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alain bauer

  • Alain Bauer et le Front National

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    Déclaration hallucinante du F∴ Alain Bauer, ancien Grand Maître du G∴O∴D∴F∴, sur l'antenne de RMC le 1er octobre dernier.

    Alain Bauer fait preuve d'une étrange bienveillance à l'égard de Marine Le Pen ("à ne pas jeter par a priori"), qui préside pourtant un parti politique dont l'idéologie, l'histoire, les discours et les pratiques sont depuis l'origine en dehors des valeurs de la République démocratique, sociale et laïque. Il lui prédit même, non sans imprudence, un succès au premier tour de l'élection présidentielle (comme d'ailleurs nombre de médias qui considèrent déjà que son succès électoral est inéluctable).

    Alain Bauer ne craint pas d'affirmer que les thèses d'extrême droite rencontrent un certain écho chez les francs-maçons, comme si ces derniers étaient en quelque sorte le pâle reflet de l'état de l'opinion française en 2015, comme s'ils étaient réceptifs aux prises de position d'une extrême droite qui les déteste depuis toujours ! Je ne voudrais pas faire de mauvais procès à Alain Bauer, mais il accrédite tout de même implicitement l'idée que le FN a changé avec Marine Le Pen, qu'il est devenu plus structuré politiquement que par le passé, et qu'au fond, il devient désormais fréquentable. Pourtant n'importe quel spécialiste de la sociologie des organisations vous le dira : ce n'est pas parce qu'une organisation partisane change de président, change de nom ou de siège social, qu'elle change fondamentalement de discours et de positionnement politique.

    Mais Bauer va encore plus loin. Il soutient que des francs-maçons sont membres du FN. Si ce qu’il dit est vrai et repose sur des faits établis et vérifiés, si être franc-maçon et frontiste encarté ou sympathisant est devenu aujourd'hui plus un sujet qu'un problème, si rassembler ce qui est épars est conciliable avec le rejet d'autrui en raison de ses origines, alors il me semble qu'Alain Bauer a le devoir, en tant qu’ancien Grand Maître du G∴O∴D∴F∴, de susciter officiellement ce débat au sein de l'obédience au lieu de faire le guignol sur l’antenne de RMC. Car le F Bauer sait parfaitement que la qualité maçonnique est totalement incompatible avec l’appartenance à des associations ou à des partis politiques qui prônent le racisme et la xénophobie.

    Qu'il me soit permis en tout cas de regretter qu'Alain Bauer n'ait pas saisi l'occasion de son passage sur RMC pour réaffirmer avec force et clarté cette incompatibilité fondamentale.

  • Le F∴ Alain Bauer et les ratiocineurs

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    Le F Géplu de l'excellent Blog Hiram.be m’a signalé la publication d’une note du FAlain Bauer à propos de la conférence internationale qui a eu lieu à Paris, à la Bibliothèque Nationale de France, les 29 et 30 mai 2015. 

    Alain Bauer écrit :

    « Au lieu de se féliciter du choix des américains de choisir Paris, des anglais d’y venir de bonne grâce, des français de les accueillir avec joie, des italiens, espagnols, allemands, suisses, suédois, danois… de venir avec intérêt, on regarde de loin, on critique, on ratiocine. »

    Difficile en effet de ne pas se sentir indirectement visé (*) car j’avais ainsi réagi à un billet du F Pierre Mollier en date du 31 mai 2015 relatant l’événement  :

    « Ces colloques sont sans doute très intéressants et instructifs mais force est de constater que ces rendez-vous sont d’abord des rencontres d’érudits et d’universitaires avant d’être des rassemblements maçonniques. C’est bien beau d’entendre des membres des Quatuor Coronati parler de sujets pointus à la BNF, mais en quoi cela va-t-il contribuer concrètement à un rapprochement franco-britannique ? C’est bien beau de lire ailleurs que Brent Morris du Suprême Conseil des Etats-Unis (Juridiction sud) s’est rendu au GODF pour analyser le manuscrit Francken, mais est-ce que ce frère agit réellement chez lui en faveur d’une reconnaissance du GODF ? Je ne le pense pas. Donc ? On est comme toujours dans une insupportable hypocrisie. A Paris, il y a eu un super colloque . Bravo ! On est ravi. Ravi d’apprendre que Paris est la capitale de la recherche maçonnique. Mais le fait est que l’écrasante majorité des francs-maçons français (qui vit en dehors des limites du périphérique parisien) n’est pas reconnue comme telle par les obédiences dont relèvent ces érudits anglo-saxons toujours empêtrés dans une vision dogmatique de l’Ordre maçonnique. Et ça, quand est-ce que ça change ? »

    Pour Alain Bauer, il semble donc que ce genre d'interrogations relève de la « critique », de la « ratiocination », voire de la « diplomatie de bazar ». Dont acte. Pourtant, j’ai la faiblesse de penser que toutes ces questions, précisément, sont essentielles. Sinon pourquoi le F Bauer aurait-il éprouvé le besoin de réagir contre tous les fâcheux qui critiquent, ratiocinent ou ont l’indélicatesse de ne pas se réjouir bruyamment ?

    Le problème – on l’aura compris – n’est évidemment pas que des maçons érudits se retrouvent à la BNF pour discuter de sujets pointus. Ça tombe sous le sens. Tout ce qui favorise l'échange, le dialogue, est bon à prendre. Le problème, c’est cette hypocrisie insupportable que j’ai dénoncée dans mon commentaire et qui dure depuis bientôt 138 ans (cf. également mes nombreuses notes sur la rupture de 1877).

    Car la réalité est têtue, n'en déplaise au F Bauer. En 2015, sur quelque 150 000 francs-maçons présents en France, moins de 20 % sont reconnus comme tels par les Obédiences anglo-saxonnes auxquelles appartiennent certains intervenants et participants à cette fameuse conférence internationale. En quoi au juste est-il incongru ou malvenu de le relever ?

    Si je me réjouis bien évidemment qu'un chercheur aussi éminent que Brent Morris vienne à la bibliothèque du Grand Orient de France (horresco referens !) pour examiner les manuscrits Francken sous l'oeil d'un blogueur en extase, je ne peux pas non plus m'empêcher de penser que le même Brent Morris avait répondu à Roger Dachez à propos de l'athée stupide et du libertin irréligieux et des soi-disant contorsions intellectuelles des maçons français (je souligne) :

    « Roger, I can't understand them. The question is very simple : do you believe in God ? YES or NO » (**)

    Dès lors, je ne crois pas du tout qu'il soit incongru ou malvenu de s'interroger sur l'organisation de la  « World Conference on Fraternalism, Freemasonry & History » dans notre pays où - il faut le redire - la majorité des FF et des SS n'est pas reconnue comme telle par la majorité des francs-maçons dans le monde parce qu'elle semble avoir le tort, d'une part, d'être ce qu'elle est, et d'autre part, de répondre de façon compliquée à une question simple.

    _________________

    (*) Je n'ai évidemment pas la prétention ridicule d'être, à moi seul, un sujet digne d'intérêt.

    (**) L'anecdote est de Roger Dachez qui l'a racontée sur son blog le 17 septembre dernier. Je n'ai évidemment pas assisté à cette convesation

  • De "l'image intellectuelle" de la franc-maçonnerie française

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    2226946352.jpgLire le blog de Roger Dachez est toujours un bonheur renouvelé. On en ressort toujours enrichi de nouvelles connaissances. Et sans doute a-t-il raison quand il écrit le 26 janvier dernier dans un billet consacré au 45e anniversaire de la revue Renaissance Traditionnelle :

    "Or tout cela [la recherche maçonnologique] ne suscite pas toujours l’enthousiasme massif des francs-maçons français, il faut bien le reconnaitre – pour aussitôt le déplorer. L’érudition fait parfois peur et, plus encore, le travail intellectuel rebute, et surtout on ne saisit pas toujours le caractère prioritaire de l’enquête historique pour éclairer « l’ésotérisme maçonnique ». Je ne reviendrai pas ici sur les dangers d’une exégèse aventureuse qui suppose qu’on peut interpréter des symboles sans rien connaître de leur contexte d’apparition, de leurs sources, des commentaires dont ils furent accompagnés au cours du temps, des mutations qu’ils ont pu subir. C’est en partie pourquoi la littérature maçonnique est si volontiers médiocre – au mieux –,  confuse – trop souvent –, et au pire, délirante. C’est aussi pour cette raison que, dans notre pays, à la différence  ce qu’on observe dans nombre d’autres pays européennes, le domaine maçonnique n’est pas considéré, dans les milieux académiques, comme un champ d’étude digne de ce nom…et que l’image intellectuelle de la maçonnerie est si dégradée…"

    Qu'il me soit permis toutefois de tempérer l'opinion de l'auteur dont l'anglophilie le conduit souvent à se montrer un peu trop sévère à l'égard de ce qui se passe en France. Je ne suis pas sûr que le franc-maçon britannique ou américain ou le franc-maçon belge "de base" ait un appétit de connaissances universitaires (dans le domaine maçonnologique bien entendu) plus développé que son homologue français. Je sais bien que la "masonic education" est développée chez nos amis anglo-saxons. Mais favorise-t-elle vraiment l'esprit critique alors qu'on constate simultanément le conservatisme arrogant dont font preuve les Grandes Loges régulières ? On peut en douter.

    Pour ma part, il m'est arrivé de fréquenter, dans les années 90, des séminaires de l'Institut des Religions et de la Laïcité (IERL) de l'Université libre de Bruxelles (ULB), mon alma mater. Je peux vous assurer qu'on était loin d'y retrouver des armadas d'étudiants francs-maçons pour suivre - même en auditeurs libres - les enseignements d'Hervé Hasquin, Luc Néfontaine, Anne Morelli ou Guy Haarscher, ces dignes successeurs de feu John Bartier. Je peux même vous dire qu'une majorité de francs-maçons d'outre-Quiévrain n'avait pas la moindre idée des riches apports scientifiques de la recherche belge à la maçonnologie.

    Je ne crois donc pas que "l'image intellectuelle de la maçonnerie" soit forcément plus flamboyante ailleurs en dépit de réalisations remarquables. C'est vrai qu'en Amérique ou en Belgique, la maçonnerie a été capable de créer des universités. Mais c'est sans doute aussi parce que ces créations s'inscrivaient dans des logiques institutionnelles propres à ces pays (cf. les notions de "community" aux Etats-Unis et de "pilarisation" en Belgique). En France, la maçonnerie n'a pas eu besoin de créer une université. Elle s'est plutôt bornée à oeuvrer dans le sens d'une meilleure diffusion des savoirs. Elle a ainsi combattu, de l'intérieur, la tutelle du clergé catholique sur l'enseignement. Elle a soutenu les scientifiques qui prônaient la libre recherche et l'indépendance d'esprit par rapport aux dogmes religieux. Elle a également souhaité que l'enseignement universitaire ne soit pas uniquement réservé à ceux qui en avaient les moyens financiers. Bref, elle a contribué à réformer les institutions universitaires existantes sans avoir eu besoin d'en créer une à son image.

    Il suffit de songer à ce que coûte une année dans une université britannique ou américaine pour relativiser les "mérites" de la franc-maçonnerie anglo-saxonne... Et du temps où j'étudiais en Belgique, les droits d'inscription étaient certes beaucoup moins élevés que de l'autre côté de la Manche et de l'Atlantique, mais ils tournaient quand même aux alentours de  25 000 francs belges (environ 750 €).  J'imagine enfin que les frères anglo-saxons sont confrontés, eux aussi, à l'enthousiasme créatif d'une certaine littérature mystico-ésotérique. Et je ne parle même pas de l'antimaçonnisme qui y est virulent. Allez sur Youtube. Le nombre de vidéos conspirationnistes d'origine américaine est hallucinant. Quant aux frères belges, c'est une certitude : ils lisent ce que nous lisons ; nous lisons ce qu'ils lisent. Comment ne pas rappeler ici qu'il existe entre eux et nous de très grandes affinités maçonniques, intellectuelles et philosophiques ? Eux savent aussi ce qu'est l'intolérance des clergés.

    Je réfute donc cette idée selon laquelle le maçon français se désintéresserait de la recherche maçonnologique et toute étude sérieuse. L'image intellectuelle de la maçonnerie ne me parait pas aussi dégradée que Roger Dachez le prétend. A bien des égards même, la maçonnerie française est d'un dynamisme - certes parfois un peu brouillon - qui n'a rien à envier à celui qu'on peut trouver ailleurs sous d'autres latitudes. Et puis, je ne suis pas dupe non plus du petit monde de la recherche maçonnique qui cultive volontiers l'entre-soi. On retrouve d'ailleurs souvent les mêmes têtes de conférences en conférences, de colloques en colloques, d'interviews en interviews, de salons du livre en salons du livre, de documentaires télévisés en documentaires télévisés. Roger Dachez donc, mais aussi Pierre MollierAlain Bauer et Ludovic Marcos. Ou bien son éminence Alain Bernheim, le "Jean Daniel" de la maçonnerie, qui a su élever l'estime de soi à des hauteurs vertigineuses, ou encore le sulfureux Jean-Marc Vivenza, mais aussi "le chevalier" Jean-François Var, Irène Mainguy, Cécile Révauger ou encore Jean Solis.

    Ne voyez nulle ironie dans mes propos car j'admire sincèrement la plupart des ces frères qui contribuent, chacun à leur manière, à une meilleure connaissance de la franc-maçonnerie. Encore faut-il qu'ils restent aussi à leur place et qu'ils n'oublient pas que la franc-maçonnerie ne se réduit pas à l'acquisition d'un savoir cumulatif dispensé par des clercs de la maçonnologie. Avant d'être un objet d'étude, la maçonnerie est surtout un art tout d'exécution. Pour le dire autrement, la maçonnerie est un "savoir-être" et un "savoir-faire". On peut avoir la tête bien pleine et rester un maçon médiocre. On peut ignorer beaucoup de choses tout en ayant compris l'essentiel que l'on peut exprimer dans la fermeté de caractère, dans l'altruisme et la philanthropie, dans la douceur et la bienveillance, dans la volonté de maintenir la cohésion d'une loge, etc. Ces chemins là ne sont pas à négliger. Si on les perd de vue, on se perd parce qu'ils témoignent de toutes les difficultés de l'initiation maçonnique.

    Au fond, je crois qu'un bon maçon est avant tout celui qui parvient à concilier la pensée et l'action. Autrement dit, c'est celui qui a la capacité d'agir en homme de pensée et de penser en homme d'action. C'est l'homme qui triomphe de la névrose. C'est celui qui vainc la procrastination et la velléité. Les maçons qui m'ont le plus marqué étaient loin d'être des érudits et des théoriciens. Certains d'entre eux n'avaient jamais ouvert de livres ou bien alors rarement et ne s'en cachaient d'ailleurs pas. Certains d'entre eux n'avaient pas eu l'opportunité de suivre des études. Quelques uns n'en avaient eu pas le temps, emportés par le tourbillon de la vie. Il s'agissait de petits employés, de commerçants, d'artisans, de retraités, de fonctionnaires, bref d'anonymes qui venaient en loge avec pour tout bagage leur bon sens, leur esprit de synthèse et de conciliation, leur expérience et la volonté de connaître son prochain pour travailler avec lui à l'avènement d'une humanité meilleure et plus éclairée. Ils raisonnaient. Ils agissaient. Ils vivaient. Ils ressentaient. Ils fraternisaient.

    Le peu que je sais de la maçonnerie, c'est bien à ces anonymes que je le dois. Les chercheurs et les écrivains prolifiques, eux, m'ont appris à conserver un esprit critique par rapport à la franc-maçonnerie, à me défier des gourous, des tribuns, des préjugés, et c'est vrai, de cette paresse qui, trop souvent, conduit nombre de maçons à négliger l'histoire de leur Ordre au profit d'un symbolisme fourre-tout ou d'interprétations erronées.

    3116658840.jpgEn conclusion, que Roger Dachez se rassure ! L'image intellectuelle de la maçonnerie française n'est ni meilleure ni plus dégradée qu'ailleurs. La maçonnerie française est bien vivante. Elle déploie ses activités dans des coins qu'il n'imagine pas. C'est "un bordel gaulois" comme me le répétait malicieusement feu Régis Blanchet (disparu il y a bientôt dix ans !). Ce "bordel gaulois" n'a rien d'un musée ou d'un déambulatoire où l'on parle à voix basse et où l'on compulse de vieux grimoires. C'est une rivière souterraine aux résurgences imprévisibles qui jaillissent dans un bruit de tonnerre et vous obligent à hausser la voix. Il est d'ailleurs inutile de lutter contre son courant. Il faut au contraire se laisser emporter et surprendre pour en tirer le meilleur partie de sa force.