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apprenti

  • Le silence de l'apprenti

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    silence,apprenti,initiation,franc-maçon,progressivité,réflexion,riteLe symbole est un moment de liberté pure de la pensée, l’un des moments les plus personnels qui soit. Or, le symbole est souvent écrasé par la tyrannie des mots. C’est peut-être pour cela qu’on exige le silence de l’apprenti, d’une part, parce qu’il ne connaît rien des usages de la maçonnerie et de sa loge, et qu’il a tout à découvrir ; d’autre part, parce que le silence qu’il doit conserver quelques mois est le mode de formation de l’intime conviction à partir de laquelle il saura déjà, même inconsciemment, s’il se sent capable de poursuivre cette quête toute sa vie.

    Dans la plupart des cas, les apprentis s’efforcent sincèrement de témoigner leur attachement au modèle de l’homme parfait vers lequel ils veulent tendre. Balourds comme la lourde bonne volonté qu'ils affichent. Ils se plaisent à relever les incohérences et les défauts chez les Maîtres sans penser aux leurs. Et quand certains d'entre eux sont entrepris par des Maîtres en rupture qui tentent de les associer à leurs propres désespérances, ils sont entraînés dans ce défaut qui consistent à s’ériger en juges implacables des actions des autres.

    Souvent, les apprentis croient que la langue de bois maçonnique - celle qui permet à beaucoup d’étaler une sagesse qu’ils ne détiennent pas - est ce qu’on attend finalement d’eux. A peine sortis du silence pour présenter une planche, ils se précipitent dans les bouquins dans lesquels sont consignées des définitions arbitraires des symboles. On leur a pourtant dit : « Ici tout est symbole ». Ils répondent dans les faits « ici tout est norme ». Et, de temps en temps, certains errent comme des âmes en peine dans les limbes internautiques en appelant au secours : « Aidez-moi ! Je dois réaliser un travail personnel pour ma loge et, si possible, rédigez-le à ma place ! ».

    Je suis d’autant plus à l’aise pour parler de ces choses-là que j’ai été cet apprenti qui, comme la plupart de ses congénères, est passé à côté de son apprentissage. Je me souviens que toute question devait nécessairement recevoir une réponse. Oui, je me souviens que j’étais assez peu indulgent à l’égard de mes vieux maîtres et de leurs tours de passe-passe (« médite et tu comprendras »). Avec le recul, ils avaient raison de me répondre qu’ils n’avaient pas de réponses à mes questions et qu’à chaque jour suffit sa peine. C’était à moi d’aller au-delà de cette méfiance systématique à l’égard de ce tout ce qui ne m’apparaissait pas immédiatement évident. Mais il aurait fallu que j’en fusse conscient sur la colonne du nord. Avant de me laisser submerger par le « et pourquoi ceci ? Et pourquoi cela ? Et pourquoi le vénérable fait ceci et pas cela ? A quoi ça sert ? Hein, dis-moi toi qui sais etc. », j’aurais dû me donner le temps d’un silence, d’un grand round d’observation, pour être simplement un témoin attentif de ce qui était fait et dit en loge.

  • Devant la porte fermée

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    6a010535f0c64e970b0147e3ce3cf2970b-piUn soir d'automne, un apprenti et son parrain se trouvaient devant la porte fermée d’un local où se réunissait une loge dont ils voulaient partager les travaux. Les alentours étant déserts, ils en déduisirent qu’ils étaient arrivés en retard.

    « Cher parrain, je pense que nous sommes arrivés en retard. La porte est close.»

    Le maître garda le silence.

    « Parrain, il est tout de même dommage que la porte soit déjà fermée. Ce n’est guère accueillant ici. Ceci signifie-t-il que l’on ne veut pas de nous ? »

    Le maître demeura interdit, presque absent.

    « Parrain ! Je ne serais pas étonné que ces frères aient fermé la porte pour ne point recevoir de visiteurs non reconnus comme francs-maçons authentiques et réguliers. J’ai d'ailleurs entendu dire que cette loge était composée de frères sûrs de leur importance, fiers et arrogants, à commencer par le vénérable maître que l'on m'a dit méchant homme. Un maître de mon atelier m’avait précisé un jour que notre atelier avaient eu quelques difficultés avec cette loge il y a quelques années. On a sans doute prévenu ces frères de notre venue. »

    Le maître ne répondit pas. Et le filleul de continuer de plus belle.

    « Sais-tu, Parrain, que derrière cette porte, il y a, paraît-il, un frère qui a connu des démêlés avec la justice profane ? Il y en a même qui disent que cette loge est en délicatesse avec notre Obédience en raison de son irrespect du règlement général. Je me souviens que le second surveillant m’avait dit qu’il était important, pour ne pas dire fondamental, de respecter la loi commune. »

    Les minutes s’écoulèrent sans que le vieux maître n’ouvre la bouche, laissant son jeune filleul à ses analyses devant la porte désespérément close.

    « Je ne pense pourtant pas que nous soyons si en retard que cela. J’entends d’ici des clameurs joyeuses, des embrassades, des rires, des bruits de pas et de chaises. C’est donc bien la preuve que les travaux n’ont pas encore commencé. Et pourtant, nous sommes comme deux imbéciles, là, dehors, dans le froid et dans cette nuit qui commencent à nous envelopper. Ah ! voilà bien cette fraternité maçonnique dont je commence à douter : des paroles, toujours de belles paroles, encore de belles paroles. »

    De guerre lasse, l’apprenti se mit à tambouriner sur la porte comme un fou furieux.

    « Ouvrez-nous ! mais ouvrez-nous, nom de nom ! »

    Soudain, le maître s’avança vers la porte, saisit la poignée et la tourna. La porte s’ouvrit sans le moindre effort.

    « Mais, Parrain, je croyais que cette porte était fermée ».

    Le Maître de répondre :

    « Fermée, oui, mais apparence seulement. Tu n'as jamais tenté de l'ouvrir. »

    Et, en se retournant vers son filleul, d’ajouter :

    « Ah, au fait, dis-moi contre qui t’es-tu énervé ? »