Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

albert lucien quet

  • Albert Lucien Quet, le fidèle

    Imprimer

    albertlcuien.jpgJe voudrais évoquer ici le souvenir d'un frère que j'ai eu la chance de côtoyer plusieurs années au cours de ma vie maçonnique : Albert Lucien Quet (1919-2014). Albert Lucien, né Albert Almir Victorin, était le doyen des frères de la loge La Bienfaisance à l'orient de Nîmes (GODF). Il avait plus de cinquante ans de vie maçonnique lorsqu'il est passé à l'orient éternel. Même dans ses dernières années, lorsqu'il était en résidence à la maison de retraite de Vialas, petit village lozérien au coeur des Cévennes (Albert Lucien était né au Pont de Montvert),  il ne manquait jamais de s'acquitter de sa capitation. Il avait en effet systématiquement décliné la proposition des vénérables de la loge, dont la mienne, à solliciter l'honorariat.

    Pour Albert Lucien, la qualité maçonnique était indissociable de son statut de membre actif de l'atelier. Il voulait être « à égalité » avec ses frères, unis par les valeurs de l'Ordre maçonnique et respectueux des mêmes devoirs. En d'autres termes, il voulait rester fidèle à son engagement et à son serment.

    Quand je pense à Albert Lucien, je pense souvent à deux autres frères dont j'ai déjà parlé sur ce blog : André Quet d'une part et Albert Balagué d'autre part. Albert Lucien et André Quet avaient non seulement en partage un patronyme mais aussi un même lieu de résidence. Tous deux habitaient au Grau du Roi sur les bords de la mer méditerranée. Quant à Albert Lucien et Albert Balagué, ils se ressemblaient dans la façon de se comporter en loge : c'était des taiseux. Albert Lucien et Albert avaient aussi connu, à des endroits différents, l'engagement actif au sein de la Résistance durant l'occupation nazie et le régime de Vichy. Albert Lucien avait été membre des maquis et des corps francs des forces françaises de l'intérieur. 

    Albert Lucien avait connu le feu. Dans le sud Lozère, sud Ardèche et haut Gard, zones géographiquement cloisonnées au relief tortueux, les engagements de la Résistance se sont surtout  traduits par un harcèlement constant des patrouilles allemandes (attaques de véhicules isolés, sabotage de voies de communication, etc.).  Contrairement à ce que laissent entendre certains historiens, je ne pense pas que le souvenir de la révolte des camisards et l’enracinement du protestantisme en Cévennes aient alimenté spécifiquement une attitude résistante par l’assimilation, consciente ou non, des termes « maquisards-camisards » (P. Cabanel, « Résistance civile, résistance armée. Étude d’un cas : les Cévennes », J.-M. Guillon, P. Laborie (sous la dir. de), Mémoire et histoire : la Résistance, Actes de colloque, Toulouse, Privat, 1995, p. 275 sq). Albert Lucien était certes protestant mais il était surtout laïque et républicain. Et puis, comme il me l'avait dit un jour, on trouvait de tout dans la Résistance. Il me semble - mais je peux me tromper - que son statut de combattant au sein des FFI, a par la suite ouvert à Albert Lucien les portes de l'armée régulière où il fit une carrière d'officier.

    J'ai appris d'Albert Lucien cette vérité : les hommes valent mieux qu'on ne le dit et mieux qu'on ne le croit à condition de faire l'effort de les rencontrer, de les écouter et de les estimer. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut fuir les oppositions lorsque les circonstances l'exigent et quoi qu'il puisse en coûter. Son apparente sévérité dissimulait une personnalité sensible et attachante.

    Je n'ai aucune intention hagiographique - j'espère qu'on l'aura compris - en consignant sur ce blog le souvenir de ces hommes que j'ai eu la chance de croiser en loge. J'entends simplement exprimer ici la reconnaissance que je dois à la franc-maçonnerie en général et au Grand Orient de France en particulier de m'avoir permis de rencontrer, en son sein, des personnes de qualité que rien ne révélait à l'attention du public et qui étaient aussi disponibles qu'on peut l'être pour faire part aux autres de ce qu'ils avaient de meilleur.