. Arrivé à hauteur d'une diligence qui s'est renversée dans le courant de la journée, Thomas de Veil ne se contient plus. Le magistrat est furieux devant ce véhicule qui obstrue le passage. Il invective les personnes présentes, mendiants, prostituées, simples passants qui se réchauffent autour d'un feu de joie célébrant le Oak Apple Day. Veil hurle pendant que Montgomery, pas très à l'aise, le presse de continuer le chemin afin d'éviter qu'une bagarre n'éclate. Veil dérange tellement le voisinage qu'un des habitants lui jette l'urine d'un pot de chambre de la fenêtre de l'immeuble de droite (ce détail se voit mieux sur la gravure). Le barbier et le vendeur d'alcool sont indifférents à la scène et sont entièrement consacrés à leur travail.

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    Cette peinture, à mon avis, est extrêmement intéressante pour les raisons suivantes :

    1°) Elle donne un aperçu concret et "dans son jus" de la franc-maçonnerie spéculative embryonnaire à travers une des plus anciennes représentations de frère décoré. Nous sommes au coeur du quartier où la franc-maçonnerie spéculative moderne s'est structurée dans cette ville de Londres déjà industrieuse et tentaculaire. La franc-maçonnerie fait partie de la vie de la capitale britannique. Cette forme de sociabilité particulière se rencontrait dans les tavernes. Les personnages représentés ne paraissent pas particulièrement surpris de rencontrer sir Thomas Veil avec ses insignes de maître de loge. Il faut rappeler que nous sommes également en 1736. En France, les premières loges commencent à peine à s'implanter. 

    andrew montgomery, william hogarth,thomas de veil,londres,franc-maçonnerie,art,17362°) La Franc-Maçonnerie est déjà volontiers brocardée et ses secrets suscitent déjà l'attention des plus curieux (les premiers livres de divulgation sont apparus dès 1730 avec Masonry dissected de Samuel Pritchard). Pourtant, il ne faut pas s'y méprendre, il ne s'agit pas d'un tableau antimaçonnique. L'artiste est un maçon actif. En 1735, il est d'ailleurs Grand Stewart de la Grande Loge d'Angleterre. La tableau témoigne sans doute d'une profonde inimitié entre William Hogarth et Thomas Veil. Il montre que la fraternité maçonnique, depuis l'origine, n'a jamais empêché les divergences, voire les haines entre frères.

    3°) Il faut également se méfier des apparences. Thomas de Veil n'est pas présenté à son avantage dans le tableau de William Hogarth alors qu'il s'agit pourtant d'un homme remarquable dont on ne peut réduire la vie à ses deux faiblesses, la boisson et les femmes. L'Angleterre lui doit d'avoir créé le premier système professionnel de police et de justice. Il faut d'autant plus se méfier des apparences que William Hogarth, l'artiste, est un homme querelleur qui s'est brouillé avec d'autres frères tels que par exemple le peintre James Thornhill (1675-1734) et, un peu plus tard, le député John Wilkes (1725-1797). William Hogarth représente volontiers ses ennemis de façon humiliante dans ses tableaux.